Questions et Entretiens d'Europe

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Synthèses
Politique et démocratie
Synthèse n°5

La notion d'identité
Table-ronde organisée par le conseil de l'Europe, les 17 et 18 avril 2001

La notion d'identité
Table-ronde organisée par le conseil de l'Europe, les 17 et 18 avril 2001
23/04/2001

Au siège strasbourgeois du Conseil de l'Europe s'est tenu deux jours durant, les 17 et 18 avril derniers, un colloque sur la notion d'identité, réunissant pour l'occasion des représentants des monde académiques, politiques, médiatiques et religieux venus de l'ensemble de l'Europe élargie [1], mais aussi des Etats-unis, d'Israël et d'Afrique. Cette rencontre, comme les deux suivantes qui auront lieu en septembre 2001 et début 2002, a été pensée par la présidence lettone et ses successeurs à la tête du Conseil de l'Europe [2] comme une nouvelle opportunité pour les petits pays de faire entendre leur voix sur le futur de l'Europe.

Abordant un thème incontournable, cette rencontre est une initiative heureuse dans une Europe qui, plus que jamais, est en quête d'une orientation qui lui soit propre. Si la question de l'identité est aujourd'hui si importante, comme l'a rappelé le Professeur Anne-Marie Thiesse, c'est parce qu'elle est indissociable d'une réflexion sur la construction politique de l'Europe et constitue un fondement essentiel pour la future citoyenneté européenne. Au cours de cet échange intense, rarement consensuel, sur une notion d'une "extraordinaire complexité", de l'aveu même du Révérend Père Laurent Mazas, se sont croisées et entre-croisées les problématiques de l'un et du multiple, de l'inclusion et de l'exclusion, du passé et du présent, de la religion et du politique, du subjectif et de l'objectif, de l'universalisme et du particulier.

1. L'identité collective : essai de définition



Faisant appel à des critères aussi divers que ceux de la philosophie, de la psychologie, de l'histoire et du droit, les participants se sont, dans un premier temps, attaché à définir la notion d'identité collective. Chose malaisée concernant un individu, frôlant l'impossible concernant un peuple - peut-on d'ailleurs vraiment parler de peuple européen ?

1.1 Transmission et adhésion identitaires



Le Révérend Père Mazas, premier rapporteur de la séance, a choisi d'envisager l'identité sous l'angle de la création, renvoyant la culture aux capacités créatrices de l'homme dans son milieu naturel. Dans un exposé aux accents prométhéens, il a présenté celui-ci comme "le fils et le créateur de sa propre culture", autrement dit comme le maillon d'une longue chaîne enracinée historiquement, à la fois celui qui du "patrimoine de l'humanité" et qui le transmet. La culture serait donc le lien de filiation millénaire unissant les générations non seulement d'Européens, mais plus universellement d'êtres humains. Dans une telle perspective, l'identité de l'homme induit une responsabilité envers la culture de l'humanité, qui est également une responsabilité envers son semblable, envers tout homme.

Cette question de la transmission culturelle et de la responsabilité vis-à-vis d'un patrimoine commun a également rencontré les préoccupations du Professeur Rasma Karklins, de l'université de l'Illinois. De façon différente, elle a de son côté souligné la dimension volontaire de l'identité, qui peut d'après elle être choisie ou refusée, du moins partiellement. A la question déterminante de savoir qui procède à l'identification de soi-même ou des autres, elle a sans hésitation répondu par l'individu. Ainsi, elle oppose à la conception collective et universaliste de l'identité, telle que l'a développée le Révérend Père Mazas, un point de vue essentiellement individualiste ­- les deux orientations n'étant cependant pas incompatibles. Cette liberté d'adhésion culturelle des hommes fait qu'ils peuvent, s'ils le souhaitent, changer d'identité [3], mais aussi combiner une multiplicité d'identités qui ne se rejettent pas mutuellement ; autrement dit, que l'identité européenne, comme d'ailleurs l'identité nationale, n'a rien d'exclusif. D'où sa définition gigogne de l'Europe comme "communauté de communautés".

