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Synthèse n°86

L'amitié franco-allemande, un modèle pour la réconciliation des États balkaniques

L'amitié franco-allemande, un modèle pour la réconciliation des États balkaniques
14/04/2003
Colloque organisé conjointement le 3 avril 2003 à SKOPJE par la Fondation Robert Schuman et la Fondation Konrad Adenauer


Introduction



Dans le prolongement du succès de la "Conférence Internationale en Serbie" organisée conjointement par la fondation Robert Schuman et la fondation Konrad Adenauer à Belgrade les 24 et 25 Octobre 2002, un colloque a été organisé en Macédoine à Skopje, le 3 avril 2003. Il a réunit des experts allemands, macédoniens et français, qui ont travaillé sur les apports possibles du modèle de l'amitié franco-allemande à la réconciliation des Etats balkaniques.

Toutes ces actions ont pour but de contribuer à l'effort entrepris par la Macédoine et plus généralement par les pays des Balkans pour trouver les solutions qui leur permettront de se stabiliser et de progresser dans la paix et la tolérance pour améliorer la situation sociale, économique et politique de la région.

Le résumé des interventions et des débats du colloque permet de constater que le modèle de réconciliation franco-allemand est riche, mais pas toujours immédiatement transposable. Il n'en ressort pas moins de nombreuses illustrations et exemples, de fond et de forme, qui aideront peut-être la Macédoine à surmonter les obstacles qui la sépare encore d'une adhésion future à l'Union Européenne.

1. L'amitié franco-allemande, un modèle au service d'un objectif commun : l'intégration de la Macédoine dans l'Union Européenne.



Les participants au colloque ont démontré à travers les débats que l'histoire a permis aux peuples français et allemands de forger une amitié qui leur a offert la possibilité de construire l'Europe, source de paix, de stabilité et de progrès.

La paix en Europe implique la réconciliation des Balkans. Ainsi, cette Europe doit réfléchir à la possibilité et aux modalités d'intégration de la Macédoine et des Etat Balkaniques dans les instances européennes.

A. L'exemple franco-allemand et ses valeurs européennes



La France et l'Allemagne vivent depuis une petite soixantaine d'année dans la paix et la fraternité. Cette période succède à de trop nombreux conflits particulièrement meurtriers qui ont fait la démonstration du pouvoir dévastateur des hommes et de leur folie.

En dépit de toute la haine et la violence qui a pu opposer ces hommes, des français et des allemands comme Konrad Adenauer et Robert Schuman ont continué à croire et à œuvrer pour la paix et l'amitié entre ces deux peuples, alors que cela semblait encore impossible aux yeux de nombreuses personnes, ainsi que l'a notamment rappelé Klaus Bühler, ancien député du parlement allemand.

Andreas Klein, représentant de la Fondation Konrad Adenauer à Skopje a rappelé dans son introduction, que c'est sur des bases de paix et d'équité que des ponts ont été construits entre les peuples français et allemand pour développer la confiance et l'amitié qui leur ont permis de construire l'Europe.

L'exemple d'amitié franco allemande illustre l'idée du Président de l'université de droit de Skopje qui affirmait que même les pensées les plus utopiques peuvent devenir réalité, si de vrais mouvements sont réalisés.

Monsieur Mircev (Mouvement européen de la République de Macédoine) a rappelé que la réussite de Konrad Adenauer et de Robert Schuman a succédé à plusieurs tentatives avortées, parmi lesquelles la proposition de Aristide Briand en 1929.

Si l'amitié franco allemande a été un moteur pour la construction de l'Europe, cette réussite a pris du temps, et ces travaux sont encore loin d'être achevés. Toutefois, il a été largement souligné qu'en dépit de désaccords entre la France et l'Allemagne, tels que celui qui existe sur la politique agricole commune, cette amitié a permis aux deux pays de se développer et de progresser dans la paix, et surtout de participer activement à la construction de l'Europe, qui leur a apporté une stabilité et une force qui leur profite chaque jour.

