Elections législatives aux Pays-Bas 9 juin 2010

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Fondation Robert Schuman

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10 mai 2010
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Elections législatives aux Pays-Bas 9 juin 2010

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Le 20 février dernier, pour la première fois dans le monde, un gouvernement est tombé sur la question de l'Afghanistan. "Quand il n'y a pas de confiance, il est difficile de travailler ensemble. Ce cabinet ne peut aller plus loin" a affirmé le Premier ministre néerlandais, Jan Peter Balkenende (Appel chrétien-démocrate, CDA) avant de présenter la démission de sa coalition gouvernementale. Le Chef du gouvernement avait accepté le maintien des 1 950 soldats déployés dans le cadre de la force d'assistance internationale à la sécurité (ISAF) de l'OTAN (forte au total d'environ 85 000 soldats) en Afghanistan jusqu'à l'été 2011 après que, le 4 février, l'OTAN avait demandé aux Pays-Bas d'examiner les possibilités et l'opportunité d'une présence prolongée d'un an du contingent néerlandais sous la forme d'une mission de plus petite taille chargée de former les forces afghanes. Le Parti du travail (PvdA), partenaire du CDA au sein du gouvernement, était opposé à ce maintien et refusait de revenir sur le calendrier voté en 2007 qui fixait à 2010 la fin de la mission. "Nous avons promis aux électeurs il y a 2 ans que le dernier soldat néerlandais aurait quitté l'Uruzgan à la fin de cette année. Nous devons tenir cette promesse" a affirmé le leader travailliste de l'époque, Wouter Bos. Seize heures de négociation n'ont pas suffi à faire revenir le PvdA sur sa position. Jan Peter Balkenende a donc été contraint de présenter sa démission à la reine Beatrix qui a annoncé que des élections législatives anticipées auraient lieu le 9 juin prochain.

Le scrutin aurait dû se tenir au printemps 2011. Sur les 4 gouvernements qu'a dirigés Jan Peter Balkenende depuis 2002, 3 sont tombés avant la fin prévue de leur mandat (le 4e ayant été un gouvernement intérimaire).

"C'est une bonne chose pour les Pays-Bas que ce gouvernement soit tombé" a déclaré le leader du Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD), Mark Rutte, ajoutant "Jusqu'à quel point peut-on s'abaisser pour faire campagne sur le dos de nos militaires en Afghanistan comme l'a fait Wouter Bos ? Comment Maxime Verhagen (ministre des Affaires étrangères, CDA) a-t-il pu permettre qu'on tourne les Pays-Bas en ridicule sur la scène internationale ?". "L'indécision et l'immobilisme ont gouverné le pays pendant 3 ans, toutes les questions importantes ont été remises à plus tard, les Pays-Bas ont perdu 3 ans par manque d'ambition" a indiqué Alexander Pechtold, leader des Démocrates 66 (D66). Agnes Kant, à l'époque présidente du Parti socialiste (SP), a affirmé : "Je suis contente que la parole soit maintenant donnée aux électeurs car des choix difficiles nous attendent". "Ce gouvernement, le pire qui ait jamais existé, ne méritait pas de gouverner un jour de plus. Nous pouvons hisser le drapeau" a déclaré Geert Wilders (Parti de la liberté, PVV) après la chute de la coalition. "Si la chute du gouvernement devait profiter à quelqu'un, ce serait probablement davantage à l'opposition qu'aux partis du pouvoir" a souligné le politologue de l'université de Twente, Kees Aarts, ajoutant "le CDA et le PvdA n'ont en effet pas fait preuve d'une capacité de leadership impressionnante au cours des dernière s semaines".

Le système politique néerlandais

Les Etats généraux, nom du Parlement des Pays-Bas, possèdent deux Chambres.

La Première Chambre (Eerste Kamer), le Sénat, possède 75 membres, élus tous les 4 ans au suffrage indirect par les membres des 12 Etats provinciaux du royaume.

La Deuxième Chambre (Tweede Kamer), la Chambre des Etats généraux, compte 150 députés élus tous les 4 ans au sein de 19 circonscriptions au suffrage universel direct à la proportionnelle intégrale, un mode de scrutin qui favorise l'existence et la représentation d'un grand nombre de partis politiques.

Tout parti souhaitant présenter des candidats aux élections législatives doit recueillir au minimum 30 déclarations de soutien dans chacune des 19 circonscriptions du royaume, soit au total 570 signatures.

