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Synthèse n°24

Internet comme canal de distribution des informations financières et bancaires : risques et opportunités

Internet comme canal de distribution des informations financières et bancaires : risques et opportunités
03/12/2001

Comment pourrait-on définir la banque électronique ou banque sur Internet [1]? Il s'agit de l'utilisation de l'Internet par une institution financière pour offrir à ses clients une gamme de services bancaires plus ou moins large, allant de la simple vitrine commerciale - l'ouverture des premiers sites vitrines remonte à 1996 - à la gestion à distance de transactions financières, en passant par la consultation des comptes. Le client, muni d'un code confidentiel peut en effet effectuer des opérations comme :

- ouverture et fonctionnement d'un compte de dépôt, avec consultation du compte et opérations de payements (par virement, prélèvements automatiques, émission de chèques, délivrance d'une carte de paiement voire d'une carte de crédit, enregistrement des oppositions…)

- octroi de crédits et de garanties, sous réserve des formalités légales imposées sur certains types d'opérations (notamment sur les crédits immobiliers)

- suivi des cours de bourse

- ouverture et fonctionnement d'un compte d'instruments financiers : achat et vente de tous types d'instruments financiers

- délivrance de conseils financiers ou commerciaux. Par exemple, en cas de problèmes bancaires, plusieurs sites Internet se proposent d'apporter des conseils, des réponses et surtout être à l'écoute : Banque Info, l'AFB, le CIB…mais aussi des banques traditionnelles via la rubrique «contact ».

Ces services pourraient bientôt être étendus, en couvrant par exemple le recouvrement des effets de commerce, les introductions en bourse et les placements d'émissions obligataires. D'ailleurs, aux Etats-Unis, ces activités sont déjà en pleine croissance.

1)Opportunités:



On retrouve sur Internet l'ensemble des services classiquement rendus dans une relation physique ou, plus récemment, par téléphone. Toutefois, les services existants ou en projet sur Internet ne font pas apparaître des services ou des opérations ayant une nature particulière. Les prestataires engagés sur ce moyen d'échange mettent plutôt en avant la possibilité de réaliser par Internet toutes les opérations traditionnellement effectuées au guichet, en bénéficiant des avantages d'un échange automatique tels qu'une plus grande rapidité, des coûts plus faibles.

De quelles opportunités le développement d'Internet dans les relations bancaires et financières est-il porteur ?

Pour les établissements bancaires

En bref, les principaux atouts que les banques voient dans l'utilisation d'Internet sont :

- vendre sur le net peut être un moyen de générer des profits en lançant de nouveaux produits et de nouveaux services à valeur ajoutée pour les clients existants ainsi que pour des nouveaux clients potentiels. Les nouveaux services attirant plus de clients, génèrent potentiellement de nouveaux revenus. De plus, de nombreuses opérations auparavant traitées exclusivement et gratuitement au guichet seront réalisées automatiquement ou à la demande du client, moyennant une commission. Tout cela permettrait de générer de nouveaux revenus.

- ajouter un canal virtuel permet de réaliser des économies dans la promotion des différents produits et services proposés

- certaines banques, même parmi les plus petites, peuvent devenir leader d'un secteur de marché en contrôlant l'accès à certains segments de clientèle

- un moyen d'élargir son marché et de s'étendre à de nouveaux métiers

- un bon moyen de fidélisation de la clientèle grâce aux outils interactifs et multimédias si cela conduit à une meilleure écoute des besoins et préférences des clients et si la banque est capable de mieux exploiter l'information collectée auprès de la clientèle.

- en facilitant un traitement des opérations de plus en plus automatisé, Internet peut permettre également de redéployer les effectifs des établissements bancaires et financiers concernés vers des services à plus forte valeur ajoutée (assurance, investissement, conseil en patrimoine...) ce qui peut se révéler à l'avantage des clients. On pourrait notamment assister à une modification des métiers qui s'orienteraient davantage vers des activités plus qualifiées de marketing ou commerciales et moins vers les activités de main d'œuvre.

Pour les consommateurs

Pour les consommateurs, Internet permet de mettre en concurrence les différents établissements bancaires et financiers, de trouver les meilleurs prix sans se soucier des contraintes géographiques, de bénéficier d'un choix de produits et de services plus grand, de disposer éventuellement d'informations plus complètes, d'acheter et d'être servi plus rapidement. Internet est un canal beaucoup plus évolutif qu'aucun autre moyen de télécommunication et il permet d'entrée de jeu l'accession à de très nombreux interlocuteurs. Dans ce contexte, les moteurs de recherche, les portails et les sites de comparaison des offres de produits bancaires et financiers contribuent à une meilleure diffusion de l'information au profit de la clientèle. La concurrence des offres bancaires et financières étant rude, les établissements financiers sont amenés à affiner l'analyse des coûts et des revenus associés à chacun des produits. Ceci peut déboucher sur une meilleure façon de répondre aux besoins de la clientèle, en agissant à plusieurs niveaux (contenu de l'offre, tarification des services).

