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La coalition de droite sortante remporte les élections législatives en Suède et l'extrême droite fait son entrée au Parlement

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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20 septembre 2010
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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La coalition de l'Alliance emmenée par le Premier ministre sortant Fredrik Reinfeldt est arrivée en tête des élections législatives en Suède le 19 septembre. Ensemble, les 4 partis de l'Alliance – le Parti du rassemblement modéré (M), le Parti du centre (C), le Parti du peuple-Les Libéraux (FpL) et le Parti chrétien-démocrate (KD) – ont recueilli 49,2% des suffrages (+1 par rapport au scrutin législatif du 17 septembre 2006) et 172 sièges. L'Alliance échoue cependant à obtenir la majorité absolue au Riksdag, Chambre unique du Parlement (175 sièges). Les Modérés obtiennent 30% (107 sièges, +10), les Centristes, 6,6% (22 sièges, -7), les Libéraux, 7,1% (24 sièges, -4) et les Chrétiens-démocrates, 5,6% (19 sièges, -5).

Les 4 partis de droite devancent la coalition gauche-verte (Rödgröna), conduite par Mona Sahlin, qui a obtenu 44% des voix (-2,1 points) et 157 sièges. Ce bloc de gauche rassemble le Parti social-démocrate (SAP) qui recueille 30,9% des voix (113 sièges, -17), le Parti de l'environnement-Les Verts (MP), 7,2% (25 sièges, +6) et le Parti de la gauche (Vp), 5,6% (19 sièges, -3).

Le parti M est le grand gagnant de ce scrutin, le SAP ne parvenant que de justesse à le devancer, une situation politique inédite dans un pays dominé tout au long du XXe siècle par la social-démocratie.

Les Démocrates suédois (SD), parti d'extrême droite dirigé par Jimmie Akesson, réussit sa percée en recueillant 5,7% des suffrages (+2,8 points), soit près du double du pourcentage qu'ils avaient obtenu il y a 4 ans. Le parti fait donc son entrée au Parlement.

La participation, traditionnellement élevée en Suède, s'est établie à 82,1%, soit quasiment équivalente à celle enregistrée lors du scrutin du 17 septembre 2006 (81,99%). Environ 2,2 des 7,1 millions d'électeurs suédois avaient voté par avance, soit +400 000 par rapport à 2006.

Le Premier ministre sortant Fredrik Reinfeldt (M) a gagné mais n'a pas pu conserver la majorité absolue au Riksdag en dépit des multiples mises en garde qu'il avait fait tout au long de la campagne électorale. "Nous avons appelé les Suédois à être prévoyants et responsables et à voter de façon claire pour continuer avec un gouvernement de majorité" avait-il déclaré le jour du vote. "Si vous voulez vous réveiller lundi avec un gouvernement stable et majoritaire, alors le gouvernement de l'Alliance est la solution" avait-il répété. "Le bloc le plus important doit gouverner et c'est l'Alliance" a-t-il affirmé après l'annonce des résultats. Fredrik Reinfeldt a réussi ce qu'aucun dirigeant de droite n'avait réalisé en Suède avant lui : conserver le pouvoir après avoir accompli un mandat complet.

"Ce n'est pas le résultat que je souhaitais pour ces élections" a-t-il déclaré excluant de gouverner en coalition avec l'extrême droite. "J'ai été clair. Nous n'allons pas coopérer ou être dépendants des Démocrates suédois" a-t-il répété. Evoquant l'éventualité pour sa coalition d'une absence de majorité absolue au Parlement, le Premier ministre a indiqué qu'il pourrait aller chercher un soutien auprès du Parti de l'environnement-Les Verts. Une éventualité que les deux porte-parole du parti écologiste, Peter Eriksson et Maria Wetterstrand, ont fermement rejeté avant le scrutin. Plusieurs personnalités écologistes se sont déclarées prêtes à collaborer avec les forces de l'Alliance pour éviter que l'extrême-droite puisse avoir une quelconque influence sur les travaux du Parlement. "Cela va être très difficile pour nous, après cette campagne, de regarder nos électeurs dans les yeux et de leur dire qu'on va coopérer avec ce gouvernement" a souligné Maria Wetterstrand.

"Nous avons un scénario que la majorité des électeurs suédois souhaitaient éviter, qui fait qu'un parti xénophobe se retrouve en position d'arbitre. Il est probable que Fredrik Reinfeldt ouvre des négociations avec les Verts. Je ne crois pas qu'il leur offrira un siège au gouvernement mais il peut essayer de les convaincre qu'une certaine forme de coopération et leur soutien au gouvernement sur certains enjeux leur permettra d'influer sur l'action politique" a déclaré Ulf Bjereld, politologue de l'université de Göteborg.

"Même si aucun bloc n'obtient de majorité claire, je crois que, si la droite arrive en tête, nous pourrons continuer à gouverner. Nous pouvons parfaitement conduire notre politique dans le cadre d'un gouvernement minoritaire. A condition bien sûr que la gauche ne s'associe pas à l'extrême droite pour voter une motion de censure. Mais je ne crois pas à cette hypothèse. Ce qui peut arriver, c'est que les Démocrates suédois, sans l'annoncer à l'avance, votent, au dernier moment, une proposition déposée par les sociaux-démocrates. Cela s'est déjà vu dans les années 1990, quand la Nouvelle démocratie (parti d'extrême-droite qui a siégé au Parlement suédois entre 1991 et 1994) était représentée au Parlement" a déclaré le leader des Chrétiens-démocrates, Göran Hägglund.

