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Norvège - Législatives

Elections législatives en Norvège, 12 septembre

Elections législatives en Norvège, 12 septembre

29/08/2005 - Analyse

Dominée très longtemps par le Parti travailliste (DNA), la Norvège est dirigée depuis quatre ans par une coalition gouvernementale de droite rassemblant le Parti libéral (V), le Parti conservateur (H) et le Parti chrétien-populaire (KrF) du Premier ministre Kjell Magne Bondevik. Celui-ci avait déjà exercé ces fonctions de septembre 1997 à mars 2000, avant que son gouvernement (composé par le Parti du centre (SP), le Parti libéral et sa propre formation) soit renversé en raison d'un désaccord interne sur le projet de construction d'une centrale électrique au gaz jugée trop polluante.

Si l'opposition de gauche arrive en tête des intentions de vote dans les enquêtes d'opinion, elle n'est cependant pas assurée d'obtenir la majorité absolue aux élections législatives qui se tiendront le 12 septembre prochain. Les populistes du Parti du progrès, deuxième formation politique du royaume, pourraient bien, une nouvelle fois, les bouleverser.

Le système politique



Le Storting (Chambre unique du Parlement) comprend cent soixante-neuf membres, élus pour quatre ans à la proportionnelle selon la méthode modifiée de Sainte-Lagüe. Après les élections, le Storting se divise en deux Chambres, l'Odelsting et le Lagting qui, selon l'ordre du jour, se réunissent séparément ou conjointement. Le royaume est divisé en dix-neuf circonscriptions, élisant entre quatre et quinze représentants selon leur taille et leur nombre d'habitants. Cent cinquante-sept des sièges du Storting sont des sièges de circonscription. Il existe aussi dix-neuf (un par circonscription) sièges compensatoires répartis entre les formations politiques sous-représentées dans les circonscriptions, c'est-à-dire celles disposant du plus fort reste. Un parti doit recueillir au moins 4% des suffrages au niveau national pour pouvoir participer à la répartition des sièges compensatoires. Les électeurs disposent du droit de modifier l'ordre des candidats sur les listes électorales. Toutefois, un candidat devant être préféré par plus de la moitié des électeurs pour que cette préférence influe sur la répartition des sièges, l'ordre des candidats décidé par le parti reste la plupart du temps déterminant.

Le Storting possède une particularité qui le rend unique en Europe : il ne peut être dissous. Par trois fois (en 1986, 1989 et 2000), la désunion des partis libéraux a entraîné la démission des gouvernements en place qui ont alors été remplacés par des gouvernements sociaux-démocrates minoritaires.

Actuellement, huit formations politiques sont représentées au Storting :

- Le Parti travailliste (DNA), dirigé par Jens Stoltenberg, est la première formation d'opposition. Avec cinquante mille membres, ce qui en fait le premier parti du royaume, les sociaux-démocrates ont dominé la vie politique entre la Deuxième Guerre mondiale et le début des années quatre vingt ;

- Le Parti conservateur (H) est un parti membre de la coalition gouvernementale, présidé par la ministre des Affaires communales, Erna Solberg ;

- Le Parti du progrès (FrP), dirigé par Carl Hagen, est une formation populiste, deuxième parti du royaume (le premier dans trois comtés situés à l'Ouest du pays, Rogaland, Hordaland et More og Romsdal). Soutien parlementaire de la politique de Kjell Magne Bondevik, le Parti du progrès n'appartient pas au gouvernement ;

- Le Parti chrétien-populaire (KrF), dirigé par Dagfinn Hoybraten, est la formation du Premier ministre Kjell Magne Bondevik ;

- Le Parti socialiste de gauche (SV), dont la présidente est Kristin Halvorsen, se situe à gauche du Parti travailliste ;

- Le Parti du centre (Sp), présidé par la ministre des Affaires culturelles, Aslaug Haga, appartient à l'opposition de gauche ;

- Le Parti libéral (V), dont le président est l'actuel ministre de l'Agriculture, Lars Sponheim, appartient à la coalition gouvernementale ;

- Le Parti de la côte (KYST) est une formation représentant les intérêts des pécheurs.

Les enjeux du scrutin



En avril et mai, les formations politiques ont tenu leur congrès annuel pour présenter leur programme et mettre leurs troupes en ordre de bataille pour la campagne électorale.

