Europe - Fondation Robert Schuman Home
fr de es pl





Lisbonne
Quizz
Links Contact
Synthèse n 2
Imprimer Version PDF
12th March 2001

Au-delà de l'état-nation : Quelle démocratie pour l'Europe ?


Author : Claire Demesmay


Depuis environ deux siècles, c'est dans le cadre de l'Etat-nation que les démocraties européennes ont pu se développer en adoptant et concrétisant les valeurs du libéralisme politique : respect de l'autonomie individuelle, de la réflexion et du choix personnels, traitement égalitaire des citoyens de la part d'un Etat neutre et impartial, protection des droits et libertés individuels, élections libres dans un climat de pluralisme et de tolérance. Aujourd'hui, ces valeurs humanistes sont largement acceptées, et la démocratie de caractère libéral – tout comme l'Etat-nation - est devenue un modèle tant envié que copié en dehors du monde occidental [1]. Pourtant, avec l'érosion de l'Etat-nation - son incapacité croissante à remplir les tâches qui lui furent jadis assignées - il est légitime de se demander si celui-ci peut encore être considéré aujourd'hui comme soutien et garant de la démocratie ? Et plus encore, comment préserver la démocratie sur le territoire européen, où l'intégration accentue le phénomène de dénationalisation, tout en traçant les contours encore incertains d'une citoyenneté européenne d'un type nouveau.

Au cœur de ces interrogations se trouve la notion de peuple, inséparable du concept d'Etat-nation.

L'Etat-nation peut se targuer d'un beau succès en matière d'institution et de pérennisation de la démocratie, avant tout parce qu'il a su accomplir l'universalité de la "communauté des citoyens", pour reprendre une expression chère à la sociologue Dominique Schnapper. Autrement dit, parce qu'il a réussi à doter des mêmes droits l'ensemble des individus vivant sur son territoire, dès lors qu'ils appartiennent au groupe national, à établir une correspondance sans faille entre un peuple homogène et les compétences étatiques, en premier lieu une loi unique. A l'heure européenne, étendre un tel modèle au niveau de l'Union est peu crédible. Alors que le processus d'unification politique continue à avancer, il paraît difficile de parler de peuple européen. En témoignent le caractère artificiel des ouvrages consacrés à l'identité européenne et l'accueil majoritairement indifférent du public à leur encontre. Le modèle de correspondance de l'Etat-nation ne peut être repris pour les projets d'Union. Le défi est donc aujourd'hui de penser la démocratie à l'échelle européenne, sans prendre pour modèle l'Etat-nation et sa signification du peuple.

1. La souveraineté du peuple : une préoccupation révélatrice


Avec le déclin de la forme de l'Etat-nation émergent de nombreuses préoccupations concernant la démocratie et son avenir dans l'Union, qui renvoient à des défis plus ou moins réels. L'un d'eux est lié au concept de souveraineté nationale.

1.1 Le mythe de la souveraineté populaire

La souveraineté du peuple, comme entité collective pouvant choisir ses orientations et les appliquer librement, sans connaître d‘entraves à sa volonté, fait partie des mythes fondateurs de la théorie démocratique. A l'origine, c'est-à-dire dès le XVI° siècle, la souveraineté renvoie à la toute puissance du monarque, au pouvoir de droit divin infaillible, ne pouvant, ni ne devant, être mis en question. Loin de faire disparaître l'idée de souveraineté, l'avènement et la consolidation de l'Etat-nation en ont au contraire fait une notion clef des nouveaux régimes démocratiques républicains : contrôlant la violence légitime sur un territoire déterminé, l'Etat devint entièrement libre d'y régner comme son gouvernement l'entendait, et à travers lui sa population. La Révolution française confirme cette nouvelle orientation : c'est désormais le peuple national détenteur de droits de citoyenneté qui légitime à la fois le pouvoir de l‘Etat et ses choix politiques. Le mythe de la souveraineté populaire renvoie à un peuple uni prenant des décisions collectives essentiellement au moyen du vote démocratique, à une communauté de destin capable de mener à bien son propre avenir de façon autonome.

D'après cette conception, les transferts de souveraineté, auxquels a de plus en plus souvent recours l‘Etat-nation contemporain, notamment dans le cadre de l'Union européenne, retirent aux citoyens des démocraties libérales d'Europe un droit fondamental, celui de choisir librement et en toute indépendance les orientations de leur communauté politique. La dénationalisation des décisions politiques, dès lors que celles-ci sont le fruit d'institutions supranationales, confisqueraient ainsi au peuple son droit à l'autodétermination. En outre, et appliquée au contexte de la citoyenneté européenne, cette idée de la souveraineté en appelle à l'existence d'un peuple européen, soudé par une identité et une volonté communes. Un tel peuple est aujourd'hui inexistant en tant que tel, et il est aisé d'imaginer les difficultés tant morales que pratiques, qui accompagneraient sa création quasiment ex nihilo.

