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Question d'Europe n°346

Une Europe moderne est une Europe plus féminine

Une Europe moderne est une Europe plus féminine
02/03/2015

Si l'Europe est le continent qui compte le plus de femmes aux postes de responsabilité, il y a encore trop peu de femmes chef de gouvernement. Au sein de l'Union européenne, on en dénombre quatre: Angela Merkel en Allemagne, Helle Thorning-Schmidt au Danemark, Laimdota Straujuma en Lettonie et Ewa Kopacz en Pologne. 4 femmes sur 28, cela représente 14,2 %.
Deux femmes sont chef de l'Etat : Dalia Grybauskaite, présidente de la République en Lituanie, et Kolinda Grabar-Kiatrovic, présidente de la république en Croatie depuis le 18 février 2015.
L'Europe, dans son ensemble, compte 9 femmes aux plus hauts postes de l'Etat dont une Premier ministre en Norvège, Erna Solberg, une présidente au Kosovo, Atifete Jahjaga et une présidente de la Confédération helvétique, Simonetta Sommaruga, ...pour l'année 2015.

Toutefois l'Europe est le continent où la situation des femmes est la meilleure. Elle constitue à bien des égards un modèle pour le reste du monde1.
Dans les Parlements par exemple, on compte au 1er janvier 2015 22% de femmes parlementaires dans le monde. Au sein des 28 Etats membres de l'Union européenne, elles représentent en moyenne 27,7% des députés ; au Parlement européen, 36,8% ! Ce sont les taux les plus élevés au monde. En effet, les femmes ne forment que 26,5% des députés en Amérique, 23,4% dans les autres pays de l'Europe, 22,4% en Afrique, 19% en Asie, 18,1% dans les pays arabes et 13,1% dans ceux du Pacifique.

L'Europe reste donc un continent où les femmes sont les mieux représentées.
L'année 2014 a été celle du renouvellement de toutes les institutions européennes. Celui-ci a-t-il donné lieu à une amélioration de la situation en Europe ? Quel bilan pouvons–nous en tirer en termes de féminisation ? L'Europe a-t-elle été à la hauteur de toutes les femmes qui la regardent comme un modèle dans le monde ?

Quelle place réservée aux femmes dans les institutions européennes ?
Bilan à l'issue du processus de renouvellement des institutions



Il aurait été assez facile de s'accorder pour procéder à la parité au niveau européen et nommer ainsi 2 femmes sur 4 à la tête des institutions renouvelables en 2014 (Parlement, Commission, Conseil et Haute représentante).

De ce point de vue, 2014 n'a apporté aucune avancée. Une seule femme, Federica Mogherini, a été désignée au poste de Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, et vice-présidente de la Commission. Elle succède à Catherine Ashton qui occupait la même fonction depuis 2009.

Il en va de même au sein de la Commission européenne. Sur 28 commissaires, on aurait pu s'attendre à enfin mettre en œuvre la parité au sein de l'exécutif communautaire en nommant 14 femmes. En effet, pour la première fois, depuis 1992, l'Union européenne comprend un nombre pair d'États et l'application d'une parité exemplaire aurait été un beau symbole. C'était une excellente occasion d'appliquer enfin le principe d'égalité entre les hommes et les femmes inscrit dans les traités en désignant 14 femmes sur 28. Mais cela est resté sans suite du fait de l'absence de volonté des chefs d'État et de gouvernement à nommer des femmes.
Du coup, la Commission européenne comprend 9 femmes; soit le même nombre que dans la Commission sortante de José Manuel Barroso. Elles représentent un peu moins d'un tiers des commissaires (32,1%).
Jean-Claude Juncker, son Président, avait pourtant réclamé la nomination de davantage de femmes. Il lui a fallu batailler contre le conservatisme ambiant et mettre tout son poids politique pour qu'il n'y en ait pas moins qu'en 2009 ! Il était soutenu en cela par le Parlement européen qui avait menacé alors de ne pas investir la Commission européenne. Avis à son successeur !

