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A propos de Robert Schuman Mardi 9 février 2010

Robert Schuman et l'idée européenne (1886-1963)

Par Michel-Pierre CHELINI


Robert Schuman offre à sa postérité une image contrastée. Président du Conseil et surtout ministre des Affaires Étrangères sous la IVe République, il fut à la fois discret de maintien et profondément novateur dans l’action. Les plus anciens d’entre nous ont pu voir sa photographie dans la presse, parfois l’entendre ou l’approcher, les générations intermédiaires en ont eu des échos éloignés par les étapes de la construction européenne, les plus jeunes ont appris dans leur programme de classe terminale qu’il figurait au panthéon politique des « Pères de l’Europe » en duo avec Jean Monnet, à la suite d’une longue théorie de personnes illustres, de Saint Benoît de Nursie à Aristide Briand. Aujourd’hui, plus de trente ans après sa mort (1963), que peut dire l’historien de cette image ?

Nous pouvons nous interroger à trois niveaux.

- Comment Robert Schuman est-il devenu européen ? Est-ce par éducation familiale, scolaire et universitaire, par choix politique ou par le jeu des circonstances ? D’ailleurs, qu’est-ce qu’un Européen: un habitant de l’Europe, un « citoyen culturel » de l’ Europe (un euro-citoyen ?), ou un simple sympathisant de l’ Europe ?

- A quelle Europe a-t-il pensé ? Le choix d’une Communauté à Six et limitée au charbon et à l’acier n’est-il pas réducteur et, de ce fait, apparenté à l’époque révolue de la guerre froide ?

- Quelle œuvre « européenne » a-t-il laissée, à la fois directe et indirecte ? La CEE (Communauté Economique Européenne), le SME (Système Monétaire Européen), l’UE (Union Européenne) ne sont pas son œuvre directe, mais dans quelle mesure ces institutions ne procèdent-elles pas de son inspiration ?

UN PARLEMENTAIRE CATHOLIQUE MOSELLAN ET L’IDEE EUROPEENNE (1886-1945)



Robert Schuman n’est pas né « européen », il l’est devenu progressivement. Suivons son itinéraire, de l’enfance à la maturité.

Un milieu favorable, une personnalité riche et discrète.





Les composantes de sa formation peuvent se résumer ainsi.

Il est issu d’une famille mosellane de la frontière franco-germano-luxembourgeoise Ici, la frontière peut s’entendre aussi bien comme une ligne de défense (un trait) que comme un point de passage (un trait d’union). Sa famille fait partie de la bonne classe moyenne intermédiaire, presque aisée. Le père de Robert est propriétaire terrien, partiellement exploitant agricole, partiellement rentier ; Mosellan, après la guerre de 1870-71, où sa région est annexée au Reich, il s’installe au Luxembourg, mais « n’opte pas » pour la France et devient citoyen allemand résidant à l’étranger (le Luxembourg devient Grand duché distinct de la Belgique en 1890) ; il meurt en 1900. La mère de R. Schuman est luxembourgeoise de naissance. Le jeune Schuman, enfant unique, a donc trois patries d’origine (!), distantes de quelques dizaines de kilomètres, mais juridiquement, il peut choisir entre le Luxembourg et l’Allemagne. Très attaché à ses parents, il souffre beaucoup de leur décès, à dix ans d’intervalle (1900 et 1911) avant la guerre de 1914.

Sur le plan linguistique et culturel, il est germanophone. Les parlers mosellans et luxembourgeois de ses parents lui ouvrent les portes de la culture germanique, mais à la manière critique de ces populations à la marge du Reich, blessées par le pangergermanisme montant de l’ère wilhelmienne. Il bénéficie ainsi des apports du monde germanique, des contes et légendes de l’enfance, de la littérature, du romantisme, de l’historiographie, de la philosophie, mais sans adhésion au culte de la force martiale, bientôt de l’expansionnisme Alldeutsch.

Un juriste qualifié et scrupuleux



Après des études secondaires à Luxembourg, il passe son baccalauréat-Abitur - en Alsace - Moselle allemande en 1904, afin de bénéficier de l’entrée dans le système universitaire du Reich. Le droit allemand domine désormais en Moselle, au Luxembourg, en Alsace, et la formation allemande est, de toutes façons, supérieure à celle des universités françaises analogues. De 1904 à 1912, il fréquente les universités allemandes, notamment Strasbourg et Berlin, et devient spécialiste de droit civil et de droit commercial. De 1912 à la déclaration de guerre, il travaille à Metz dans un cabinet d’avocat (parcours similaire à celui de Konrad Adenauer). Pendant la Guerre, il est employé dans l’administration allemande pour ses compétences juridiques. Après la Guerre, il s’inscrit comme avocat au barreau de Metz, en 1922, et y demeure jusqu’en 1963. Il se sent à l’aise dans cette profession libérale où sa réputation de probité lui vaut une clientèle fidèle. Avec l’héritage de ses parents, il est hors du besoin toute son existence.

