Elections législatives au Danemark

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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13 novembre 2007
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Elections législatives au Danemark

PDF | 184 koEn français

Les Danois sont appelés à renouveler le Folketing (Parlement) pour des élections législatives anticipées qui se dérouleront le 13 novembre prochain. Le Premier ministre Anders Fogh Rasmussen (Parti libéral, V) l'a annoncé solennellement le 24 octobre à la tribune du Parlement, précisant que son gouvernement ne démissionnerait pas durant la campagne électorale. Par ce scrutin, il a déclaré souhaiter "mettre un terme aux nombreuses spéculations sur des élections anticipées qui risquaient de détruire le travail du Parlement dans les prochains mois". "Il y a des décisions importantes à prendre au cours de cette session parlementaire. Et selon nous, les spéculations sont néfastes au travail et à la stabilité de l'actuelle assemblée parlementaire". Le scrutin aurait dû être organisé au plus tard en février 2009. Depuis plusieurs mois cependant, les rumeurs sur des élections anticipées circulaient. "Il s'agit, pour le Premier ministre, du meilleur moment pour organiser des élections et, pour l'opposition, du pire moment" indique l'analyste politique et ancien leader du Parti conservateur (KF), Hans Engell.

Le système politique danois

Le Folketing, Chambre unique du Parlement, comprend 179 membres élus pour 4 ans au scrutin proportionnel selon la méthode de Sainte-Lagüe. Pour présenter des listes aux élections législatives, tout parti doit être représenté au Parlement au moment de la tenue du scrutin. Si tel n'est pas le cas, il lui faut alors recueillir un nombre de signatures correspondant à 1/175e des votes déclarés valides lors des dernières élections législatives.

La province du Groenland et celle des îles Féroé disposent chacune de 2 représentants. Les 175 autres sièges sont répartis entre 3 régions : les régions de Copenhague, du Jutland et des îles. Ces 3 régions sont subdivisées en 3 circonscriptions urbaines et 7 circonscriptions rurales. Le nombre de sièges alloués à chacune de ces circonscriptions, proportionnel au nombre de ses habitants, est revu tous les cinq ans. Le calcul effectué (addition de la population, du nombre d'électeurs au dernier scrutin et de la surface de la circonscription en kilomètres carrés multipliée par vingt, le résultat étant ensuite divisé par 175) favorise les régions faiblement peuplées.

135 des 175 sièges sont des sièges de circonscription, 40 des sièges compensatoires. Ceux-ci permettent d'assurer une représentation nationale aux formations ayant dépassé un certain seuil. Cependant, pour accéder à la répartition des sièges compensatoires, une formation doit avoir obtenu un minimum de sièges dans une circonscription donnée ou bien un nombre de suffrages supérieur ou égal au nombre de voix nécessaires à l'obtention d'un siège dans au moins 2 des 3 régions du royaume ou encore au moins 2% des suffrages exprimés au niveau national. La répartition des sièges se fait en deux temps, tout d'abord par parti, puis par candidat.

Ces principes de l'élection des députés sont inscrits dans la Constitution danoise de 1953.

8 formations politiques sont représentées au Folketing

:

- Le Parti libéral (V), parti majoritaire du Premier ministre Anders Fogh Rasmussen, compte 52 députés ;

- Le Parti social-démocrate (SD), principale formation d'opposition dirigée depuis 2005 par Helle Thorning-Schmidt, possède 47 sièges

- Le Parti du peuple (DF), formation d'extrême droite dirigée par Pia Kjaersgaard, soutien de la coalition gouvernementale au Parlement, compte 23 députés ;

- Le Parti conservateur (KF), membre de la coalition gouvernementale et dirigé par Bendt Bendtsen, possède 18 sièges ;

- Le Parti radical-libéral (RV), formation d'opposition de gauche dirigée par Marghrethe Vestager qui a succédé le 15 juin dernier à Marianne Jelved, compte 17 députés ;

- Le Parti socialiste populaire (SF), formation d'opposition rassemblant socialistes et écologistes et dirigée par Villy Sovndal, possède 11 sièges ;

- la Liste de l'unité (E), fruit de l'alliance du Parti communiste (DKP), du Parti des travailleurs socialistes (SA) et de la Gauche socialiste (VS). La formation n'a pas de leader mais est dirigée par un comité exécutif de 25 personnes. Il compte 6 députés.

- le Centre démocrate (CD) : 1 députée : Louise Frevert, élue le 8 février 2005 sur les listes du Parti du peuple (DF).

