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Le chef de l'Etat sortant, Ivo Josipovic, favori de l'élection présidentielle en Croatie

Élections en Europe

Corinne Deloy

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8 décembre 2014
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Le président de la République croate, Ivo Josipovic (Parti social-démocrate, SDP), a annoncé le 19 octobre dernier sa volonté de concourir pour un nouveau mandat à la tête de l'Etat. Il sera opposé le 28 décembre prochain à 3 autres candidats. Son adversaire la plus sérieuse est Kolinda Grabar-Kitarovic, membre du principal parti d'opposition, l'Union démocratique (HDZ), dirigé par Tomislav Karamarko. Le scrutin présidentiel constituera un test pour l'ensemble des forces politiques du pays dans la perspective des élections législatives prévues pour la fin de l'année 2015.

Ivo Josipovic est une personnalité populaire auprès de ses compatriotes mais il pourrait pâtir des mauvais résultats économiques du gouvernement dirigé par Zoran Milanovic (Parti social-démocrate, SPD) et de l'affaiblissement des sociaux-démocrates.

La date du scrutin présidentiel, atypique, s'explique par le fait qu'en 2009, la Premier ministre Jadranska Kosor (HDZ) avait choisi d'organiser l'élection présidentielle le surlendemain de Noël pour multiplier les chances de son parti, cette période de l'année voyant rentrer en Croatie un grand nombre d'expatriés.

Selon les enquêtes d'opinion, Ivo Josipovic devrait arriver en tête du 1er tour du 28 décembre avec 42,3% des suffrages et devancer Kolinda Grabar-Kitarovic (27,3%) et Milan Kujundzic (Aube croate-Parti du peuple, HZ) (11.2%). Les mêmes sondages indiquent que le président sortant devrait s'imposer au 2nd tour le 11 janvier avec 51,6% des voix.

Vers un duel Ivo Josipovic - Kolinda Grabar-Kitarovic

A ce jour, 4 personnes sont officiellement candidates à la présidence de la République:

– Ivo Josipovic (Parti social-démocrate, SDP), président sortant soutenu par le Développement durable de la Croatie (ORaH), les Travaillistes croates-Parti du travail (HL-SR), le Parti populaire-Démocrates libéraux (HNS-LD), le Parti démocrate d'Istrie (IDS) et le Parti des retraités (HSU). Neuf associations de retraités ont également exprimé leur soutien au chef de l'Etat sortant ;

– Kolinda Grabar-Kitarovic (Union démocratique croate, HDZ), ancienne ministre de l'Intégration européenne (2003-2005) puis des Affaires étrangères et de l'Intégration européenne (2005-2008), devenue ambassadeur de Croatie aux Etats-Unis. En 2011, elle est la première femme à être nommée secrétaire général adjointe du Secrétaire général de l'OTAN en charge des informations publiques. Elle est soutenue par le Parti paysan croate (HSS), le Parti social-libéral (HSLS) et Ruza Tomasic, ancien dirigeant du Parti des droits-Dr Ante Starcevic (HSP-AS) ;

– Milan Kujundzic (Aube croate-Parti du peuple, HZ), candidat de l'Alliance pour la Croatie, rassemblement de 8 partis de droite ;

– Ivan Sincic, mouvement Zivi Zid

Kolinda Grabar-Kitarovic a présenté le 11 novembre dernier son programme présidentiel intitulé Plateforme pour une meilleure Croatie. Le texte contient de nombreuses promesses en matière de stabilité sociale, de renforcement de l'Etat de droit et de lutte contre la corruption, d'éducation, de protection de la santé, de sécurité nationale, de protection des Croates de Bosnie-Herzégovine, etc. Plus tôt cette année, 2 800 Croates vivant dans cette République voisine ont voté pour les élections européennes du 25 mai dernier. Pour se prononcer pour le scrutin présidentiel, les centaines de Croates de Bosnie-Herzégovine doivent impérativement s'enregistrer avant le 17 décembre auprès de l'ambassade ou des consulats.

Kolinda Grabar-Kitarovic se pose également en défenseur des droits des membres des forces armées et notamment des anciens combattants et invalides de guerre de la guerre d'indépendance (1991-1995) dont quelques dizaines manifestent depuis plusieurs semaines devant le ministère des Anciens combattants à Zagreb. Ils réclament la démission du ministre Predrag Matic et l'adoption d'une loi pour protéger leurs droits, notamment ceux liés à la protection sociale, qu'ils estiment menacés. Les vétérans reprochent également à Bojan Glavasevic, assistant du ministre d'avoir déclaré que " ceux qui étaient de l'autre côté (les Serbes) pouvaient également souffrir de stress post-traumatique ". Ils se disent " déçus et en colère " de l'attitude du gouvernement de Zoran Milanovic face à leur sacrifice durant la guerre d'indépendance.

En octobre dernier, Nevenka Topalusic, 60 ans, s'est immolée par le feu devant le ministère et est décédée de ses blessures. Récemment, un homme a également tenté de se suicider devant le ministère.