Avec 30,9% des suffrages, le Parti social-démocrate obtient le résultat le plus faible de son histoire. "Nous avons perdu. Nous n'avons pas été capables de regagner la confiance. C'est maintenant à Fredrik Reinfeldt de dire comment il prévoit de diriger la Suède sans laisser d'influence aux Démocrates de Suède" a déclaré Mona Sahlin. Le SAP a indéniablement souffert d'un problème de leadership ; Mona Sahlin, peu populaire, a pâti de la concurrence de Maria Wetterstrand, très appréciée porte-parole des Verts, et peiné à donné une véritable cohésion à la coalition qu'elle dirigeait. Le parti semble avoir vu une partie de ses électeurs se détourner de lui faute de comprendre ou d'accepter son alliance avec le Parti de l'environnement-Les Verts. Selon certains sondages "sortie des urnes", le parti d'extrême droite aurait bénéficié de la désaffection d'anciens électeurs sociaux-démocrates.

De façon plus générale, les forces de gauche rassemblées dans une coalition très hétérogène ne sont pas parvenues à incarner un réel programme alternatif capable de mobiliser les Suédois au cours d'une campagne électorale où la coalition sortante de l'Alliance a imposé son agenda. "La défaite de 2006 s'explique en grande partie par le fait que les sociaux-démocrates ont ignoré la problématique grandissante du chômage. Depuis, les libéraux ont réussi à imposer leur agenda politique ainsi que leur vision du problème. Alors qu'ils pensaient qu'il leur serait facile de reprendre l'avantage à ces élections, après 4 ans d'opposition, les sociaux-démocrates apparaissent au contraire comme un parti qui ne s'est pas réformé, avec les mêmes vieux visages et les mêmes vieux discours" analyse Andreas Johansson, professeur à l'université de Göteborg.

Les difficultés de la gauche suédoise sont partagées par l'ensemble des partis sociaux-démocrates en Europe qui peinent à se réformer et à apparaître crédibles face à une droite au pouvoir dans près des 4/5e des Etats de l'Union européenne. "Les sociaux-démocrates rencontrent les mêmes difficultés que les partis de la même tendance en Europe. Ils n'arrivent pas à s'adapter à la transition économique qui nous fait passer d'un capitalisme d'industrie à un capitalisme globalisé" indique Marie Demker, professeur de science politique à l'université de Göteborg.

"L'ironie, c'est que ce déclin de la gauche coïncide avec le moment où l'ensemble des partis politiques et de la société acceptent le modèle que celle-ci a construit depuis les années 1930. Longtemps, la droite a fait campagne en dénonçant le "socialisme" et l'Etat-providence suédois. Plus question de tenir un tel discours. Au contraire, elle accepte l'héritage des sociaux démocrates et a totalement intégré le système social-démocrate dans son discours, ne proposant que sa modernisation par petites touches" note le journaliste du quotidien Dagens Nyheter, Henrik Brors.

Avec l'entrée des Démocrates suédois au Parlement, la Suède "se normalise" au sein de l'Union européenne alors que le pays figurait jusqu'alors parmi les rares où l'extrême droite était absente du Parlement. Le modèle suédois d'intégration, comme d'autres en Europe, est à la peine. L'immigration récente, très différente de celle des années précédentes, semble moins aisément acceptée dans un pays très homogène qui s'interroge sur son identité et sur l'avenir de son modèle social au sein d'un monde globalisé. Des questionnements partagés par les autres Européens.

Quelques jours avant les élections, Jimmie Akesson (DS) se réjouissait déjà : "Du simple fait d'être au Parlement, nous leur ferons peur et nous les forcerons à s'adapter à nos positions, notamment en matière de politique migratoire, car ils redouteront de perdre des voix aux élections suivantes" avait-il déclaré. Il a promis de "ne pas créer de problèmes au Riksdag". "Nous prendrons nos responsabilités. C'est ma promesse au peuple suédois" a-t-il indiqué.

Björn Söder, secrétaire général des Démocrates suédois, a déclaré espérer que les forces de l'Alliance négocieraient avec son parti. "Nous espérons être contactés demain par les autres partis" a-t-il affirmé.

La coalition des forces de l'Alliance devrait donc former un gouvernement minoritaire. Celui-ci pourrait obtenir le soutien du Parti de l'environnement-Les Verts. La reconduction de la droite en Suède met fin à l'hégémonie du Parti social-démocrate qui devient un pays d'alternance politique à l'image de ses voisins européens. Le fameux modèle suédois est fragilisé. "Une époque a pris fin" pouvait-on lire dans l'éditorial du quotidien Dagens Nyheter. La victoire des forces de l'Alliance est cependant moins synonyme de rupture qu'elle ne témoigne d'une profonde transformation de la société. Le Svenska Dagbladet affirme qu'il est temps pour les Suédois d'inventer leur "nouvelle image nationale".

Source : Site internet des élections suédoises http://www.val.se/val/val2010/valnatt/R/rike/index.html

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