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Europe et sociétés
Question d'Europe n°160

L'Europe au féminin [1]

L'Europe au féminin [1]
01/03/2010
Malgré tous les discours, les engagements de nos dirigeants en faveur d'une vraie promotion des femmes et d'une réelle égalité entre les hommes et les femmes, les actes ne suivent pas et les choses bougent donc encore trop lentement.
En Europe, les femmes sont plutôt mieux loties que dans les autres parties du monde. Le continent européen reste celui des femmes, celui où leur place dans la société, sans être parfaite, est la meilleure. Mais il reste encore beaucoup à faire pour que l'égalité de traitement à tous les niveaux soit réellement assurée.
Dans les gouvernements, la Grèce et le Portugal se sont distingués cette année en désignant de nombreuses femmes à l'issue de leurs élections à l'automne. De la 22e place que les 2 pays occupaient ex aequo fin 2008, ils passent à la 8e place ex aequo fin 2009. En revanche, le remaniement ministériel en France en juin a été fatal aux femmes et la France qui occupait la 5e place du classement, il y a un an, chute à la 17e place !
Dans les institutions européennes, le Parlement européen, issu des élections de juin dernier, progresse puisqu'il compte désormais 257 femmes, soit près de 35% (contre 31% il y a un an). Et ce malgré la réduction du nombre de députés (732 contre 785 auparavant). En revanche, nous ne pouvons pas en dire autant de la Commission européenne. La Commission Barroso I comptait 10 femmes en mai 2009 [2] ; la Commission Barroso II n'en comprend plus que 9. C'est une régression.
Faut-il rappeler que les femmes représentent plus de la moitié de la population européenne ? Si nos dirigeants veulent que les institutions européennes soient proches des citoyens, elles doivent être représentatives de la société et respecter le principe d'égalité entre les hommes et les femmes, inscrit depuis l'origine dans les traités européens.
L'Institut européen pour l'égalité entre les hommes et les femmes a ouvert ses portes à Vilnius le 16 décembre 2009. Cette agence a été créée pour apporter un soutien aux États membres et aux institutions européennes dans leurs efforts de promotion de l'égalité entre les femmes et les hommes, de lutte contre la discrimination fondée sur le sexe et de sensibilisation aux questions d'égalité. Elle devrait donc les inciter à prendre des mesures audacieuses pour définir un véritable modèle européen de parité.
Car l'Europe constitue peu à peu un modèle pour d'autres continents où la place des femmes reste encore précaire, sans parler des très nombreux pays où les droits des femmes sont bafoués. Promouvoir les droits des femmes, c'est vraiment l'un des moyens efficaces de faire progresser la civilisation et de conforter la démocratie. Finalement, le premier des droits de l'Homme, c'est le droit de la femme.

