Elections législatives en Hongrie, Le point à une semaine du scrutin

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Fondation Robert Schuman

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6 avril 2010
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Environ 8 millions d'électeurs hongrois s'apprêtent à désigner les 11 et 25 avril prochain leurs 386 députés. 3 400 Hongrois résidant à l'étranger se sont inscrits pour voter dans les pays où ils vivent le 4 avril, soit exceptionnellement un jour férié, le dimanche de Pâques. Pour le 2e tour du 25 avril, ils voteront le même jour que leurs compatriotes restés au pays. Lors des dernières élections législatives des 9 et 23 avril 2006, les bureaux de Bruxelles, Londres, New York et Dublin avaient connu la plus grande affluence.

834 personnes se présentent en candidats individuels à ce scrutin. Elles étaient 998 il y a 4 ans. L'ensemble des enquêtes d'opinion prévoient une écrasante victoire des forces de l'opposition de droite conduites par Viktor Orban, leader de l'Alliance des jeunes démocrates (Fidesz), qui devrait largement l'emporter sur le Parti socialiste (MSZP) au pouvoir depuis 2002 et emmené par Attila Mesterhazy. Les Hongrois, comme le montrent toutes les enquêtes d'opinion, traversent une grave crise de confiance. Ces dernières années, ils ont beaucoup souffert, entre autres, des hausses d'impôts et des coupes effectuées dans les dépenses sociales.

La Hongrie a été l'un des Etats membres de l'Union européenne les plus touchés par la crise économique internationale et le premier des 27 à avoir bénéficié de l'aide du Fonds monétaire international (FMI) qui, avec d'autres institutions financières, lui a versé 20 milliards €. Contraction de 6,7% de l'économie en 2009 (- 0,2% prévu cette année), inflation élevée (elle devrait atteindre 4,1% en 2010), chômage supérieur à 10% de la population active qui devrait se maintenir à ce niveau jusqu'en 2012, déficit budgétaire représentant 7% du PIB en 2009 et dette publique s'élevant à 65% du PIB, soit le niveau plus élevé d'Europe centrale et orientale, tels sont quelques uns des chiffres de la situation économique hongroise.

Au-delà de la crise actuelle, les fondamentaux de l'économie hongroise sont particulièrement vulnérables. Le secteur public est atrophié et le financement des systèmes de santé et de retraite n'est pas assuré à moyen terme. L'institution financière JP Morgan a cependant indiqué que la Hongrie introduira l'euro avant ses voisines polonaise et tchèque. De son côté, la banque américaine Merrill Lynch a affirmé que le pays sortira de la crise avec en termes de fiscalité la meilleure position de l'ensemble des pays de l'Organisation de la coopération et du développement en Europe (OCDE). Aart de Geus, son secrétaire général, a cependant déclaré que la Hongrie avait un grand besoin de réformes structurelles pour retrouver une croissance durable et sortir de la récession. "Le nombre de personnes employées dans l'administration est incroyablement élevé, le douzième de l'OCDE" a t-il indiqué. Il s'est félicité de l'accroissement de l'âge de la retraite et de la réduction des charges sociales sur les salaires les plus faibles, deux mesures mises en place en 2009.

"Nous avons une tâche très difficile, nous ne réussirons que si nous sommes soutenus par l'ensemble du pays" a déclaré le leader de la FIDESZ, Viktor Orban. Le principal parti de l'opposition est soutenu par le Parti populaire chrétien-démocrate, Fidelitas, l'organisation rom Lungo drom, l'Association civique des petits porteurs, la Fédération des agriculteurs, le Parti des entrepreneurs et des employés et le Forum national.

La FIDESZ a indiqué qu'elle ne souhaitait pas former de coalition gouvernementale à l'issue du scrutin même dans le cas où elle ne remporterait pas la majorité absolue à l'Orszaggyules, Chambre unique du Parlement. Elle a totalement exclu de gouverner avec le parti d'extrême droite, le Mouvement pour une meilleure Hongrie (Jobbik). "Nous ne coopérerons pas avec le Jobbik parce qu'il s'agit d'un parti extrémiste, violent et dangereux pour la Hongrie" a déclaré le porte-parole de la FIDESZ, Peter Szijjarto.

Le défi à relever pour la FIDESZ sera de parvenir à s'appuyer sur le soutien populaire dont elle bénéficie pour parvenir à prendre les mesures économiques qui s'imposent pour relancer l'économie alors que le monde sort à peine de sa plus grave crise depuis la Deuxième Guerre mondiale et que la Hongrie est fortement contrainte par les accords financiers et de bonne gouvernance qu'elle a signés avec le FMI et avec l'Union européenne. "La priorité doit être donnée au capitalisme productif plutôt qu'au capitalisme financier qui doit être régulé de façon stricte" répète Viktor Orban qui entend "mener une politique économique qui donnera la priorité à des investissements productifs qui apporteront de la valeur et des emplois" et "restaurer le respect et le prestige de la Hongrie".

