Election présidentielle au Portugal 23 janvier 2011

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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3 janvier 2011
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Election présidentielle au Portugal 23 janvier 2011

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Le 11 octobre dernier, le chef de l'Etat, Annibal Cavaco Silva, fixait la date du 1er tour de l'élection présidentielle au 23 janvier 2011. Quelques jours plus tard, le 26 octobre, il annonçait dans un discours télévisé en direct du palais de Belem, résidence des présidents portugais à Lisbonne, qu'il était candidat à sa propre succession. "Après mûre réflexion, j'ai décidé d'être de nouveau candidat à la présidence de la République. Etant donné la situation extrêmement difficile qui est celle du Portugal, j'ai pensé que j'avais le devoir de me représenter. Avec mon expérience et mon savoir, je peux aider mon pays" a-t-il déclaré. A un mois du scrutin présidentiel, Annibal Cavaco Silva fait figure de grand favori. Plusieurs enquêtes d'opinion lui prédisent une victoire dès le 1er tour. Si aucun candidat n'obtient la majorité absolue le 23 janvier, un 2e tour sera organisé entre les deux candidats ayant remporté le plus grand nombre de suffrages deux semaines plus tard, soit le 6 février.

La fonction présidentielle.

Le président de la République portugaise est élu tous les 5 ans au suffrage universel direct. Chaque personne souhaitant être candidate à la magistrature suprême doit être âgée d'au moins 35 ans et obligatoirement recueillir la signature d'au moins 7 500 électeurs. La fonction de chef de l'Etat est principalement honorifique. Le président de la République est le chef des armées dont il désigne les chefs d'état-major. Sur proposition du gouvernement, il nomme les ambassadeurs. Il peut déclarer l'état d'urgence ou l'état de siège, voire la guerre en cas d'agression réelle ou imminente. Il signe les lois et les décrets votés par le Parlement sur lesquels il dispose d'un droit de veto. Sur proposition du gouvernement ou du parlement, il décide de l'organisation de référendum. Enfin, il peut dissoudre le parlement (article 172 de la Constitution), une dissolution conduisant de facto à de nouvelles élections législatives. 6 personnes sont officiellement candidates :

- Anibal Cavaco Silva, 71 ans, chef de l'Etat sortant. Professeur d'économie et ancien Premier ministre (1985-1995), il se présente comme candidat indépendant mais bénéficie du soutien du Parti social-démocrate (PSD), principal parti de l'opposition, et du Parti populaire (PP) dirigé par Paulo Portas ;

- Manuel Alegre, 74 ans, candidat du Parti socialiste (PS), soutenu également par le Bloc des gauches (BE) et le Parti démocratique de l'Atlantique (PDA). Il s'était présenté à la précédente élection présidentielle du 22 janvier 2006, scrutin où il ne bénéficiait pas du soutien du PS dont le candidat officiel était l'ancien président de la République (1986-1996), Mario Soares. Manuel Alegre avait cependant terminé 2nd en recueillant 20,72% des suffrages 14,34% à Mario Soares) ;

- Francisco Lopes, 35 ans, candidat du Parti communiste (PCP), également soutenu par les écologistes du parti Os Verdes ;

- Fernando Nobre, 59 ans, candidat indépendant, fondateur du Groupe d'assistance médicale internationale (AMI) ;

- Defensor de Moura, 64 ans, ancien maire de Viana do Castelo et vice-président du comité parlementaire des Affaires étrangères. Député socialiste, il se présente en candidat indépendant ;

- José Manuel Coelho, conseiller régional de l'archipel de Madère et membre du Parti de la nouvelle démocratie, non représenté au parlement.