Le parlementaire catholique de Metz: Un catholique fervent



Porté par son éducation familiale, au sein d’une région de pratique religieuse soutenue, il bénéficie paradoxalement de l’effort d’organisation étonnant du catholicisme allemand des années 1870-1900. Le Kulturkampf bismarkien (1971-1887) qui cherche à mettre au pas les catholiques allemands (35 % de la population du Reich) et le statut de minorité annexée imposé à l’Alsace-Moselle, « province » (Reichsland) dirigée par un préfet (Statthalter) et non Etat (Staat) avec un gouvernement et un parlement (Landtag) comme la Bavière ou la Saxe, incitent les catholiques lorrains et alsaciens à s’engager rapidement dans le double mouvement de regroupement, politique (le parti Zentrum de Windthorst, fondé en 1870) et associatif (Verein-Katholizismus de 1890). Des syndicats, des associations de jeunes, de femmes, de producteurs... se font jour et recrutent alors massivement. Dans les facultés allemandes, par exemple, R. Schuman fait partie de la corporation étudiante la plus modérée, l’Unitas, celle des séminaristes et des étudiants en théologie. Ses sympathies vont au Zentrum (14 à 16 % des voix dans le Reich, pour 35 % de catholiques), mais il n’y joue aucun rôle significatif en raison de sa jeunesse et de son caractère réservé.

Une fois installé, il fait partie des mouvements associatifs dont il devient progressivement conseiller juridique. Après 1919, il encourage la constitution de sections départementales de la CFTC (Confédération Française des Travailleurs Chrétiens) en Moselle. Spirituellement, il est proche de la piété de St François d’Assise. Ecclésialement, il est plutôt porté vers les vertus de charité, la défense des petits et la doctrine sociale de l’Eglise (Rerum Novarum, 1891). Il est ainsi très favorable aux lois sociales de 1928-32 (logement, assurance maladie, allocations maternité).

Il est resté toute sa vie célibataire, vivant à la manière d’un moine séculier. Après le décès de sa mère, il a certainement songé à la prêtrise, mais son choix a fini par se porter sur un état de vie à mi-chemin entre le clerc, aux service des autres. Son affiliation au tiers-ordre franciscain a souvent été avancée, mais jamais authentifiée.

Le parlementaire mosellan



Quand la Guerre se termine, l’Alsace et la Moselle reviennent à la France. Metz ne dépend plus de Berlin, mais de Paris Robert Schuman bénéficie d’une petite notoriété dans les milieux catholiques régionaux, d’autant plus que les cadres allemands des diocèses, quoiqu' appréciés (l’évêque de Metz par exemple), sont expulsés sans ménagement ; plusieurs postes de représentation sont ainsi à pourvoir. Le retour à la France n’est pas envisagé sans crainte par les milieux catholiques lorrains qui redoutent les retrouvailles juridiques avec une République apparemment anticléricale. La dissolution des ordres religieux (1902-1904) en France, quoiqu’ esquissée par Bismarck dans le Reich, et la séparation de l’État et de l’ Église (1905), qui supprime toute subvention budgétaire au clergé séculier, n’ont pas été appliquées à l’Alsace-Moselle, alors allemandes : elles vivent encore sous le Concordat de 1801. Afin de défendre cette particularité, R. Schuman est sollicité par les groupements catholiques pour se présenter à la députation. Il est un des élus de Metz aux élections législatives de fin 1919. Il siège au Palais-Bourbon sans discontinuer de 1919 à 1940, d’abord à l’ Union Républicaine Lorraine, petit parti régional associé au Bloc National puis à Poincaré, ensuite, en 1931, au Parti Démocrate Populaire, un des ancêtres (centre-droit) du M.R.P.



Son activité parlementaire est modeste et banale, si ce n’est qu’il s’oppose nettement à la partie anticléricale de la politique du Cartel des gauches (1924-26). De 1929 à 1939, il est membre de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale où sa formation lui donne de l’assurance ; il s’y montre à la fois scrupuleux et très orthodoxe (recherche de l’équilibre budgétaire, notamment), voir peu imaginatif en cette période de crise grave. S’il est défavorable au Front Populaire (1936-38), c’est moins pour le caractère social des mesures votées que pour les menaces sur la propriété patronale (il exerce lui-même une profession libérale) ou la structure du budget dont les projets gouvernementaux lui apparaissent être porteurs. Il est hostile à l’ Office du Blé, à la modification du statut de la Banque de France, à la dévaluation du franc. Personnellement, il apprécie Léon Blum pour son intelligence humaniste ; la persécution dont est l’objet pendant la guerre l’ancien président du Conseil, au nom des lois antisémites, renforce cette affinité.

