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Le Royaume-Uni dans l'incertitude après le scrutin du 6 mai remporté par les Conservateurs qui échouent cependant à obtenir la majorité absolue

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Fondation Robert Schuman

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10 mai 2010
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Le Parti conservateur (Tories) est, comme l'avaient annoncé les enquêtes d'opinion, arrivé en tête des élections législatives qui se sont déroulées au Royaume-Uni le 6 mai. Les Tories de David Cameron ont recueilli 36,1% des suffrages et remporté 306 sièges à la Chambre des Communes, soit +97 par rapport au dernier scrutin législatif du 5 mai 2005 mais il leur en manque 20 pour obtenir la majorité absolue indispensable pour gouverner (326 sièges).

Le Parti travailliste (Labour) du Premier ministre sortant Gordon Brown arrive en 2e position en obtenant 29% des voix et 258 sièges (- 91). Les Libéraux-Démocrates (LibDems) de Nick Clegg n'ont pas concrétisé dans les urnes ce que prédisaient les sondages et ont recueilli 23% des suffrages et remporté 57 sièges (- 5).

En dépit de son mode de scrutin construit pour accoucher de majorités claires, l'incertitude dominait donc la scène politique britannique au lendemain de ces élections. Les Libéraux-Démocrates, en dépit de leur résultat, se retrouvent cependant en position de faiseur de rois.

"Les électeurs n'aiment ni le Labour ni les Tories mais ils aiment moins le Labour que les Tories. Et ils ont des doutes sur les Libéraux-Démocrates" a souligné le directeur de l'institut d'opinion YouGov, Peter Kellner. "Tous les partis ont des raisons d'être déçus" analyse Vernon Bogdanor, politologue à l'université d'Oxford.

Les autres sièges de la Chambre des Communes se répartissent entre plusieurs partis régionalistes et les Verts : le Parti démocratique d'Ulster (DUP), 8 sièges (- 1) ; le Parti national écossais (SNP), 6 (=) ; le Sinn Fein (SF), 5 (=) ; le Plaid Cymru (PC), 3 (+ 1) ; le Parti travailliste et social-démocrate (SDLP), 3 (=) ; le Parti de l'alliance (APNI), 1 (+ 1) et les Verts (G), 1 (+ 1). Caroline Lucas, actuelle députée européenne, est devenue le 6 mai la première députée verte élue au Royaume-Uni en remportant la circonscription de Brighton Pavilion avec 31,33% des suffrages pour 28,91% aux Travaillistes et 23,68% aux Conservateurs. Le Parti national britannique (BNP) a échoué à faire élire l'un des siens. Son leader, Nick Griffin, a été battu dans la circonscription de Barking & Dagenham située à l'est de Londres.

Seuls 649 députés ont été élus le 6 mai ; le décès du candidat du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP) de la circonscription de Thirsk & Malton, John Boakes, a obligé les autorités à repousser le scrutin qui aura lieu le 27 mai.

La participation s'est élevée à 65,1%, soit + 3,8 points par rapport aux précédentes élections législatives du 5 mai 2005. Les électeurs de plusieurs bureaux de vote n'ont cependant pas pu remplir leur devoir de citoyen : à 22h, heure de clôture du scrutin, de nombreux électeurs attendaient encore pour voter.

En Angleterre, les Tories sont arrivés en 1ère position avec 297 sièges, loin devant le Labour (191 sièges) et les Libéraux-Démocrates (43). En Ecosse, le Parti travailliste s'est largement imposé en remportant 41 des 59 sièges pour un seul aux Conservateurs et 11 aux Libéraux-Démocrates. Au Pays de Galles, le Labour a obtenu 26 sièges, les Tories 8 sièges et les Libéraux-Démocrates 3. En Irlande du Nord, le leader du Parti démocratique d'Ulster, Peter Robinson, a été battu dans sa circonscription de Belfast-est par la candidate du Parti de l'alliance, Naomi Long. Reg Empey, leader du Parti unioniste d'Ulster (UUP), a également perdu son siège de South Antrim au profit de William McCrea (DUP).

Le Premier ministre sortant, Gordon Brown, a été le mieux élu des leaders des trois "grands" partis. Il a remporté sa circonscription de Kirkcaldy & Cowdenbeath en Ecosse avec 64,5% des suffrages. David Cameron s'est imposé à Witney avec 58,8% des voix et Nick Clegg à Sheffield Hallam avec 53,4% des suffrages.