Dans la mesure où elle repose sur un mythe erroné, et ne correspond pas à la réalité du pouvoir démocratique moderne, une telle crainte n'est pas fondée. Qu‘il s‘agisse de la souveraineté de l‘Etat monarchique, de l‘Etat-nation ou simplement du peuple, la souveraineté absolue n'a jamais existé. Non seulement il y a toujours eu des interactions, échanges et influences entre pays, entre populations ; mais pour prendre des décisions politiques valables à l'intérieur de ses propres frontières, l'Etat a également toujours dû tenir compte de facteurs extérieurs - attentes d'autres dirigeants ou situation du marché économique régional, si ce n‘est international. La souveraineté populaire apparaît ici comme un droit illusoire, que l'on ne peut retenir comme critère de définition du système démocratique. Si l'affaiblissement de l'Etat-nation représente un danger pour la démocratie, c'est ailleurs que dans les transferts de souveraineté qu'il faut le chercher.

1.2. Erosion de la souveraineté et crispations identitaires

Malgré les malentendus qu'il dissimule, le mythe de la souveraineté est intéressant à analyser pour traiter de la démocratie européenne. En effet, le débat qui s'est greffé sur la question de la souveraineté est révélateur du "malaise de l'identité nationale", trop fréquent dans les sociétés européennes pour être ignoré. Face à l‘érosion de la souveraineté étatique et à son transfert à des institutions supranationales, du moins à la perception qu'ils peuvent avoir du phénomène, nombreux sont les citoyens à se réfugier dans des réactions - généralement nationalistes - exacerbées. Ces réactions à leur tour, en tant qu'elles s'accompagnent d'un rejet des règles du jeu démocratique, représentent en soi une véritable menace pour la démocratie et ses valeurs.

Bercés du mythe de la souveraineté nationale, certains citoyens croient à tort leur nation privée de son pouvoir légitime, et s'imaginent spoliés d'un de leurs droits fondamentaux, qui plus est de leur unique droit collectif. D'où des réactions de "frustration nationale", s'exprimant à la fois par des attitudes nationalistes parfois problématiques, un détachement, voire une critique violente des institutions démocratiques, ainsi qu'une indifférence croissante vis-à-vis de la vie politique nationale, et plus encore européenne. Un tel malaise peut aller jusqu'à la haine de l'Autre, du non national, jusqu'à une rébellion contre l'Etat. Il est probable qu'il participe à l'anomie politique des Européens en général, ainsi d'ailleurs qu'à certains bons scores des partis d'extrême-droite en Europe.

Il est en effet déjà advenu, particulièrement en période de crise économique, que les représentants des courants nationalistes exigent une plus grande fermeture de la nation sur elle-même, de façon à accorder aux individus des droits et libertés [2] en fonction de la nationalité ; autrement dit, ils nient l'universalité des droits fondamentaux, en se prononçant pour un système de privilèges réunissant les membres de la nation ou de discriminations excluant les non-membres. Si de telles réactions de repli résultent en grande partie d‘une erreur de compréhension du système démocratique, notamment du concept de souveraineté, elles n'en représentent pas moins un grave danger pour la cohésion des sociétés démocratiques, ainsi que pour le maintien de leurs valeurs humanistes. Ceci est encore plus flagrant dans une Europe qui, dans l'esprit du Traité de Maastricht, accorde des droits de citoyenneté à tous les ressortissants des pays de l'Union. D'où la nécessité de démystifier l'idée de souveraineté populaire et les revendications qu'elle suscite, aussi absurdes que dangereuses pour les valeurs humanistes d'inspiration libérale et la construction européenne.

2. La procédure de sanction des dirigeants

La seconde préoccupation que suscite le déclin de l'Etat-nation dans une perspective démocratique porte sur les procédures de sanction caractérisant l'élection, ou plutôt l'éviction, des dirigeants dans les sociétés démocratiques. Une telle procédure, qui est la clef de voûte de la légitimité démocratique, peut véritablement en définir le système, contrairement au pouvoir ou à la souveraineté du peuple.


