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Synthèse n°44

La Biélorussie à l'heure de l'autoritarisme

La Biélorussie à l'heure de l'autoritarisme
13/05/2002

En septembre 2001, la réélection d'Alexandre Loukachenka à la présidence de la Biélorussie avec plus de 75% des voix ne s'est pas traduite par un assouplissement de la politique présidentielle et une amélioration des relations avec l'Ouest mais par un renforcement de l'autoritarisme et le développement des contacts avec des pays d'Asie et du Moyen-Orient. Depuis sa première élection en 1994, A. Loukachenka a mis en place un modèle politique spécifique que ses opposants qualifient de "loukachisme" et qui correspond à un populisme autoritaire dans lequel le chef de l'Etat est l'instigateur principal de toutes initiatives politiques, économiques, militaires et sociales. L'omniprésence, voire le monopole, du président dans la gestion des affaires du pays se traduit également par un rejet des instruments de la société civile (partis politiques, associations, syndicats, médias) lorsque ceux-ci ne se placent pas directement au service des autorités.

Le régime autoritaire en Biélorussie est moins fondé sur une spécificité biélorussienne que sur une culture politique héritée du système soviétique qui légitime les choix politiques des dirigeants par une idéologie politique fermée à toutes alternatives. Le renforcement de l'autoritarisme en Biélorussie renvoie donc à la stratégie interne et externe d'un acteur politique, le Président, qui s'est progressivement imposé comme le seul garant de l'Etat biélorussien et du bien-être du peuple.

1. De l'indépendance au modèle politique autoritaire



L'indépendance de 1991 n'a pas entraîné de changements majeurs dans la vie politique. Les transformations institutionnelles telles que l'élection d'un chef d'Etat par le Soviet suprême sont apparues comme des aménagements nécessaires au fonctionnement du nouvel Etat-nation mais n'ont pas modifié le monopole de la nomenklatura dans les institutions politiques.

Chef d'Etat et président du parlement de 1991 à 1994, Stanislau Chouchkevitch disposait de pouvoirs limités alors que son élection au suffrage indirect ne lui conférait pas une légitimité populaire. Le pouvoir exécutif revenait, en grande partie, au Conseil des ministres, dirigé par Viatcheslau Kebitch, dont la composition ne subit que de faibles modifications par rapport à la période soviétique. Les principaux changements politiques venaient du Soviet suprême élu en 1990 et au sein duquel les députés réformateurs, issus principalement du Front populaire (mouvement national d'opposition créé en 1988), défendaient la démocratie de marché, la neutralité stratégique du pays et le développement des relations avec les pays occidentaux. Soutenue par S. Chouchkevitch, cette fraction parlementaire ne disposait pourtant pas de sièges suffisants pour influencer la prise de décisions politiques.

Les conflits entre le gouvernement et le parlement se sont traduites par un laisser-aller dans le domaine économique et social, en raison des réticences de l'exécutif à l'égard des réformes alors que l'intégration de la Biélorussie dans les institutions européennes et internationales est en cours. La destitution de S. Chouchkevitch en janvier 1994 est intervenue pour mettre un terme aux relations conflictuelles entre le gouvernement et le parlement qui refusait de ratifier le Pacte de sécurité collective de la CEI signé en 1992. La nature des relations avec la CEI et, plus particulièrement, avec la Russie, était depuis l'indépendance un facteur de discorde entre les forces politiques. L'opposition, soutenue par le chef de l'Etat, se rangeait du côté du principe de neutralité qui est inscrit dans la Déclaration de souveraineté de 1990 et qui s'intègre dans un projet de zone neutre de l'espace mer Baltique-mer Noire. Le Pacte de sécurité collective, défendu par le gouvernement, renvoyait, au contraire, à l'idée d'une intégration stratégique de la Biélorussie dans la sphère d'influence russe.