Entre l’Allemagne et la France



Né citoyen allemand dans le Reichsland d’Alsace-Moselle, il est indiscutablement de formation et de culture germaniques. Celle-ci diffère peu, au fond, de la culture française (fonds gréco-romain, christianisme médiéval, humanisme et libéralisme, révolution industrielle) mais la constitution d’ Etats-Nations au XIXe siècle et leur affrontement militaire entre 1789 et 1918 crée un fossé au moins psychologique entre « l’Allemagne » et « la France ». Avant 1918, R. Schuman se montre loyal à l’égard de l’ État dont il est citoyen, ce qui n’implique pas pour lui adhésion au pangermanisme ou options impériales. Réformé en 1908, il est exempt de service militaire (alors de 2 ans), mais la guerre de 1914 mobilise plus largement que le service du temps de paix et il est affecté de 1915 à 1918 comme adjoint d’administration au responsable du Kresi (canton) de Boulay en Moselle. Son attitude est suffisamment respectueuse des personnes pour qu’il ne soit pas inquiété en novembre 1918. Il est même pressenti pour être candidat URL l’année suivante !

Pendant les années 20, il s’associe, à son niveau, aux efforts de paix entrepris dans le cadre de la SDN dont il partage l’esprit wilsonien et juriste. L’action du ministre des Affaires Etrangères Aristide Briand (1924-32) rencontre : accords internationaux sur les réparations allemandes et les dettes interalliées (1924-29), normalisation diplomatique avec l’Allemagne (1925-26) et projet d’ Union Européenne de 1929. Schuman s’affirme comme un homme de paix et de conciliation entre la France de Poincaré et l’ Allemagne de Weimar, ce qui n’en fait pas un germanophile inconditionnel.

Pacifique, mais non pacifiste, il est favorable aux sanctions contre l’ Italie qui attaque l’ Ethiopie en 1935, et vote contre Laval. La montée du danger national-socialiste n’échappe pas à son observation, mais la crainte d’une nouvelle guerre qu’il juge désormais fratricide lui fait accepter positivement les accords de Munich (30 septembre 1938) comme un peu de temps gagné, même au prix de l’allié tchèque... En tant que parlementaire mosellan, représentant une région menacée d’invasion sévère, il est nommé sous-secrétaire d’ État aux réfugiés dans le gouvernement Reynaud en mars 1940, ce qui n’appelle aucune remarque. En revanche, il est maintenu à ce poste, en son absence, dans le gouvernement Pétain (16 juin-10 juillet 1940) et vote les pleins pouvoirs à ce dernier le 10 juillet, Laval lui ayant certifié que seul le maréchal était capable de conserver l’ Alsace-Moselle à la France... Ces choix complexes lui vaudront d’être déclaré inéligible pendant quelques mois à la Libération, jusqu'à ce que ses amis demandent au général de Gaulle de faire cesser ce procès d’intentions maréchalistes ; il sera élu en octobre 1945.

En Moselle réannexée par Berlin, les nationaux-socialistes lui demandent de « coopérer » au nouvel ordre européen. Il décline l’offre et commence à souhaiter que l’on précise le statut exact des citoyens du Reichsland reconstitué !

Emprisonné comme personnalité influente, avant la fin de l’année 1940, puis placé en résidence surveillée dans le Pays de Bade (Neustadt), il s’en évade en 1942, puis vit clandestinement jusqu'à la libération, notamment dans des monastères (En-Calcat) dont il suit les heures liturgiques. Intérieurement partagé entre deux nations auxquelles il appartient pareillement, il ne s’engage pas dans la Résistance. Il refuse aussi bien d’entrer dans le gouvernement Pétain que de collaborer à l’autonomisme philo-nazi de certains Alsaciens-lorrains, que d’entrer en dissidence officielle avec un pouvoir injuste. Un de ses collaborateurs aux Finances en 1947-48, François Bloch-Lainé, lui-même engagé dans les mouvements de résistance, dira plus tard, que R. Schuman « avait fait sa guerre à sa manière », suggérant le rôle de la prière monastique.

Pour cet homme de la frontière, en fin de compte, l’affiliation citoyenne se présente de manière ouverte, par cercles concentriques qui ne s’excluent pas les uns des autres. Il est d’abord messin originaire du Luxembourg, mais sans régionalisme étroit. Il est ensuite catholique romain, ultramontain, à la fois internationaliste et patriote. Il est enfin franco-allemand pour la patrie puisque sa petite patrie est monnaie d’échange entre ses grandes patries. La fin du pangermanisme radical et l’unification européenne permettront de réconcilier ces deux aspects, contradictoires avant 1945.



UNE CRISTALLISATION RAPIDE : LE PLAN SCHUMAN. 1945-1952



Pression des circonstances et des forces diplomatiques



En 1945-50, le problème diplomatique de l’Europe est assez complexe. On peut distinguer trois niveaux.