La crise portugaise

Le Portugal traverse actuellement une grave crise socioéconomique. En 2009, le PIB a reculé de 2,6%, le déficit budgétaire s'est élevé à 9,3% du PIB et la dette publique a atteint 82% (elle devrait s'établir à 86,6% en 2011). Le chômage dépasse 10% de la population active (10,9% au 3e trimestre 2010). Le pays souffre d'un déficit structurel en raison de son faible potentiel de croissance lié au manque de compétitivité de ses entreprises. Le 10 juin dernier, jour de la fête nationale portugaise, le président Cavaco Silva déclarait : "Comme j'avais prévenu en temps voulu, nous en sommes arrivés à une situation intenable. Nous avons devant nous beaucoup de travail, une tâche énorme et des sacrifices inévitables. Les responsables politiques on une responsabilité particulière dans le contrat de cohésion nationale que nous devons établir. C'est sur les Portugais dans leur ensemble que doivent se concentrer les priorités d'un agenda politique et social véritablement guidé par les valeurs de justice et de la cohésion". A l'automne dernier, Anibal Cavaco Silva avait rencontré les représentants de l'ensemble des partis politiques, "une nécessité pour éviter la crise politique qui aurait un effet très négatif sur les marchés" avait-il indiqué. Le Président sortant avait appelé le Parti social-démocrate à trouver un consensus avec le gouvernement dirigé par le Premier ministre José Socrate (PS) au moment du vote du plan d'austérité au parlement. Le gouvernement minoritaire a en effet besoin de "l'abstention constructive" du Parti social-démocrate pour faire passer ses mesures d'austérité indispensables au redressement des finances publiques. Mais le leader de l'opposition, Pedro Passos Coelho (PSD), avait d'abord rejeté l'offre de négociation budgétaire préalable refusant de s'associer à de nouvelles hausses d'impôt, ce qui avait entraîné un regain de tensions sur les marchés internationaux et provoqué la hausse des taux d'intérêt de la dette du Portugal.

Le gouvernement de José Socrates a voté un plan d'austérité sans précédent (réduction des salaires des fonctionnaires gagnant plus de 1 500 € mensuels, gel des pensions de retraites, plafonnement des aides sociales, hausse de 2 points de la TVA qui passe ainsi à 23%, baisse des avantages fiscaux pour les entreprises) afin de réduire de manière draconienne le déficit du pays. Celui-ci doit en effet être rapporté d'ici fin 2011 de 7,3% du PIB à 4,6% en réalisant 5 milliards d'économies ; 2/3 de celles-ci résulteront de coupes budgétaires et 1/3 d'une augmentation des impôts. Le 24 novembre dernier, 3 millions de Portugais se sont mis en grève pour protester contre les mesures d'austérité décidées par le gouvernement et le pays a connu sa première grève générale unitaire depuis 22 ans. Le Premier ministre, José Socrates, a cependant écarté l'idée que Portugal puisse avoir besoin d'un plan de sauvetage du Fonds monétaire international (FMI). "Nous n'avons pas connu de crise bancaire ou de bulle immobilière. Notre seul problème tient à un déficit public excessif lié à la crise mondiale et nous sommes en train de le corriger" a t-il déclaré.

La campagne présidentielle

Le président sortant, Anibal Cavaco Silva, a promis de mener une campagne électorale simple et peu onéreuse par respect pour les difficultés économiques que traverse le Portugal. S'il est réélu, le chef de l'Etat promet de gouverner de façon non partisane en coordination avec le gouvernement dirigé par José Socrates. En mars dernier, Pedro Passos Coelho, 45 ans, est devenu le nouveau leader du Parti social-démocrate en remplacement de Manuela Ferreira Leite. Avec 61,05% des suffrages des militants, il a devancé ses adversaires José Pedro Aguiar-Branco et surtout Paulo Rangel, pourtant donné favori avant le scrutin interne. Celui-ci, élu de Madère, avait été tête de liste du PSD aux élections européennes des 4-7 juin 2009 où le parti avait remporté une large victoire (31,71% pour 26,53% au PS). Pedro Passos Coelho soutient la candidature d'Anibal Cavaco Silva pour l'élection présidentielle et s'est déclaré confiant dans le fait que le chef de l'Etat sortant sera réélu à une large majorité dès le 1er tour de scrutin. Manuel Alegre a plusieurs fois reproché à Anibal Cavaco Silva, économiste de formation, son silence sur la "crise des taux d'intérêt la plus grave depuis la Révolution des œillets (le 25 avril 1974, date de la chute de la dictature établie en 1932 par Antonio Oliveira Salazar) et qui menace la capacité de notre pays à prendre des décisions de façon autonome ". Il s'est également élevé contre la volonté du PSD de modifier et de "libéraliser" la Constitution portugaise. Le PSD a en effet émis le souhait de supprimer les articles de la Loi fondamentale qui qualifient l'éducation et la santé de biens publics. Manuel Alegre voit dans cette volonté du parti du président sortant une menace sur "l'équilibre des pouvoirs et les fondations constitutionnelles du pays notamment en ce qui concerne l'éducation, la santé publique et le droit du travail". Le Premier ministre José Socrates a déclaré que cette modification de la Constitution rendrait l'Etat providence "boiteux". Le candidat socialiste a affirmé que s'il est élu chef de l'Etat, il apposerait son veto à toute atteinte à l'Etat providence et protégerait la Constitution du Portugal. Manuel Alegre mène campagne auprès des émigrants portugais qui résident à l'étranger qu'il a appelé à "prendre part à la décision et à voter en faveur d'un candidat doté d'une vision progressiste".