La création du poste de président et l'adoption d'une nouvelle Constitution en mars 1994 ont donné l'opportunité à A. Loukachenka, Président du Comité temporaire de lutte contre la corruption au parlement et directeur de sovkhoze, d'utiliser l'argument de la corruption dans sa campagne à l'élection présidentielle de juin-juillet 1994. Ce procédé contribua à présenter son programme comme une troisième voie permettant de rompre avec l'indécision et le désordre de la période précédente et de renouer avec certaines pratiques, jugées positives, du régime soviétique. Elu à plus de 80% des voix, A. Loukachenka devint le premier président de la république indépendante de Biélorussie, à pouvoir disposer d'une légitimité populaire, dont il va user pour faire valoir son autorité à s'exprimer et à agir au nom du peuple.

L'évolution du régime politique en Biélorussie, à partir de 1994, s'inscrit dans une légitimation de type populiste. La politique du président biélorussien est fondée d'une part, sur la promotion de sa personnalité politique ayant des origines populaires et se situant au-dessus des partis politiques, et d'autre part, sur le rejet des rôles intermédiaires entre l'Etat et la société tels que les partis ou la fonction représentative du parlement. L'Etat et le peuple se confondent en un seul corps politique dont A. Loukachenka est le représentant imagé. Deux référendums se sont tenus en Biélorussie dans le but d'avaliser les choix présidentiels :

En mai 1995

a)- le retour au bilinguisme devait permettre de renouer avec l'illusion d'un choix de la langue qui était et qui demeure fondée sur la promotion du russe en tant que langue civilisée.

b)- la restauration des symboles de l'Etat biélorussien soviétique, auxquels furent retirés la faucille et le marteau, avaient pour but de restaurer le lien avec la période précédente.

c)- la question relative au soutien de la politique d'intégration économique avec la Russie permettait d'affirmer la politique étrangère du président : le développement des relations avec la Russie fut présenté comme le meilleur moyen de subvenir aux besoins de la population biélorussienne.

d)- le pouvoir de dissolution, accordé par référendum à 77,7% des votants, n'était que le début d'une série de mesures visant à limiter les pouvoirs du parlement au profit de ceux du président mais aussi à en soustraire progressivement la fonction représentative.

En 1996

Le référendum engagé par le Président sur une révision constitutionnelle répondait aux mêmes exigences que le précédent : une diminution des pouvoirs d'un parlement, désormais bicaméral, avec le Conseil de la République, chambre haute dont le tiers des membres est nommé par le président et la Chambre des représentants, chambre basse, dont le nombre de sièges passe de 260 à 110 et une augmentation des pouvoirs présidentiels (mandat de 7 ans, nombreux pouvoirs de nomination). Conformément aux dispositions transitoires de la nouvelle Constitution, les 110 membres de la Chambre des représentants furent choisis parmi les 199 députés du Soviet suprême. Dérogeant à la règle de l'élection, la Chambre des représentants fut alors considérée comme illégitime par les instances européennes et l'opposition. Les principes de la démocratie représentative furent écartés au profit d'une légitimation populiste qui s'appuie sur l'existence d'un lien de filiation direct entre le Président et le peuple.

Bien que réinstituant le principe de l'élection, les élections parlementaires d'octobre 2000 ne modifièrent pas la composition et l'organisation de la Chambre des représentants caractérisée par l'absence de groupes parlementaires. La campagne électorale favorisa les candidats dits "indépendants" alors que la plupart des partis d'opposition refusèrent d'y participer en raison des conditions non équitables qui entouraient leur déroulement. L'enjeu politique de ce scrutin ne fut pas centré sur le changement mais sur la conservation du corps parlementaire à travers l'appel du président en faveur de la reconduction des anciens députés.

Le populisme s'incarne également dans une personnalité charismatique qui doit néanmoins être perçue comme proche du peuple. Le Président biélorussien représente cette dualité en s'appuyant d'une part, sur ses origines populaires pour asseoir sa légitimité en tant que garant du bien-être du peuple, et d'autre part, sur ses discours vindicatifs à l'égard de la classe politique de son pays et des dirigeants occidentaux, pour faire montre d'un certain courage politique. Le Président semble jouer son rôle de "père du peuple", comme le surnomment ses adversaires politiques. La logique du rejet des structures intermédiaires est parfois supplantée par celle du contrôle social à travers des organisations d'encadrement d'un secteur d'activité. Les pratiques soviétiques, qui sont exemplaires dans ce domaine, semblent avoir inspiré la création de l'Union patriotique de la jeunesse qui sert d'organe de surveillance et de dénonciation dans les universités mais aussi de lieu de promotion sociale pour ses principaux adeptes. Le rétablissement d'unions corporatistes dans certains domaines (médical, judiciaire) vise également à limiter le droit d'initiative et à véhiculer l'idée d'assujettissement et de dépendance à l'égard d'Etat.