A l'issue du scrutin, le Royaume-Uni se retrouve donc avec un Parlement suspendu (hung Parliament). Le dernier Parlement sans majorité absolue date de février 1974. Le Premier ministre travailliste Harold Wilson avait gouverné 8 mois sans majorité à la Chambre des Communes avant de convoquer de nouvelles élections en octobre 1974, un scrutin remporté par son parti.

Les résultats du 6 mai ouvrent donc la voie aux négociations entre leaders politiques.

"Le gouvernement du Labour n'a plus l'autorité pour gouverner notre pays" a déclaré David Cameron qui a entamé des discussions avec les Libéraux-Démocrates dès le 7 mai au soir. Les deux partis, qui devraient pouvoir s'entendre sur les questions économiques - Nick Clegg a indiqué qu'il voterait le budget présenté par David Cameron - s'opposent cependant sur de nombreux sujets majeurs dont la politique européenne, l'immigration, la fiscalité, l'énergie nucléaire et la défense. Les concessions que David Cameron serait amené à faire pour parvenir à former une coalition avec les Libéraux-Démocrates pourraient être difficiles à faire accepter par son parti et mécontenter ses partisans. Les Tories ont conclu une alliance pré-électorale avec le Parti démocratique d'Ulster (DUP) même si les analystes politiques estiment que certains députés du DUP refuseront de soutenir David Cameron.

Nick Clegg a réaffirmé la position qui était la sienne durant la campagne électorale : à savoir qu'il était prêt à négocier avec le parti qui aurait recueilli le plus grand nombre de sièges et qui, selon lui, dispose d'un mandat moral pour diriger le pays. Il a indiqué le 7 mai qu'il souhaitait un pays plus juste en matière de fiscalité, de système politique, d'éducation et de réforme des banques. Durant la campagne électorale, les Libéraux-Démocrates avaient désigné 4 points de leur programme comme non négociables : le versement d'une aide à la scolarité des plus pauvres, l'établissement à 10 000 £ du seuil de revenu annuel à partir duquel on paie un impôt, une réforme de la City par la séparation des banques d'investissement et de réseaux et la création d'une taxe de 10% sur les banques pour financer le retour à l'emploi des victimes de la récession et, enfin, une réforme du Parlement. Sur ce point, James Landale, journaliste de la BBC, a suggéré le fait que les Tories pourraient accepter la tenue d'un référendum sur une réforme du système électoral tout en se réservant le droit de faire campagne contre celle-ci.

Une alliance entre le Parti conservateur et les Libéraux-Démocrates est la seule capable de déboucher sur un gouvernement doté d'une réelle majorité (363 sièges).

"Je jouerai mon rôle. Il est de mon devoir de faire en sorte que le Royaume-Uni ait un gouvernement solide et stable" a indiqué le Premier ministre sortant Gordon Brown qui a déclaré se tenir prêt à parler avec Nick Clegg au cas où celui-ci ne parviendrait pas à s'entendre avec les Conservateurs. Toutefois, l'alliance entre le Parti travailliste et les Libéraux-Démocrates n'atteindrait toutefois que 315 sièges, en deçà de la majorité absolue. Les deux partis pourraient éventuellement envisager de s'allier avec le Parti travailliste social-démocrate ou le Parti de l'alliance pour former un gouvernement minoritaire.

Le Parti national écossais et le Plaid Cymru restent les deux inconnues de ces tractations. Les deux partis ont affirmé durant la campagne électorale que s'ils avaient à négocier avec l'un des deux "grands" partis, ils feraient tout pour faire avancer leurs revendications régionales respectivement sur l'Ecosse et le Pays de Galles.

Aucune échéance n'est officiellement fixée pour les négociations entre leaders politiques. Celles-ci devront cependant aboutir avant le 25 mai, date à laquelle la reine Elizabeth II s'exprimera devant le Parlement britannique et où elle fixera les priorités du prochain gouvernement.

Pour l'heure, difficile de prédire quelle sera la ou les couleur(s) du prochain gouvernement britannique. Une chose est sûre cependant : les Britanniques verraient d'un mauvais œil les partis qui tenteraient de jouer la carte d'un recours aux urnes pour sortir de l'impasse actuelle. "Les élections coûtent très cher, les caisses sont vides et ceux qui ont le plus de facilité à lever des fonds restent les Conservateurs, ce qui donne de bons atouts à David Cameron" a souligné Tony Travers, politologue à la London School of Economics (LSE).

Source : Site internet de la BBC (http://news.bbc.co.uk/2/shared/election2010/results )

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