Election présidentielle en République tchèque, Le point à une semaine du scrutin

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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8 février 2008
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Le 8 février prochain se tiendra le 1er tour de l'élection présidentielle tchèque. Le Président de la République est désigné au scrutin secret par les membres des deux Chambres du Parlement. Les 200 membres de la Chambre des députés et les 81 sénateurs se réunissent, à cette occasion, au Château de Prague, siège de la Présidence de la République. Les 2 candidats en lice sont l'actuel Chef de l'Etat, Vaclav Klaus, soutenu par le Parti démocrate civique (ODS), et Jan Svejnar, professeur d'économie et de politique publique à l'université du Michigan, soutenu par les forces de l'opposition de gauche, le Parti social-démocrate (CSSD), les Verts (SZ), l'Association des indépendants-Démocrates européens (SNK-ED) et le Club de la démocratie ouverte (KOD) de Sona Paukertova.

Détenteur d'une double nationalité tchèque et américaine, Jan Svejnar a entrepris des démarches pour abandonner cette dernière nationalité. Il affirme que, s'il est élu, il résidera avec son épouse américaine de façon permanente en République tchèque. Il a entamé une tournée à travers le pays qui s'est achevée le 30 janvier à Ostrava (Moravie du Nord). "Durant mon premier mandat, j'ai visité chacune des quatorze régions tchèques au moins deux fois. Je connais toutes les routes et tous les virages de ce pays. J'ai dix-huit ans de travail derrière moi" a déclaré le Président sortant, Vaclav Klaus, qui met en avant sa connaissance pour marquer sa différence avec son rival. Rappelons que Jan Svejnar a quitté la Tchécoslovaquie communiste pour les Etats-Unis à l'âge de 17 ans. Il y est revenu en 1990. Jan Svejnar a reçu le soutien de l'ancien Chef de l'Etat (1993-2003) Vaclav Havel : "Il est important que quelqu'un de neuf et capable d'apporter de la fraîcheur puisse devenir Président de la République. Nous avons besoin de sang neuf et de nouveaux élans".

De nombreux observateurs politiques mettent en avant le fait que les 2 candidats partagent des opinions similaires sur de nombreuses questions. Libéraux, ils ont rejeté l'idée défendue par le Parti social-démocrate et le Parti communiste de Bohème et Moravie (KSCM) d'interdire l'ouverture des supermarchés le dimanche. "Ce dont nous avons besoin, c'est que certains travaillent jusqu'à 62 ans pour que les plus de 70 ans puissent bénéficier de meilleures pensions" a affirmé Jan Svejnar suscitant la désapprobation de certains membres de l'opposition. Le leader du Parti social-démocrate, Jiri Paroubek, n'hésite d'ailleurs pas à dire que son parti ne partage pas toutes les opinions de Jan Svejnar : "Il n'est ni socialiste ni social-démocrate. Comme il est libéral, nous ne nous attendons pas à être d'accord sur tout". Cependant, il ajoute "seul Jan Svejnar possède une chance de battre Vaclav Klaus". Les 2 candidats s'opposent au moins sur l'élection présidentielle que Jan Svejnar souhaiterait voir se dérouler au suffrage universel direct, tandis que Vaclav Klaus y est opposé, ainsi que sur la date d'introduction de l'euro dans le pays que le candidat de l'opposition aimerait voir intervenir rapidement et que le Président sortant souhaite différer le plus possible.

A une semaine du scrutin, l'Union chrétienne-démocrate-Parti du peuple (KDU-CSL) et le Parti communiste de Bohème et Moravie (KSCM) continuent de faire monter l'incertitude sur leur vote le 8 février. Le leader du KDU-CSL, Jiri Cunek, a demandé aux membres de son parti de se prononcer en faveur de Vaclav Klaus. Le parti espère beaucoup de son soutien à Vaclav Klaus et notamment l'indemnisation des églises par l'Etat pour la nationalisation de leurs biens sous le régime communiste (270 milliards de couronnes tchèques).

"Cela ne correspond pas à l'état d'esprit que j'ai observé parmi les électeurs du KDU-CSL. Cette recommandation n'est pas contraignante. Pour ma part, je continue mes discussions avec le parti" a réagi Jan Svejnar. D'autres membres du KDU-CSL, le ministre des Finances, Miroslav Kalousek, l'ancien ministre des Affaires étrangères, Cyril Svoboda, et le président de la Chambre basse, Jan Kasal, se sont déclarés en faveur de Jan Svejnar.

