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Corinne Deloy
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Corinne Deloy
10,9 millions de Portugais, dont 1,6 million résidant à l'étranger, ont choisi : Antonio Jose Seguro (Parti socialiste, PS), ancien secrétaire général du Parti socialiste (2011-2014), et Andre Ventura (Chega ! Assez !, CH), fondateur et dirigeant du parti de droite radicale, sont les deux candidats arrivés en tête du 1er tour de l’élection présidentielle le 18 janvier. Une fois de plus, les enquêtes d’opinion ont échoué à anticiper les résultats du scrutin.
Le candidat socialiste a recueilli 31,11% des suffrages, soit un résultat très élevé par rapport à celui que lui prédisaient les sondages, et le dirigeant d’extrême droite, 23,52% des voix. Il améliore son résultat de la précédente élection présidentielle du 24 janvier 2021 mais sans réussir son pari d’arriver en tête. Antonio Jose Seguro et Andre Ventura s’affronteront lors d’un 2e tour le 8 février, une première depuis 1986 au Portugal où le chef de l’Etat est élu dès le 1er tour. Le vainqueur succèdera à Marcelo Rebelo de Sousa (Parti social-démocrate, PSD), qui est à la tête de l’Etat depuis 2016, soit deux mandats, et qui » ne peut donc briguer un troisième mandat. Il deviendra le 6e président de la IIIe République.
Cette élection présidentielle a rassemblé 11 candidats, un nombre record dans l’histoire du pays. Il est le plus disputé depuis la première élection du président de la République portugaise au suffrage universel direct en 1976, deux ans après la révolution des Œillets qui a mis fin à la dictature instituée par Antonio Salazar en 1933.
Henrique Gouveia e Melo (indépendant), ancien chef d'état-major de la Marine portugaise (2021-2024), a pris la 3e place en recueillant 16% des suffrages. Il est suivi par le député européen Joao Cotrim Figueiredo (Initiative libérale, IL), qui a obtenu 12,32% des voix. Le candidat soutenu par le Premier ministre en exercice Luis Montenegro (Parti social-démocrate, PSD), Luis Marques Mendes (PSD) n’est arrivé qu’en 5e position avec 11,3% des suffrages. Ce dernier a eu une campagne électorale difficile : il a souffert de sa proximité avec le pouvoir en place et de la concurrence du candidat libéral comme de celle de Henrique Gouveia e Melo. Ce dernier a pâti de son inexpérience politique. Enfin, Joao Cotrim Figueiredo, qui avait réussi une percée dans les enquêtes d’opinion, a été fragilisé par les accusations d’agression sexuelle lancées au cours des dernières semaines par une des anciennes collaboratrices de son groupe parlementaire de l’Assemblée de la République, chambre basse du parlement. Les 6 autres candidats ont obtenu chacun moins de 2% des suffrages.
La participation a été élevée dans un pays où elle est traditionnellement faible : 52,35%, soit + 13,09 points par rapport à celle enregistrée lors du 1er tour de la précédente élection présidentielle du 24 janvier 2021.
Résultats du premier tour de l’élection présidentielle du 18 janvier 2026 au Portugal
Participation : 52,35%

Source : https://www.presidenciais2026.mai.gov.pt/resultados/globais
Antonio Jose Seguro avait indiqué qu’il souhaitait transformer le 1er tour en un « vote utile » à gauche. Il semble avoir été entendu au-delà de ses espérances. Dès l’annonce des résultats, il a appelé au rassemblement contre l’extrême droite : « J'appelle tous les démocrates, tous les progressistes et tous les humanistes à se joindre à nous pour, tous ensemble, vaincre l'extrémisme et ceux qui sèment la haine et la division parmi les Portugais » a-t-il déclaré, ajoutant : « Tous les démocrates sont bienvenus, pour moi il n'y a pas de bons et de mauvais Portugais. Le Portugal ne prospérera que si nous savons préserver notre territoire commun ». Critiqué au sein de son parti pour son positionnement centriste[1], Antonio Jose Seguro en a fait un atout en menant une campagne personnelle et au-dessus des partis qui lui permet d’espérer pouvoir rassembler la majorité des Portugais sur son nom lors du 2 tour et de s’imposer face à Andre Ventura. Il a affirmé qu’en cas de victoire, il ferait de la santé « la priorité des priorités ».
