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Portugal - Législatives

Droite et gauche au coude à coude à un mois des élections législatives au Portugal

Droite et gauche au coude à coude à un mois des élections législatives au Portugal

09/05/2011 - Analyse

Le 23 mars dernier, le Premier ministre portugais José Socrates (Parti socialiste, PS) démissionnait de ses fonctions à la suite du rejet par le Parlement de la 4e version du plan de sauvetage censé garantir la réduction du déficit budgétaire du pays qui représentait 9,3% du PIB en 2010. "Si les parlementaires votent contre le plan d'austérité, le gouvernement ne pourra pas se rendre au Conseil européen des 24 et 25 mars pour présenter des mesures afin de parachever la consolidation fiscale (...) et nous devrons alors consulter le peuple pour avoir son avis" avait déclaré le chef du gouvernement lors d'un entretien télévisé. La 4e version du plan comprenait une quinzaine de mesures phares : réduction des déductions fiscales sur les crédits au logement, report de certains projets d'infrastructure, suppression (ou diminution) des avantages fiscaux, baisse des indemnités de licenciement, augmentation de la charge fiscale sur les pensions de retraites, hausse des impôts directs comme la taxe automobile, réduction des dépenses de santé et des aides sociales et augmentation de la pression fiscale sur les entreprises.
Ce plan de sauvetage a été rejeté par les forces d'opposition de droite (Parti social-démocrate, PSD, et Parti populaire, PP) et par celles opposées au libéralisme économique (Coalition Parti communiste-Verts, CDU et Bloc des gauches, BE). Conséquence de la démission du Premier ministre : le président de la République, Anibal Cavaco Silva, réélu à son poste le 23 janvier dernier, a convoqué le 31 mars des élections législatives anticipées (de 2 ans) pour le 5 juin.

Le Portugal, 3e pays de l'Union européenne à recourir à l'aide internationale



Le Portugal n'a pas connu de crise bancaire ou de crise immobilière comme l'Irlande. Le pays n'a pas non plus menti sur ses comptes publics ou caché ses déficits comme la Grèce. En revanche, sa croissance économique est faible et il traverse une crise politique avec la démission de son gouvernement le 23 mars.
L'agence de notation Moody's a dégradé la note portugaise le 11 avril, faisant passer celle-ci de A3 à Baa1 en raison de l'incertitude budgétaire qui entoure le pays. Standard and Poor's avait fait de même le 29 mars (de A- à BBB) tout comme l'agence Fitch qui a accordé la note BBB-, soit le dernier échelon avant d'entrer dans la catégorie spéculative, c'est-à-dire celle où le pays est considéré incapable de rembourser sa dette sans recourir à une aide extérieure. Selon Fitch, la révision à la hausse du déficit public portugais et l'importance de la dette du pays remettent en cause l'objectif de réduire le déficit à 4,6% du PIB cette année.
Le président portugais, Anibal Cavaco Silva, s'est élevé contre cette dégradation de la note de son pays, estimant que "la situation portugaise ne justifiait pas un tel abaissement".

Dans ce contexte, les taux d'intérêt que le Portugal doit payer pour emprunter sur les marchés financiers se sont envolés pour atteindre des taux record (les taux à 10 ans ont dépassé 8%) alors qu'après avoir levé 4,2 milliards € pour le mois d'avril, le pays doit encore trouver 4,9 milliards avant le 15 juin prochain. L'argent est alors devenu hors de prix pour le Portugal, pénalisé par les marchés.
Face à la pression des marchés financiers qui considèrent que Lisbonne n'a pas d'autre issue pour sortir de la crise que de recourir à l'aide internationale, le Premier ministre José Socrates a donc dû se résoudre à demander une aide financière à l'Union européenne et au Fonds monétaire international (FMI). Le 6 avril dernier, il a fait appel au Mécanisme européen de financement pour l'aider à se sortir de la tourmente financière : "Le gouvernement a décidé d'adresser une demande d'assistance financière à la Commission européenne". "Le pays a été poussé de manière irresponsable vers une situation difficile sur les marchés financiers" a déploré Fernando Teixeira dos Santos (PS), ministre des Finances sortant, faisant allusion au rejet par le parlement du dernier programme d'austérité présenté par le gouvernement.