Mais il a su réagir. Les femmes nommées se sont vu attribuer des portefeuilles de première importance. Outre Mme Mogherini, une 2e vice-présidente, Kristallina Georgieva, est chargée du Budget. Elles sont aussi en charge de la concurrence (Margrethe Vestager), du commerce (Cecilia Malmström), de l'emploi (Marianne Thyssen), du marché intérieur et de l'industrie (Ezlbieta Bienkowska), des transports (Violetta Bulc), de la justice (Vëra Jourova) et de la politique régionale (Corina Creţu)

Au Parlement européen, 277 femmes ont été élues les 22-25 mai 2014, elles représentent 36,8% des 751 députés. C'est un léger progrès par rapport au précédent scrutin de 2009 (35%). Dans 6 Etats membres, la parité est scrupuleusement respectée (Malte, Suède, Irlande, Finlande, Estonie, Lettonie). 10 des 22 commissions parlementaires, soit 45,45%, sont présidées par des femmes dont celles du marché intérieur, du contrôle budgétaire et de la sécurité et de la défense. Deux femmes président un groupe politique : Gabrielle Zimmer (GUE/NGL) et Rebecca Harms (coprésidente des Verts/ALE).

Cette situation plutôt encourageante ne doit pas cacher que le Parlement européen n'a été présidé qu'à deux reprises par une femme depuis 1979. 2 présidentes sur 14, cela fait 14,2%. On en revient au pourcentage des femmes présentes au Conseil !

Une très lente féminisation de la vie politique
La situation dans les 28 Etats



La présence féminine au Parlement européen (36.8%) est donc bien supérieure à la présence des femmes dans les Parlements nationaux des 28 États membres (27,7% en moyenne dans l'Union européenne). En effet, 12 Etats membres affichent un taux de féminisation supérieur à 40% au Parlement européen quand 2 Etats seulement dépassent ce taux au sein des parlements nationaux (Suède et Finlande).
Cette moyenne européenne augmente certes chaque année, mais... les marges de progression sont réelles. La vie politique reste, à l'exception des pays scandinaves, encore trop souvent une affaire d'hommes, un milieu très machiste. Pour la simple et bonne raison que les partis politiques restent tenus majoritairement par des hommes. Sauf si une loi les oblige à la parité, ils mettent en avant leurs semblables masculins. Et quand bien même une loi oblige à la parité, il n'est pas rare que certains préfèrent payer des pénalités financières plutôt que de promouvoir des femmes ! Pour remédier à cela, il va falloir rendre les sanctions financières plus sévères.

Au sein de l'Union européenne, 10 États ont une femme à la tête d'une chambre du Parlement (Belgique, Bulgarie, Grèce, Italie, Lettonie, Lituanie, Portugal, Royaume-Uni, l'Autriche et les Pays-Bas présentant la particularité d'avoir une femme à la tête de chacune des 2 chambres du Parlement). Au niveau de l'ensemble de l'Europe, il faut rajouter la Serbie.

Au sein des gouvernements, hormis la Finlande qui s'est dotée d'un gouvernement qui compte plus de femmes que d'hommes (10 femmes ministres contre 7 hommes, soit 58,8%) et la Suède dont le gouvernement comprend autant de femmes que d'hommes (50%), la situation n'est guère brillante (en moyenne 28%). Il y a certes 4 États où les femmes représentent plus de 40% des ministres (France, Italie, Pays-Bas, Slovénie), mais sinon les gouvernements continuent à être très majoritairement masculin : il y a encore 2 États où ne siège qu'une seule femme ministre (Chypre, Malte), mais surtout il y a 3 États (Grèce, Hongrie, Slovaquie) dont les gouvernements ne comprennent... aucune femme ministre ! Il s'agit là d'une régression puisque l'an dernier les gouvernements de ces trois pays comptaient, au moins, une femme.

S'agissant des portefeuilles ministériels confiés aux femmes, trop souvent leur échoient des secteurs dits " féminins " comme la santé, les affaires sociales, la culture, et trop rarement leur sont attribués des responsabilités dites "régaliennes" comme les finances, la diplomatie ou la défense. En Europe, deux femmes seulement sont ministres des Finances (Estonie, Portugal), trois femmes sont ministres des Affaires étrangères (Croatie, Estonie, Suède) et trois femmes sont ministres de la Défense (Pays-Bas, Allemagne et Italie). Les marges de progression sont donc... bien réelles.

