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Victoire des chrétiens démocrates et effondrement des populistes aux Pays-Bas

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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22 janvier 2003
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

Les chrétiens-démocrates du CDA ont remporté d'une courte tête les élections législatives néerlandaises du 22 janvier, gagnant un siège supplémentaire par rapport au scrutin du 15 mai dernier (44 sièges) et devançant les travaillistes du PvdA de deux sièges seulement.

Jan Peter Balkenende, Premier ministre sortant, sera donc chargé par la reine Beatrix de former le futur gouvernement des Pays-Bas, une tâche qui ne devrait pas être aisée, le leader de l'Appel chrétien-démocrate (CDA) ayant maintes fois déclaré durant la campagne électorale ne pas vouloir gouverner avec les sociaux-démocrates.

Le Parti du travail (PvDA) a réalisé un score inespéré au vu de sa lourde défaite lors des élections du 15 mai dernier. Après être tombé à son plus bas niveau depuis la deuxième guerre mondiale, le PvdA obtient dix neuf sièges supplémentaires au Parlement et redevient la deuxième formation politique du pays.

La Liste Pim Fortuyn enregistre un net recul, perdant près des trois quarts de ses sièges au Parlement en passant de vingt-six à huit. Notons que ce résultat est tout de même supérieur (de un siège) aux prévisions les plus optimistes des enquêtes d'opinion. Les résultats montrent que les précédents électeurs de la formation populiste se sont, en majorité, reportés sur des partis de gauche et, particulièrement, sur le Parti du travail.

Le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD) obtient quatre sièges supplémentaires par rapport aux élections législatives du 15 mai dernier et réalise donc un score inférieur à ses prévisions (trente sièges). Les petites formations ont, quant à elles, enregistré de médiocres résultats. Le Parti des démocrates 66 a ainsi perdu un siège par rapport au 15 mai dernier ; son leader, Thom de Graaf, a d'ailleurs démissionné de la tête de la formation dès l'annonce des résultats. Le Parti socialiste, crédité de douze sièges par les enquêtes d'opinion, met un terme à sa progression électorale des trois derniers scrutins nationaux et recueille neuf sièges, soit un résultat identique à celui obtenu le 15 mai dernier. La Gauche verte perd deux sièges, passant de dix à huit, l'Union chrétienne un, enfin la formation d'extrême droite, les Pays-Bas vivables (Leefbaar Nederland), perd ses deux sièges parlementaires.

Durant toute la campagne, le leader chrétien-démocrate a exprimé sa préférence pour la formation d'un gouvernement de droite constitué de deux partis : sa propre formation et le Parti populaire pour la liberté et la démocratie. Le CDA et le VVD manquant de quatre sièges la majorité nécessaire pour gouverner (regroupant à eux deux 72 sièges sur cent cinquante), Jan Peter Balkenende devra donc se résoudre à s'associer avec d'autres formations. A l'issue de l'annonce des résultats des élections, il s'est cependant déclaré satisfait : « Au début de la soirée, on avait l'impression que seul un gouvernement avec les travaillistes était possible mais maintenant, on voit que nous pouvons aussi former une coalition avec le VVD et le D66 ou la LPF » ajoutant qu'il voyait « de gros risques » dans une coalition avec le PvdA.

Le leader du Parti des démocrates 66 a tenu à déclarer que son parti ne participerait pas à une coalition gouvernementale avec l'Appel chrétien-démocrate et le Parti populaire pour la liberté et la démocratie : « Nous n'avons pas assez de sièges pour pouvoir jouer un rôle significatif. Je recommanderai fortement au nouveau groupe parlementaire de ne pas y songer. De plus, le CDA et le VVD veulent poursuivre leur accord de gouvernement, contre lequel nous nourrissons de grandes objections». Wouter Bos, leader du Parti du travail, s'est quant à lui déclaré prêt à former une coalition avec les chrétiens-démocrates du CDA.