L’opinion française est d’accord pour régler la « question allemande » mais deux options se présentent pour la solution. L’opinion dominante consiste à exercer un contrôle interallié étroit sur une Allemagne très décentralisée, confédération souple à mi-chemin entre la Confédération Germanique de 1815-1866 (indépendance des États, coordination par une conférence d’ambassadeurs aux réunions irrégulières) et la Confédération d’ Allemagne du Nord de 1867-1871 (autonomie des Etats, Parlement, gouvernement et président communs, union douanière). C’est approximativement la voie suivie par le Général de Gaulle (août 1944-janvier 1946) et ses premiers successeurs (Gouin, Bidault, Ramadier, février 1946-octobre 1947), qui bénéficient du démembrement temporaire de l’ Allemagne en quatre zones d’occupation. Georges Bidault (MRP) dirige alors la diplomatie française dans ce sens (1944-47) et peu de partis s’y opposent formellement.

Une idée minoritaire cohabite cependant avec la première, parfois même dans les mêmes partis, quand ce n’est pas dans les mêmes personnes ! Robert Schuman est dans ce cas. Il s’agit, une fois démantelées les sources institutionnelles et culturelles du militarisme allemand, de fortifier les liens intra-européens. Dans la Résistance, dans les camps de prisonniers ou de concentration, dans la haute administration, l’idée d’un après-guerre meilleur a multiplié conversations et contacts pour un rapprochement des États plus étroit que dans le cadre de la SDN (Société des Nations). Notons que cette idée n’est pas propre à la Résistance - le général de Gaulle et les gaullistes, les partis communistes s’y opposeront - ni aux alliés (Churchill) puisque les opposants démocrates-populaires ou sociaux-démocrates à Hitler ou à Mussolini en parlent clandestinement ou en camp de prisonniers. Le clivage est autre que celui du temps de guerre et traverse les frontières des Etats-Nations, puisqu’il associe des Français, des Belges, des Italiens et des Allemands. En 1948, est fondé un Mouvement Européen auquel participent Léon Blum, Daniel Mayer (SFIO), François Mitterand (UDSR, centre), René Laniel (PRL, droite modérée).

L’Allemagne a totalement changé sur le plan politique. Le nationalisme germano-centrique arrogant et martial sort déconsidéré d’une seconde guerre mondiale perdue : le Reich territorial de 540 000 km2 des années bismarckiennes a rétrogradé une première fois à 470 000 km2 en 1919 et une seconde fois à 350 000 km2 en 1945, avec une forte incertitude sur le sort des 108 000 km2 sous contrôle soviétique. La démilitarisation immédiate et la dénazification des responsables modifient la donne politique. 6 millions de personnes ont disparu dans les combats et 10 à 12 millions sont réfugiées. Le poids des Länder occidentaux et méridionaux (Rhénanie-Westphalie, Hesse, Bade, Würtenberg, Bavière), anti-prussiens et catholiques, l’emporte désormais et l’Allemagne s’est brutalement « occidentalisée ». Quoiqu’en pensent les Français de l’époque, la majorité des Allemands a rapidement évolué dans son attitude politique globale. Vers 1948, des sondages américains donnent 70 % d’opinions favorables à l’unification européenne en Allemagne occidentale !

Cependant, le monde a changé et les Français et les Allemands ne sont plus du tout maîtres de leur destin commun.

Les grandes puissances ont étendu leur influence sur l’ Europe continentale, chacune constituant une zone d’influence plus ou moins dépendante et plus ou moins intégrée. A l’ Est la dépendance est supérieure à l’intégration : c’est la polarisation politique sur Moscou qui domine. A l’ Ouest, la dépendance est libérale et contractuelle (Aide Marshall, 1948-51 - Alliance Atlantique, 1949) et l’intégration de complémentarité est plus avancée, surtout en matière économique, commerciale et financière. La menace soviétique sur la partie orientale de l’ Allemagne n’est pas une simple hypothèse : l’ URSS a amputé le territoire allemand de 120.000 km2 dès 1945 et l’a vidé de la grande majorité de ses germanophones ; l’ Allemagne orientale subit une occupation sévère.

La Reconstruction s’annonce coûteuse et longue en 1945 : selon les pays, les destructions représentent trois à cinq années de PIB. Un effort de coopération internationale est nécessaire et les États-Unis disposent seuls d’une élasticité de production suffisante pour répondre aux demandes simultanées des pays européens.

