Elections législatives au Portugal, 20 février

Actualité

Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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20 février 2005
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

Le 30 novembre dernier, le Président de la République Jorge Fernando Branco de Sampaio (Parti socialiste, PS) décidait d'engager la procédure de dissolution du Parlement et donc de convoquer des élections législatives anticipées, mettant ainsi un terme à la crise interne qui agitait le gouvernement dirigé par Pedro Santana Lopes (Parti social-démocrate, PSD). Le Président de la République a justifié sa décision par la « grave crise de crédibilité » traversée par le gouvernement et l'incapacité de celui-ci à « maintenir la stabilité politique du pays. « Le Portugal a connu depuis quatre mois une série d'épisodes qui ont assombri de manière décisive la crédibilité du gouvernement, une succession d'incidents, de contradictions et de défauts de coordination qui ont porté atteinte au prestige du gouvernement » a-t-il déclaré. Pedro Santan Lopes a succédé le 9 juillet à José Manuel Durao Barroso, nommé Président de la Commission européenne le 29 juin dernier.

Les élections législatives, initialement prévues pour mars 2006, auront donc lieu le 20 février.

La crise gouvernementale

Le gouvernement de Pedro Santana Lopes est sous le feu des critiques depuis de nombreuses semaines ; le Premier ministre, ancien maire de la capitale Lisbonne, ayant même obtenu le taux de popularité le plus faible jamais atteint par un chef de gouvernement.

Nommé pour poursuivre l'action de son prédécesseur, Pedro Santana Lopes s'est autorisé quelques libertés avec les mesures d'austérité imposées par José Manuel Durao Barroso pour maintenir le déficit du Portugal dans les limites du Pacte de stabilité, notamment dans le domaine des impôts. Ses décisions ont écorné la confiance dont son gouvernement disposait dans les milieux économiques. L'ancien Premier ministre conservateur (1985-1995), Anibal Cavaco Silva, avait lui-même exprimé ses doutes à propos du gouvernement de Pedro Santana Lopes qualifié de « populiste ». « Les hommes politiques compétents doivent écarter les incompétents » avait-il déclaré dans un entretien avec l'hebdomadaire L'Expresso.

Le report de la rentrée scolaire en septembre dernier, le projet du gouvernement de créer un bureau gouvernemental de contrôle des médias –auquel Jorge Sampaio avait apposé son veto présidentiel- et la démission en novembre dernier du ministre de la Jeunesse et des Sports, Henrique Chaves ainsi que les accusations de ce dernier dénonçant le « manque de loyauté » et la « malhonnêteté » du gouvernement ont fini par provoquer une véritable crise politique conduisant le Président de la République à destituer le Parlement, ouvrant la voie à de nouvelles élections législatives.

En juin dernier, le Parti socialiste avait demandé au Président Jorge Sampaio la convocation d'élections législatives anticipées. Les sociaux-démocrates, vainqueurs du scrutin européen du 13 juin – le PS a recueilli 46,36% des suffrages contre 34,64% à ses adversaires de la coalition gouvernementale, le Parti social-démocrate et le Parti populaire, réunis au sein de la coalition Força Portugal- entendaient bien profiter de cette victoire pour conquérir le Parlement national. Mais après la nomination de José Manuel Durao Barroso à la tête de la Commission européenne, Jorge Sampaio avait préféré jouer la continuité et confier la direction des affaires du pays à Pedro Santana Lopes. Poussé à la démission, celui-ci a critiqué la décision de Jorge Sampaio de convoquer des élections législatives anticipées, soulignant que le Portugal a connu seize gouvernements durant les vingt-huit dernières années. « Ce n'est pas la meilleure façon de construire une économie compétitive » a t-il affirmé. Le PSD était lui-même arrivé au pouvoir le 17 mars 2002 à la faveur d'élections législatives anticipées faisant suite à la démission de Antonio Guterres (PS) après l'échec de sa formation aux élections municipales du 16 décembre 2001.