1.2 L'élaboration dialogique des cultures



Si l'individu est libre de d'adhérer à une identité déterminée, qu'en est-il de la formation même des cultures ? Pour M. Marc Crépon, on ne peut parler a priori d'une réalité identitaire, dans la mesure, où les identités sont toujours en train de se constituer, et ce sur un mode dialogique. C'est en effet le dialogue entre éléments culturels, en tant que moment provisoire et transitoire, qui serait à l'origine des identités culturelles, par définition hétérogènes et plurielles. L'identité européenne se caractériserait alors par son mode particulier d'échange, de transfert, se distinguant des autres identités par sa propre méthode de différenciation. Ici, l'équation entre propriété et identité est invalidée, car à chaque instant, toute culture devient un peu moins la sienne et toujours plus une autre. La différence entre les cultures n'étant pas d'ordre substantiel, il ne peut y avoir entre elles de hiérarchie [4] ; ni d'ailleurs de légitimation d'un quelconque cloisonnement culturel. S'il existait donc une réalité européenne, il va de soi, pour M. Crépon, qu'elle serait multiculturelle.

C'est dans cette perspective, que l'identité européenne doit intégrer, sur fond d'échange transhistorique, ce qu'un journaliste a nommé "les identités disparues dans l'histoire de l'Europe". Si l'on parle en effet d'Europe, on ne peut le faire sans intégrer les autres de l'Europe, c'est-à-dire tous les échanges et contacts avec le reste du monde, auxquels a procédé l'Europe à travers les siècles.

1.3 Echanges et religion



L'échange, voilà encore sur quoi M. Boubakeur, Recteur de l'Institut musulman de la Grande Mosquée de Paris, a lui aussi insisté. Pour lui, c'est au cours de confrontations bimillénaires, notamment entre les civilisations chrétienne et arabe, que l'Europe a su forger son identité. Du point de vue historique et épistémologique, elle repose sur un fondement islamo-judéo-chrétien ; ce qu'a notamment illustré la naissance de l'humanisme à partir du seizième siècle. Aujourd'hui encore, alors que l'Islam devient la deuxième religion d'Europe, la rencontre entre les deux systèmes de pensée est une opportunité qu'il ne faut pas hésiter à saisir. Non seulement compatibles entre eux, ils ont aussi beaucoup à apprendre l'un de l'autre : si l'Europe est une chance pour la concrétisation d'un Islam ouvert, laïque et tolérant, celui-ci représente à son tour une chance pour la nouvelle identité européenne : "A une Europe ouverte doit correspondre une pensée religieuse musulmane ouverte".

Sur ce point, M. le Grand Rabin Gutman s'est dit en parfait accord avec M. Boubakeur, et a souligné l'importance de la religion en général pour la constitution de l'identité européenne. Quant au Professeur Schoham, de l'Université de Tel-Aviv, il a lui aussi rappelé que le dialogue historique entre les trois grandes religions sur le territoire européen non seulement fut, mais est aujourd'hui encore, déterminant pour la formation d'une identité européenne originale et son évolution vers une culture toujours plus ouverte.

2. Identités nationales, transnationales, régionales : quel modèle pour l'Europe?



Dans un deuxième temps de la rencontre, les participants se sont penché sur les différents modèles identitaires nationaux, transnationaux et régionaux, à la fois pour mieux comprendre le processus de formation des identités en général, et pour évaluer les chances de réussite d'une future identité européenne. Comprendre les conditions de possibilités et les limites des processus d'élaboration identitaire, mais aussi connaître leur degré de compatibilité, voilà qui devrait en effet permettre de mieux cerner les défis que représente aujourd'hui le pari de l'identité européenne, et éventuellement de développer une stratégie adaptée à cette réalité nouvelle, pour concevoir pour l'Europe une identité collective d'un autre ordre.

2.1 L'Etat-nation et son modèle identitaire



Il était à attendre que cette réflexion analyse la formation de la fameuse identité nationale, qui émergea au XIX° siècle dans le cadre des Etats-Nations européens pour devenir un modèle reconnu, aujourd'hui exporté dans le monde entier. Il y a deux siècles, l'idée d'identification à une Nation était étrangère aux Européens, qui se définissaient alors par leur appartenance religieuse, sociale ou simplement villageoise ; aujourd'hui pourtant, elle est pour nous d'une évidence significative. D'où l'intérêt de revenir sur les conditions historiques d'apparition et de consolidation de cette forme identitaire par excellence, sans bien entendu vouloir en reproduire le schéma au niveau européen.