2. L'opposition au régime et l'usage de la violence d'Etat



Depuis l'indépendance, les actions de l'opposition, qui ne disposait que de quelques sièges au parlement, avaient principalement une portée symbolique et contribuèrent à sa marginalisation.

L'opposition en Biélorussie regroupe des partis issus du système soviétique tels que le Parti des communistes ou le Parti agrarien mais aussi des partis créés au moment de la perestroïka ou après l'indépendance de la Biélorussie, comme le Front populaire biélorussien, le Parti de l'Union civique ou la Hramada social-démocrate. Si ces partis s'accordent dans leur commune volonté d'évincer A. Loukachenka, ils sont divisés sur les relations que la Biélorussie doit entretenir avec la Russie. Alors que le Front populaire et l'Union civique, principales organisations du Conseil de coordination des forces démocratiques, adoptent une position pro-indépendantiste, les autres partis appellent à des relations de coopération avec la Russie. L'élection présidentielle de 2001 a toutefois prouvé leur capacité d'entente à travers le choix d'un candidat unique.

Depuis 1995, les manifestations sont devenues le mode d'action privilégié des partis d'opposition qui cherchent à mobiliser différentes sphères sociales et à s'octroyer une nouvelle légitimité d'autant plus nécessaire qu'ils sont privés de représentation institutionnelle.

Dès cette date, les pratiques d'intimidation ont concerné les médias indépendants avec la fermeture d'une chaîne de télévision, de stations de radio, avec des inspections fiscales visant à interdire la publication de journaux. Parallèlement à la censure, se sont développées les pressions physiques et morales sur les journalistes avec la multiplication des arrestations et les menaces en tout genre. Les hommes politiques ont progressivement été menacés par les services d'ordre qui usent de méthodes telles que les passages à tabac, les perquisitions, les arrestations ou les interrogatoires.

Les élections présidentielles organisées au printemps 1999 et destinée à préparer la fin du mandat présidentiel de Loukachenka en juillet 1999 (selon la Constitution de 1994), allaient devenir le symbole d'un nouveau type de violence : la disparition d'hommes politiques, anciens collaborateurs d'A. Loukachenka devenus actifs au sein de l'opposition.

Un ancien ministre des Affaires intérieures, Iouri Zakharenka, disparaissait en mai 1999 : son implication dans des activités d'opposition au sein de l'armée semble en être la cause.

En septembre 1999, Viktar Hantchar, ancien directeur de la campagne présidentielle d'A. Loukachenka et ancien vice Premier ministre, disparaissait, à son tour.

Dimitri Zavadski, cameraman à la télévision russe ORT et ancien collaborateur d'A. Loukachenka, qui avait été incarcéré en 1998, disparaissait en juillet 2000.

3. Les enjeux et la portée de l'élection présidentielle de septembre 2001



L'élection présidentielle de septembre 2001 représentait un enjeu de première importance pour l'opposition qui y voyait la possibilité de rompre radicalement avec l'autoritarisme d'A. Loukachenka. Malgré leurs dissensions idéologiques, les partis d'opposition se sont mis d'accord sur un candidat unique en la personne d'Ouladizmir Hantcharik, président de la Fédération des syndicats de Biélorussie.

La campagne électorale fut traversée par de nombreuses irrégularités mais aussi par une disproportion des moyens entre le candidat sortant et le candidat de l'opposition. Alors qu' A. Loukachenka bénéficiait d'une large couverture médiatique (télévision et journaux à grands tirages) et de l'appareil d'Etat au niveau central et local, O. Hantcharik devait se contenter de la diffusion de son programme dans les journaux indépendants et du militantisme de réseaux associatifs et partisans d'opposition régulièrement inquiétés par les autorités. Dans ce contexte, la victoire d'A. Loukachenka ne fut pas surprenante d'autant plus que son programme de campagne, axé sur l'augmentation des salaires et sur la supériorité du niveau de vie des Biélorussiens comparé aux habitants des autres pays de la CEI, ne trouvait pas d'alternatives dans les propositions de son adversaire.