2.1. Le contre-pouvoir démocratique de la sanction

Comme l‘a démontré le philosophe Karl Popper, le vote permet aux électeurs de juger leurs dirigeants, et de retirer les commandes politiques à ceux qui n'en sont pas dignes, c'est-à-dire à ceux dont ils ne sont pas satisfaits. En effet, l'élection ne vise pas à choisir les futurs gouvernants, mais simplement à destituer les mauvais. Cette procédure d‘élimination, qui renvoie à une définition toute négative de la démocratie, permet aux citoyens de contrôler a posteriori la politique des gouvernants, et d'éviter ainsi - jamais complètement, il est vrai - qu'ils ne commettent des abus de pouvoir. Les élections représentent une garantie de contre-pouvoir fort, sans lequel la démocratie perdrait un grand nombre de ses attraits, voire sa raison d‘être même. Elles font des citoyens, non les détenteurs d'une souveraineté absolue, mais les censeurs d'une politique qu'ils ne peuvent que juger après-coup.

Le problème que pose ici la dénationalisation du politique réside dans son incapacité à assurer l'existence et le fonctionnement d'un tel contre-pouvoir démocratique efficace. En déléguant de plus en plus de compétences aux institutions bruxelloises, l'Etat-nation européen désolidarise les trois instances qu'il tenait jusqu‘à peu soudées l‘une à l‘autre : territoire, compétences et identité deviennent toujours plus indépendants l'un de l'autre. Cette dissociation progressive des attributions de l'étatisme traditionnel met à mal la procédure de contrôle démocratique : les électeurs n'ont que la possibilité de juger leurs dirigeants nationaux alors que leur rôle de législateurs tend à se vider de sa substance pour laisser place à un simple rôle d‘exécutants, se contentant d'appliquer des décisions prises par d'autres au niveau supranational. Dans le même temps, les véritables dirigeants, dont les décisions se répercutent toujours plus sur le quotidien des citoyens, échappent en grande partie au jugement de ces derniers.

L'insuffisance d'un tel contrôle démocratique est flagrante dans l‘Union européenne, où se met en place un pouvoir politique relativement autonome, n'ayant qu'à peu rendre compte de ses réflexions, décisions et actions devant les citoyens. Cette relative indépendance du politique par rapport au contrôle démocratique est accentuée au niveau européen par la primauté bureaucratique, qui tend à restreindre la séparation du législatif et de l'exécutif et à jeter un voile d'anonymat sur les mesures et décisions politiques prises par des hommes sans nom ni visage. Dans un nombre de cas important, les questions politiques européennes sont traitées par des experts de la Commission européenne, par ailleurs très souvent fonctionnaires. Cette "quatrième branche du pouvoir" a la particularité, propre à l'ère de la dénationalisation, d'exercer une grande influence sur les gouvernements nationaux et les politiques étatiques, sans pour autant devoir faire preuve d‘une quelconque responsabilité vis-à-vis des citoyens concernés. Autrement dit, ne pouvant être jugée par les citoyens, elle représente une instance démocratique au rôle et à l'influence de plus en plus importants.

2.2 Supranationalisme et légitimité démocratique

Pour répondre à cette préoccupation, il serait tentant de faire remonter la légitimité des structures supranationales à celle des gouvernements nationaux auxquels les citoyens se réfèrent. Cela est possible, dans la mesure où les organismes supranationaux [3] sont constitués de représentants des Etats-nations, nommés par les gouvernements ou, plus rarement, démocratiquement élus. Ainsi, un renforcement du Conseil des ministres, organe décisionnel déterminant de l‘Union, exclusivement composé de membres des gouvernements nationaux des Etats européens permettrait que la souveraineté nationale reste aux mains des représentants nationaux. Il n'y a pas alors d'érosion de la souveraineté nationale, tout au plus une nouvelle organisation de cette dernière, au reste tout aussi légitime. Dans ce cas, on pourrait dire que la politique européenne applique la souveraineté nationale des pays membres de l'Union, et par conséquent représente démocratiquement leurs populations. S'il est vrai que la participation de ministres nationaux à l'exécutif européen, outre la cessation volontaire de souveraineté aux institutions supranationales, est aujourd'hui la seule légitimation possible de ces institutions celle-ci est hautement insuffisante ; et ce pour deux raisons principales.

D'abord parce qu'elle ne remplit pas la condition démocratique de correspondance. Pour qu'il y ait démocratie, le territoire sur lesquelles les mesures politiques sont appliquées doit coïncider avec le territoire sur lequel elles prennent effet. A titre d'exemple, on pourrait difficilement tenir pour démocratique la décision du gouvernement britannique de revenir à une loi écologique particulièrement laxiste, si celle-ci avait pour conséquence directe de polluer les mers scandinaves et de priver de travail les pêcheurs norvégiens. Dans un tel cas, les citoyens norvégiens concernés par la mesure britannique en question ne pourraient nullement sanctionner les décideurs britanniques, et guère plus exercer sur eux de pression efficace. Bien qu'ils aient été représentés par des délégués de leur gouvernement national lors de la délibération, les citoyens de cet Etat n'ont alors guère de recours. Les problèmes de correspondance sont relativement fréquents dans le monde contemporain, où il n'est pas rare que la politique d'un Etat ait des répercussions au-delà de ses frontières. Mais ils gagnent en intensité lorsque les décisions sont prises au-delà même de l'Etat-nation, dans une sphère transnationale.