La transformation de l'identité collective ne fut pas seulement le fruit de l'évolution des modes de production et du marché, telle qu'elle eut lieu au XIX° siècle, mais également d'un changement de paradigme politique et d'un immense travail, souvent décrit en termes d'"éveil national". L'interaction classique entre la revendication d'une nation souveraine accueillant des individus égaux en droit et une action culturelle intense a en effet largement contribué à rassembler des millions d'individus dans une conscience nationale commune. Comme se sont accordé à le dire les Professeurs Altmann et Thiesse, cela passa principalement par l'institution d'un système éducatif centré sur l'apprentissage de la langue nationale, conçu comme "facteur d'unification de l'identité nationale" et comme critère "naturel" d'identification à un Etat-nation particulier.

L'homogénéisation linguistique, déterminante dans la formation des identités nationales, s'est plus largement accompagnée d'un "énorme travail de création culturelle", tel que l'a qualifié le Professeur Thiesse : création d'un patrimoine national collectif, passant par la mobilisation d'artistes-patriotes, la mise en valeur des monuments historiques et l'ouverture de musées nationaux, enseignement de l'histoire nationale comme perpétuation d'un être collectif à travers les siècles et création de nombreuses associations visant à éveiller la population au patrimoine national [5]. Si cette "éducation nationale" a pu avoir l'impact que nous lui connaissons aujourd'hui, c'est aussi parce qu'elle a su s'appuyer sur les nouveaux moyens de communication du XIX° siècle, tels que la presse et l'édition grand public, permettant aisément de créer un "espace de valeurs communes" qui a su réunir, mais aussi exclure, certaines catégories minoritaires de population.

2.2 L'un et le multiple



S'il y eut consensus durant ces deux jours de débat, ce fut pour dire que l'Europe ne pouvait construire son identité sur le modèle national, en créant notamment un immense Etat-nation européen. Non seulement le processus serait impossible à reproduire, mais le résultat paraît également inapproprié à la situation européenne ; la principale critique restant - sans surprise du reste - le risque de nuire au respect des identités particulières. Comme l'a résumé le Professeur Thiesse, la difficulté à laquelle est confrontée l'Europe aujourd'hui est de "dépasser la division des identités nationales tout en respectant les identités singulières". Ici, un représentant letton exprima parfaitement ce dilemme, à la fois révélateur du poids du modèle national et créateur d'un certain malaise : si les populations des pays baltes sont prêtes à s'intégrer dans le cadre européen, elles se demandent avec inquiétude quel degré d'identité et de culture nationales elles devront perdre au cours de ce processus. En outre, dans la mesure où il paraît impossible de dissocier langue et institutions, quelle solution reste-t-il à une future Europe politique ?

Le problème est bien celui de faire cohabiter l'un et le multiple dans une Europe particulièrement contrastée. D'où de nombreuses interrogations sur la compatibilité, d'une part entre les différentes identités nationales en Europe, d'autre part entre identités nationales et identité européenne. Sur ce point, le Professeur Altmann a rappelé qu'un recoupement d'identités était fort possible, comme on peut déjà le constater dans certaines régions d'Europe, et qu'une identité européenne transnationale pouvait même contribuer à relativiser des identités nationales exacerbées. Mais dans ce cas, comme l'a demandé un autre participant, doit-il y avoir hiérarchie entre identités, ou peut-on concevoir entre elles une équidistance ? Et si tel est le cas, quels éléments peuvent permettre de réaliser cette fascinante mais improbable équidistance ?

2.3 Une intégration différentialiste



L'identité européenne ne pouvant se ramener à un simple mélanges des différentes identités nationales, comme se sont accordé à le dire les Professeurs Kühnhardt et De Cardenal, il est essentiel d'adopter une démarche nouvelle, où l'identité l'emporte malgré tout sur la menaçante diversité. Si l'homogénéité culturelle et linguistique peut fonder une identité forte, cela ne doit pas nécessairement être le cas ; l'important étant, aux yeux du Professeur Kühnhardt, de procéder à une approche "subcollective", afin de découvrir "le fait commun aux différentes parties de l'Europe". C'est dans le même sens que M. l'ambassadeur John Noble, observateur canadien auprès du Conseil de l'Europe, a proposé que l'Europe de l'avenir s'inspire du modèle multiculturel et multilingue du Canada, permettant une intégration efficace de la population - notamment des immigrants - tout en respectant ses différentes identités.