Peu de temps après sa réélection, le président Loukachenka proposa une libéralisation de l'économie biélorussienne fondée sur un programme de privatisations et un soutien aux entreprises privées. Au même moment, il faisait savoir qu'une campagne anti-corruption serait prochainement menée dans le pays et qu'une quinzaine de dirigeants d'entreprises serait inquiétée.

Plusieurs hypothèses ont alors été formulées pour expliquer la campagne anti-corruption de Loukachenka. La première d'entre elles rejoint l'idée que le gouvernement cherche à convaincre la population que c'est le secteur des affaires, et non l'Etat, qui est responsable de la détérioration des conditions de vie. La seconde hypothèse repose sur la punition que Loukachenka voudrait infliger aux chefs d'entreprise qui n'ont pas été capables de mobiliser leurs employés en sa faveur pendant la campagne électorale. La troisième hypothèse concerne la marge de manœuvre dont le gouvernement souhaiterait disposer dans le programme de privatisation de certaines grandes entreprises d'Etat qu'il veut engager en partenariat avec des investisseurs russes. Les chefs d'entreprises arrêtés seraient, en effet, connus pour disposer d'une autonomie d'action vis-à-vis de laquelle les autorités biélorussiennes sont plutôt réfractaires. La libéralisation économique en Biélorussie ressemble ainsi moins à une valorisation de l'esprit d'entreprise qu'à une épuration destinée à renforcer les moyens d'action du régime autoritaire.

4. L'évolution des relations extérieures de la Biélorussie



Depuis l'arrivée au pouvoir d'A. Loukachenka, les relations entre la Biélorussie et les pays occidentaux n'ont cessé de se dégrader. En janvier 1997, suite au référendum constitutionnel, le statut d'invité spécial du pays au Conseil de l'Europe a été suspendu. En septembre 1997, le Conseil de l'Union européenne affirmait son refus de reconnaître la Constitution de 1996 et les nouvelles institutions qui lui sont liées. L'isolement de la Biélorussie s'est aussi renforcé suite à la crise diplomatique de juin 1998 lorsque les ambassadeurs européens et américain décidèrent de quitter le pays suite à la volonté des autorités biélorussiennes de les faire évacuer de leur complexe résidentiel où l'eau, l'électricité et le gaz avaient été coupés pour cause de travaux. Une décision de l'Union européenne interdit alors une centaine de hauts fonctionnaires biélorussiens de séjourner dans les pays membres. Après plus de six mois d'absence, les ambassadeurs européens sont revenus à Minsk suite à un accord prévoyant des compensations financières que le président refuse jusqu'alors d'admettre. Cette crise diplomatique a gelé un certain nombre de projets bilatéraux tant dans le domaine politique, économique que culturel tout en renforçant l'isolement de la Biélorussie à l'égard d'institutions européennes et de programmes d'aide internationaux. Depuis lors, les organisations européennes demandent la tenue d'élections libres et démocratiques auxquelles le président Loukachenka ne semble pas vouloir se plier. Les différentes organisations européennes ont ainsi unanimement condamné le déroulement de l'élection présidentielle de septembre 2001 tout en acceptant de revoir leur stratégie à l'égard de la Biélorussie qui prouve que l'isolement n'est qu'un faible rempart à la dictature.