Internet est un outil très avantageux notamment pour les personnes qui travaillent ou qui sont souvent en déplacement et ne peuvent pas aller en agence aux heures normales d'ouverture. Avec Internet, ces personnes peuvent gérer leurs comptes et même leurs portefeuilles d'investissement à distance. Ainsi, elles ne dépendent plus des horaires d'ouverture et de fermeture des banques. Mais le confort de pouvoir traiter ses opérations tranquillement depuis chez soi peut-il l'emporter sur le besoin d'avoir un contact de proximité, personnalisé ?

2) Risques:



¨ Les principaux risques financiers de l'établissement sur son client restent ceux existant dans le cadre d'une relation traditionnelle :

- le risque de crédit pour les concours octroyés sous toutes leurs formes (avances, découverts, crédits de trésorerie...) c'est à dire le risque de perte suite à la défaillance d'un client face à ses obligations.

- le risque d'illiquidité/solvabilité

- le risque de taux d'intérêt (risque de perte suite à une variation du taux de d'intérêt qui est en notre défaveur)

- le risque d'intermédiation sur les opérations d'investissement exécutées pour le compte du client et en matière de contrôle interne, les dispositifs classiques de maîtrise des risques sont suffisants.

¨ Internet introduit un risque de rentabilité ou devrait-on dire plutôt une incertitude en matière de rentabilité. Car Internet est un vecteur d'accentuation de la concurrence. Dans un contexte très concurrentiel, les frais de publicité et les coûts technologiques pourraient déséquilibrer la solidité financière de certains établissements. En outre, il faut tenir compte de la possibilité que les banques en ligne surenchérissent la rémunération des dépôts, du fait de leurs moindres coûts d'infrastructure, par rapport aux banques traditionnelles de réseau.

¨ Il existe également le risque que les dirigeants manquent de maîtrise des situations nouvelles qu'introduit le recours à Internet comme canal de distribution des services bancaires et financiers. Internet favorise un recours plus important à l'externalisation, ce qui accentue les risques opérationnels (sécurité inadéquate de l'accès au réseau, l'utilisation d'une technologie périmée...) dont le risque de fuite du savoir-faire à l'extérieur pour le contrôle et la gestion du risque. Les établissements doivent être capables de contrôler ce type de situation.

¨ Le risque de blanchiment d'argent (risque de fraude) : le blanchiment est le fait de faciliter la justification mensongère de l'origine de biens ou de revenus de l'auteur d'un crime ou d'un délit, ayant procuré à celui-ci un profit direct ou indirect, ainsi que le fait d'apporter un concours à une opération de placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct ou indirect d'un crime ou d'un délit. Sur Internet, le risque de blanchiment d'argent est accru par : la grande facilité d'accès au réseau, sans contrainte géographique, matérielle ou temporelle, la rapidité des opérations, l'automatisation et la dématérialisation de l'entrée en relation (accomplissement à distance des formalités administratives d'ouverture de compte, en l'absence d'un entretien physique). De surcroît, il est difficile de s'assurer de l'identité d'un client non-résident, car les établissements ne disposent pas de tous les moyens pour la vérifier.

¨ Les risques quant à la sécurité du système (risque informatique) :

Le développement d'Internet comme support d'un certain nombre d'activités bancaires et financières exige une vigilance accrue en matière de sécurité. Les clients peuvent avoir le sentiment d'un manque de confidentialité, la crainte de vol d'informations commerciales ou de numéros de cartes de crédit. La perte d'intégrité des flux d'information, l'atteinte à la vie privée (écoute, conservation frauduleuse d'informations personnelles), l'usurpation d'identité d'un utilisateur autorisé, représentent autant de menaces auxquelles les établissements doivent s'efforcer de répondre afin d'assurer la sécurité des transactions. Des techniques de cryptage ont été développées pour répondre à ces préoccupations.


¨Le risque de réputation et le risque systémique : Il est souvent difficile d'identifier les sites et les correspondants. Sont-ils ce qu'ils prétendent être ? Le risque de détournement de sites est bien réel. Il consiste à substituer à des sites «officiels », honorables, des "services" (caricatures, pornographie…) qui pourraient nuire à l'image des premiers ou bien même fonder un système de fraude engageant leur responsabilité faute de preuves contraires suffisantes. Dans le même contexte, la détérioration de la réputation d'un établissement suite à une défaillance de ses services en ligne [2] peut provoquer une perte de confiance et est susceptible de porter préjudice à l'image des autres établissements.

¨ Les risques juridiques : Le développement de la banque sur Internet accroît les risques juridiques de façon générale. Son propre statut juridique doit être défini, des lois doivent déterminer les conditions de validité et de preuve des transactions, tout en respectant la vie privée des clients et en s'assurant du caractère certain de leur consentement aux opérations. Tout ceci devient plus complexe dans un contexte international, où il faut se plier aux règles, aux régimes spéciaux et aux lois de chaque pays à part.