Les États-Unis conduisent, non sans brio, la restructuration économique, culturelle et diplomatique et accompagnent de leurs initiatives favorables le mouvement europhile sans le créer. Il faut surtout éviter les excès du traité de Versailles, notamment ces Réparations que l’opinion allemande quasi unanime a rejetées comme injustes. Le plan Marschall est proposé en juin 1947 à toute l’ Europe, Russie incluse. L’Allemagne n’existant juridiquement plus, ce sont les Länder occidentaux et orientaux qui en seraient dépositaires. Washington souhaite lier trois choses : le flux d’aide, la libéralisation économique ou commerciale et la coopération européenne. L’aide américaine est collective ; elle s’adresse aux seize États associés dans une Organisation Européenne de Coopération Économique - OECE - (1948) qui formulent ensemble leurs demandes et reçoivent des fonds répartis par l’autorité responsable de l’OECE. Les trois zones d’occupation ouest-allemandes (10 Länder) sont regroupées à cette occasion et traitées par les Américains sur un pied d’égalité avec les autres partenaires, France ou Grande-Bretagne. Les États-Unis n’intègrent pas l’ Allemagne dans le traité de l’ Alliance Atlantique en avril 1949, car ce n’est alors pas convénient, mais, après l’unification monétaire de juin 1948 (création du Deutsche Mark) et l’établissement d’institutions fédérales démocratiques, ils patronnent en septembre 1949 la reconstitution d’une Allemagne occidentale presque indépendante. Son premier chancelier, Konrad Adenauer (1949-1963), maire de Cologne, membre du Zentrum puis de la CDU, n’est pas défavorable à l’Europe, quoique moins enthousiaste que son homologue italien Alcide de Gasperi (1945-1953). Notons qu’avec Schuman, il s’agit d’hommes proches des frontières - Adenauer est rhénan de Cologne et Gasperi est originaire du Trentin (qui appartenait à l’Autriche-Hongrie jusqu’en 1918) - et membres du courant démocrate-chrétien européen. Ce dernier bénéficie à la fois de l’opposition qu’il n’a cessé de manifester aux fascismes et de son attitude amicale à l’égard des États-Unis.

L’action du ministre des Affaires Étrangères (Été 1948-Décembre 1952)



L’ascension de Robert Schuman au sein du MRP



Nous voyons que, dans ce contexte, conduire une politique étrangère autonome ou originale n’est pas aisé. Depuis le départ du général de Gaulle (janvier 1946) et son opposition à la Constitution de la IVe République (mai-novembre 1946) le courant gaulliste est dans l’opposition. Celle-ci se renforce du parti communiste au cours de l’année 1947, entre le départ de ses ministres du gouvernement (mai) et les grandes grèves organisées par la CGT (novembre-décembre). Devant la Chambre issue des élections de novembre 1946, la majorité gouvernementale regroupe dès lors une conjonction des centres (MRP et radicaux) et des ailes (modérés, SFIO) selon une cohabitation rendue rare en France par la question de la laïcité. Les quatre ensembles politiques associés au pouvoir exécutif se partagent les ministères, et les Affaires Étrangères échoient au MRP. Préféré à Bidault, qui manque de souplesse sur les questions allemandes et, bientôt, coloniale, Robert Schuman reçoit le portefeuille du Quai d’ Orsay à la fin de l’été 1948.

Il a fait ses preuves au sein du parti et du gouvernement. Simple député à la Constituante d’octobre 1945, il entre au MRP comme ancien membre du PDP, malgré la suspicion d’une partie des militants qui le trouvent trop à droite, et devient en novembre président de la Commission des Finances de l’ Assemblée Nationale, à la fois par manque de spécialistes confirmés pour cette fonction et parce que le MRP ne veut pas d’un SFIO à ce poste. En juin 1946, il devient ministre des Finances (sous la III e République, la présidence de la Commission des Finances préparait souvent au portefeuille de la rue de Rivoli) et le reste un an et demi (jusqu'à novembre 1947). Son action reste classique et prépare la stabilisation financière du premier semestre 1948 ; notons l’ Inventaire de la Situation Financière, bel état des lieux statistique et analytique que lui a suggéré F. Bloch-Lainé, alors son directeur de cabinet. Ses collègues parlementaires l’investissent président du Conseil en novembre 1947, en pleine crise politique et diplomatique. Il patronne l’ancrage atlantique de la France (plan Marshall) et la stabilisation financière du ministre René Mayer.

Quand il devient ministre des Affaires Étrangères en été 1948, à 62 ans, il a acquis en quatre ans une dimension politique nationale, qui l’effraie parfois, mais qu’il se fait un devoir de poursuivre. Au sein du MRP, à côté de la stature alors dominante de G. Bidault, il entame auprès des militants une ascension de popularité qui ne se démentira pas. Au Quai d’Orsay, il s’entoure de Bernard Clappier et de Jacques de Bourbon-Busset ; Jean Monnet, inspirateur économique de la IVe République, y est souvent reçu.