Le leader de l'opposition promet de mettre l'accent sur les petites et moyennes entreprises et sur les sociétés familiales ; il propose d'exonérer d'impôt le transfert d'un bien entre membres d'une même famille. "Il n'y a pas de place pour l'Etat quand une personne hérite d'un autre membre de sa famille".

Autre proposition qui séduit une bonne partie des Hongrois : celle des three strikes (trois coups) mise en place pour la première fois en 1994 en Californie et qui condamne à l'emprisonnement à vie toute personne qui commet son 3e délit. Le maintien de l'ordre et la sécurité publique sont des éléments de la FIDESZ. En cas de victoire le 25 avril prochain, le parti prévoit d'embaucher 3 000 officiers de police supplémentaires.

Le candidat socialiste, Attila Mesterhazy, actuel vice-président du MSZP et leader de son groupe parlementaire, accuse Viktor Orban de vouloir imposer en Hongrie un système de parti unique. Il a qualifié le programme de la FIDESZ "d'illusion". "Il n'y a pas de voie aisée pour sortir de la crise" a-t-il affirmé. Il met en avant les résultats obtenus par le Premier ministre Gordon Bajnai qui s'est félicité de sa gestion de la crise économique.

A une semaine du 1er tour, le MSZP, crédité d'un faible pourcentage d'intentions de vote par les enquêtes d'opinion, est au coude à coude avec le parti d'extrême droite Jobbik (un point seulement sépare les deux partis dans les derniers sondages).

Le Mouvement pour une meilleure Hongrie (Jobbik) veut taxer les compagnies multinationales et renégocier les termes du sauvetage financier de la Hongrie. En matière de politique étrangère, le parti regarde vers l'Est et souhaite s'émanciper de ce qu'il qualifie de "domination euro-atlantique" et réviser le traité de Lisbonne dont il juge la ratification "antidémocratique".

Le parti affirme qu'en cas de victoire, il nommera un ministre dédié aux Hongrois vivant en dehors des frontières nationales. Le candidat du parti au poste de Premier ministre, Gabor Vona, a indiqué que Janos Volner, porte-parole de la milice paramilitaire (dissoute par la cour d'appel de Budapest le 2 juillet 2009) de la Garde hongroise pour la défense des traditions et de la culture, sera nommé ministre du Renforcement de la loi.

"Jobbik plus encore que la Fidesz bénéficie de la défiance des Hongrois envers leur classe politique, de la corruption et de la situation économique difficile" affirme le politologue Laszlo Keri selon qui seul Jobbik – et en aucun cas le MSZP ou les partis de gauche –, peut empêcher la Fidesz d'obtenir la majorité des 2/3 au Parlement. "Jobbik est un catch all party qui mêle antisémitisme, opposition au gouvernement en place et aux élites" analyse un autre politologue Zoltan Kiszelly.

Le maire de Budapest, Gabor Demszky (Alliance des démocrates libres, SZDSZ), a accusé le Jobbik de "haine contre l'état de droit, les communautés juive et rom, les étrangers vivant en Hongrie et tous ceux qui ne partagent pas son opinion envers l'Union européenne et les valeurs occidentales". "Plus nombreux seront les sièges que Jobbik remportera, plus vulnérable sera la démocratie hongroise" a t-il ajouté.

A quelques jours du 1er tour des élections législatives, la FIDESZ est toujours très largement en tête de toutes les enquêtes d'opinion. Selon l'institut Szazadveg, elle recueillerait 59% des suffrages tandis que Jobbik devancerait avec 17% des voix le MSZP qui obtiendrait 16% des suffrages. L'institut Nezopont, indique que la FIDESZ recueillerait 57% des voix pour 10% au MSZP et 9% à Jobbik. La majorité des instituts d'opinion pensent que seulement trois partis – FIDESZ, MSZP, Jobbik – devraient atteindre le minimum de 5% des suffrages exprimés leur permettant d'être représentés au Parlement après le 25 avril prochain.

Interrogés sur la personnalité qu'ils aimeraient voir au poste de Premier ministre, les Hongrois plébiscitent Viktor Orban qui recueille 47% des suffrages dans une enquête d'opinion réalisée par l'institut Szazadveg et publiée le 31 mars dernier. Lajos Bokros, candidat d'un autre parti de droite, le Forum démocrate (MDF), qui se présente comme le seul véritable challenger de Viktor Orban, obtiendrait 26% des voix et le socialiste Attila Mesterhazy, 15%.

Jobbik effectue donc une remontée dans les sondages à quelques jours des élections. Dans un pays où les électeurs sont désabusés et défiants envers la classe politique, la nouveauté que représente Jobbik pourrait effectivement séduire les électeurs. Le parti d'extrême droite peut-il cependant devancer le Parti socialiste ? Peut-il empêcher la FIDESZ d'obtenir la majorité des 2/3 au Parlement ? Dénouement le 25 avril.

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