L'objectif du colloque était donc de proposer une réflexion sur les moyens à employer pour permettre à la Macédoine et aux Etats Balkaniques de progresser vers la paix et la fraternité pour se développer de manière plus rapide, plus stable et plus durable. Toutefois, ceux qui définissent les Balkans en expliquant que c'est la cohabitation des différences rappelle la complexité de la tache, probablement différente de la relation entre la France et l'Allemagne. Néanmoins, les participants au colloque était unanimes pour dire que même s'il n'est pas totalement transposable en l'état, le modèle de l'amitié franco-allemande reste une excellente illustration, à partir de laquelle la Macédoine et les autres pays des Balkans doivent pouvoir élaborer des solutions.

Ainsi, l'ambassadrice d'Allemagne en Macédoine l'œuvre de Konrad Adenauer et de Robert Schuman soient un exemple pour la Macédoine.


B. Les modalités de l'intégration de la Macédoine dans l'Union Européenne



Les débats du colloque ont permis de confirmer que les points de vue allemand, français et macédonien s'accorde sur un objectif commun: l'intégration à terme de la macédoine à l'Union Européenne.

La paix en Europe n'est viable à l'avenir que si elle règne aussi dans les Balkans à affirmé Monsieur Andreas Klein.

L'impatience naturelle des macédoniens et la prudence traditionnelle des européens a rapidement démontré qu'il était encore difficile d'établir un calendrier précis. La volonté d'atteindre cet objectif commun n'étant en rien affecté, le débat s'est poursuivi sur les modalités de l'intégration.

L'Europe s'est construite dans la tolérance, dans le respect des diversités et des cultures et sans violence. De même, il a été réaffirmé que la Macédoine et les autres Etats des Balkans devront faire leur les valeurs européennes de tolérance et d'humanisme, à la fois en théorie et en pratique. Une élection dans des conditions démocratiques ne garantie pas à elle seule une démocratie a ainsi rappelé Monsieur Mircev (Mouvement européen de la République de Macédoine).

La Macédoine devra continuer à respecter les frontières qui ont été définies et les accords qu'elle a signé, en particulier les "Accords d'Ohrid". De la même manière, l'Union Européenne, devra continuer à assister et soutenir la Macédoine dans l'établissement et l'exécution du processus qui la conduira à intégrer l'Union Européenne. Cette assistance comprend logiquement un volet financier.

Le travail le plus important ne pourra être réalisé que par la Macédoine qui est seule à même de franchir les étapes fondamentales, et qui ne doit pas tout attendre de la part de l'Union Européenne.

Chaque participant au colloque s'est aussi appliqué à exposer des propositions concrètes pour aider la Macédoine à rejoindre l'Europe dans les meilleurs délais. Ce travail a permis de faire de multiples propositions, qui se révèlent particulièrement utiles et nécessaires en considération des nombreuses difficultés soulevées par les débats.


2. Moyens de mise en œuvre du modèle et obstacles à surmonter



A. Illustrations et propositions concrètes



Les nombreuses propositions pouvant découler du modèle franco allemand portent à la fois sur des règles de méthodes qui devraient faciliter le développement des Balkans et sur des propositions parfois modestes, mais concrètes et qui ont su se révéler très utiles dans le passé.

Proposition de méthode



Monsieur Terral, Ambassadeur de France en Macédoine a rappelé les méthodes qui ont permis de conclure les Accords d'Ohrid. Cet accord a pu être conclu grâce à deux valeurs mises en avant: le dialogue et le compromis. Ces deux valeurs ont aussi joué un rôle fondamental dan le rapprochement entre la France et l'Allemagne. Sans dialogue, aucun compromis n'est possible, et même s'il est critiquable, le compromis des accords d'Ohrid a été présenté comme un réel progrès, notamment en considération de tous les écueils qui ont été évités, tels qu'un recours excessif à la double majorité, plus souvent source de blocage que de progrès.