Depuis 1998, la mission permanente de l'OSCE à Minsk avait pour tâche d'établir un dialogue entre les autorités officielles et l'opposition. C'est par son intermédiaire que devaient être négociés des accords sur la tenue d'élections et sur l'accès de tous les partis aux médias d'État. Après plusieurs mois de tergiversations et les disparitions d'opposants, les autorités annoncèrent leur volonté de reprendre les pourparlers avec l'opposition. En novembre 1999, les délégations du gouvernement et de l'opposition se mirent d'accord pour que ladite opposition puisse disposer de temps d'antenne quotidiens dans les médias publics (5 minutes à la radio et 90 secondes à la télévision). Mais, A. Loukachenka critiqua le document et Mikhail Sazonou, représentant de la délégation gouvernementale dans les négociations, démissionna, sans qu'aucune précision ne soit communiquée sur le devenir du dialogue. Le refus du dialogue par les autorités a entraîné une modification du rôle de la mission de l'OSCE qui, tout en maintenant ses relations avec l'administration, a continué de travailler avec l'opposition. Elle fut notamment à l'initiative d'un groupe d'observateurs indépendants lors des différentes échéances électorales en 1999-2001. Les autorités et le président en personne ont alors critiqué de manière de plus en plus virulente la mission de l'OSCE, accusée d'organiser une conspiration contre le régime biélorussien. Au moment de quitter son poste en décembre 2001, le responsable de la mission, Hans Georg Wieck, fut l'objet de plusieurs accusations publiques par le président. Sommée de changer son mandat par le gouvernement biélorussien, la mission de l'OSCE travaillait de plus en plus difficilement jusqu'à ce que son responsable intérimaire, Michel Rivollier, se voit refuser la reconduction de son visa en avril 2002.

Dès 1994, le rapprochement avec la Russie fut l'un des éléments clés de la politique d'A. Loukachenka. Depuis 1995, la signature d'une succession de traités a débouché sur la création d'une Union russo-biélorussienne. L'objectif avoué serait, à terme, de fusionner les deux États, comme cela fut répété lors de la signature d'un nouvel accord en décembre 1999. Mais, les présidents russe et biélorussien n'ont pas franchi le pas, comprenant que les élites politiques de leurs pays respectifs avaient pris goût au pouvoir et qu'elles n'étaient pas prêtes à l'abandonner, sans compter la nécessaire mais difficile harmonisation économique entre les deux pays. Les institutions supranationales de l'Union russo-biélorussienne ont un caractère formel et jouent un rôle négligeable. Les accords conclus fournissent pourtant une base juridique significative et pourraient mettre en péril l'indépendance de la Biélorussie si les forces politiques, russes ou biélorussiennes, venaient à changer de stratégie.

Toutefois, dans le domaine économique, les relations bilatérales avec la Russie semblent plus solides. Même si le projet de mise en place d'une monnaie commune aux deux pays en 2005 reste peu probable, les économistes soulignent l'augmentation progressif du capital russe dans les entreprises biélorussiennes qu'ils présentent comme un accroissement de la dépendance économique de la Biélorussie à l'égard de la Russie.

En avril 2002, suite à une rencontre entre Vladimir Poutine et A. Loukachenka, les premiers ministres de Russie et de Biélorussie ont signé deux accords permettant à la Biélorussie de bénéficier des prix intérieurs russes pour les produits énergétiques et le fret ferroviaire. En échange, A. Loukachenka s'est promis de signer un décret supprimant les préférences en matière de droits de douanes et d'impôts dont les entreprises biélorussiennes bénéficient de sorte que les producteurs russes et locaux jouissent de conditions économiques comparables en Biélorussie. La signature d'un accord dans le domaine de l'industrie gazière est également prévue.

En ravivant régulièrement la thématique de l'union des deux peuples slaves, A. Loukachenka cherche à présenter son régime comme une alternative politique, économique, sociale et stratégique au modèle occidental. Guidée par une conception anti-occidentale et, plus particulièrement, anti-américaine, la politique étrangère de Minsk présente le double intérêt de légitimer l'intégration avec la Russie et la répression au niveau interne. L'élargissement de l'OTAN à la Pologne, à la Hongrie et à la République tchèque est présenté comme une menace par un président qui envisage régulièrement de réinstaller des missiles nucléaires dans son pays. Par ailleurs, Alexandre Loukachenka n'a pas hésité à soutenir le Président serbe Slobodan Milosevic au moment de l'intervention militaire de l'OTAN en Serbie tandis que le projet d'intégration de la Serbie-Yougoslavie à l'Union russo-biélorussienne redevenait d'actualité. A plusieurs reprises, A. Loukachenka a indiqué que l'Union russo-biélorussienne pouvait devenir un "contrepoids réel au monde unipolaire" capable de "briser le monopole trans-atlantique". Selon la même rhétorique, les services secrets américains sont d'ailleurs accusés de soutenir, moralement et financièrement, l'opposition, dans le but de prendre progressivement le contrôle du pays.

