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Norvège - Législatives

La coalition de gauche remporte les élections législatives et formera le premier gouvernement majoritaire que connaît le Royaume Norvégien depuis des décennies

La coalition de gauche remporte les élections législatives et formera le premier gouvernement majoritaire que connaît le Royaume Norvégien depuis des décennies

13/09/2005 - Résultats

Les forces de gauche (DNA, SV et Sp), qui pour la première fois de l'histoire du royaume se présentaient unies devant les électeurs, ont remporté les élections législatives du 12 septembre.

Le Parti travailliste (DNA) reste la première formation du pays et remporte soixante et un sièges, soit dix-huit de plus que lors du précédent scrutin du 10 septembre 2001). Le Parti socialiste de gauche (SV), autre formation de la coalition de gauche, obtient quinze sièges (moins huit) et le Parti du centre (Sp), onze sièges (plus un). Le leader travailliste Jens Stoltenberg qui, durant toute la campagne électorale, avait promis de donner une majorité claire au pays, a réussi son pari et obtient la majorité absolue à laquelle il aspirait. Ensemble, les trois partis de la coalition de gauche comptent désormais quatre vingt-sept députés sur les cent soixante-neuf du Storting (Chambre unique du Parlement). « Les travaillistes ont réalisé un progrès fantastique. Nous serons le premier parti du Parlement » a déclaré Jens Stoltenberg à l'issue de l'annonce des résultats.

Le bloc bourgeois composé des trois formations de la coalition gouvernementale sortante (KrF, H et V) est donc distancé ; deux des trois formations enregistrant d'ailleurs un net recul par rapport au scrutin de 2001. Le Parti chrétien-populaire (KrF) du Premier ministre Kjell Magne Bondevik remporte onze sièges, soit onze de moins qu'il y a quatre ans, et le Parti conservateur (H), vingt-quatre sièges (moins quatorze). Le Parti libéral (V) parvient à passer la barre des 4% de suffrages indispensables pour être représenté au Parlement, ce qui lui permet d'obtenir dix sièges (plus huit).

Le Parti du progrès (FrP) devient la deuxième formation politique du royaume (et la première de l'opposition), devançant largement son principal concurrent, le Parti conservateur, et remporte trente-sept sièges (plus onze). La campagne électorale de la formation populiste et ses promesses de plafonner le prix de l'essence à la pompe -l'un des plus élevés au monde (1,5 euro le litre en raison des taxes) dans ce pays riche en pétrole-, de réduire les taxes sur l'alcool ou de puiser dans le fonds pétrolier (représentant en juin 1 183,9 milliards de couronnes, soit cent cinquante deux milliards d'euro) pour aider les plus démunis ont su convaincre un grand nombre de Norvégiens. A l'issue de l'annonce des résultats, Carl Hagen a remercié ses électeurs « pour avoir transformé ce rêve en réalité ».

Le Parti de la côte (KYST) obtient deux sièges.

La participation s'est élevée à 76,1%, soit légèrement au-dessus de celle enregistrée lors des précédentes élections législatives du 10 septembre 2001 (plus 1,6 point).

En dépit de la remontée de la coalition gouvernementale enregistrée par les dernières enquêtes d'opinion, le leader du parti travailliste, Jens Stoltenberg, se montrait confiant en se rendant dans son bureau de vote dans une école de la capitale Oslo : « Je crois qu'on va déboucher le champagne » avait-il déclaré tout en prévoyant que le scrutin serait extrêmement serré. Le leader de la coalition de gauche a fait campagne sur la nécessité de dépenser plus en faveur des plus démunis arguant que les allègements fiscaux du gouvernement de Kjell Magne Bondevik n'avaient bénéficié qu'aux plus riches des Norvégiens et mettant en avant l'augmentation du nombre de laissés pour compte. Selon les statistiques nationales, le nombre de personnes considérées comme « pauvres » atteint aujourd'hui 5,2% de la population.

Les électeurs ont donc choisi le changement et préféré la relance de l'Etat providence proposée par la coalition de gauche aux nouvelles réductions d'impôts promises par la coalition gouvernementale sortante.

La coalition de gauche devrait, sans cesser d'observer une stricte discipline budgétaire, engager dans les prochains mois de plus importantes dépenses dans les domaines de l'éducation, de la santé et de l'aide aux personnes âgées. « La Norvège peut mieux faire. Nous avons des possibilités énormes et nous pourrions mieux dépenser notre argent » a affirmé Jens Stoltenberg.

En ce qui concerne la question de l'adhésion de la Norvège à l'Union européenne, il est très peu probable que ce dossier figure sur l'agenda de la prochaine législature, les sociaux-démocrates étant en désaccord avec leurs partenaires sur ce sujet et une majorité de Norvégiens étant toujours hostiles à cette idée (35,5% des Norvégiens y sont favorables, contre 44,9% qui s'y déclarent opposés selon une enquête d'opinion réalisée le 31 mai dernier et publiée dans le quotidien Verdens Gang (VG)). L'arrivée au pouvoir d'une nouvelle coalition ne devrait pas in fine entraîner de changements majeurs dans la politique du royaume.