Les 2 et 3 avril, le Parti socialiste de gauche (SV) s'est réuni à Kristiansand. La formation a mis l'accent sur le projet de réforme des retraites, estimant que celui présenté par le gouvernement discrimine les bas salaires et les femmes. Dans leur programme de gouvernement, les socialistes demandent que la part de l'Etat dans les sociétés partiellement privatisées -comme par exemple Hydro, Statoil ou Telenor- soit plus importante. Ils souhaitent développer une politique européenne plus active et envisagent de créer un ministère des Affaires européennes. « La Norvège est trop servile vis-à-vis de l'Union européenne » a déclaré sa présidente Kristin Halvorsen, qui considère que le pays doit mieux servir ses intérêts. Enfin, le Parti socialiste de gauche a rappelé sa vive opposition à un forage d'exploitation de pétrole et de gaz en Mer de Barents, point de désaccord important avec le Parti travailliste et le Parti du centre.

L'événement majeur du congrès du Parti travailliste (DNA) les 9 et 10 avril a été le rapprochement de la formation sociale-démocrate avec la Confédération norvégienne des syndicats (LO). Gerd-Liv Valla, présidente du syndicat, a été élue au comité central du Parti travailliste, ainsi que Jan Davidsen, président du syndicat Fagforbundet. Si ce dernier compte trois cent mille adhérents, la Confédération norvégienne des syndicats comprend huit cent cinquante mille membres, soit 40% de la population active du royaume. Elle a accordé pour les prochaines élections législatives une subvention record au Parti travailliste (13,3 millions de couronnes, soit 1,6 million d'euro) et versera également 1,63 million de couronnes au Parti socialiste de gauche (soit cent quatre vingt six mille euro). Le leader travailliste Jens Stoltenberg a prononcé un discours au congrès national de la Confédération norvégienne des syndicats qui s'est tenu du 7 au 12 mai à Oslo ainsi que, pour la première fois dans l'histoire de LO, la présidente du Parti socialiste de gauche, Kristin Halvorsen.

Gerd-Liv Valla a affirmé que la moitié de ses adhérents voteraient en faveur du Parti travailliste, contre un quart lors des élections du 10 septembre 2001. Elle a exprimé le souhait qu'un ministre d'un éventuel gouvernement de gauche soit issu des rangs de son syndicat. Le Premier ministre Kjell Magne Bondevik a fortement critiqué le retour du syndicat dans le comité central de la principale formation d'opposition.

Lors de ce congrès, le leader du Parti travailliste, Jens Stoltenberg, a invité le Parti socialiste de gauche et le Parti du centre à former, avec le DNA, une coalition gouvernementale après les élections législatives du 12 septembre prochain. Il a affirmé qu'un gouvernement de gauche débloquerait des fonds supplémentaires pour les plus démunis, ce à quoi le Premier ministre Kjell Magne Bondevik a répondu en indiquant que, sur le budget, les positions des travaillistes étaient très proches de celles du gouvernement (la formation sociale-démocrate a conclu un accord avec la coalition de droite sur le budget l'an passé) et en mettant en garde le DNA contre toute politique de dépenses excessive. Dans son discours, Jens Stoltenberg a enfin rappelé sa position pro-européenne, précisant néanmoins qu'il revenait au congrès du parti de se prononcer sur ce sujet. Selon les enquêtes d'opinion, le Parti travailliste est celui comprenant le plus grand nombre d'électeurs opposés à une adhésion de la Norvège à l'Union (33% en 2005, contre 27,3% en 2004).

Une semaine plus tard, le Parti libéral (V), réuni à Molde, s'est engagé en faveur d'une baisse des impôts et des taxes, du maintien d'un secteur public fort, d'un renforcement de l'éducation (augmentation du nombre d'écoles privées) et de l'autorisation du mariage entre homosexuels comme de leur droit à l'adoption. Les Libéraux se sont aussi prononcés, à une courte majorité, contre l'entrée de la Norvège dans l'Union européenne. Leur président, le ministre de l'Agriculture Lars Sponheim, s'est déclaré « à 51% contre et à 49% pour » cette adhésion.

Le Parti chrétien-populaire (KrF) a tenu son congrès du 22 au 24 avril à Tonsberg. Se proclamant « parti des valeurs », la formation du Premier ministre a mis l'accent sur la famille (augmentation des allocations familiales pour les parents d'enfants n'allant pas à la crèche, augmentation du congé paternel de neuf semaines, construction de nouvelles crèches et renforcement des structures existantes) et la religion (renforcement de l'enseignement religieux, augmentation du nombre d'écoles privées et restriction du droit à l'avortement).

