Elections législatives en République tchèque, Le point à une semaine du scrutin

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Fondation Robert Schuman

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25 mai 2010
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8 millions de Tchèques sont appelés aux urnes les 28 et 29 mai prochains pour renouveler les 200 membres de la Chambre des députés, Chambre basse du Parlement. 6 000 Tchèques résidant à l'étranger se sont inscrits sur les listes électorales (dans certains pays, ils sont autorisés à voter s'ils possèdent une carte électorale délivrée par leur commune de résidence). Lors des dernières élections législatives des 2 et 3 juin 2006, 6 702 Tchèques de l'étranger avaient rempli leur devoir. La majorité des expatriés vivent aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Russie, en Belgique, en Australie ou encore dans la Slovaquie voisine. Cette année comme en 2006, ils sont invités à choisir leurs députés sur les listes de la Bohème du Sud. Les Tchèques résidant à l'étranger sont autorisés à voter aux élections législatives depuis le scrutin des 14 et 15 juin 2002.

Le Parti social-démocrate (CSSD) de Jiri Paroubek a annoncé qu'il souhaitait réaliser 129 milliards de couronnes d'économies sur le budget national. Pour mettre en place cette réforme, les experts du CSSD ont travaillé à partir d'exemples internationaux. Le CSSD veut tout d'abord créer un Bureau de coordination des achats centraux qui devrait permettre d'économiser près de 15% de la somme totale, soit 19 milliards de couronnes. Mais, à côté de ce plan d'économies, le CSSD prévoit également un accroissement des dépenses sociales comme par exemple l'augmentation de l'allocation maternité (dont le montant a été réduit le 1er janvier 2010) et le développement des crèches dans les villes.

Cette dernière mesure figure aussi dans le programme du Parti démocrate-civique (ODS) conduit par Petr Necas qui a remplacé mi-avril l'ancien Premier ministre (2006-2009) Mirek Topolanek à la tête de l'ODS. Le parti souhaite légaliser la situation du parent qui reste à la maison pour s'occuper des enfants en défiscalisant la somme de 5 000 couronnes par enfant à charge. Il prévoit également de rendre le congé parental plus flexible et de soutenir le travail à temps partiel pour les parents comme pour les personnes plus âgées. L'ODS promet l'adoption de l'euro dès janvier 2015 tandis que le CSSD souhaite adopter la monnaie unique en 2016.

L'aide aux personnes âgées et la réforme des retraites (la République tchèque est l'un des rares pays de l'Union européenne à ne pas avoir réalisé cette réforme) figure au cœur du programme de tous les partis politiques. La Cour constitutionnelle a déclaré que le calcul actuel des pensions de retraites s'avérait préjudiciable aux personnes disposant des revenus les plus élevés. Selon le ministre des Finances, Eduard Janota, le nouveau système de calcul requis par la Cour accroîtrait les dépenses de l'Etat de dizaines de milliards de couronnes. L'Etat tchèque consacre chaque année 340 milliards de couronnes aux pensions de retraites.

L'ODS est favorable au financement des retraites par des sources privées ; le CSSD et le Parti communiste de Bohème et Moravie (KSCM) souhaitent que celles-ci soient garanties par l'Etat ; TOP 09 et l'Union chrétienne-démocrate-Parti du peuple (KDU-CSL) se prononcent également pour un financement issu de différentes sources. Le CSSD veut augmenter le minimum retraite des personnes qui vivent seules. Les communistes désirent l'augmenter pour tous à 10 000 couronnes (il est actuellement de 6 600 couronnes).

Des politologues de l'université Masaryk de Brno ont étudié les programmes de l'ensemble des partis politiques et en ont conclu que la grande majorité d'entre eux étaient positionnés au centre de l'échiquier politique (CSSD, Parti des Verts (CZ), Affaires publiques (VV) et KDu-CSL) et proposaient pour répondre aux problèmes du pays des solutions quasi similaires tandis que l'ODS et TOP 09, parti fondé en juin 2009, étaient ancrés à droite et le Parti communiste de Bohème et Moravie, à gauche.