Kolinda Grabar-Kitarovic dénonce les dépenses - 31,6 millions € selon elle - effectuées par le président sortant durant son mandat, déplorant qu'une telle somme n'est débouché que sur très peu de réalisations. Elle a indiqué qu'elle souhaitait réduire le nombre de personnes au service du chef de l'Etat et de faire appel à des conseillers extérieurs qui travailleraient comme volontaires. Kolinda Grabar-Kitarovic a néanmoins déclaré qu'elle augmenterait le personnel chargé de gérer l'utilisation des fonds européens. Elle s'oppose à toute modification de la Constitution, une mesure souhaitée par le président sortant. Enfin, elle veut agir sur la croissance économique, un domaine dans lequel le chef de l'Etat croate ne dispose cependant pas de pouvoir.

Le président de la République a d'ailleurs qualifié le programme de sa principale rivale de divagation ou de chimère, affirmant que sa réalisation exigerait une dissolution du parlement et la nomination d'un nouveau gouvernement.

Prendre contact avec Milan Kujundzic, établir une zone de protection dans la mer Adriatique pour remplacer l'actuelle zone écologique de pêche et réhabiliter les généraux de l'armée croate en retraite depuis 2000 seront les trois premières actions de Kolinda Grabar-Kitarovic si elle est élue à la présidence de la République le 11 janvier prochain.

Les difficultés économiques de la Croatie constituent un handicap pour Ivo Josipovic. Le chef de l'Etat sortant a récemment rappelé que le pays avait besoin de réformes sérieuses en matière économique mais également dans les secteurs de la justice, de l'administration et de l'organisation territoriale. " Tous les gouvernements ont échoué à faire les réformes nécessaires pour attirer les investissements, créer les emplois et sortir le pays de la récession qui menace de s'étendre en 2015 pour la septième année consécutive " a-t-il déclaré dans un entretien au quotidien britannique The Financial Times à la fin du mois d'octobre.

La Croatie souffre d'un secteur public pléthorique et donc onéreux, d'un manque de discipline budgétaire (en 2013, la dette publique du pays représentait deux fois celle de 2008) et d'une faible compétitivité. En septembre dernier, le chômage touchait 17,70% de la population active.

L'amendement de la Constitution du pays constitue l'un des points forts du programme d'Ivo Josipovic pour son éventuel deuxième mandat. Le chef de l'Etat sortant souhaite que la Loi fondamentale soit modifiée pour permettre aux citoyens de demander qu'un sujet soit débattu au parlement (sous réserve qu'ils rassemblent au moins 10 000 signatures). Il désire également modifier le mode de scrutin des élections législatives et propose un système mixte par lequel la moitié des députés seraient désignés au scrutin majoritaire et l'autre au scrutin proportionnel de liste (avec vote préférentiel). Enfin, il veut faire de la Croatie, divisée en 20 comtés, un pays de 5 à 8 régions.

C'est un projet pour une nouvelle Constitution, pour une Croatie plus moderne, un projet pour une nouvelle Croatie, pour une deuxième République " a déclaré Ivo Josipovic, ajoutant. " Notre Constitution a été efficace et nous a aidés pendant la période de transition mais après l'accession du pays à l'Union européenne, nous sommes entrés dans une période de post-transition marquée par de nouvelles attentes des citoyens  pour davantage de démocratie, un meilleur fonctionnement de l'Etat et une économie plus performante".

Il a enfin indiqué que si le parlement n'acceptait pas les changements qu'il propose, il se tournerait vers les électeurs et organiserait un référendum sur ses propositions.

Milan Kunijdzic a présenté son programme intitulé La nouvelle Croatie le 30 novembre. Il demande également la rédaction d'une nouvelle Constitution ; il souhaite modifier le préambule du texte actuel qui affirme que la Croatie est une République fondée à partir du Conseil antifasciste pour la libération de la Croatie (ZAVNOH) pour indiquer que le pays est fondé sur la guerre d'indépendance de 1991-1995. Il demande également la mise en place d'un nouveau système électoral et une nouvelle organisation territoriale du pays. Il veut également réduire le nombre de ministres et a indiqué que l'établissement d'un ministère pour les Croates de l'étranger serait l'une de ses premières actions s'il est élu à la tête de l'Etat.

La présidence de la République en Croatie

Le Président de la République croate est élu pour 5 ans au suffrage universel direct et au scrutin majoritaire. Il n'est rééligible qu'une seule fois. La réforme constitutionnelle du 28 février 2001, qui a renforcé les pouvoirs du Sabor (Parlement) en supprimant l'ancienne Chambre haute (la Chambre des Comitats), a considérablement réduit les pouvoirs du chef de l'Etat. Celui-ci nomme le Premier ministre et les membres du gouvernement, représente la Croatie à l'étranger et accrédite les ambassadeurs. Il dispose d'un droit de regard sur les questions diplomatiques et est associé au gouvernement dans l'élaboration et la conduite de la politique étrangère du pays. Commandant en chef des armées, il dispose de pouvoirs exceptionnels en temps de guerre. Enfin, le chef de l'Etat peut dissoudre le Parlement, soumettre à référendum - avec l'accord du gouvernement - un projet de loi ou une réforme constitutionnelle ou encore demander la tenue d'un conseil des ministres exceptionnel sur certains sujets mais ne peut s'opposer aux lois votées par les députés.

Tout candidat à la fonction présidentielle doit réunir sur son nom au moins 10 000 signatures d'électeurs pour pouvoir participer au scrutin.

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