Les enjeux des élections législatives

Anders Fogh Rasmussen conduit la politique danoise depuis novembre 2001 où il a remporté ses premières élections législatives. Il dirige un gouvernement minoritaire composé de ministres libéraux et conservateurs et bénéficie du soutien du Parti du peuple qui lui assure une majorité parlementaire. "Les Danois ont connu depuis 2001 une période de progrès et de stabilité avec un niveau record d'emploi et un taux très bas de chômage" a rappelé le Premier ministre le 24 octobre dernier lançant un appel aux électeurs "Le Parti libéral et le Parti conservateur se présentent aux élections avec un appel commun aux électeurs à leur renouveler leur confiance et le mandat du gouvernement". En réalité, le Chef du gouvernement cherche, avec ces élections législatives anticipées, à constituer une majorité parlementaire sans l'appui de l'extrême droite, un allié encombrant et qui freine la réforme de l'Etat providence et la mise en œuvre d'une politique d'immigration plus humaine. Anders Fogh Rasmussen se dit cependant "ouvert à tous les partis qui veulent coopérer avec le gouvernement".

Pour parvenir à former une nouvelle majorité, indépendante du Parti du peuple, Anders Fogh Rasmussen place de grands espoirs dans une nouvelle formation politique de centre-droit, la Nouvelle alliance, créée le 7 mai 2007 par le très populaire Naser Khader, les députés européens Anders Samuelsen et Gitte Seeberg. "Beaucoup de gens souhaiteraient qu'arrive au pouvoir un gouvernement plus centriste mais ils ne veulent pas d'un gouvernement rouge tout comme ils refusent que le Parti du peuple danois ait une telle influence sur notre vie politique" répète Naser Khader qui dirige le parti. La Nouvelle alliance se bat pour une meilleure intégration des immigrés, le renforcement de la place du Danemark dans l'Union européenne et l'établissement d'un impôt unique sur le revenu (40%). "La Nouvelle alliance emprunte au Parti conservateur et au Parti social-démocrate. Elle a de grandes chances d'obtenir des sièges au Parlement" déclare le professeur Jorgen Elklit de l'université d'Aarhus.

Le Premier ministre Anders Fogh Rasmussen peut s'enorgueillir de son bilan socioéconomique. Le Danemark est l'une des économies les plus solides de l'Union européenne. Son taux de chômage (3,3% de la population active) est le plus faible jamais enregistré depuis 33 ans et les exportations ont progressé de 11,5% en 2006. Comme ses voisins nordiques, le Danemark fait partie du Top 10 des économies les plus compétitives établi chaque année par le World Economic Forum. Le Danemark doit, en grande partie, sa réussite économique à son système de flexicurité, vanté par de nombreux économistes hors des frontières nationales, qui financé par une lourde fiscalité, combine la flexibilité à l'embauche et au licenciement avec la générosité des allocations chômage et l'obligation pour les chômeurs d'accepter les postes qui leur sont proposés sous peine de sanctions.

Cependant, quelques nuages se sont amoncelés ces derniers mois. La croissance, de 3,5% en 2006, devrait baisser, le royaume faisant face à une pénurie de main-d'œuvre, notamment dans le domaine des emplois qualifiés, ce qui entraîne une baisse de la production. De même, les risques d'inflation sont grandissants. En outre, élu en novembre 2001 et réélu en février 2005 sur la promesse de ne pas augmenter les impôts, Anders Fogh Rasmussen doit livrer bataille contre l'opposition sociale-démocrate qui l'accuse de sacrifier l'Etat providence. Le Premier ministre doit donc parvenir à convaincre les électeurs qu'il est bien le meilleur défenseur du système social et qu'il lui est possible simultanément de baisser des impôts et d'améliorer les services publics. Pour montrer combien ces accusations sont infondées, le Premier ministre a nommé l'ancienne sociale-démocrate Karen Jespersen au poste de ministre des Affaires sociales. Mais Anders Fogh Rasmussen doit également composer avec ses partenaires politiques : le Parti conservateur, partisan des réductions fiscales pour les salaires les plus élevés (actuellement taxés à 60%) ; et le Parti du peuple qui se veut le défenseur des plus défavorisés et d'un Etat providence fort.

Le gouvernement a annoncé un plan prévoyant une réduction annuelle d'impôts de 10 milliards de couronnes (1,34 milliard d'euro) à partir de 2008 pour lutter contre la pénurie de main d'œuvre. Afin de réduire les risques d'inflation, les baisses d'impôts seront en partie compensées par une augmentation des taxes sur l'énergie. Dans le même temps, les dépenses publiques devraient augmenter de 1,8% en 2007 et de 1,7% en 2008. Le gouvernement a en effet indiqué qu'il allait investir 50 milliards de couronnes (6,7 milliards d'euro) au cours des dix prochaines années dans la santé, les écoles et la prise en charge des personnes âgées et 10 autres milliards pour mieux former les employés du secteur public travaillant dans ces mêmes secteurs. "Nous n'enlèverons pas une couronne à l'Etat-providence" répète le Premier ministre Anders Fogh Rasmussen.