En résumé de cette discussion, le Professeur Pierre Hassner s'en est remis à l'évidence que "l'Europe, c'est toujours à la fois plus et moins que l'Europe", d'où la difficulté particulière de la tâche. Mais cette relativité identitaire, sur laquelle se greffe l'allégeance multiple des Européens, fait aussi la force de l'Europe. Si celle-ci n'arrive pas à se définir par une évidente homogénéité, si elle ne peut se caractériser par un consensus sur les grandes questions de société, elle peut néanmoins découvrir son identité dans un projet politique. Se référant à la formule nietzschéenne "deviens ce que tu es", le Professeur Hassner a appelé les Européens à chercher leur identité commune dans la finalité qu'ils donnent à l'Europe ; autrement dit, à se retrouver eux-mêmes dans un projet d'avenir les réunissant et les identifiant.

3. Les valeurs de la future identité européenne



C'est justement la question des valeurs pouvant définir l'identité européenne, au nom de laquelle le Professeur Hassner évoqua l'idée de projet, qui fut la plus sujette à polémique. Doit-on définir cette identité à partir des critères culturels qui ont traversé la longue histoire européenne ? Ne faut-il pas leur préférer des critères purement politiques, beaucoup moins exclusifs ? Mais dans ce cas, comment différencier l'identité européenne de l'identité occidentale en général ? Dans cette partie du débat, on a souvent parlé du rapport entre l'universel et le particulier, sans néanmoins arriver à s'accorder sur ces valeurs d'essence européenne, à la fois omniprésentes et insaisissables.

3.1 Identité culturelle versus identité politique



La question principale, récurrente dans le débat, fut de savoir s'il était préférable de fonder l'identité européenne sur des valeurs culturelles traditionnelles, faisant notamment appel au christianisme, ou s'il était préférable de recourir à des concepts purement politiques. Incarnant la première position, le Révérend Père Mazas, approuvé par les représentants des religions juive et musulmane, s'est montré soucieux de ne pas ramener l'identité culturelle européenne à une identité simplement politique ; sans quoi il deviendrait à ses yeux impossible de construire une authentique "Europe des hommes". Dans l'autre camp, on a craint qu'une inclusion jouant sur la culture, l'histoire et la religion, comme l'a souligné le Professeur Kühnhardt, risque fortement d'exclure de nombreuses catégories de population. D'où l'intérêt de s'accorder, dans la définition d'une identité européenne, sur le plus petit dénominateur culturel commun.

C'est à partir de cet argument que M. Egils Levit, juge letton à la Cour européenne des Droits de l'Homme, a refusé de donner un fondement émotionnel à l'identité européenne. Dans un exposé qui ne fut pas sans rappeler le patriotisme constitutionnel du philosophe Jürgen Habermas, il a soutenu que seule une identité politique rationnelle était à même de réunir tous les Européens, sans exclusion aucune. Pour les partisans d'une identité politique, majoritaires parmi les participants à la table-ronde, la question reste de savoir quel type de communauté les Européens veulent fonder ensemble. Ils ont aussi indiqué que le projet politique européen pourrait notamment faire appel aux valeurs de démocratie, de liberté et de traitement égalitaire des citoyens. D'après M. Levits, une Constitution européenne pourrait dans ce cadre être un élément important de l'identité européenne : objet de consensus sur des valeurs humanistes, elle encouragerait les individus à se sentir responsables les uns des autres et favoriserait l'émergence de la démocratie en Europe.

3.2 Des valeurs de civilisation communes



Malgré son intérêt, le risque d'une telle identité est double, ont rétorqué d'autres participants. Non seulement elle n'a rien de spécifique à l'Europe, et peut donc difficilement encourager à la solidarité, mais elle se coupe également de l'histoire de façon trop artificielle. Pour M. Crépon, l'Europe du passé et l'Europe du futur sont loin de s'exclure. Plutôt de séparer l'une de l'autre, il convient de réintégrer l'histoire de l'Europe en la réécrivant, sans quoi on ne pourrait construire à l'avenir aucune identité européenne. Dans le même esprit, Monsieur Jiři Gruša, ambassadeur tchèque en Autriche, rappela en des termes que n'aurait pas reniés Ernest Renan, que l'oubli et la mémoire peuvent être source de vie, et constituent par ce fait même des signes d'appartenance à un groupe durable. C'est la raison pour laquelle il est nécessaire de tenir compte du passé, sans pourtant en subir la détermination absolue, afin de pouvoir se tourner vers une identité d'avenir librement choisie et assumée par les Européens.