Madame Daniela Heimerl (Chef de rubrique, Courrier des Pays de l'Est, Paris) a développé les dimensions multiples de la réconciliation, en rappelant par exemple que la dimension psychologique implique l'aveux et la pardon. Alors que cela peut paraître évident, il n'en semble pas moins nécessaire de rappeler que ces valeurs sont essentielles pour établir et assurer la paix, la stabilité et la coopération.

En outre, plusieurs intervenants ont confirmé que l'analyse et l'exploitation du passé et de l'histoire ne devaient pas hypothéquer l'avenir de ces peuples.

Monsieur Veton Latifi (journaliste à Skopje), a expliqué, comment les anglais ont accepté de couvrir partiellement, puis totalement les tableaux relatant les victoires des anglais sur les français à Trafalgar et à Waterloo, à l'occasion des visites de représentants français dans la salle des Lords à Londres. Cet aspect a été décris comme un détail important ayant contribué au développement des relations franco-anglaises.

Monsieur René André, Député, UMP-Manche, a aussi insisté sur la nécessité de ne pas réecrire l'histoire ou l'interpréter de manière à se trouver des justifications à diverses actions vindicatives futures. Klaus Bühler a confirmé que l'alignement des analyses françaises et allemandes sur les conflits passés dans les manuel d'enseignement ont permis de continuer à progresser dans l'établissement de l'amitié franco allemande.

Par ailleurs, il a été proposé, du point de vue de la méthode, de travailler sur les multiples aspects de la réconciliation en parallèle. En effet, de nombreuses remarques du public affirmaient que la France et l'Allemagne avaient une puissance économique qui n'existe pas en Macédoine et qui empêche ainsi la transposition du modèle franco-allemand. A ces arguments il a été répondu que d'une part que la puissance économique n'est pas une condition du développement ni de la réconciliation et d'autre part, que les progrès économiques risquent d'être anéantis en l'absence d'efforts de réconciliation.

Enfin, de nombreux intervenants ont insisté sur le rôle qui doit être confié et joué par les "élites" économiques, intellectuelles, artistiques et politiques pour mettre en œuvre ces principes et méthodes. En effet, c'est la société macédonienne qui doit donner l'impulsion nécessaire et démontrer son volontarisme pour atteindre ses objectifs et intégrer l'Union Européenne. Il est évident selon Monsieur Luc Levy (Centre d'Analyse et de Précision, Ministère des Affaires Etrangères – Paris) que ce comportement est une prise de risque de la part des élites, mais elle semble incontournable.

Illustrations et propositions concrètes :



Dans le prolongement de l'importance attribuée au rôle des élites, le caractère symbolique de l'Université de l'Europe du Sud Est a été souligne par Madame Elena Andreevska (Université de l'Europe du Sud Est, Tetovo). Cette initiative visant notamment à faire cohabiter les diversités de la Macédoine dans une région albanophone doit continuer à être soutenue et encouragée, comme elle l'est déjà par la France, la Suisse et les Etats-Unis.

Monsieur René André a émis l'idée de mettre en place un collège européen, tout comme il en existe déjà un à Bruges en Belgique et à Natoline en Pologne, pour former les Balkans sur un modèle de coopération et instaurer une relation de confiance en Europe et en Europe du Sud-Est.

Monsieur René André a aussi expliqué, comment, en sa qualité d'élu, sur le plan national et sur le plan local, il avait mis en place des jumelages avec l'Allemagne pour les étudiants et organiser différents échanges et rencontres en matière sportives, artistiques ou professionnelles. Ces expériences ont permis aux populations des deux états de surmonter leur passé et leurs différences pour construire ensemble leur avenir, et ont participer à donner cette impulsion qui a permis de construire l'Europe.

Les différentes propositions formulées trouvent toute leur pertinence à la lumière des difficultés qui doivent encore être surmontées.