La campagne électorale

Le Parti socialiste a exprimé son ambition d'augmenter la croissance économique du pays. « Nous voulons permettre au Portugal de recommencer à croître de 3% par an » a déclaré devant quatre cents chefs d'entreprises étrangères réunis à Lisbonne le secrétaire général de la formation et futur Premier ministre en cas de victoire des sociaux-démocrates, José Socrates. Pour cela, le Parti socialiste a prévu de mettre en œuvre un « plan technologique » et de lancer un programme d'investissements publics et privés de vingt millions d'euro pour « moderniser l'économie ».

Droite et gauche se sont également récemment affrontées sur la question de l'avortement, thème qui a resurgi dans le débat public à la fin de l'été lorsqu'un bateau affrété par une organisation néerlandaise, Women on waves, militant en faveur de la libéralisation de l'avortement, a tenté de pénétrer dans les eaux territoriales. Le gouvernement de Pedro Santana Lopes l'en a finalement dissuadé en dépêchant deux navires de la marine nationale pour l'empêcher d'accoster dans un port.

Pedro Santana Lopes a annoncé que s'il ne prendra pas l'initiative d'un référendum sur la libéralisation de l'avortement, il est prêt à étudier toute proposition qui lui serait adressée pour l'organisation d'une consultation populaire sur ce sujet si sa formation remporte les prochaines élections législatives. Il a cependant affirmé qu'il était en accord avec la législation actuelle qui est, rappelons-le, l'une des plus répressives de l'Union européenne. L'interruption volontaire de grossesse n'est autorisée au Portugal qu'en cas de danger pour la vie de la mère ou, dans certaines limites, pour sa santé physique ou psychique ainsi qu'en cas de malformation congénitale du fœtus ou encore de violences sexuelles. L'avortement non autorisé est passible de trois ans de prison, les femmes poursuivies ces derniers mois ayant toutefois été acquittées faute de preuves. Le nombre d'avortements clandestins est estimé chaque année entre vingt mille et quarante mille et des milliers de Portugaises traversent régulièrement la frontière pour pratiquer une IVG en Espagne.

José Socrates a, quant à lui, affirmé qu'il était favorable à une législation dépénalisant l'avortement jusqu'à la dixième semaine de grossesse et à l'organisation d'un référendum sur le sujet. Le leader de l'opposition ne s'est toutefois pas prononcé sur la date à laquelle cette consultation populaire pourrait avoir lieu. Après le scrutin législatif du 20 février, les Portugais devraient de nouveau être appelés aux urnes cette année pour ratifier, par référendum, la Constitution européenne (initialement prévu en avril prochain, le référendum a été repoussé sans qu'une nouvelle date soit encore fixée) et pour élire leurs représentants locaux (entre le 14 septembre et le 14 octobre). Enfin, ils devraient également désigner, en tout début d'année prochaine, leur prochain Président de la République.

Rappelons qu'en 1998, les Portugais avaient rejeté de justesse un projet de libéralisation de l'avortement lors d'un référendum qui avait très peu mobilisé les électeurs. Les dernières enquêtes d'opinion réalisées sur le sujet montrent cependant que les Portugais sont majoritairement favorables à un assouplissement de la législation.

Si le Parti socialiste arrive largement en tête dans les enquêtes d'opinion, son avance s'est réduite ces dernières semaines. Le dernier sondage, réalisé par l'institut d'opinion Aximage entre le 17 et le 19 janvier et publié par le quotidien Correio da Manha, crédite le Parti socialiste de 42,8% des suffrages (- 2,8 points par rapport à début janvier). Le Parti social- démocrate obtiendrait 28,7% des voix (+ 1, 2 point) et le Parti populaire (CDS/PP) 7,1% (+ 0,5 point). Ensemble, les deux formations de la coalition gouvernementale recueillent donc 35,8% des suffrages, soit 7 points de moins. Le Parti communiste (PCP) est crédité de 6,2% des voix et la formation d'extrême gauche, le Bloc des gauches (BE), de 4,3%.

En dépit de ce léger recul, l'opposition pourrait toutefois s'imposer lors des élections législatives du 20 février prochain.

Rappel des résultats des élections législatives du 17 mars 2002

Participation : 62,34%

Source : agence france presse

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