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Les socialistes remportent les élections législatives en Grèce

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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4 mai 2009
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Deloy Corinne

Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

Le Mouvement socialiste panhellénique (PASOK) dirigé par George Papandréou est arrivé en tête des élections législatives en Grèce le 4 octobre. Le PASOK recueille 43,94% des suffrages et remporte 160 des 300 sièges de la Vouli (Parlement), soit + 58 par rapport au précédent scrutin législatif du 16 septembre 2007 et donc la majorité absolue. Le parti du Premier ministre sortant Costas Caramanlis, Nouvelle démocratie (ND), obtient 33,48% des voix et 91 sièges (- 61), son résultat le plus faible depuis la création du parti en 1974. La ND a perdu environ 1/5e de ses électeurs depuis 2 ans, dont la moitié a voté en faveur du PASOK. Le soutien dont bénéficient les deux principaux partis politiques grecs s'érode au fil des années. En mars 2004, la ND et le PASOK avaient recueilli ensemble 85,4% des suffrages. En septembre 2007, ils en obtenaient 79,96%. 2 ans plus tard, ce chiffre a encore reculé et s'établit à 77,9% des voix. Les "petits" partis ont donc recueilli le 4 octobre leur résultat le plus élevé depuis 1958.

Le Parti communiste (KKE) conserve sa place de 3e formation et obtient 7,53% des suffrages (21 sièges, -1). L'Alarme orthodoxe populaire (LAOS) arrive en 4e position en recueillant 5,62% des voix et réussit son pari d'obtenir 15 sièges (+ 5). "Le leader de l'Alarme orthodoxe populaire, Georgios Karatzaferis, a compris l'exaspération des Grecs. Entre le port du Pirée vendu aux Chinois, la compagnie nationale aérienne à un groupe des Émirats et les télécoms aux Allemands, il prône un retour à l'identité hellénique" souligne le professeur de sociologie, Persa Zeri. La Coalition de la gauche radicale (SYRIZA) obtient 4,59% des suffrages (13 sièges, -1). Avec 2,52% des voix, les Verts ne parviennent pas à franchir le seuil de 3% des suffrages obligatoires pour être représentés à la Vouli.

La participation s'est élevée à 70,92%, soit -3,22 points à celle enregistrée lors des élections de 2007. Le vote est obligatoire en Grèce.

"La seule voie honnête et responsable pour moi est d'assumer la responsabilité de cette défaite et de mettre en route la procédure pour convoquer un congrès exceptionnel du parti dans un mois" a déclaré le Premier ministre sortant Costas Caramanlis à l'annonce des résultats. "J'ai pris des décisions difficiles et nécessaires, les citoyens n'ont pas approuvé mon plan pour sortir le pays de l'impasse; je respecte leur avis, ce sont eux qui ont le dernier mot" a-t-il ajouté. Il a annoncé sa démission de la direction de Nouvelle Démocratie

Costas Caramanlis a donc perdu son pari, particulièrement audacieux que certains de ses amis politiques avaient qualifié d'"erreur" ou de "suicide politique". Le Premier ministre sortant, au pouvoir depuis mars 2004, avait en effet pris la décision de convoquer des élections législatives anticipées pour renforcer sa légitimité afin de disposer de toute la latitude indispensable pour mener à bien des réformes difficiles mais essentielles à l'avenir du pays. De nombreux analystes, et de nombreux électeurs, n'ont visiblement pas compris pourquoi Costas Caramanlis n'avait pas mis en place ces réformes alors même qu'il était Chef du gouvernement depuis 5 ans.

Le parti de Costas Caramanlis a aussi certainement payé le prix des nombreux scandales financiers dans lesquels plusieurs de ses membres ont été impliqués. L'affaire la plus retentissante concerne un échange de terrains entre l'Etat et un monastère orthodoxe. Des enquêteurs ont comparé la valeur des terrains et prouvé que l'Etat avait perdu environ 100 millions € dans l'opération. Ce scandale a provoqué la démission de 2 ministres. Enfin, le gouvernement a été violemment critiqué pour sa gestion des troubles sociaux qui ont dégénéré en violences urbaines en décembre 2008 et occasionné la mort d'un adolescent âgé de 15 ans, abattu par les forces de police ou encore celle des incendies qui se sont produits dans la région d'Athènes en août dernier.