L'accélération de la féminisation dans les entreprises
L'avance européenne



La Norvège est devenue un pays de référence en matière de participation des femmes dans la vie économique, et notamment des entreprises. Ayant instauré des quotas il y a 10 ans pour que les femmes siègent dans les conseils d'administration des entreprises, le pays affiche un taux (41 %) d'administratrices de sociétés.
Sous l'effet des quotas et de l'émulation, la place des femmes dans les entreprises a connu une avancée notable ces dernières années. Une étude de Thomson Reuters parue en octobre dernier indique que 64% des entreprises mondiales ont des femmes dans leur Conseil d'administration et, pour la première fois, plus de la moitié (51%) des entreprises comptent plus de 10% de femmes dans leur Conseil (40% en 2008), et 20% en ont plus de 20% (13% en 2008). Il y a donc bien une progression.
Cette étude montre également que l'Europe arrive largement en tête de la féminisation des Conseils d'administration devant l'Amérique ou l'Asie, notamment du fait des dispositions incitatives mises en place en France et au Royaume-Uni.
En France, le nombre de femmes dans les comités exécutifs des entreprises du CAC 40 a bondi de 30% en un an. Ces instances comptent à présent 10,6% de femmes, contre 8% en 2013. Désormais, plus de 30% des membres des conseils d'administration du CAC 40 sont des femmes. Les effets de la loi Copé-Zimmermann de 2011 sont indéniables, mais l'objectif de 40% fixé pour 2017 reste à atteindre.
Au Royaume-Uni, en octobre 2014, les Boards des entreprises du FTSE 100 comptaient 22,8% de femmes et celles du FTSE 250 17,3%. A noter qu'il n'y a plus une seule entreprise du FTSE 100 sans femme administrateur depuis le mois de juillet. Le ministre britannique du " Business, Innovation and Skills ", Vince Cable, a incité les entreprises à faire un dernier effort pour que l'objectif de 25% soit atteint en 2015.
Cette évolution a conduit l'Allemagne en décembre dernier a déposé un projet de loi afin d'introduire un quota de 30% de femmes dans les conseils de surveillance des entreprises allemandes. La Commission européenne propose aussi une directive selon laquelle les entreprises cotées en bourse dans l'Union européenne seront contraintes d'appliquer des procédures transparentes pour que d'ici 2020 au moins 40% de leurs administrateurs non exécutifs soient des femmes. Si le texte a bien été adopté au Parlement européen, il n'a pas encore réussi à passer l'obstacle du Conseil.
L'Europe est là aussi précurseur. Si la Suède et la Finlande arrivent en tête avec 27% de femmes dans les Conseils, la France arrive 3e suivie du Royaume-Uni, du Danemark et des Pays-Bas avec plus de 17 %. Par comparaison avec les États-Unis, la situation n'est pas si mauvaise puisque le pourcentage d'Américaines dans les conseils est de 16,6%. Une campagne est ainsi ouverte aux Etats-Unis pour atteindre 20% de femmes dans les Conseils d'ici 2020.
Enfin, une étude de Crédit Suisse Securities parue en janvier dernier révèle que sur 4300 administrateurs dans les grands groupes européens cotés, il y a 1085 femmes (25,2%). Il manque encore des femmes pour être en conformité avec les lois sur la diversité dans les conseils. Cela ne devrait être d'une formalité car l'étude montre que les conseils dépourvus de femmes sont moins performants.

Les barrières se brisent peu à peu, les résistances tombent, mais les progrès sont modestes et il reste encore beaucoup à entreprendre pour faire disparaître les plafonds de verre. La majorité des habitants de l'Europe sont des Européennes (51.8%), il n'est donc plus possible de concevoir un système représentatif avec aussi peu de femmes aux plus hauts postes. Le FMI rappelle d'ailleurs que l'économie mondiale tirerait beaucoup d'avantages d'une meilleure participation des femmes. La volonté des responsables, politiques ou économiques, fait encore trop souvent défaut pour promouvoir un juste équilibre entre les femmes et les hommes. On le voit au niveau des institutions européennes. Il est temps d'agir.
Car si l'Europe reste un modèle pour les femmes du monde entier, la tendance est à une augmentation des femmes dans les affaires politiques ou économiques partout dans le monde. Il faut réagir maintenant pour que l'Europe conserve son avance et sa place.



Source : Fondation Robert Schuman ©
* N.B.: The Prime Minister is counted but not the Secretaries of State.


Source : Fondation Robert Schuman ©


Source : Fondation Robert Schuman ©
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
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L'auteur
Pascale Joannin
Directrice générale de la Fondation Robert Schuman.
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