Le plan d'aide du Portugal a été finalisé le 6 mai dernier. D'une durée de 3 ans, il s'élève à 78 milliards € et est lié à l'adoption de mesures d'austérité. Le prochain gouvernement portugais devra ainsi assainir les finances publiques du Portugal et mettre en œuvre des réformes structurelles pour restaurer la compétitivité du pays et réduire la dette publique. L'Union européenne exige en effet de Lisbonne l'adoption d'un "programme d'ajustement", c'est-à-dire à la fois des mesures d'économies budgétaires et des réformes structurelles engageant les principaux partis politiques. Le déficit public devra être baissé à 5,9% du PIB cette année, 4,5% en 2012 pour atteindre 3% en 2013, soit la limite fixée par le Pacte de stabilité et de croissance.
Fernando Teixeira dos Santos a présenté les principales mesures du programme : réduction des pensions de retraites supérieures à 1 500 €, baisse de 500 millions € des dépenses de santé, de la rémunération des heures supplémentaires, de la durée (18 mois) et du montant des allocations chômage, hausse de la TVA sur certains produits, report du financement de grands projets d'infrastructure, flexibilisation du marché du travail, programme de privatisations, réduction des niches fiscales, hausse des prélèvements sur la propriété immobilière, assainissement et recapitalisation du secteur bancaire (une enveloppe pouvant aller jusqu'à 12 milliards € est mise à la disposition des banques). Le ministre des Finances sortant a annoncé que ce programme entraînerait une contraction de l'économie d'environ 2% en 2011 et 2012 et une hausse du chômage jusqu'à 13% d'ici 2013. "C'est un bon accord qui défend le Portugal" a déclaré le Premier ministre José Socrates le 3 mai

Le FMI et l'Union européenne ont exigé des garanties sur la mise en œuvre de ce programme, quelle que soit l'issue des élections du 5 juin. "Tout relâchement entrainerait l'arrêt immédiat de l'aide" a averti le ministre néerlandais des Finances, Jan Kees De Jager. Le Parti social-démocrate (PSD) et le Parti populaire se sont engagés à respecter les objectifs du programme économique. Le président du PSD, Pedro Passos Coelho, a déclaré qu'il "ne laisserait pas le pays arriver à une situation de banqueroute". Opposés à l'intervention internationale, les partis antilibéraux – la Coalition Parti communiste-Verts (CDU) et le Bloc des gauches (BE) – ont refusé de participer aux négociations.

Un pays en grande difficulté



"Le prochain gouvernement devra faire face à une crise économique et financière sans précédent" a déclaré le président Cavaco Silva. La tâche du futur gouvernement sera en effet monumentale ; le choix des électeurs sera donc limité le 5 juin puisque quel que soit le vainqueur du scrutin législatif, celui-ci se verra obligé, au moins pour les 3 années à venir, de mettre en œuvre le programme d'austérité élaboré avec les organisations internationales.
Le chef de l'Etat a lancé fin avril un appel à la responsabilité des partis politiques. "Face aux défis qui l'attendent, le gouvernement issu des élections législatives du 5 juin prochain devra disposer d'un soutien majoritaire à l'Assemblée de la République" a-t-il déclaré lors des célébrations du 37e anniversaire de la révolution des œillets qui symbolise la chute de la dictature établie en 1932 par Salazar. "Je pense qu'une entente entre le Parti socialiste, le Parti social-démocrate et d'autres partis qui seraient intéressés est possible et souhaitable. Jamais un dialogue et la négociation n'ont été autant nécessaires" a souligné le Premier ministre José Socrates

L'économie portugaise repose principalement sur l'agriculture et le tourisme, le tissu industriel du pays est faible. Le Portugal dépend beaucoup de l'Espagne voisine, elle-même aux prises avec une forte crise socioéconomique. Le Portugal a un important problème de compétitivité. Il a perdu de nombreuses parts de marché en raison du recul des exportations (-16%) et de la hausse du coût salarial (rapport du coût horaire de la main d'œuvre à la productivité horaire du travail) qui a progressé dans le pays de 9% entre 1999 et 2007. Durant ces mêmes années, le coût salarial a chuté de 12% en Allemagne.
Les analystes économiques s'attendent à une contraction du PIB de 1,4% cette année. Le déficit public du pays a été revu à la hausse (9,1% au lieu de 8,6%) tout comme le poids de la dette (93% au lieu de 92,4%). Les institutions financières considèrent que le gouvernement portugais doit en priorité réformer le marché du travail et réduire le poids du secteur public.

La campagne électorale



Le chef du gouvernement sortant, José Socrates, a été réélu le 27 mars dernier à la tête du Parti socialiste avec 93,3% des suffrages. "Je lutterai pour la victoire du PS!" a-t-il déclaré, accusant le parti social-démocrate (PSD) d'avoir "jeté le Portugal dans les bras du FMI" en votant contre la nouvelle version du plan de sauvetage qu'il avait présenté. "Les Portugais sauront juger ce qui s'est passé. Cette crise politique a été un désastre, une inconscience, une irresponsabilité complète. Les Portugais savent que ceux qui sont capables d'une telle irresponsabilité pour satisfaire leurs intérêts partisans ne sont pas à la hauteur pour gouverner le pays. Cela va coûter très cher au Portugal et aux Portugais qui ne méritaient pas cela" a souligné le Premier ministre sortant lors du congrès du PS.

Fernando Nobre, fondateur de l'ONG Assistance médicale internationale (AMI) et candidat indépendant à l'élection présidentielle du 23 janvier 2011 (14,1% des suffrages), a suscité la polémique en acceptant de conduire une liste du PSD le 5 juin. "En cas de victoire des sociaux-démocrates, Fernando Nobre deviendra président du parlement" a annoncé le leader du PSD, Pedro Passos Coelho.
Ce ralliement a été vivement critiqué par le PS, mais surtout par le Bloc des gauches que le fondateur de l'AMI avait soutenu lors des élections européennes du 7 juin 2009. Le candidat socialiste à l'élection présidentielle, Manuel Alegre, a en outre estimé que Fernando Nobre ne possédait pas l'expérience requise pour présider le Parlement. Evoquant la "situation dramatique" qui est actuellement celle du Portugal, ce dernier s'est justifié en affirmant que "le fait d'être indépendant ne nous exonère pas de la responsabilité de contribuer à l'avenir collectif".