La naissance d’un projet révolutionnaire



Il est peu probable que Robert Schuman ait pensé dès le mois d’août 1948 le projet qui conduira en 1950 à la CECA. En revanche, sa formation et son expérience l’ont préparé à saisir l’occasion qui se présentera. Sont alors en cours :

une Union (diplomatique et militaire) de l’ Europe Occidentale (France, Belgique, Grande-Bretagne) née en mars 1948, à la suite du « Coup de Prague », cadre européen qui s’est rapidement « américanisé » en servant de départ à l’ Alliance Atlantique d’avril 1949.

deux Unions douanières : le Benelux, amorcé dans l’Entre-deux-guerres, concrétisé en 1948 (il servira de laboratoire à la CEE), et un projet d’ Union douanière franco-italienne, lancé en 1947, baptisé malencontreusement « Fritalux » (France-Italie-Bénélux », puis « Finebel » (France, Italie, Pays-Bas, Belgique) mais qui échoue finalement en 1951).

une association politique non contraignante, le Conseil de l’ Europe, créé en mai 1949 à la manière d’une SDN européenne destinée à préparer une Confédération des Etats, mais restée au stade consultatif et analytique. A ce jour, ses fonctions politiques sont demeurées limitées. Le plan Schuman n’est peut-être pas l’acte diplomatique français majeur des années 1948-52, mais, pour la construction européenne, il est le primum movens qui a tout engagé, une sorte de chaussée première pour les institutions suivantes. Le projet est annoncé spectaculairement le 9 mai 1950 par Schuman lui-même lors d’une conférence de presse sans tapage au Quai d’ Orsay devant 200 journalistes éberlués. Le 8 mai 1945, le Reich capitulait. Cinq ans après, voici un projet de coopération européenne !

Il a été vraisemblablement esquissé par Jean Monnet, que l’on retrouve à l’origine de plusieurs programmes d’après-guerre. Bernard Clappier, directeur de cabinet, met le projet en forme pour le ministre. Un silence discret entoure toute la préparation. Le MRP détient encore la présidence du Conseil avec G. Bidault. Le moment est propice : les crises américano-soviétiques semblent momentanément tassées (la guerre de Corée débute le 24 Juin), alors que le contentieux franco-allemand prend un tour déplaisant. La République Fédérale d’ Allemagne (RFA) est reconstituée. Se posent les problèmes du charbon de la Ruhr, convoité par la France et confié à une autorité internationale fin 1949, du statut de la Sarre, et des plafonnements de production imposés à l’Allemagne (environ 55 % de son niveau de 1936-37). Les rivalités économiques ne peuvent que reprendre, puisqu’en moyenne, sur le premier demi-siècle, l’ Allemagne produit deux fois plus d’acier que la France.



Une idée pragmatique qui recueille une approbation majoritaire.



Quoiqu’ ouvert à toute l’ Europe occidentale démocratique, le projet ne regroupera que six membres, trois grands États, la France, l’ Italie, la RFA, et trois plus petits, associés au Benelux. La Grande-Bretagne d’Attlee (travailliste) refuse en dernière analyse. L’association est très concrète : il s’agit d’une Communauté Européenne du Charbon et de l’ Acier (CECA), à caractère plus avancé qu’une simple union douanière (absence de taxes aux frontières) puisqu’elle intègre une gestion cartellisée et supranationale de ces deux produits. Le capital de production n’est pas concerné - certaines entreprises sont nationales, la plupart sont des sociétés privées - mais le volume de la production et les prix de vente sont fixés par une Haute Autorité, composée de 9 membres, avec le double contrepoids d’une Assemblée CECA et d’une Cour de Justice. L’acier et le charbon représentent encore les produits-clefs de cette reconstruction qui s’achève. Rapidement, leur rôle de levier macro-économique diminuera : par exemple, le charbon représente les 2/3 de l’énergie consommée en Europe en 1950, et 1/3 au début des années 70. Jean Monnet, premier haut-commissaire en 1952, donnera du relief et beaucoup d’efficacité pratique à cette institution.

L’accueil est mitigé, contrasté même : les implications politiques et diplomatiques de cette association aux apparences anodines n’échappent pas à l’opinion. Les débats seront surtout vifs en France... Le PCF et le RPF conduisent l’opposition avec l’appui des sidérurgistes français. Adenauer, Gasperi, Paul-Henri Spaak pour la Belgique, le pape Pie XII en coulisse, sont les meilleurs soutiens extérieurs de la CECA. En France, R. Schuman plaide inlassablement pour son projet et se maintient aux Affaires Étrangères malgré les changements de gouvernement (Pleven, Queuille, Faure, Pinay, juin 1950-décembre 1952). Les dernières ratifications datent cependant de juillet 1952 sous le gouvernement Pinay, soit deux ans après l’annonce du projet. Désormais, 160 millions d’habitants, 210 millions de tonnes de charbon et 33 millions de tonnes d’acier peuvent devenir un interlocuteur de poids dans les relations économiques internationales. Sept ans se sont écoulés depuis l’armistice.