Le Parti communiste de Bohème et Moravie (KSCM) refuse de choisir entre les 2 candidats. Toutefois, son vice-président, Jiri Dolejs, s'est prononcé pour Jan Svejnar qui est "un moindre mal. Il est logique de soutenir l'adversaire de Vaclav Klaus au 1er tour car autrement celui-ci resterait seul en lice. Nous parlerons du nom d'un autre candidat s'il n'y a pas de vainqueur au 1er tour, nous discuterons d'abord avec les présidents des groupes parlementaires et l'annoncerons ensuite à l'opinion publique" a-t-il déclaré. Le parti a édicté 5 conditions à remplir par tout candidat souhaitant obtenir son soutien. Parmi celles-ci figure le traitement égal de tous les partis politiques. Vojtech Filip, leader du KSCM, bat la campagne pour que son parti, l'un des plus staliniens d'Europe centrale et orientale, soit reconnu. "Je n'ai jamais promis au Parti communiste de Bohème et Moravie qu'il pourrait siéger un jour au gouvernement et je ne crois pas qu'il s'attende à ce que je fasse une telle promesse" a répondu Vaclav Klaus. Son adversaire a posé plusieurs conditions pour que le Parti communiste de Bohème et Moravie devienne un parti comme les autres : "Il doit se réformer pour devenir un parti de gouvernement. Nous n'y sommes pas encore. Il doit tout d'abord renoncer à la violence comme moyen d'atteindre ses objectifs. Deuxièmement, il doit condamner les crimes du régime communiste. Troisièmement, il doit accepter les engagements de la République tchèque sur la scène internationale, son appartenance à l'Union européenne et à l'OTAN. Quatrièmement, il doit accepter la propriété privée et la société démocratique et d'économie de marché dans laquelle nous vivons" a t-il indiqué. "La différence majeure entre Vaclav Klaus et moi-même est que je pense qu'il y a des choses que le marché ne peut faire et des moments où l'Etat doit intervenir pour soutenir le marché de façon à ce que la prospérité profite vraiment à tous" a-t-il ajouté

Le 29 janvier dernier, Vaclav Klaus et Jan Svejnar se sont retrouvés au Sénat pour un débat. Retransmis par une chaîne de télévision tchèque, la rencontre, très technique selon certains observateurs, n'a pas eu le caractère d'un véritable débat. Le Président sortant, Vaclav Klaus, a de nouveau refusé de rencontrer Jan Svejnar sur un plateau de télévision comme le lui proposait une chaîne de télévision. Jan Svejnar s'est dit "déçu" de cette décision. "Il serait souhaitable que les citoyens puissent suivre un véritable échange de vues" a-t-il déclaré.

La popularité de Jan Svejnar, inconnu du grand public il y a encore quelques semaines, a cru de 15 points depuis novembre 2007 et atteint 45% auprès des Tchèques.

Selon une enquête réalisée par l'institut d'opinion STEM et publiée le 30 janvier dernier, 55% des Tchèques voteraient pour Jan Svejnar et 45% en faveur de Vaclav Klaus s'ils avaient à élire le prochain Président de la République. Le candidat de l'opposition recueille 54% de soutien à Prague, contre 46% pour l'actuel Président. En revanche, ce dernier obtient 63% à Brno, contre 37% pour Jan Svejnar.

Un sondage, réalisé par l'agence SC&C et publié deux jours plus tôt, révèle que 57% des Tchèques souhaiteraient voir le Président sortant, Vaclav Klaus, réélu, contre 43%pour Jan Svejnar. Les partisans du Chef de l'Etat apprécient sa crédibilité et sa capacité de représenter l'Etat. Jan Svejnar est vu comme sympathique et charismatique. Ses partisans le voient comme une personnalité pouvant apporter un changement.

Selon le poids des forces politiques en présence, Vaclav Klaus pourrait être réélu le 8 février prochain. Le vote à bulletin secret peut cependant réserver des surprises et cette élection devrait être plus difficile pour le Président sortant que celle de 2003.

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