Si l'argument de la représentation démocratique des citoyens au niveau supranational est insuffisant, c‘est aussi parce qu'elle néglige la condition démocratique de contrôle. Premièrement parce que les méandres nébuleux de la politique supranationale encouragent les dirigeants ayant participé à une décision impopulaire à échapper à leur responsabilité face à l'opinion publique nationale, en la renvoyant à leurs homologues européens. Dans un tel cas, le citoyen ne sait qui juger, et encore moins qui sanctionner. Deuxièmement parce que les citoyens n'ont pratiquement accès qu'à des sphères publiques nationales ; quelle que soit la nature de l'élection, et cela vaut également pour les élections européennes, les campagnes électorales sont orientées vers des problèmes nationaux, des responsabilités nationales. Le citoyen ne sait alors quoi sanctionner.

Dans la quasi-incapacité, d'établir les responsabilités, et de juger des questions supranationales et de leurs enjeux, le citoyen ne peut effectuer aucun contrôle sur une telle politique [4].

3. Démocratie et citoyenneté européenne

Si elle est certes porteuse d'une signification déterminante, on ne peut réduire la question du contrôle démocratique à celle du vote-sanction. Il faut également prendre en compte le processus, en amont, qui seul rend possible un jugement lucide, et par conséquent un vote de contrôle juste et efficace.

3.1 Pour une opinion publique dénationalisée

L'enjeu consiste essentiellement en l'émergence et le développement d'une opinion publique dépassant le cadre national, sensibilisée aux grandes questions internationales, en premier lieu européennes, et capable de saisir à la fois les problématiques et la signification des discussions à leur propos. Si elle existait, une telle opinion publique dénationalisée et éclairée serait sans doute la clef du contrôle démocratique, dès lors qu'il s'applique à une politique supranationale, voire nationale. En effet, cette opinion publique contribuerait non seulement à démocratiser la politique européenne en facilitant l'exercice du contrôle démocratique des dirigeants, mais permettrait également de légitimer le système démocratique, une Constitution européenne et la Charte des droits fondamentaux.

L'institution d'un cercle de discussion élargi, engageant l'ensemble des citoyens européens, n'est pas sans rappeler l'"éthique du discours" du philosophe contemporain Jürgen Habermas. Il ne s'agit pas ici d'une discussion virtuelle entre êtres abstraits, purement raisonnables, visant à justifier les principes d'un contrat de société, mais d'une discussion nécessairement réelle, entre l'ensemble des citoyens d'Europe [5]. Se rencontrant au-delà des frontières nationales et linguistiques, les citoyens d'Europe pourraient ainsi débattre de projets communs de société, régler ensemble des questions de gouvernance et déterminer avec pragmatisme les droits et libertés qu'ils souhaitent voir respecter dans l'Union. Dans une société - même partiellement - dénationalisée, où les droits tendent à s‘universaliser, où de plus en plus de décisions politiques, mais aussi économiques, sont prises au niveau européen, où le principe d‘ingérence a cessé de constituer une exception, il est en effet indispensable d'élargir le cercle de discussion de l'opinion publique, et de l'étendre aujourd'hui à l'espace de l'Europe.

L'émergence d'un tel cercle de discussion d'ordre transnational requiert l'ouverture sur l'Europe d‘institutions aujourd'hui repliées sur le cadre national, notamment des systèmes médiatique et scolaire [6]. D'une part, les médias auraient à relayer, non seulement les enjeux des problèmes européens, voire planétaires, mais également les prises de positions et les débats des gouvernants sur ces questions [7]. Faire connaître les dirigeants des autres pays, ainsi que leurs opinions et engagements politiques, présenterait le double avantage d'éclairer plus encore les enjeux du débat, et surtout d'éviter aux dirigeants d'échapper à leur responsabilité. De l'autre, l'école aurait à charge d'éduquer à la citoyenneté, non plus seulement nationale, mais également européenne, en remplaçant les mythes sur lesquels repose notamment l'enseignement de l'histoire nationale par un éveil au respect de l'Autre et à la tolérance. Fondée sur un échange entre les groupes, et par là entre les traditions d'Europe, une telle éducation serait à même de poser les premières pierres d'une culture politique commune, d'un consensus sur des valeurs éthico-politiques, au-delà des différences nationales. C'est la raison pour laquelle une telle opinion publique n'a ni pour condition de possibilité, ni même pour but, l'existence d‘un peuple culturellement homogène.