Le Président de la République Vaclav Klaus a déclaré qu'il n'accepterait jamais de nommer un gouvernement qui reposerait sur le soutien du Parti communiste de Bohème et Moravie. "Si vous me demandez si j'ai changé, je vous dis clairement que non" a-t-il indiqué. En 2004, le Chef de l'Etat avait demandé à Stanislav Gross (CSSD), successeur de Vladimir Spilda (CSSD) au poste de Premier ministre, de produire les signatures de 101 députés non communistes prêts à soutenir son action, seule condition à laquelle le Président tchèque avait accepté de nommer le gouvernement présenté par Stanislav Gross. Selon la Constitution, du pays, le Chef de l'Etat peut rejeter le gouvernement ou l'un des ministres qui lui sont présentés par celui qu'il a désigné pour former le gouvernement.

"Un accord de coopération ne pourra être discuté que si, ensemble, nous obtenons au moins 105 sièges à la Chambre des députés. Nous avons eu une mauvaise expérience avec certains députés qui ont changé de parti en cours de législature et il n'est pas bon pour gouverner de s'appuyer sur une faible majorité" a déclaré Pavel Kovacik, chef du groupe parlementaire du KSCM. Les communistes demandent au CSSD une augmentation des dépenses sociales et la construction de logements en échange de leur soutien. Le chef de campagne du parti à Prague, Jiri Dolejs, a déclaré que les communistes étaient prêts à soutenir les sociaux-démocrates même si ceux-ci refusaient de quitter l'OTAN, une mesure qui figurait pourtant jusqu'à il y a peu parmi les exigences formulées par le KSCM. "Nos électeurs attendent de nous que nous concrétisions nos propositions" a affirmé Jiri Dolejs.

Le KSCM et le CSSD gouvernent ensemble dans 5 des 14 régions du pays. La Moravie-Silésie et la région de Karlovy Vary sont dirigées par une coalition rassemblant les deux partis. En Vysocina, dans la région de Pilsen et en Bohème du centre, le Parti social-démocrate est aux commandes de gouvernements minoritaires bénéficiant du soutien des communistes. Les enquêtes d'opinion montrent cependant que la formation d'une coalition du CSSD avec le KSCM inquiète les électeurs sociaux-démocrates.

Le CSSD a décidé de boycotter trois quotidiens – Mlada fronta Dnes, Lidove noviny et Hospodarske noviny – et 2 hebdomadaires – Respekt et Reflex – qu'il accuse de "distiller la haine en liaison avec les partis de droite" selon les mots de son leader, Jiri Paroubek. "Le choix de Jiri Paroubek de ne pas communiquer avec des médias qui sont lus par 1,7 million de personnes parle de lui-même" a déclaré Jan Drazan, rédacteur en chef du Lidove noviny.

La campagne électorale a été émaillée de nombreux incidents, une violence très présente dans la vie politique tchèque depuis plusieurs mois. Le 5 mai dernier, à Brno, Bohuslav Sobotka, ancien ministre des Finances (2002-2004 et 2005-2006), vice-président du CSSD et président du groupe parlementaire, a été agressé par un homme ivre qui l'a frappé au visage, une attaque à la suite de laquelle il a dû être hospitalisé. La veille, à Slany (Bohème du centre), le CSSD a exprimé sa colère et son inquiétude après avoir découvert des affiches sur lesquelles était inscrit la phrase suivante : "Mon nom est Jiri Paroubek et je serai bientôt le premier Président à être assassiné". A Kladno (Bohême du centre), des bouteilles et des saucisses ont été jetés sur des participants à un meeting électoral. Le leader social-démocrate a déclaré que ces attaques étaient la "conséquence de la campagne de haine menée par le Parti démocrate-civique sous la direction de son directeur de campagne, Ivan Langer". De son côté, Petr Necas a condamné l'utilisation d'une telle affiche mais a également indiqué que "cela pouvait être une provocation du Parti social-démocrate lui-même". De même, il a affirmé après l'agression de Bohuslav Sobotka que "cette agressivité avec tous les coups bas et toutes les attaques personnelles qu'elle porte en elle a été amenée dans cette campagne par la social-démocratie".