B. Les obstacles et difficultés à surmonter



L'Europe doit continuer à progresser



L'Europe est un projet en pleine expansion et encore inachevé, comme l'ont souligné les débats. L'Europe a permis de nombreux progrès, mais doit encore progresser en matière de politique extérieure et de sécurité. Si la présence de l'Eurocorps en Macédoine et au Kosovo pour succéder à l'Otan est un signe important, il n'efface pas les reproches formulés à l'encontre de l'Europe relatives à son manque d'initiative et d'implication à l'occasion des exactions perpétrées au cours des années 1990 dans la région. Le modèle Franco-allemand a besoin de crédibilité pour convaincre.

De plus, il a été indiqué que tous les moyens promis par l'union Européenne permettant l'application des accords d'Ohrid ne semblent pas encore avoir été concrétisés. De la même manière, il est reproché au Conseil de l'Europe de ne pas inclure la Macédoine dans certains programmes qui englobent d'autres pays des Balkans. Il existe donc une réelle attente envers l'Union Européenne, à la fois en matière de communication, et en matière de réalisation des promesses tenues, au risque de perdre une grande part de crédibilité.

La Macédoine doit continuer à progresser



La difficulté de la Macédoine consiste notamment à faire face à l'impatience de sa population. La violence et la haine ne pourront être combattu qu'avec de réels moyens, qui implique cependant du temps et de la patience. Les élites ne naîtront pas instantanément et des solutions doivent être trouvées pour contenir l'agressivité latente d'une population très exigeante.

Ces difficultés sont d'autant plus criantes qu'il existe des différences sur le plan économique très importantes avec des pays aussi proches que la Grèce ou la Slovénie. La Macédoine devra réussir à développer son économie, comme l'Allemagne et le France ont pu le faire en commençant pas à pas avec la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA). Le développement économique implique néanmoins un minimum de stabilité, ce qui reste une condition essentielle pour accueillir des investissements étrangers, qui doivent être facilités pour améliorer encore cette stabilité, sur le plan social notamment, dans un pays où le taux de chômage dépasse 80% dans certaines régions.

Les relations entre l'Europe et la Macédoine doivent continuer à progresser



Une question du publique rappelant notamment les litiges d'ordre économiques, religieux ou linguistiques qui existent entre la Macédoine et ses voisins (Bulgarie, Grèce, Serbie, Albanie) a souligné la nécessité pour l'Union Européenne et la Macédoine de travailler dans le même sens pour que la Macédoine et son drapeau soient par exemple reconnus par tous ses voisins, et faciliter ainsi la circulations des biens et des personnes dans la région des Balkans.

Enfin, L'Europe devra continuer à expliquer aux peuples de Balkans que leur diversité de cultures, qui est une richesse, et qui existe aussi entre les différents pays membres ne doit pas disparaître à l'occasion de l'adhésion à l'Europe. Les Français et les Allemands ont su préserver leurs cultures tout en renforçant leurs valeurs communes et construire l'Europe sans renoncer à leurs particularismes.


Conclusion



Jean Dominique Giuliani, Président de la Fondation Robert Schuman, a confirmé en conclusion que le modèle de réconciliation entre la France et l'Allemagne n'est pas un modèle imposé, mais qu'il a démontré une capacité à construire l'Europe tout en maintenant une richesse et une diversité.

Les propositions et illustrations découlant de ce modèle pourront certainement aider la Macédoine à progresser pour rejoindre l'Union Européenne et stabiliser les Balkans dans la paix et la tolérance.

Les difficultés existantes démontrent, s'il en était encore besoin, la pertinence des actions entreprises par la Fondation Robert Schuman et la Fondation Konrad Adenauer. Ces initiatives doivent continuer et être soutenues pour impulser, encourager, soutenir et accompagner une tache longue et difficile mais essentielle et passionnante.
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Versions disponibles
L'auteur
Etienne Mathey
Avocat à la Cour.
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