"Nous sommes unis devant la grande responsabilité que j'assume, nous appelons les Grecs à unir leurs forces, nous savons que nous allons réussir. Je connais très bien le potentiel de ce pays, un potentiel miné par la corruption, le favoritisme, l'anarchie et le gaspillage. Dès aujourd'hui nous entamons un grand effort national pour redresser la Grèce, libérer ses immenses capacités étouffées par la corruption et le gaspillage. Rien ne sera facile, il faudra travailler dur" a indiqué George Papandréou après l'annonce de sa victoire.

La ND et le PASOK s'opposaient, entre autres, sur les solutions à apporter à la crise économique internationale. Costas Caramanlis s'était engagé à mener une politique de rigueur (gel des salaires du secteur public et des pensions de retraites, réduction de la dette nationale et accélération des privatisations pour limiter les dépenses publiques) afin de faire baisser de 30% les dépenses de l'Etat au cours des 2 prochaines années. A l'opposé, le programme du PASOK est fondé sur la redistribution et la relance. Il veut stimuler l'économie grecque en portant les investissements publics à 5% du PIB, en accordant aux salariés du secteur public des augmentations supérieures au taux d'inflation, en réduisant les impôts des personnes percevant un revenu annuel inférieur à 30 000 € et en majorant les allocations chômage et les pensions de retraites. Les socialistes se sont engagés à renégocier les privatisations déjà effectuées (et à abandonner les projets en cours), à rétablir l'impôt sur les grandes fortunes et les droits de succession et à préserver le pouvoir d'achat des ménages en bloquant, pendant un an, les prix des services des entreprises contrôlées par l'Etat mais aussi celui des entreprises en suspendant le remboursement de leurs dettes bancaires durant la même période de 12 mois.

Une fois de plus en Grèce, le pouvoir politique passe d'un Caramanlis à un Papandréou. Alors que le Premier ministre sortant Costas Caramanlis est le neveu de l'ancien Président de la République (1980-1995), Constantin Caramanlis, le futur Chef du gouvernement George Papandréou, est le fils d'Andreas, fondateur du PASOK, et petit-fils de George Papandréou, dirigeant de l'après-guerre, tous deux anciens Premier ministres. Ces deux familles rivales ont gouverné le pays pendant 32 des 47 années de démocratie qu'a connues la Grèce depuis 1955. "Ma tradition familiale et politique est celle de la lutte pour la démocratie et la justice sociale" a déclaré le 4 octobre.

Agé de 57 ans, né à Saint Paul (Minnesota) de mère américaine d'origine suédoise, George Papandréou est diplômé en sociologie. Revenu en Grèce après la chute du régime des colonels en 1974 (de 1967 à 1974, la Grèce a été gouvernée par une junte d'officiers emmenée par Georgios Papadopoulos qui avait chassé Andreas Papandréou, alors Premier ministre, du pouvoir). A partir de 1985, Yorgakis, comme l'appellent ses sympathisants pour le différencier de son grand-père, a occupé de nombreux postes ministériels (ministre de l'Éducation et des Affaires religieuses, ministre pour la coordination gouvernementale de la candidature de la Grèce à l'organisation des Jeux olympiques d'été de 2004 et enfin ministre des Affaires étrangères). En 2000, alors qu'il est ministre des Affaires étrangères, il se rend à Ankara. C'est une première. Durant son mandat, il a d'ailleurs beaucoup oeuvré en faveur d'un rapprochement entre la Grèce et la Turquie. Le 13 septembre dernier, il déclarait cependant qu'il n'excluait pas d'apposer son veto à l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne si ce pays ne respectait pas les règles de bon voisinage et ne contribuait pas à la solution du problème de Chypre.

Secrétaire général du PASOK depuis janvier 2004, George Papandréou est également président de l'Internationale socialiste depuis 2006.

Le prochain Premier ministre grec ne devrait pouvoir compter sur aucun état de grâce. Il devra s'atteler d'urgence à l'assainissement des finances : le pays s'endette chaque jour de 237 millions € ; son déficit budgétaire devrait se monter à 6,2% du PIB en 2009 et à 7,3% en 2010 ; enfin, la dette nationale risque de dépasser les 100% du PIB cette année. Durant sa campagne électorale, George Papandréou a déclaré qu'il demanderait à l'Union européenne une prolongation de 3 ans du délai que celle-ci a accordé à la Grèce pour réduire son déficit budgétaire (l'échéance est fixée à 2010). Le futur Premier ministre aura l'occasion de le faire dès le 24 octobre prochain, date à laquelle Athènes doit présenter à ses 26 partenaires européens les mesures qu'il compte mettre en place pour réduire son déficit budgétaire.

Source : Site internet du ministère de l'Intérieur grec (http://ekloges.ypes.gr/pages/index.html)

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