Le Portugal a modifié sa loi électorale en supprimant le vote par correspondance pour les 5 millions de Portugais de l'étranger (700 000 vivent en France). Désormais, ceux-ci devront se déplacer dans les ambassades ou les consultas pour remplir leur devoir civique. Le député socialiste, José Lello, l'un des auteurs du texte de loi, a justifié cette réforme par la nécessité d'une plus grande transparence du scrutin et d'une lutte plus efficace contre la fraude électorale. "Lors des dernières élections législatives, la presse avait évoqué la disparition inexpliquée de plusieurs centaines de bulletins de vote destinés aux émigrés" a-t-il déclaré. Manuel Alegre s'est réjoui de ce récent changement qui, selon lui, "éliminent toutes les discriminations et les restrictions" et constituent "un pas important pour les droits des citoyens et qui améliore notre démocratie et l'élection présidentielle". De son côté, le PSD accuse le PS "d'avoir peur" du vote des émigrés. A chaque élection, le parti au pouvoir est en effet toujours largement devancé par le parti de Pedro Passos Coelho au sein des électeurs de l'étranger. "Je soutiens Manuel Alegre, candidat porteur d'une conviction et d'une vision progressiste du pays" a déclaré José Socrates, envers lequel Manuel Alegre se montre parfois critique. Le PS a voté par 200 voix contre 10 et 1 abstention le soutien à Manuel Alegre le 23 janvier. Le candidat socialiste, qui a su cultiver des relations et tisser des liens avec les autres partis de gauche dans la perspective du scrutin, se montre convaincu qu'"il est possible de défaire Anibal Cavaco Silva et donc de battre un président de la République sortant pour la première fois au 1er ou au 2e tour". Il faut rappeler que tous les chefs de l'Etat portugais ont été élus (ou réélus) au 1er tour depuis le retour du pays à la démocratie en 1974.

Comme en 2006, le candidat socialiste devra affronter un autre socialiste au 1er tour. En effet, le député Defensor de Moura a décidé de se présenter à la magistrature suprême. "Ma campagne est complémentaire de celle de Manuel Alegre ; mes opposants ne sont pas Manuel Alegre ou Fernando Nobre mais la campagne de droite que mène Anibal Cavaco Silva" a-t-il déclaré. Plus à gauche, on trouve Francisco Lopes, ingénieur électricien issu du fief communiste de Setubal. "Il est nécessaire que la présidence soit occupée par quelqu'un qui soutient quelque chose de différent de la politique de droite que mène les socialistes au pouvoir ou de l'opposition du Parti social-démocrate" a déclaré le candidat communiste.

Selon la dernière enquête d'opinion réalisée par l'institut Eurosondagem et publiée fin décembre, le chef de l'Etat sortant, Anibal Cavaco Silva, devrait remporter l'élection présidentielle dès le 1er tour de scrutin avec 60% des suffrages. L'écart avec son principal adversaire, Manuel Alegre, s'est même creusé par rapport aux précédents sondages. Le candidat socialiste recueillerait 30%. Très loin derrière, l'indépendant Fernando Nobre obtiendrait 4,8%, le communiste Francisco Lopes 4,5% et le député socialiste Defensor de Moura 0,7%. Le conseiller régional de Madère, José Manuel Coelho, ne figurait pas dans la liste des candidats au moment de la réalisation de ces enquêtes d'opinion.

La campagne officielle de l'élection présidentielle débute le 9 janvier pour se terminer le 21.

Source : Commission électorale portugaise

Election présidentielle au Portugal 23 janvier 2011

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