Les femmes dans la vie économique


 
Les femmes ont peu à peu conquis tous les secteurs professionnels : dans l'Union européenne, en moyenne 58,3% des femmes travaillent. Cependant, 31,2% des femmes travaillent à temps partiel, soit un pourcentage quatre fois plus élevé que chez les hommes. De même, il faut noter que l'emploi des femmes ayant des enfants chute de 12 points alors que celui des hommes augmente dans le même temps de 7 points. Il s'agit là du reflet du partage inégal des responsabilités parentales et de l'insuffisance des infrastructures d'accueil des enfants. Davantage doit être entrepris pour permettre une meilleure conciliation de la vie privée et de la vie professionnelle. Par ailleurs, à qualification égale, les femmes restent encore trop souvent moins bien payées que les hommes (écart moyen de 17,4% dans l'Union), ce qui constitue une vraie discrimination.
Les femmes sont aussi plus diplômées que les hommes ; elles ont obtenu 58,9% des diplômes des universités de l'Union européenne l'an dernier. Bien qu'elles soient hautement qualifiées et toujours plus nombreuses sur le marché du travail, elles restent encore minoritaires dans les postes à responsabilité des entreprises et des organes politiques, notamment au plus haut niveau. Moins de 30% de femmes en moyenne occupent des postes à responsabilité.
Dans les entreprises les plus importantes cotées en bourse, 11% des femmes en moyenne (27% en Suède et 24% en Finlande) siègent dans les conseils d'administration ou de surveillance des entreprises européennes et 3% seulement en sont les présidentes (15% en Bulgarie). Seule la Norvège en totalise plus de 42% grâce à une loi adoptée en 2004. La France réfléchit [3] à un dispositif équivalent.
Toutes les Banques centrales des 27 États membres sont dirigées par des hommes. En moyenne, les organes décisionnels les plus élevés des Banques centrales comptent 18% de femmes (41% en Suède). Dans 5 États membres (Allemagne, Autriche, Chypre, Luxembourg et Slovénie), les organes décisionnels les plus élevés de chaque banque comprennent seulement des hommes.
Les 3 institutions financières européennes (Banque centrale européenne, Banque européenne d'investissement et Fonds européen d'investissement) sont toutes dirigées par des hommes et seules 11% de femmes y occupent une position influente.
Dans les administrations centrales des 27 États membres, les femmes occupent 25% des emplois de niveau 1 (52% en Slovénie) et 33% des emplois de niveau 2 (74% en Slovaquie). Dans les administrations européennes, les femmes représentent 17% des emplois de niveau 1 (directeurs généraux) et 25% des emplois de niveau 2 (directeurs, conseillers). Sur les 22 agences européennes, 5 sont présidées par des femmes et 6 sont dirigées par des femmes. 5 femmes président la Cour des Comptes de leur pays (Chypre, Lettonie, Lituanie, Pays-Bas, Suède). La Cour des Comptes européenne comprend 4 femmes.
Dans le secteur judiciaire, les femmes représentent en moyenne 27% des membres des Cours européennes. Aucune n'est présidée par une femme. La Cour de Justice des Communautés européennes comprend 4 femmes juges. Elles sont 31% dans les Cours Suprêmes des États membres (100% au Luxembourg) et 5 femmes les président (Autriche, Luxembourg, Finlande, République tchèque, Roumanie). 1 femme préside la Cour Administrative allemande et 3 la Cour Constitutionnelle de leur pays (Espagne, Luxembourg, Slovaquie).

Source : www.globewomen.org


Les femmes dans la vie politique


 
En politique, si les choses évoluent peu à peu, cette évolution dépend exclusivement de la bonne volonté des dirigeants qui sont très majoritairement des hommes.
Dans les assemblées, locales ou nationales, qui sont pourtant censées représenter l'ensemble de la population, les femmes restent encore sous-représentées : selon l'Union interparlementaire (UIP) [4] 3 au 30 novembre 2009, sur les 44 741 membres que comptent les parlements dans le monde (chambres basses et hautes confondues), on dénombre 8 208 femmes, soit une proportion de 18,6%. Ce sont les pays scandinaves qui ont la proportion de femmes parlementaires la plus élevée (42,5%). Viennent ensuite l'Union européenne (24,04%) suivie des Amériques (22,4%), de l'Asie (18,5%) et de l'Afrique subsaharienne (17,6%). Les pays arabes ne comptent que 10% de femmes parlementaires.
D'où la prise de conscience depuis quelques années et l'encouragement à promouvoir et à soutenir la parité selon laquelle les femmes doivent désormais obtenir, au besoin par la loi, la même place que les hommes dans la vie publique. Le concept de parité stipule que les postes ouverts aux élections soient répartis de manière égale entre les hommes et les femmes. Il s'impose dans plusieurs pays. S'il ne constitue sans doute pas la solution idéale, il a permis le déblocage de situations qui, autrement, n'auraient pas évolué.
Pour le nombre de femmes élues dans les Parlements, les pays européens occupent 6 des 10 premières places du classement mondial. Selon l'Union interparlementaire (UIP) [5] au 30 novembre 2009, sur ces 6 pays, 4 sont des États membres de l'Union européenne (Suède, Finlande, Danemark, Pays-Bas), les 2 autres étant la Norvège et l'Islande. Il en va de même pour le nombre de femmes qui président une des chambres du Parlement. Sur les 36 femmes recensées par l'UIP [6] au 30 novembre 2009, 13 sont Européennes dont 7 issues d'États membres de l'Union européenne (Autriche, Bulgarie, Estonie, Lituanie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Roumanie), 8 représentent des îles des Caraïbes, 8 des États d'Afrique, 4 des États d'Asie et 3 des États des Amériques.
Depuis le 1er janvier 2010, la moyenne des femmes au sein des Parlements de l'Union européenne s'établit à 24,15%. Les disparités entre la Suède, qui compte 46,99% de députées, et Malte, qui n'en a que 8,70%, sont grandes. L'Union européenne est devancée par l'Australie 27,33%, mais elle reste devant le Canada 22,07%, les États-Unis 18,16% et le Japon 11,25%.
 