3.2 Vers un nouveau paradigme du pouvoir

Pour doter la citoyenneté européenne d'un caractère démocratique, il faut aussi se pencher sur la question paradigmatique du pouvoir et inventer un équilibre d'un autre type, qui ne renvoie plus à la structure centralisée et simplificatrice de l'Etat-nation (un peuple = un Etat = une politique), mais soit adapté à la réalité européenne. Autrement dit fonde une organisation politique dans laquelle un centre décisionnel unique puisse correspondre à différents peuples, à des traditions multiples. Pour cela, l'Europe politique doit cesser de croire en l'indissociable lien unissant compétences, territoire et identité [8], sous peine de contradictions et dysfonctionnements démocratiques croissants, et distinguer les unes des autres les différentes compétences de l'Etat-nation classique, qui tendent de plus en plus à être réparties entre plusieurs instances. La clef du pouvoir n'est plus aujourd'hui l'agrégation de toutes les attributions étatiques, idéalement incarnée par l'Etat-nation - français - de la fin du XIX° siècle, mais la répartition des fonctions gouvernementales à différents niveaux de pouvoir. Autant dire que l'idée d'Etat-nation européen serait ici particulièrement malvenue.

Ainsi l'Etat national, bien qu'il ait cédé de larges parts de souveraineté aux institutions européennes et ne soit plus guère en mesure de garantir seul à ses habitants sécurité extérieure et intérieure ou bien-être social, conserve-t-il une fonction fondamentale, à savoir la fonction identitaire.

De leur côté, incapables de susciter à ce jour une véritable identification affective, les institutions européennes n'en détiennent pas moins un important pouvoir dans les domaines sécuritaire et socio-économique.

Gardons-nous cependant de schématiser la situation : l'Etat-nation n'est pas complètement dépourvu de ses attributs traditionnels - il conserve par exemple, même s'il est limité, un certain pouvoir de régulation économique -, de même que régions et Union européenne peuvent, elles aussi, endosser un certain rôle identitaire. En un mot, la caractéristique de ce paradigme est d'être complexe, et d'autoriser interactions de pouvoir et croisements d'autorité. Dès lors que l'Etat reconnaît partager son autorité avec d'autres institutions, et en assume les conséquences en matière d'éducation citoyenne, il permet d'atténuer bien des difficultés liées à l'émergence d'une opinion publique dénationalisée en Europe.

Concrètement, un système électoral qui tiendrait compte de cette complexité arriverait sans doute à réduire les problèmes de démocratie liés à la politique européenne en prenant en compte équitablement les intérêts de tous les individus d'Europe, quelles que soient leurs communautés d'appartenance, quelles que soient les frontières culturelles, religieuses, linguistiques ou étatiques qui tendent toujours à les séparer. Il s'agit de leur donner un droit de regard efficace sur les politiques menées en leur nom, en évitant une (di)vision communautariste de la société et de la vie politique. Plutôt que d'organiser la représentation des habitants d'Europe - lors des élections du Parlement européen -, d'après leur appartenance à un Etat-nation particulier, et ainsi d'encourager la perpétuation du modèle national, il serait intéressant de le faire sur un mode universaliste, sans tenir compte des différences et séparations nationales. Ainsi, les députés européens ne seraient-ils plus des délégués de leur Etat-nation respectif, mais des représentants de l'ensemble des citoyens d'Europe.

Au regard de ce modèle, il n'est nullement indispensable de recourir à l'idée improbable de nation européenne pour légitimer démocratiquement la politique des institutions européennes. Il suffit que les individus vivant à l'intérieur de l'Union européenne aient conscience de l'utilité de la collaboration supranationale et développent l'envie et le besoin de résoudre ensemble des problèmes communs. Une telle association d'individus aux identités divergentes, rassemblés par un consensus sur des valeurs non culturelles, n'est pas caractérisée par la solidarité "ethnique" propre à l'Etat-nation, fondée sur de mêmes expériences historiques et culturelles, mais par la solidarité spécifique à toute communauté soudée par des défis civilisationnels communs. Dans le cadre d'une démocratie européenne ouverte, ce modèle est à même de soutenir l'émergence d'un sentiment d'appartenance européen et d'un lien communautaire fort entre les citoyens d'Europe, ainsi que de garantir les valeurs humanistes en leur offrant une nouvelle structure sûre, au-delà de l'Etat-nation.

[1] Les débats portant sur le libéralisme contiennent des critiques, non pas sur les valeurs fondamentales du libéralisme (dignité humaine, traitement égalitaire), mais sur leur application politique.

[2]il ne s‘agit généralement pas de droits civiques, mais bien souvent de droits sociaux.