Le Premier ministre a mis en avant les réussites de son gouvernement : forte croissance économique, baisse du chômage et des impôts et amélioration du secteur de l'éducation. La Norvège est, depuis plusieurs années, -principalement grâce aux réserves pétrolières qu'elle possède et gère avec la plus grande prudence- le pays disposant du niveau de vie le plus élevé au monde selon le classement publié par le programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Le pays connaît une croissance soutenue et son taux de chômage est inférieur à 4% de la population active (3,9% à la fin du mois de juillet 2005). « Nous sommes sur la bonne voie mais il nous reste du travail à faire » a conclu le Premier ministre.

Lors de ce congrès, Kjell Magne Bondevik a annoncé que sa formation n'avait pas encore pris position sur la question européenne et qu'elle n'en prendrait pas avant un an. Il a souligné qu'être hors de l'Union européenne permettait à la Norvège de choisir sa politique mais que cela avait l'inconvénient d'empêcher le pays d'influer sur des décisions qui l'engagent de plus en plus.

Sous le slogan « Toujours en avant », le Parti conservateur (H) a tenu son congrès du 13 au 15 mai. Sa présidente, Erna Solberg, actuelle ministre des Affaires communales, a mis l'accent sur la liberté individuelle et promis de lancer une campagne en faveur de l'entrée de la Norvège dans l'Union européenne. Réaffirmant sa volonté de voir les impôts diminuer et le secteur de l'éducation être renforcé, elle a décidé de poursuivre sa coopération avec le Parti chrétien-populaire et le Parti libéral.

A Alesund, du 20 au 22 mai, Carl Hagen a présenté sa formation (FrP) comme la synthèse de la gauche et de la droite, se prononçant à la fois pour la solidarité et la liberté de choix. Il a souhaité une politique de lutte contre la criminalité plus stricte, une politique d'immigration plus sévère. Le Parti du progrès veut limiter le nombre d'entrées « d'immigrés non-occidentaux » à mille personnes par an. Il s'est engagé en faveur d'une nouvelle baisse des impôts et des taxes, de la privatisation de plusieurs compagnies nationales (poste, chemin de fer, etc.), d'une plus grande liberté de choix en matière d'éducation et des soins de meilleure qualité pour les personnes âgées.

La campagne électorale



Les formations de la coalition gouvernementale se présentent comme les représentants de la liberté (leur slogan est « La liberté de choix »), plaçant l'individu au cœur de leur politique contrairement aux partis de gauche adeptes de « la centralisation de l'Etat » selon les termes du président du Parti libéral, Lars Sponheim. Lors d'une conférence de presse à Stavern, le Premier ministre a présenté le programme de son gouvernement : renforcement de la recherche qui devra constituer 3% du PNB avant 2010 ; lutte renforcée contre la criminalité ; augmentation des crédits à l'éducation, aux crèches et aux allocations familiales ; amélioration de la protection de l'environnement. Kjell Magne Bondevik a précisé, le 20 juillet dans un entretien au journal Dagsavisen, que son avenir politique personnel dépendait du résultat des prochaines élections législatives, affirmant que sa formation ne s'accrocherait pas aux fauteuils ministériels si l'équilibre entre les trois partis de la coalition gouvernementale était rompu le 12 septembre.

La présentation, à la mi-juillet, d'une liste de cent cinquante-cinq points sur lesquels les leaders des trois formations de l'opposition partagent les mêmes vues n'a pas suffi à convaincre les partis de la coalition gouvernementale qui ne cessent de mettre en avant les désaccords persistants entre les différents partenaires de la gauche. Ainsi, le vice-président du Parti conservateur et membre de la commission parlementaire des Affaires étrangères, Inge Lonning, a longuement détaillé les dissensions en matière de politique étrangère entre le Parti travailliste et le Parti socialiste de gauche. Ces deux formations se battent pour la sortie de la Norvège de l'OTAN et de l'Espace économique européen (EEE) et sont défavorables à l'entrée du pays dans l'Union européenne contrairement au parti social-démocrate. Inge Lonning a demandé une « clarification de la politique étrangère de la coalition de gauche », s'attirant les foudres de Jens Stoltenberg qui a indiqué que les formations de gauche « sont depuis longtemps d'accord sur une politique étrangère basée sur l'adhésion à l'OTAN et à l'EEE ». Le Parti conservateur, par la voix de sa présidente, Erna Solberg, et du ministre des Affaires étrangères, Jan Petersen, affirme qu'un gouvernement de gauche mettrait en péril la politique étrangère menée par la Norvège et affaiblirait la position du pays dans l'OTAN.