Source : Fondation Robert Schuman ©


Dans les gouvernements, les femmes représentent en moyenne dans l'Union européenne 26,12% des ministres. La Finlande est le seul pays qui compte plus de ministres femmes que de ministres hommes (60%), l'Espagne suivant avec 52,94%. Un seul gouvernement européen ne comprend aucune femme : la Hongrie.
Sept femmes sont actuellement Premier ministre de leur pays, dont 4 en Europe (Allemagne, Croatie, Islande, Ukraine), 1 au Mozambique, 1 au Bangladesh et 1 aux Antilles néerlandaises. Sept femmes sont Présidentes dont 3 en Europe (Irlande, Finlande et Lituanie où Dalia Grybauskaité a été élue dès le 1er tour en mai dernier), 1 en Argentine, 1 en Inde, 1 au Libéria et 1 aux Philippines.
Enfin, les dirigeants européens ont confié in extremis et sous la pression l'un des postes à responsabilité de l'Union européenne à une femme. La fonction nouvelle de Haute Représentante pour la politique extérieure et de sécurité commune et de Vice-Présidente de la Commission européenne chargée des relations extérieures a été attribuée à Catherine Ashton. Elle devient la " ministre des Affaires étrangères de l'Union " comme l'est Hillary Clinton pour les États-Unis d'Amérique.
 
Source : Fondation Robert Schuman ©
* N.B.: Le Premier ministre est comptabilisé mais pas les Secrétaires d'Etat.

 
Élu au suffrage universel direct depuis 1979, le Parlement européen a vu au fil du temps son rôle et ses pouvoirs s'accroître. Ils le seront encore avec le traité de Lisbonne entré en vigueur le 1er décembre dernier. Le nombre de femmes en son sein a augmenté ; elles sont beaucoup plus présentes au Parlement européen (34,92%) que dans les Parlements nationaux (24,04%). 1 seul État membre (Malte) n'y a pas envoyé de femmes.
Les femmes président 9 commissions et 8 délégations. 6 sont Vice-Présidentes du Parlement européen et 2 sont questeurs.
Deux femmes ont présidé le Parlement européen : Simone Veil de 1979 à 1982 et Nicole Fontaine de 1999 à 2001.
Les femmes investissent l'assemblée de Strasbourg qui devient incontournable au sein des institutions européennes. Elles maîtrisent de mieux en mieux le processus d'élaboration de la législation communautaire alors que celle-ci occupe dorénavant de plus en plus de place dans la loi et les règlements. Elles devraient donc œuvrer pour faire en sorte que l'égalité entre les hommes et les femmes ne soient plus un vain mot, mais une réalité. Certaines n'ont d'ailleurs pas hésité à manifester en novembre au moment des nominations pour que les dirigeants aient le courage de nommer une femme. La vigilance ne doit pas cesser.
 
Source : Fondation Robert Schuman ©

 
Les femmes ne constituent pas une catégorie ou une minorité. Elles sont une composante de la population au même titre que les hommes et, pour cela, elles doivent voir leurs droits consacrés au plus haut niveau. Elles représentent même souvent la majorité de la population. En Europe, ce sont les hommes qui sont minoritaires !
Par voie de conséquence, la parité doit être une exigence. Pour être représentatives, les institutions parlementaires, gouvernementales, judiciaires et les structures dirigeantes des entreprises doivent comprendre autant de femmes que d'hommes. Sinon, elles seront déséquilibrées. Le XXe siècle a vu les femmes conquérir de nombreux droits, le XXIe siècle doit être le siècle des femmes.
[1] Ce texte est extrait de L'état de l'Union 2010. Rapport Schuman sur l'Europe, Éditions Lignes de Repères, Paris, février 2010, p.192-200.
[2] M. Wallström, V. Reding, N. Kroes, M. Fischer-Boel, D. Grybauskaite, D. Hübner, B. Ferrero-Waldner, M. Kuneva, C. Ashton, A. Vassiliou.
[3] http://www.travail-solidarite.gouv.fr/actualite-presse/dossiers-presse/commission-nationale-negociation-collective-cnnc-egalite-professionnelle-hommes-femmes.html
[4] http://www.ipu.org/wmn-f/world.htm
[5] http://www.ipu.org/wmn-e/classif.htm
[6] http://www.ipu.org/wmn-f/speakers.htm
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
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L'auteur
Pascale Joannin
Directrice générale de la Fondation Robert Schuman.
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