[3] Il ne s'agit bien sûr pas ici des organisations non gouvernementales.

[4] Cela est vrai pour l'Union européenne, et plus encore pour les autres organisations internationales, qui n‘offrent même pas l‘opportunité d‘élire un parlement, fut-il réduit à un rôle d‘ombre institutionnelle.

[5] On peut dire que les citoyens représentent un "deuxième cercle de discussion", à côté du "premier cercle" réunissant les dirigeants lors de toute collaboration internationale.

[6] Ironie de l‘histoire, il s‘agit précisément des institutions qui ont participé tout au long du XIX° siècle à forger l‘opinion publique nationale, ainsi d‘ailleurs que la conscience nationaliste.

[7] Faire connaître les dirigeants des autres pays, ainsi que leurs opinions et engagements politiques, présente le double avantage d‘éclairer plus encore les enjeux du débat, et surtout d‘éviter aux dirigeants d‘échapper à leur responsabilité.

[8] Aujourd'hui, l'Europe politique se calque sur le modèle de l'Etat national (ce que reflète assez fidèlement la répartition du pouvoir entre les organes européens : Commission européenne, Conseil des ministres et parlement). Il est révélateur que le Traité de Maastricht accorde la citoyenneté européenne à tous les ressortissants des pays membres, cherchant par là à les englober artificiellement dans un peuple européen inexistant.



Publishing Director: Pascale JOANNIN

The Robert Schuman Foundation, created in 1991 and acknowledged by State decree in 1992, is the main French research centre on Europe. It develops research on the European Union and its policies and promotes the content of these in France , Europe and abroad. It encourages, enriches and stimulates European debate thanks to its research, publications and the organisation of conferences. The Foundation is presided over by Mr. Jean-Dominique Giuliani.