En réponse, suite aux évènements du 11 septembre et à la mise en place d'une stratégie de lutte américaine contre le terrorisme, les accusations à l'égard de la Biélorussie, présentée comme un des principaux fournisseurs d'armes aux organisations islamistes extrémistes, se sont multipliées. Depuis octobre 2001, des informations, diffusées par les services de renseignement américains et israéliens puis relayées par la presse internationale, reprochent à la Biélorussie de vendre des armes au Tadjikistan, à l'Angola, à l'Algérie et au Soudan dont une partie pourrait avoir été utilisée par des groupes terroristes. En février 2002, une délégation du Congrès américain et un représentant du département d'Etat américain se sont rendus à Minsk pour obtenir des éclaircissements de la part des autorités biélorussiennes sur cette question. Les dirigeants américains sont particulièrement préoccupés par l'assistance militaire fournie par la Biélorussie à l'Irak, pays soumis à un embargo par le Conseil de sécurité de l'ONU.

Les membres du gouvernement biélorussien ont démenti ces accusations en affirmant que les ventes d'armes se réalisaient en conformité avec les règles internationales, que la Biélorussie ne vendait pas d'armes à l'Irak tout en précisant que Minsk ne pouvait pas contrôler la ré-exportation. Le président Loukachenka a confirmé que les armes en provenance de Biélorussie étaient destinées à des "clients légitimes" et a accusé l'opposition de diffuser des informations erronées après sa défaite à l'élection présidentielle de septembre 2001. Lors d'un entretien avec le Wall Street Journal, il s'est également indigné de l'attention démesurée sur les ventes d'armes par la Biélorussie en affirmant qu'elles sont des opérations légales et que, comparativement aux Etats-Unis, le commerce biélorussien dans ce domaine ne représentait qu'une goutte d'eau dans l'océan.

Les démentis répétés des autorités biélorussiennes ne permettent pourtant pas de cacher une politique étrangère plus qu'ambiguë et provocatrice notamment à l'égard des Etats-Unis. Quelques jours après le discours sur l'Etat de la nation prononcé par le président Bush appelant à lutter contre un "axe du mal" défini autour de l'Iran, l'Irak et la Corée du Nord, le ministre des Affaires étrangères biélorussien et son homologue nord-coréen échangeaient des félicitations réciproques à l'occasion du 10ème anniversaire de l'établissement de relations diplomatiques entre les deux pays. Le ministre biélorussien a ainsi fait savoir qu'il fallait créer des conditions favorables à l'approfondissement des relations bilatérales avec la Corée du Nord dans les domaines du commerce, de la science, de la culture et de l'éducation. Quant à l'Irak dont le vice-premier ministre et le ministre des Finances étaient en visite à Minsk au mois de mars 2002, il fait partie des pays avec lesquels la Biélorussie entend développer sa coopération économique en doublant le volume des échanges commerciaux, évalué à 26 millions de dollars pour 2001.

En se prononçant pour la levée des sanctions contre l'Irak et contre une possible action militaire dans ce pays, le président biélorussien a, ainsi, montré que son pays n'était pas prêt à suivre les directives de la plus grande puissance mondiale et à se laisser imposer le choix de ses alliés.

Références :

- DRWESKI Bruno, La Biélorussie, Paris, Que sais-je?, PUF, 1993

- GOUJON Alexandra, LALLEMAND Jean-Charles, SYMANIEC Virginie (dir.), Chroniques sur la Biélorussie contemporaine, Paris, L'Harmattan, 2001.

- Perspectives Biélorussiennes, bulletin trimestriel d'information sur la Biélorussie.
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
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L'auteur
Alexandra Goujon
Maître de conférences à l'Université de Bourgogne - Enseigne également à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po).
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