3)Quelques chiffres sur le marché de l'Internet en France :



- En mai 2001 le nombre de micro-ordinateurs dans les foyers français s'élève à 6,312 millions [3]. Le pourcentage des ménages équipés passe de 18,8 % en 1998 à 32,3 % au premier semestre 2001. En même temps, le pourcentage des PC connectés à Internet passe de 5,9 % au quatrième trimestre 1999 à 16,7 % au premier trimestre 2001 [4].

- En 2000, 21 % des français déclarent avoir accès à Internet, que ce soit à leur domicile, sur leur lieu de travail ou bien les deux. La part des internautes réguliers est importante puisque 72 % parmi eux déclarent se connecter au moins une fois par semaine [5].

- La tranche d'âge 25-35 compte le plus grand nombre d'internautes alors que, ce qui est compréhensible, les plus de 55 ans sont ceux qui « touchent » le moins à Internet (seulement 8,30 % parmi eux sont des internautes).

- Selon des statistiques établies par le Secrétariat d'Etat à l'Industrie, la recherche d'informations, l'échange de messages et le surf sont les principaux usages dans toutes les catégories sociales. Transmettre des documents est une pratique très courante parmi les cadres supérieurs (65 % des utilisateurs). Consulter des annonces est plutôt le fait des femmes : 35 % contre 26 % d'hommes. Par contre, gérer des comptes bancaires, jouer ou mettre des informations en ligne, se former, réaliser des achats ou des opérations de bourse, concernent moins de 12% des internautes.

- La France, en comparaison avec d'autres pays développés, n'est pas dans la tête du peloton, que ce soit en termes d'équipement des ménages en ordinateurs, en nombre de hosts Internet ou bien en termes d'utilisateurs de l'Internet. Le marché de l'Internet français connaît certes un développement, mais la France a du retard, par rapport notamment à ses voisins européens. Ce retard peut sans doute se justifier en partie par l'utilisation encore très développée du Minitel.

- En France, les services de la banque en ligne sur Internet ont réellement décollé en 1998. Au cours de l'année 1999, le développement du home banking a connu une accélération rapide, avec près de 90 banques disposant d'une offre sur Internet et près de 20 % d'utilisateurs chez les internautes bancarisés. En ce qui concerne les parts de marché des banques françaises dans leur ensemble sur Internet, ce sont les banques membres de l'Association Française des Banques qui détiennent la plus grande partie.

- Les Français semblent plutôt satisfaits des services Internet de leur banque, cependant, l'incidence du développement des services bancaires et financiers en ligne sur le réseau d'agences semble minime. Un français sur trois considèrent que le développement des services bancaires sur Internet n'aura pas d'incidence sur leur fréquentation des agences bancaires. Dans le futur proche, le NET ne semble pas prêt à faire sauter les banque à réseau en France !

Internet est de toute évidence moins développé en France que dans bon nombre de pays développés et le Minitel joue toujours un rôle important. Internet constitue actuellement un canal de communication et de distribution des services bancaires et financiers parmi les autres. La banque entièrement virtuelle n'a pas encore la totale faveur des Français. L'offre des banques traditionnelles est très compétitive et les banques françaises traditionnelles semblent bien placées pour relever le défi de l'Internet. D'ailleurs ces banques traditionnelles dominent le marché et les courtiers en ligne sont les seuls à les concurrencer directement sur un segment particulier.

Pour le moment, les opérations bancaires et financières via Internet ne semblent pas représenter une solution de rechange viable au service bancaire intégral que nous connaissons aujourd'hui. La période de «rodage » passée et l'arrivée de l'euro ainsi que la présence de concurrents étrangers plus nombreux (notamment britanniques, allemands ou néerlandais), pourraient modifier cet état des choses. Reste que ni la banque traditionnelle sur Internet, ni la cyberbanque, n'offrent des conseils personnalisés ! En effet, les opérations bancaires et financières à travers Internet diminuent l'évaluation du caractère des clients de la banque, ainsi que les rapports entre la banque et ses clients fondés sur les contacts humains.
[1] En anglais la banque sur Internet peut se traduire par : e-banking, electronic banking, online banking, internet banking.

[2] Un site peut notamment se trouver dans l'incapacité de répondre aux appels de ses clients en raison en raison d'une attaque visant à saturer le serveur sous un très grand nombre de requêtes (tout site a une capacité maximale d'accès en cas de connexion simultanée).

[3] Selon CSA-TMO

[4] Source : étude Médiamétrie

[5] Selon une enquête de l'AFB (Association Française des Banques) réalisée auprès de 1010 personnes représentatives de la population française âgée de 15 ans et plus, interrogées en juin 2000.
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
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L'auteur
Raluca Crecea
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