UNE SYMBOLISATION EFFICACE : LE PELERIN DE L’EUROPE (1952-1963)



Schuman, l’architecte des seules fondations (1953-63)



A partir de 1953, R. Schuman quitte le ministère des Affaires Étrangères et n’est plus appelé à aucun portefeuille ministériel, à l’exception de celui de la Justice en 1955. En 1962, il ne se présente plus à la députation en Moselle. R. Schuman préside de 1958 à 1960 l’ Assemblée Européenne de l’ensemble CEE-CECA-CEEA (Euratom) dont les membres sont désignés par les États. Sa fonction est consultative, mais ce poste honorifique semble lui revenir de droit.

Il est vrai qu’il atteint l’âge de 70 ans en 1956, mais d’autres facteurs ont certainement joué. Depuis la guerre de Corée et l’aggravation de la guerre d’ Indochine en été 1950, l’ambiance est maussade au bureau politique du MRP. Georges Bidault entame une dérive à droite de ses options politiques, encourageant toutes les mesures de répression (janvier 1952 en Tunisie, août 1953 au Maroc...). Au nom de la solidarité du parti, Schuman, en tant que ministre des Affaires étrangères, a dû prendre des décisions ou couvrir des initiatives qui vont contre sa conscience et ses opinions. La décolonisation lui apparaît peut à peu comme un processus mondial auquel une opposition aveugle est inadaptée. A partir de 1950, l’ Eglise catholique elle-même l’approuve tacitement par l’ordination massive de clergés africain et asiatique et l’émancipation des nouvelles églises nationales. Ces divergences d’attitude n’échappent pas aux cadres du MRP, où la popularité du député lorrain l’emporte désormais sur celle du fondateur. Georges Bidault regarde cette inversion de renommée d’abord avec agacement , puis ressentiment, enfin avec hostilité. Dès janvier 1953, Bidault reprend les Affaires Étrangères à Schuman jusqu’en juin 1954. Au-delà, aucun MRP ne reviendra dans ce Ministère, et Schuman ne souhaite pas les Finances ; un des membres de son parti, Pierre Pflimlin, témoigne d’une compétence technique plus appropriée dans ces matières et occupe le poste de la Rue de Rivoli en 1955. De toutes façons, le MRP ne préside plus le Conseil après 1950 et son poids décline dans l’électorat (1/4 des suffrages en 1945, 1/8e en 1956).

Les limites du modèle



Schuman apparaît indiscutablement comme un des co-fondateurs de la construction européenne et l’iconographie usuelle ne s’y trompe pas quand elle met en avant la photo de 1950-52 où il est assis avec Jean Monnet dans le jardin de ce dernier à Montfort-l’Amaury (2). Cependant, il convient de ne pas surdimensionner son rôle ou sa clairvoyance Toute la construction européenne n’est pas son œuvre. La CEE est ratifiée par le gouvernement Guy Mollet en 1957, le traité franco-allemand de 1963 est le fait de De Gaulle et Adenauer, sans parler du Système Monétaire Européen, ou de l’ Union Européenne impulsée par le traité de Maastricht. Par ailleurs, nous avons constaté que l’unification confédérale de l’ Europe déborde de la seule famille politique démocrate-chrétienne, ralliant sur sa droite les libéraux et une bonne partie des modérés, et sur sa gauche les radicaux et les sociaux-démocrates. Mais, dans une telle entreprise, forcément de longue haleine, il convient de ne pas sous-estimer le mérite de celui qui ose le premier pas - surtout qu’en l’occurrence celui-ci allait à l’encontre du sentiment général et des mentalités prévalant à l’époque.



De ce fait, Schuman lui-même a connu des échecs : il soutient, par solidarité autant que par conviction, le projet d’armée européenne, du Plan Pleven ou Communauté Européenne de Défense, de l’automne 1950. Ce dernier mêle, peut-être maladroitement serait-on tenté de dire aujourd’hui, la politique des blocs (États-Unis contre URSS) à la suite de la guerre de Corée, et l’intégration européenne. Cette avancée intégrationniste semble à l’époque prématurée et colore la CECA d’une allure fédéraliste rampante. L’opposition à la CECA, qui regroupait déjà RPF et PCF, rallie désormais une partie de la SFIO, des radicaux et des modérés. Le 30 août 1954, le gouvernement Mendès France enterre un projet au demeurant mal structuré. Les partenaires européens enregistrent avec étonnement que la France - ce ne sera pas le seul cas - propose un projet et le rejette quatre ans après. Désormais, la question de la coopération militaire en Europe devient sujet tabou.

Europe magister egregius (3)



A travers ses conférences de 1951-52, on peut tracer un portrait de la pédagogie européenne de R. Schuman. En cela, il résume les ambitions des partisans de l’unification qui lui ont succédé. Pour être concrète et proche, l’ Europe doit être personnalisée, incarnée par des personnes qui se perçoivent européennes.