Comme l'a indiqué le Professeur De Cardenal, un tel projet pourrait se réaliser si les européens s'entendaient sur des valeurs plus concrètes, peut être aussi plus spécifiques, sur des cas réels de vivre-ensemble, visant l'universel à travers un projet de société particulier. A ce titre, l'Europe pourrait se définir par son projet de pacification du continent, comme l'a indiqué M. l'Ambassadeur Gérard Philipps, Représentant permanent du Luxembourg auprès du Conseil de l'Europe ; à ce titre également, l'Europe pourrait se retrouver autour d'un modèle social développé. Ce projet, alliant principes juridico-politiques et valeurs de civilisation, pourrait en effet contribuer à fonder une identité européenne toujours en devenir, tablant, comme l'a indiqué le Professeur Shoham, sur un "dialogue authentique" entre tous les Européens [6]. Etonnamment, aucun des participants n'a ici évoqué la Charte des droits fondamentaux, présentée par l'Union européenne en décembre dernier, qui dessine dans cet esprit un modèle libéral humaniste propre à la civilisation européenne.

3.3 L'éducation au dialogue



Un accord des Européens sur de telles valeurs de civilisation implique bien entendu un travail éducatif portant à la fois sur des principes politiques et juridiques et sur les différentes cultures historiques de l'Europe ; travail susceptible de créer un "attachement critique" à la culture européenne commune, comme l'exprima un participant. L'éducation à une sphère publique européenne, tel est le but que s'est fixé la chaîne de télévision ARTE. Conscient des nombreux obstacles à surmonter sur ce parcours, le représentant d'ARTE présent à Strasbourg s'est voulu confiant. D'après lui, un public européen ne pourra naître que si la population d'Europe développe le sentiment d'appartenir à un même ensemble. Pour cela, il faut doter l'Europe d'un caractère concret, et ce notamment à travers la "pratique du regard croisé", permettant de donner au téléspectateur une image dénationalisée, donc plus équilibrée et plus objective, de la situation européenne. Pour la chaîne européenne, l'intégration politique passe sans conteste par une intégration culturelle.

Quelles que soient leurs conceptions de l'identité, les participants se sont accordés sur l'importance du dialogue. C'est en effet le dialogue entre traditions différentes, mais aussi entre opinions divergentes, qui seul pourra donner naissance à un patrimoine et à un projet communs en Europe. Comme l'a dit à sa manière un journaliste russe présent à Strasbourg, l'Europe peut à la fois réunifier nos différentes identités, sans cela inconciliables, et nous protéger d'une certaine schizophrénie identitaire dont nous sommes tous porteurs. Ici encore, le dialogue est à l'œuvre, et il devra continuer à l'être.
[1] Le Conseil de l'Europe compte 43 membres, comptant la Turquie parmi ses tout premiers membres (1949), et ayant accueilli il y a peu la Fédération de Russie et la Croatie (1996), l'Arménie et l'Azerbaïdjan (2001).

[2] A savoir le Liechtenstein, la Lituanie et le Luxembourg.

[3] C'est dans le même sens qu'un intervenant souligna l'importance de pouvoir critiquer sa propre culture, tout en souhaitant en faire la marque distinctive de l'identité européenne

[4] Ce qui n'empêche pas les cultures centrées sur la haine et la violence de s'exclure elles-mêmes de cet ordre.

[5] Il apparaît ici que ce projet, idéalement incarné par la Révolution française, fut conçu à la fois comme l'héritage d'une histoire pluriséculaire et comme une rupture avec un passé encombrant.

[6] Cette proposition permettrait de doter l'Europe d'une identité particulière, sans pourtant renoncer à son caractère essentiellement universaliste. L'idée de lui imposer une spécificité artificielle qui serait source d'exclusion avait en effet introduit dans la salle un certain malaise.
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
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L'auteur
Claire Demesmay
Dirige le programme franco-allemand de l'Institut allemand de politique étrangère (DGAP) à Berlin.
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