Europe Live

Germany/Knights
Culture
Just as the Ruhr is the European Capital of Culture this year the archeological museum of Herne is playing on words and is organising an exhibition...
EU/Morocco
Council
The EU and Morocco have expressed their desire to build their partnership in terms of external relations on sharing common democratic values, the...
No confidence
Ukraine
On 3rd March the Ukrainian parliament voted a motion of no-confidence against Yulia Tymoshenko's government thereby heralding the end of the...
Carbon
Studies/Reports
The Center for European Reform has just published a study by Stephen Tindale and Simon Tilford entitled "Carbon Capture and Storage: What the EU...
Referendum
Iceland
According to the almost final results published on 7th March (using a base of 130,575 counted voting slips) the Icelanders answered "no" - 93.2% - to...
Nabucco
Turkey
On 4th March the Turkish parliament ratified the intergovernment agreement to build the European gas pipeline Nabucco. The Nabucco project aims to...
Exhibition/Rembrandt
Culture
Until 21st April the Bydgoszocz Museum is devoting an exhibition to drawings and prints by Rembrandt. The exhibition is presenting work borrowed from...
Appointment
NATO
The Chief of Staff of the French Army, Stéphane Abrial was appointed "Supreme Allied Commander for the Transformation" of NATO on 29th July. This...
Cybercrime
Spain
On 3rd March Spain announced that it had foiled the biggest world network of "zombie computers". This involved over 13 million pirated machines,...
Inflation
Eurostat
According to a rapid estimation published by Eurostat on 2nd March, the annual inflation rate in the euro area lay at 0.9% in February 2010. In...
Finland
Bulgaria
Bulgarian Foreign Minister Nickolay Mladenov travelled to Finland on 2nd and 3rd March on the invitation of his Finnish counterpart Alexander Stubb....
EU
Ukraine
On 1st March Ukrainian President Viktor Yanukovich travelled to Brussels on his first journey abroad. He was guest to Herman Van Rompuy, President of...
Iraq
UK
British Prime Minister Gordon Brown was auditioned by the Commission of Inquiry into British commitment in Iraq. He said "I believe that we took the...
Defence
France
On 5th March European Foreign Minister Catherine Ashton was the guest of French Defence Minister Hervé Morin. They agreed on the need to establish a...
Spain
Germany
On 1st March German Chancellor Angela Merkel received Spanish Head of Government José Luis Rodriguez Zapatero as part of a series of German-Spanish...
Women/Men
Eurostat
On the occasion of International Women's Day on 8th March Eurostat has published statistics on the situation of women and men in the EU. According to...
Council
General Affairs and External Relations
On 27th July the 27 Foreign Ministers called on the Commission to issue an opinion on the request for EU membership on the part of Iceland. They...
Museum/Chopin
Culture
An ultramodern museum devoted to Frederik Chopin was inaugurated on 1st March in Warsaw on the occasion of the bicentary of his birth. Lying in the...
Balkans
France
During his visit on March 1st and 2nd to Serbia and Kosovo French Foreign Minister Bernard Kouchner explained to the authorities in Belgrade that the...
A400M
Defence
On 5th March seven customer nations (Germany, France, UK, Spain, Belgium, Luxembourg, Turkey) came to a principle agreement in Berlin to accept the...
Debt
Studies/Reports
The Centre for European Studies in Brussels has just published research by Michael Wohlgemuth entitled "Avoiding the Debt Trap: Public Finances in...
Energy
Sweden
Maud Olofsson, Swedish Business and Energy Minister announced in an article published in the daily Dagens Nyheter that Sweden is to increase...
Women/Men
Commission
The European Commission has promised to address the 18% gap in pay between men and women in the EU. The gap lies at 4.9% in Italy, 17.1% in Spain,...
Referendum/Iceland
Foundation
Nearly all of the Icelanders who turned out to vote on 6th March in the referendum on the law on the Icesave agreement rejected the text: 93% voted...
Immigration
UK
On March 1st the 2010 strategy was launched by the British Border Agency entitled "International Challenges, International Solutions: Managing the...
Spain
Financial Crisis
Data published by the public employment services indicate a rise in the number of unemployed (+82,132) in Spain in February. The number of ...
Statistics
Greece
On 4th March the Greek Finance Minister presented the draft law entitled "Greek Statistics System. Creation of the Greek Statistics Authority 'ELSTA'...
Germany/France
Greece
German Chancellor Angela Merkel endeavoured on 5th March to calm tension between her country and Greece congratulating Athens on its work and saying...
Agency/Debt
Financial Crisis
Belgian Prime Minister Yves Leterme is proposing the creation of a Finance Ministry or a European Debt Agency (EDA) for the euro area to manage...
Russia
France
Russian President Dmitri Medvedev met French President Nicolas Sarkozy during a State visit to France from 1st to 3rd March. The Russian and French...
Elections
Moldova
Together the four main opposition parties won the early general elections in Moldova with 50.7% of the vote and 53 MPs ahead of the Communist Party...
Iceland
Financial Crisis
Iceland's GDP declined by 6.5% in 2009 ie a record annual decline for the country's economy announced the National Statistics Office. In 2008 the GDP...
High-Tech
Germany
On 1st March Chancellor Angela Merkel inaugurated the Cebit exhibition in Hannover whose guest of honour this year was Spain. Until 6th March the...
Slovenia
Financial Crisis
Slovenia's GDP declined by 7.8% over 2009 as a whole according to figures published on 1st March by the Slovenian statistics office. It is the first...
Poland
Austria
The Austrian Foreign Minister Michael Spindelegger travelled to Warsaw on 3rd March where he met his Polish counterpart Radoslaw Sikorski....
Debate/Barnier
Foundation
EurActiv.fr, notably together with the Robert Schuman Foundation, is organising a debate with Michel Barnier, European Commissioner for the Internal...
Italy
Financial Crisis
According to Istat the Italian GDP decreased by 3% in 2009 in comparison with 2008 with a contraction in all economic sectors although on various...
Balkans
European Council
After a meeting on 5th March with the new Croatian Head of State Ivo Josipovic, the President of the European Council, Herman Van Rompuy asked...
Russia
Ukraine
After Europe Ukrainian President Viktor Yanukovich travelled to Moscow to meet his Russian counterpart Dmitri Medvedev. During the press conference...
External Operations
Italy