Un autre débat au cœur de la campagne est l'éventuelle coopération des formations de l'actuel gouvernement avec le Parti du progrès. Depuis plusieurs mois, Carl Hagen répète qu'il ne peut plus accepter que les formations de la coalition gouvernementale puissent bénéficier du soutien de son parti sans donner à celui-ci la place qui lui revient. « Le Parti du progrès ne réclame pas de portefeuilles ministériels ni des secrétariats d'Etat mais une influence politique réelle. Les électeurs conservateurs sont du même avis. Se trompent-ils ? » demandait ainsi Siv Jensen, vice-présidente de la formation populiste à la présidente du Parti conservateur, Erna Solberg le 14 mai dernier. Les enquêtes d'opinion montrent que les électeurs des formations de droite sont beaucoup moins unanimes que les dirigeants des partis politiques à refuser de voir entrer le Parti du progrès au gouvernement.

Le 20 juin dernier, Carl Hagen a déclaré qu'il ne soutiendrait pas un nouveau gouvernement dirigé par Kjell Magne Bondevik. « Un vote pour le Parti du progrès à l'automne est avant tout un soutien à la politique du parti mais il est aussi un soutien à un gouvernement non socialiste sans Kjell Magne Bondevik comme Premier ministre » écrivait-il le 29 juin dernier dans le journal Dagens Naeringsliv. Le leader populiste estime que Dagfinn Hoybraten, actuel président du Parti chrétien-populaire et ministre des Affaires sociales, est le seul véritable candidat de la formation au poste de Premier ministre « Ce sont les partis de la coalition qui décident concernant le candidat à ce poste et non Carl Hagen » lui a répondu le Premier ministre.

Kjell Magne Bondevik a réaffirmé, dans un entretien au quotidien Dagsavisen, être prêt à s'allier avec le leader travailliste Jens Stoltenberg si Carl Hagen contribuait à faire chuter l'actuelle coalition gouvernementale. Le 14 juin, le Premier ministre avait déjà tenu à préciser qu'il préférait coopérer avec le Parti travailliste plutôt que de faire entrer le Parti du progrès au gouvernement. « Mon adversaire principal s'appelle Jens Stoltenberg et non Carl Hagen » a-t-il cependant affirmé dans un entretien avec le quotidien VG (La Marche du monde) le 29 juin. « Le Parti chrétien-populaire est un parti de centre et nous devons garder la liberté de chercher des accords tant avec la droite qu'avec la gauche » a déclaré le Premier ministre lors du congrès de sa formation le 21 avril dernier.

Le président du Parti libéral, Lars Sponheim, a exclu également, à cause de la présence de Carl Hagen, toute autre coalition gouvernementale que celle existante en cas de victoire de la droite aux élections législatives. Il a cependant précisé que les choses pourraient évoluer lorsque Siv Jensen prendra la direction de la formation populiste en 2006.

Formation très longtemps dominante de la vie politique norvégienne, le Parti travailliste, aujourd'hui dans l'opposition, est en tête des enquêtes d'opinion et son leader Jens Stoltenberg est le candidat préféré des Norvégiens pour le poste de Premier ministre (38% des électeurs se prononcent en sa faveur, contre 12,4% pour Erna Solberg et 10,5% pour Kjell Magne Bondevik). Selon la même enquête réalisée par l'institut MMI entre le 15 et le 19 août pour la radio NRK et le quotidien Dagbladet, les trois formations de gauche recueilleraient ensemble 53,4% des suffrages, soit quatre vingt seize sièges au Storting, contre 25,9% pour l'actuelle coalition gouvernementale (quarante et un députés). Le Parti du progrès obtiendrait 16,9% des suffrages mais serait la deuxième formation du royaume.

Les jeux sont cependant loin d'être faits, ne serait-ce qu'à cause de la condition posée par le Parti du progrès du départ du Premier ministre, Kjell Magne Bondevik pour soutenir une coalition de droite au Parlement. L'issue des élections dépendra du résultat du Parti du progrès mais aussi de celui qu'obtiendra le Parti libéral (actuellement crédité d'un peu plus de 3% des voix dans les enquêtes d'opinion) et de sa capacité à atteindre les 4% de suffrages au niveau national, ce qui lui permettrait ainsi qu'à l'actuelle coalition gouvernementale d'obtenir un plus grand nombre de sièges.

Le 12 septembre prochain, les Norvégiens éliront également les représentants municipaux de leurs quatre cent trente-quatre communes.

Rappel des résultats des élections législatives norvégiennes du 10 septembre 2001



Participation : 74,5%

Source ambassade de Norvège en France
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
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