Le 9 avril dernier, 47 personnalités ont lancé dans l'hebdomadaire Expresso un appel à surmonter la crise et à restaurer la crédibilité extérieure du pays. Des artistes, comme le cinéaste Manuel de Oliveira, l'écrivain Antonio Lobo Antunes ou encore l'architecte Siza Vieira, d'anciens responsables politiques comme les anciens présidents de la République Ramalho Eanes (1976-1986), Mario Soares (1986-1996) et Jorge Sampaio (1996-2006), mais également des intellectuels, des chefs d'entreprises et des ecclésiastiques comme Manuel Clemente, évêque de Porto, ont signé ce texte.
"Les prochaines élections législatives exigent un climat de tranquillité et un niveau d'information objective sur la réalité nationale qui, en ce moment, ne sont pas assurés" affirme le texte qui appelle le président de la République, le gouvernement et les principaux partis à passer un accord "pour garantir l'exécution d'un plan d'action immédiat qui permette d'assurer la crédibilité extérieure et le fonctionnement normal de l'économie" et l'ensemble des responsables politiques à "assurer que le prochain gouvernement sera soutenu par une majorité sans équivoque, indispensable à la construction d'un consensus minimum (...) sur le processus de consolidation budgétaire et la trajectoire d'ajustement prévue dans la dernière version du programme de stabilité et de croissance". Pour les signataires de l'Appel des 47, ces actions sont indispensables "pour que les Portugais puissent trouver une raison d'être aux sacrifices présents et envisager l'avenir avec espoir"

L'Eglise catholique portugaise a appelé à un "consensus politique élargi" pour le scrutin législatif. "Même avec une majorité absolue, dans ces circonstances, un consensus élargi est important, fondamental" a déclaré le porte-parole de la Conférence épiscopale, Manuel Morujao.

Le système politique portugais



Le Parlement portugais est monocaméral. Son unique chambre, l'Assemblée de la République, compte 230 membres élus pour 4 ans au scrutin proportionnel de liste au sein de 20 circonscriptions.

5 partis politiques sont actuellement représentés à l'Assemblée de la République:
- le Parti socialiste (PS) du Premier ministre José Socrates. Fondé en 1973, il possède 97 sièges ;
- le Parti social-démocrate (PSD), principal parti d'opposition créé en 1974 et dirigé depuis mars 2010 par Pedro Passos Coelho, compte 81députés ;
- le Parti populaire (PP), ancien Centre démocrate social/Parti populaire (CDS/PP), parti chrétien-démocrate membre de l'opposition et dirigé par Paulo Portas, possède 21 sièges ;
- le Bloc des gauches (BE), parti fondé en 1999 et dirigé par Francisco Louca qui séduit les électeurs jeunes et urbains, notamment ceux vivant dans les deux plus grandes villes du pays, Lisbonne et Porto, compte 16 députés ;
- le Parti communiste (PCP), créé en 1921 et emmené par Jeronimo de Sousa, possède 15 sièges.

Les Portugais élisent également leur président de la République au suffrage universel tous les 5 ans. Anibal Cavaco Silva (PSD) a été réélu avec 52,94% des suffrages le 23 janvier 2011 dès le 1er tour de scrutin, une "habitude" au Portugal. Il est le premier chef d'Etat libéral depuis la Révolution des œillets du 25 avril 1974.


Alors que le Parti social-démocrate (PSD) était donné gagnant par les enquêtes d'opinion depuis la démission du gouvernement, deux récents sondages créditent le Parti socialiste (PS) de José Socrates de la majorité des voix. Selon l'enquête réalisée fin avril par l'institut Marktest pour le journal Diario Economico et la radio TSF, le PS recueillerait 36,1% des suffrages alors que le PSD obtiendrait 35,3% des voix. La Coalition Parti communiste-Verts 8,1%, le Parti populaire 7,5% et le Bloc des gauches 6%. "Cela montre que nous n'avons pas encore gagné les élections et que nous devons travailler davantage" a déclaré le leader du PSD Pedro Passos Coelho après la publication de cette enquête d'opinion. Pour la première fois depuis septembre 2010, les forces de l'opposition de droite recueillent moins de 50% des suffrages. Un autre sondage réalisé par l'institut Eurosondagem et publié au même moment que celui de Marktest crédite le PS de 36,3% des suffrages et le PSD de 32,7%.

Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Rédactrice de l'Observatoire des élections en Europe (OEE) de la Fondation Robert Schuman et chargée d'études au Centre d'études et de recherche à l'international (CERI) à Sciences Po.
Fondation Robert Schuman
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