Le Premier ministre doit donc choisir entre deux options : s'allier aux travaillistes (son gouvernement disposerait alors d'une large majorité au Parlement) ou s'associer avec le Parti populaire pour la liberté et la démocratie et une troisième formation. Les négociations entre le CDA et le PvdA pour la formation d'un gouvernement pourraient être longues et difficiles car les chrétiens-démocrates s'opposent au Parti travailliste en matière d'immigration, d'insécurité et de finances publiques. Par ailleurs, les sociaux-démocrates sont en désaccord avec le programme des conservateurs, trop peu social à leurs yeux.

Le nouveau chef des sociaux-démocrates a réussi un pari difficile en parvenant huit mois après la lourde défaite des travaillistes et quelques semaines après sa nomination à la tête du parti à redresser la situation. Jeune, dynamique et très médiatique, il a tenu un discours modeste qui a su convaincre les électeurs. Il n'a pas hésité à reprendre à son compte quelques unes des positions les plus dures de la droite quant à la politique d'immigration et de lutte contre l'insécurité, menaçant, par exemple, d'expulser les immigrés qui refuseraient d'apprendre le néerlandais. Ainsi, si Job Cohen, le candidat au poste de Premier ministre choisi par les travaillistes, est connu à l'étranger pour avoir célébré en tant que maire d'Amsterdam le premier mariage homosexuel, il l'est encore plus aux Pays-Bas pour avoir occupé de 1995 à 1998 les fonctions de secrétaire d'Etat à la Justice, chargé de la politique d'asile dans le gouvernement dirigé par Wim Kok. A ce poste, il s'était illustré par des positions strictes qui ont conduit à l'adoption de nouvelles lois durcissant les critères d'obtention du statut de réfugié.

A première vue, les Néerlandais semblent avoir retrouvé leur paysage politique familier. Cependant, le déclin de la formation populiste, pour être réel, n'en n'est pas moins trompeur et le résultat de la Liste Pim Fortuyn pourrait bien n'être que l'arbre cachant la forêt. L'immigration, la sécurité, l'islam et l'intégration des étrangers à la société néerlandaise, sujets tabous il y a encore quelques mois, ont ainsi dominés la campagne de ces élections législatives. Le leader du Parti populaire pour la liberté et la démocratie, Gerry Zalm, n'a ainsi pas hésité à reprendre à son compte la phrase de Pim Fortuyn selon laquelle « Les Pays-Bas sont pleins ». « Le populisme n'est pas mort, il se porte même très bien et se retrouve dans l'ensemble des partis, dans la flexibilité avec laquelle ils adaptent leur politique » affirme ainsi André Krouwel, politologue à l'université Vrije d'Amsterdam. Le futur gouvernement sera particulièrement attendu sur l'immigration, l'insécurité et la crise des services publics (système de santé et de l'éducation).

Ces élections législatives ont également été marquées par l'apparition de nombreuses petites formations défendant des intérêts très spécifiques, tels le Parti de l'avenir, proposant la baisse des taxes sur l'alcool et le remboursement des préservatifs par la Sécurité sociale ; la Liste Ratelband prônant le redécoupage du pays en unités administratives de vingt-cinq mille habitants, le Conservatieven.nl de la dissidente de la Liste Pim Fortuyn, Winny de Jong, ou encore le Parti des animaux.

Au lendemain de ces élections législatives anticipées, les électeurs néerlandais se sont apparemment repositionnés selon leurs clivages traditionnels. Les Pays-Bas retrouvent leurs trois courants politiques : démocrate-chrétien, travailliste et libéral. En dépit de sa préférence pour un gouvernement de centre-droit, Jan Peter Balkenende devra composer pour la formation de son Gouvernement. Ne serait-ce que pour tenir compte du vote des Néerlandais et pour éviter de dresser de nouveaux obstacles à la constitution d'un gouvernement stable dont les Pays-Bas ont plus que jamais besoin après l'annus horribilis qu'a été 2002 pour la vie politique du pays.

Résultats des élections législatives du 22 janvier :

Participation : 80,3%

Source : Agence France Presse

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