Les enquêtes d'opinion montrent que les Danois, y compris les sympathisants des forces libérales, ne sont pas favorables aux baisses d'impôts si celles-ci doivent se faire au détriment des services publics. Selon une enquête d'opinion réalisée par l'institut Synovate et publiée le 3 septembre dernier par l'hebdomadaire en ligne Mandag Morgen, 67% d'entre eux se disent prêts à payer des impôts supplémentaires pour améliorer les services publics.

En décembre prochain débutera la négociation entre le gouvernement et les syndicats du secteur public sur les salaires.

La défense de l'Etat providence est l'un des thèmes majeurs de la campagne des forces de l'opposition. "Le Premier ministre est fatigué et le peuple en a assez de son gouvernement incapable de relever les grands défis comme l'amélioration de l'Etat-providence, les inégalités sociales et les problèmes du réchauffement climatique" affirme la leader du Parti social-démocrate, Helle Thorning-Schmidt. La formation d'opposition promet d'augmenter les dépenses publiques de 12,2 milliards de couronnes (1,6 milliard d'euro). "Nous vous offrons un meilleur Etat providence et nous disons "non" aux réductions d'impôts car il est impossible d'avoir la fois des réductions d'impôts et un meilleur Etat providence" souligne Helle Thorning-Schmidt.

L'opposition se bat également contre la politique d'immigration du gouvernement et notamment pour la défense des nombreux Irakiens qui, ne pouvant être rapatriés, vivent dans des conditions difficiles dans des centres de réfugiés. Un rapport récent a fait état des troubles psychiques dont souffrent les enfants des demandeurs d'asile déboutés, en raison de leurs longs séjours dans des camps de réfugiés. Des organisations de défense des droits de l'Homme et plusieurs membres du Parti libéral, ainsi que des formations de l'opposition, ont réclamé l'amélioration des conditions de vie de ces enfants et de leurs parents.

Alors qu'il s'y était toujours opposé, le Premier ministre a proposé, le 23 octobre dernier, que les réfugiés déboutés ayant des enfants soient logés en dehors des camps et que ces enfants puissent être scolarisés. La proposition a été refusée par le Parti du peuple. "Des élections législatives purifieraient l'atmosphère" a réagi la présidente du Parti, Pia Kjaersgaard.

Par ces élections législatives anticipées, Anders Fogh Rasmussen relaie au second plan la question d'un éventuel référendum sur le traité réformateur modifiant le traité sur l'Union européenne et le traité instituant la Communauté européenne adopté le 18 octobre dernier par les 27 chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne à Lisbonne. Le Premier ministre a déclaré que le gouvernement ne déciderait pas avant décembre prochain (signature officielle du traité) de la tenue d'une consultation populaire, demandée par les forces de l'opposition. Le Premier ministre a également annoncé que le traité réformateur serait présenté au Folketing au début de l'année 2008. Des experts seront chargés de dire si le référendum s'avère ou non nécessaire. Celui-ci est obligatoire au Danemark dans tous les cas où un traité induit un transfert de souveraineté du Danemark vers l'Union européenne. Selon une enquête d'opinion publiée le 11 octobre dernier par le journal Berlingske Tidende, 54% des Danois disent souhaiter l'organisation d'un référendum sur le nouveau traité européen.

Selon une enquête d'opinion réalisée par l'institut Gallup et publiée le 24 octobre dernier pour le quotidien Berlingske Tidende, le gouvernement d'Anders Fogh Rasmussen devrait être reconduit dans les urnes le 13 novembre prochain. Un sondage, réalisé par l'institut Catinet Research et publié le 14 octobre, créditait également l'alliance Parti libéral-Parti conservateur-Parti du peuple de 49,9% des suffrages, contre 42,2% pour les forces de l'opposition. La Nouvelle alliance recueillerait 6,9% des voix et ne serait donc pas en mesure d'influer sur la constitution du prochain gouvernement ni même de concurrencer le Parti du peuple pour la formation d'une majorité parlementaire.

La courte campagne électorale à venir sera donc déterminante, l'écart entre les libéraux au pouvoir et l'opposition de gauche étant le plus faible jamais enregistré depuis 6 ans.

Rappel des résultats des élections législatives du 8 février 2005 au Danemark

Participation : 84,4%

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