Agé de quarante-six ans, Jens Stoltenberg sera donc le prochain Premier ministre de Norvège. Fils d'une secrétaire d'Etat travailliste et du célèbre diplomate Thorvald Stoltenberg (ancien ministre des Affaires étrangères et de la Défense, ancien ambassadeur de la Norvège aux Nations Unies.et représentant spécial du secrétaire général de l'ONU auprès de l'ex-Yougoslavie en 1993), il s'oppose violemment à la guerre des Etats-Unis au Vietnam, brisant par exemple en 1973 les vitres de l'ambassade américaine à Oslo pour protester contre le bombardement de Haïphong par l'US Air Force. A cette époque, maoïste, il s'oppose également à l'OTAN et à l'Union européenne. Après des études d'économie, Jens Stoltenberg s'essaie au journalisme et entre au Parti travailliste où il devient le protégé de Gro Harlem Brundtland, Premier ministre du royaume (de février à octobre 1981, puis de 1986 à 1989 et enfin de 1990 à 1996). Son ascension politique est fulgurante. Elu député à trente-deux ans en 1991, il devient vice-président du Parti travailliste l'année suivante. Ministre de l'Energie puis des Finances dans les gouvernements de Gro Harlem Brundtland, il accède à quarante et un ans en mars 2000 au poste de Premier ministre du royaume après avoir provoqué la chute du gouvernement de Kjell Magne Bondevik sur un désaccord interne sur le projet de construction d'une centrale électrique au gaz jugée trop polluante par le Premier ministre.

« J'ai l'estomac noué » déclarait Kjell Magne Bondevik en déposant son bulletin dans l'urne. Lundi soir, le Premier ministre sortant a reconnu sa défaite se déclarant « politiquement déçu que le gouvernement n'ait pas reçu le mandat pour continuer ».

Formation principale du futur gouvernement mais habituée depuis des décennies à gouverner seul, le Parti travailliste va devoir bâtir avec ses alliés du Parti du centre et du Parti socialiste de gauche une plateforme de gouvernement, tâche qui devrait mettre à jour certaines tensions, les trois formations ne partageant pas les mêmes vues sur des sujets importants comme la politique étrangère ou l'exploitation du sous sol. Le leader travailliste a, par exemple, confirmé que la Norvège resterait membre de l'OTAN et de l'Espace économique européen (EEE) alors le Parti socialiste de gauche voudrait que le pays s'en retire. En outre, les sociaux-démocrates sont favorables au développement du forage d'exploration le long des îles Lofoten situées dans le Nordland tandis que le Parti socialiste de gauche et le Parti du centre y sont opposés. « J'argumenterai en faveur d'une adhésion de la Norvège à l'Union européenne. Je l'ai fait à plusieurs reprises et je continuerai à le faire » a répété Jens Stoltenberg durant la campagne. « Nous avons une chance historique de fixer un nouveau cap à la Norvège. Il faut une solution négociée qui satisfasse les trois partis » a affirmé la présidente du Parti socialiste de gauche, Kristin Halvorsen.

Le changement de gouvernement n'aura pas lieu avant le 10 octobre prochain, la session d'automne du Storting ne débutant qu'à cette date.

Environ douze mille cinq cents personnes étaient également appelées le 12 septembre à se rendre aux urnes pour renouveler le Sámediggi (Parlement sami). Celui-ci existe depuis seize ans et compte quarante-trois membres. Une nouvelle législation, la Finnmarksloven, lui donnera très prochainement de plus larges pouvoirs. Jusqu'à maintenant, 96% du territoire sami était administré par l'Etat norvégien. La nouvelle loi prévoit de nombreux transferts de compétence (notamment pour la politique de l'eau, l'exploitation et la culture du sol) vers une commission de six personnes, trois venant du conseil de comté et trois du Parlement sami.

Le Parlement sami est, depuis toujours, dirigé par l'Association nationale des Samis norvégiens (NSR). Cette année, le Parti travailliste, emmené par Egil Olli, et l'Association nationale des Samis norvégiens se retrouvent au coude à coude pour ces élections. En cas de victoire des travaillistes, un parti « norvégien » dirigerait le Sámediggi pour la première fois ; en revanche, si l'Association nationale des Samis norvégiens s'imposait, Aili Keskitalo serait la première femme à diriger le Parlement sami. Dix-sept formations politiques étaient en lice pour ces élections qui se déroulaient au sein de treize circonscriptions. Les électeurs sont des Norvégiens ayant au moins un grand-parent dont le sami est la langue maternelle. Aucun recensement exact n'étant effectué, la population Sami de Norvège est estimée entre soixante et cent mille personnes (résidant principalement dans le Finnmark), environ vingt mille d'entre eux vivent en Suède, six mille en Finlande et deux mille en Russie.

Les résultats des élections au Parlement sami ne sont pas attendus avant une dizaine de jours.

Résultats des élections législatives norvégiennes du 12 septembre 2005



participation : 76,7 %



sources :
http://www.valg.no et agence france presse
http://odin.dep.no/krd/html/valgresultat2005/frameset.html
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
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