Andre Ventura s’est lancé dans la course présidentielle pour continuer à occuper le devant de la scène, fidéliser son électorat et contrer la menace que représentait l'amiral Henrique Gouveia e Melo, qui se présentait en candidat indépendant et qui est connu pour ses discours critiques des partis politiques. Celui-ci a d’ailleurs été durant de longues semaines le favori des enquêtes d’opinion. « André Ventura s'est porté candidat pour retenir son électorat. Il pourrait avoir la surprise de l'augmenter » a indiqué Antonio Costa Pinto, professeur de science politique de l'université lusophone de Lisbonne, ajoutant « Andre Ventura s'est dit qu'il devait y aller. Il ne voulait pas se faire voler sa base électorale ».
Même s’il n’arrive pas en tête du 1er tour, sa qualification pour le 2e tour constitue une nouvelle étape marquante dans son ascension électorale débutée en 2019, année où il a fondé son parti Chega ! « Andre Ventura consolide sa position dans le paysage politique en tant que chef de l'opposition » a déclaré Jose Castello Branco, professeur de science politique de l'université catholique de Lisbonne. « Atteindre le 2e tour constitue une victoire en soi pour Andre Ventura qui donne à Chega un plus grand poids auprès du gouvernement minoritaire de centre-droit » a souligné Antonio Costa Pinto. Et surtout, « un nouveau résultat solide pour l’extrême droite confirme sa domination sur le paysage politique et marquet un nouveau chapitre dans la bataille en cours au sein de la droite, entre le centre droit traditionnel et l'extrême droite émergente » a affirmé le cabinet d'analyses Teneo. André Ventura a d’ailleurs conclu sa campagne en demandant aux autres partis de droite de ne pas lui « faire obstacle ». « La droite s'est fragmentée comme jamais mais les Portugais nous en ont donné le leadership » a déclaré le candidat d’extrême droite, qui a demandé à ses compatriotes « de ne pas avoir peur du changement ».
Andre Ventura a fait campagne en tentant de capitaliser sur le malaise et sur le mécontentement d’une partie de ses compatriotes. « A chaque élection, sa tactique est la même, il monte un cirque et il accapare l'attention, sans jamais exposer un projet concret, c'est un agitateur » a indiqué Antonio Costa Pinto. « Andre Ventura veut profiter de cette campagne électorale pour continuer à faire progresser sa formation mais il sait que s’il parvient à se hisser au 2e tour, il ne pourra pas l’emporter » a déclaré José Adelino Maltez, politologue de l’université de Lisbonne
La progression de Chega ! s’explique en partie par la situation sociale du Portugal. Le pays connaît une importante crise du logement : en une décennie, les prix de l’immobilier ont augmenté quatre fois plus vite (+ 169 %) que les salaires selon Eurostat et l'Institut national des statistiques (INE). Le salaire minimum, qui s’établit à 1 073 € brut par mois, reste l’un des plus faibles d’Europe occidentale. « En dépit des bonnes performances macroéconomiques du Portugal qui a équilibré ses comptes publics et réduit sa dette, la frustration grandit parmi les classes moyennes qui souffrent des bas salaires et des prix du logement » analyse José Reis, professeur d’économie de l'université de Coimbra. Rappelons que le pays a connu sa première grève générale depuis 12 ans le 11 décembre 2025. Les Portugais se sont rassemblés pour protester contre une réforme du code du travail défendue par le gouvernement.
« Tout candidat qui se retrouverait au 2e tour face à Andre Ventura l’emporterait par acclamation » déclarait Paula Espirito Santo, politologue de l’Institut supérieur des sciences sociales et politiques de l’université de Lisbonne. Les enquêtes d’opinion lui donnent raison. Elles sont néanmoins peu fiables au Portugal.
Le Premier ministre Luis Montenegro a refusé de donner une consigne de vote pour le 8 février. « Notre espace politique ne sera pas représenté au 2e tour (...) et nous ne donnerons pas de consigne de vote » a-t-il déclaré. Quel que soit le résultat du scrutin, le chef du gouvernement devra cohabiter avec un chef de l’Etat qui ne sera pas issu de son camp politique.
La campagne du 2e tour est lancée.
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