Certains combats électoraux se déroulent également devant la justice. Ainsi, Radek John, leader de la formation Affaires publiques, a déposé une plainte contre le CSSD pour "attaques constantes dans les médias, spéculations non confirmées et déclarations mensongères de Jiri Paroubek". Le leader d'Affaires publiques a demandé des excuses pour propos injurieux au parti qui l'a accusé de malversations financières et de vols entre autres. Le leader social-démocrate a répondu que la procédure judiciaire ne l'effrayait pas et qu'il continuerait à informer les citoyens.

Radek John fait également face à une autre accusation, celle d'avoir reçu plusieurs millions de couronnes d'argent liquide à la fin du mois d'avril, information révélée par les quotidiens Mlada fronta Dnes et Hospodarske noviny. La loi tchèque interdit aux partis politiques de recevoir de l'argent liquide, les sommes qui leur sont versées doivent obligatoirement être déposées sur des comptes bancaires.

La formation Affaires publiques a accepté jusqu'à 500 000 couronnes de la part de ses sponsors. Au total, la somme se serait élevée à 5,9 millions de couronnes. "Cela résulte d'une faute de notre comptable" a affirmé Radek John qui a assuré dit que le comptable avait indiqué par erreur qu'il s'agissait d'argent liquide mais que les sommes avaient bien transitées par un compte bancaire. Une information infirmée par Vladimir Konicek, directeur du comité de contrôle des partis politique à la Chambre des députés.

Enfin, affaire plus légère au départ mais dramatique dans son dénouement, TOP 09, positionné à droite sur l'échiquier politique et dirigé par l'ancien leader du KDU-CSL, Miroslav Kalousek, fait l'objet de dizaines de plaintes après que le parti a envoyé aux électeurs une facture de 121 000 couronnes (4 700 €), soit la somme due par chaque Tchèque au titre de la dette nationale. Certains électeurs n'ont pas compris en recevant ce papier qu'il s'agissait d'un tract de campagne souhaitant dénoncer l'importance de la dette du pays et ont cru qu'ils devaient véritablement s'acquitter d'une telle somme, ce qui a provoqué des réactions violentes dans la population, de la crise de nerfs à plusieurs véritables crises de folie.

La Conférence des évêques a retiré son soutien au KDU-CSL les 28 et 29 mai prochain, les catholiques craignent que le leader du parti, Cyril Svoboda, choisisse de s'allier avec le CSSD à l'issue du scrutin. Les évêques ont indiqué que leur préférence allait au parti TOP 09.

Selon la dernière enquête d'opinion réalisée par l'institut CVVM, le Parti social-démocrate (CSSD) arriverait en tête des élections législatives avec 30,5% des suffrages. Il serait suivi du Parti démocrate-civique (ODS) qui recueillerait 19% des voix – c'est la première fois depuis 2006 que l'ODS tombe au-dessous des 20% de suffrages – de TOP 09, qui obtiendrait 14% des voix, du Parti communiste de Bohème et Moravie (13%) et d'Affaires publiques (11,5%). Le Parti des Verts et le KDU-CSL ne parviendraient pas à recueillir les 5% de suffrages exprimés indispensables pour être représentés au Parlement. Le Parti des droits du citoyen (SPO), fondé par l'ancien Premier ministre (1998-2002), Milos Zeman, n'obtiendrait que 2% des voix.

La campagne électorale a démarré le 12 mai dernier dans les médias. "Cela n'influence pas les Tchèques" affirme l'analyste politique Daniel Kunstat qui indique que les partis souffrent toutes d'un manque de créativité : "Les partis manquent d'esprit et d'ironie. A l'exception de TOP 09, ils prennent les choses avec trop de sérieux".

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