L’objectif ultime est une communauté européenne supranationale, administrée par une autorité unique et souveraine. Le passage doit s’effectuer progressivement de l’association (CEE) à la confédération (Union Européenne), et, si l’opinion l’accepte, de la confédération (de type suisse) à la fédération (de type RFA). Le statut final sera, de toutes façons, différent des situations actuelles connues, parce qu’il ne correspond à aucun exemple passé (même à l’unification allemande par union douanière, Zollverien, puis action militaro-politique bismarckienne), qu’il sera le produit d’une histoire et qu’il intervient dans des sociétés de démocratie universelle. Seul l’État centralisé de type jacobin paraît exclu.

Les motifs de ce rapprochement progressif sont à la fois quantitatifs et qualitatifs, de court terme et de long terme. La paix est le premier, que ce soit entre Européens ou aux portes de l’ Europe, voire auprès de pays qui demandent l’appui européen. La prospérité est le second : croissance, développement, échanges doivent être au rendez-vous de la construction par effet de synergie, de coalescence et d’économie d’échelle. Le troisième est l’épanouissement culturel, par l’art, la recherche, l’élévation du niveau scolaire, l’échange des richesses nationales. Il faut reconnaître que, quarante ans après, la guerre serbo-croate, le chômage durable et le regain des nationalismes (sans parler de la culture de masse) semblent écorner le schéma initial, sans l’invalider cependant.

La méthode est celle d’un pragmatisme modéré dans les moyens et les étapes, ambitieux et tenace dans l’horizon fixé. Il faut d’abord convaincre, ne pas brûler les étapes, attendre au besoin, les obstacles doivent être surmontés avec patience, quand ils ne se résolvent pas d’eux-mêmes ! Il faut ensuite poser des actes concrets (CECA), limités, destinés à baliser une tendance générale ascendante. Il convient enfin d’éviter les débats de théologie politique sur le libéralisme, le socialisme, l’ Etat, la Nation, la Cité, pour s’en tenir à la bonne volonté, à la liberté, à la responsabilité.

Robert Schuman n’est pas né militant européen, il l’est devenu, surtout à la lumière de deux guerres mondiales déclenchées par l’Europe. Ses origines, sa formation, ses engagements le portaient plutôt (et plus tôt que d’autres) dans cette direction, sans déterminisme ; il a choisi d’être « européen ». Tous les lorrains, tous les catholiques et tous ceux qui ont vécu deux guerres mondiales ne sont pas europhiles, tous les partisans de l’ Europe ne sont pas lorrains, catholiques ou éprouvés par les conflits.

Son action historique explicite est limitée, elle tient en la déclaration du 9 mai 1950, préparée par son entourage et assumée par lui jusqu'à la réalisation de la CECA. Rien de commun apparemment avec le rôle politique d’un Poincaré, d’un Blum ou d’un de Gaulle. En creusant, on s’aperçoit que l’impact direct est fort dans les années 50 et que les retombées sont nombreuses. Le paradoxe est que la destinée ait confié à cet homme modeste et timide, mais qui avait prouvé son courage et des qualités peu ordinaires d’homme d’ Etat en faisant face victorieusement, alors qu’il était président du Conseil, et avec l’aide son ministre de l’ Intérieur, Jules Moch, aux grèves révolutionnaires de 1947, le soin d’inaugurer un travail assez révolutionnaire et de longue haleine. Plus symboliquement, Schuman prouve que le passage à l’acte est possible.

Sa conception de l’ Europe est concrète et prospective à la fois, ouverte et organisée, positive et libérale. Ce qui sépare les Européens est inférieur à ce qui les rapproche , ce qui les rapproche peut bientôt les unir, mais l’ Europe sera bien sûr ce qu’en feront les Européens, et non ce que Robert Schuman ou Jean Monnet auront pu en prévoir....

Ainsi, le second vingtième siècle annonce un certain dépassement de l’Etat-nation du XIXe. La patrie demeure, mais élargie : petite patrie locale, patrie nationale, patrie européenne. Ce mouvement apparent de l’ Histoire a plutôt marqué les esprits soucieux de coopération internationale, hommes des frontières et de courants culturels à la fois patriotes et internationalistes : démocrates-chrétiens, libéraux, sociaux-démocrates. Robert Schuman a apposé sa marque sur cette prise de conscience qu’il partageait avec Monnet, Spaak, de Gasperi. S’il n’a pas d’emblée créé les conditions de réalisation de cette évolution, ce qui ne pouvait se faire que progressivement, il a su - et ce n’est pas rien - choisir d’infléchir le destin collectif dans un sens positif en utilisant les possibilités et opportunités du moment.

Michel-Pierre CHELINI



(1) Nous distinguerons désormais « Européen » habitant de l’ Europe et « européen », partisan de l’unité européenne, au sens de nourrissant des opinions europhiles.

(2) Dans l’article « Du bon usage des commémorations » (France-Forum mai-juin 1990, p. 44) sont cités les noms de ceux qui ont participé à l’élaboration du texte de la fameuse conférence de presse de R. Schuman du 9 mai 1950.

(3) Éminent pédagogue de l’Europe.

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