The Italian Chamber of Representatives approved the decision to extend Italian military participation in international missions by six months,...
Treaty ratified
Italia
Italian deputies have voted at the unanimity on july, 31th the ratification of the Lisbon Treaty, just one week after the positive vote from the...
GDP
Eurostat
In the fourth quarter of 2009 the GDP in the euro area and that of the EU increased by 0.1% in comparison with the previous quarter according to...
Colombia/Peru
Council
On 1st March the EU negotiated a free-trade agreement with Peru and Colombia which will lead to the liberalisation of trade. The agreement notably...
EIB
Financial Crisis
The European Investment Bank (EIB) delivered an unprecedented volume of effective funding for the recovery of Europe and Greece. The EIB proved to be...
Diplomacy
Council
On 5th and 6th March the 27 EU Foreign Ministers debated the establishment of a European External Action Service. Debate was intense, notably with...
Carbon Tax
Eurobarometer
An survey undertaken by Eurobarometer and published on 29th July shows that Europeans do not support the idea of a special tax on products that are...
Sweden
Financial Crisis
Sweden is due to recover quicker than planned from the economic crisis due to unemployment which will not increase as much as feared, said the...
Justice
Germany
The German Constitutional Court demanded on 2nd March that all data relative to the telecommunications of citizens that had been saved since 2008 be...
Women/Men
Eurobarometer
According to a Eurobarometer survey published on 5th March the business world is "dominated by men who do not trust women enough" say three quarters...
ECB
Financial Crisis
On 4th March the European Central Bank (ECB) left its main rate at its lowest level ever (1%) - a status quo that is due to continue to the backdrop...
Nuclear
France
On 8th March French President Nicolas Sarkozy pleaded in favour of the world development of civil nuclear activities notably in poor countries...
Commission
Loans
The European Commission paid the second part of its loan to Latvia to a total of 1.2 billion euros on 27th July together with the first payment of...
Industry
Eurostat
According to figures published on 2nd March by Eurostat the industrial price index increased by 0.7% in the euro area and by 0.9% in the EU in...
Economy
Publications
The countries in the east and south of Europe are due to recover growth in 2011, but at lower levels than before the crisis according to forecasts...
Schuman Report
Foundation
The Robert Schuman Foundation has just published the fourth edition of "The State of the Union 2010, Schuman Report on Europe" with the publishing...
Women/Men
Studies/Reports
The share of women working across the globe has increased significantly over the last 30 years but their work is still less well paid and more menial...
Balkans
Albania
According to a joint declaration published on 5th march after a meeting in Tirana the Interior Ministers of five western Balkan countries (Albania,...
Armenia
USA
On 4th March the Foreign Affairs Committee of the American Chamber of Representatives approved a resolution acknowledging the Armenian genocide by...
Greece
Financial Crisis
On 3rd March the Greek government presented a draft law entitled "emergency measures to face the financial crisis" which includes 20 articles; it...
Macedonia
Financial Crisis
On 6th March the Macedonian government revealed a new series of measures to counter the effects of the world economic crisis. This "anti-crisis plan"...
Telephony
Commission
Since March 1st European mobile telephone operators must offer their clients a limit to their mobile internet bill abroad. According to a regulation...
EU/USA
Studies/Reports
The German Society for Foreign Policy (DGAP) has just published a study by Josef Braml entitled "Onkel Dagobert in Nöten. Auswirkungen der...
GMO
Commission
On 2nd March the European Commission announced its intention to present a proposal by the summer aiming to allow Member States greater freedom to...
Europe/Power
Studies/Reports
Garnet (Globlal, Governance, Regionalisation & Regulation: The role of the EU) has published a report by Zaki Laïdi entitled "Europe as a risk averse...
Germany
Financial Crisis
Just as the Bundestag is looking into the German budget for 2010 German Finance Minister Wolfgang Schäuble confirmed in an interview published on 3rd...
Belgium
Italy
Italian President Giorgio Napolitano travelled to Brussels on 3rd March where he met European Parliament President Jerzy Buzek, members of the...
France
Financial Crisis
According to figures published by INSEE on 5th March the unemployment level according to the International Labour Office (ILO), lay at 10% of the...
Growth/Employment
Commission
On 3rd March the European Commission launched the Europe 2020 strategy for growth and employment. The Commission wants to promote smart growth...
Parliament
European Council
The President of the European Council, Herman Van Rompuy met the parliamentary groups of the EPP and the S&D on 3rd March. He said that his main...
Waste
Italy
Italy still does not have an adequate network to dispose of waste in the Naples region of la Campania said the EU Court of Justice on 4th March in a...
Fiscality
Spain
The Spanish government approved a plan to counter fiscal fraud on 5th March, this included 60 measures that should lead to the recovery of annual...
Jerzy Buzek
Bulgaria
Jerzy Buzek, the President European Parliament, travelled to Bulgaria on 3rd March where he attended the ceremonies of the Bulgarian national day...
Interim Government
Belgium
Outgoing Belgian Prime Minister Guy Verhofstadt succeeded in reaching agreement on 19th December to form an interim government until 23rd March next...
Euro Area
Financial Crisis
Eurogroup Chair and Luxembourg Prime Minister Jean-Claude Juncker spoke in support of the creation of a European ratings agency that would be placed...
Competitiveness
Council
On 1st and 2nd March the 27 European Industry and Research Ministers adopted measures to foster the mobility of researchers and the establishment of...
Tobacco
Court of Justice
On 4th March the European Court of Justice condemned the minimum prices set by France, Austria and Ireland on cigarettes and certain tobacco products...
Norway
Studies/Reports
The OECD published an economic study on Norway which shows that this country has surmounted the financial crisis better than most of the other OECD...
Balkans
Belgium
After a press conference on 5th March with his Serb counterpart Mirko Cvetkovic Belgian Prime Minister Yves Leterme said that Belgium "was no longer...

Newsletter

Subscribe to the newsletter