L'actuelle Chambre des Etats généraux comprend 10 partis politiques:

- L'Appel chrétien-démocrate (CDA), parti de centre-droit du Premier ministre sortant, Jan Peter Balkenende, né en 1980 de la fusion de trois formations : le Parti populaire catholique (KVP), le Parti antirévolutionnaire (ARP) et l'Union chrétienne historique (CHU), compte 41 députés ;

- Le Parti du travail (PvdA), fondé en 1946 et issu du mouvement syndical, est la principale formation d'opposition. Dirigé par Job Cohen, il possède 33 sièges ;

- Le Parti socialiste (SP), parti d'extrême gauche dirigé par Emile Roemer, compte 25 élus ;

- Le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD), créé en 1948 et se réclamant de Johan Rudolf Thorbecke (1798-1872), le père de la révision constitutionnelle de 1848, est dirigé par Mark Rutte et possède 22 sièges ;

- Le Parti de la liberté (PVV), formation d'extrême droite créée en 2002 par Geert Wilders qui a en quelque sorte succédé à la Liste Pim Fortuyn (LPF) dont le fondateur a été assassiné le 6 mai 2002, compte 9 députés ;

- La Gauche verte (GL), parti écologiste de gauche dirigé par Femke Halsema et fondé en 1989 à la suite de la fusion de quatre formations positionnées à gauche, possède 7 sièges ;

- L'Union chrétienne (CU), formation née en janvier 2000 de la fusion de la Fédération politique réformée (RPF) et de l'Alliance politique réformée (GPV) et dirigée par André Rouvoet, compte 6 députés ;

- Les Démocrates 66 (D66) regroupe les libéraux réformateurs de centre gauche. Dirigée depuis 2005 par Alexander Pechtold, la formation possède 3 sièges ;

- Le Parti politique réformé (SGP), fondé en 1918 et dirigé par Kees van der Staaij, regroupe l'électorat protestant orthodoxe (calvinistes de stricte obédience) et compte 2 députés ;

- Le Parti des animaux (PvdD), fondé en 2002, dirigé par Marianne Thieme et dédié au bien-être animal et aux droits des animaux, possède 2 sièges.

La campagne des partis de la coalition gouvernementale

"Le CDA est un parti compétent mais les gens ne le voient plus comme tel à cause de Jan Peter Balkenende" analyse le politologue André Krouwel. Le Premier ministre sortant, au pouvoir depuis 2002, est considéré comme un handicap pour son parti. Au sein du CDA, de nombreuses voix s'élèvent pour que la liste chrétienne-démocrate aux élections législatives soit conduite par une autre personne. Le "bonus du Premier ministre" qui veut qu'aux Pays-Bas, les Chefs de gouvernement sortants remportent systématiquement le scrutin législatif auquel ils se présentent pourrait se voir démenti.

"Nous sommes un acteur particulièrement pertinent dans le monde. Quand on regarde les statistiques nationales, il se dégage une image fantastique" a souligné le Premier ministre. Le CDA est parti en campagne sous le slogan "Dynamique et ensemble". Il propose de regrouper les ministères de l'Intérieur et la Justice, de faire passer la peine maximale des condamnations à l'enfermement à vie de 30 à 40 ans. Il se prononce en faveur d'une libéralisation rapide du secteur de la santé et souhaite maintenir la déductibilité fiscale des intérêts sur les prêts immobiliers pour ne pas alourdir les charges pesant sur les propriétaires ou perturber le marché immobilier. Le VVD et le PVV partagent la position du CDA sur ce sujet.

L'Union chrétienne (CU) promet de recruter 10 000 agents de police et personnels sociaux et 5 000 enseignants. La formation confessionnelle souhaite également supprimer la "prime cuisine", nom d'un bonus fiscal accordé aux ménages dont l'un des membres ne travaille pas, et exclure un certain montant du revenu de l'imposition de tous les ménages.

La campagne du parti qui s'est retiré de la coalition

Le PvdA, qui a quitté la coalition gouvernementale, a changé de leader, Wouter Bos, qui a dit vouloir se consacrer davantage à sa famille, a laissé sa place le 12 mars, soit une semaine après les élections locales, à Job Cohen à la tête du parti. Agé de 63 ans, ce dernier est le maire de la capitale, Amsterdam, depuis 2001. Il a financé des associations musulmanes et engagé le chantier de la Westermosk, grande mosquée dirigée par Milli gorus, organisation turque interdite en Allemagne, qui sera le plus haut édifice de la ville. Le maire aime également à rappeler qu'il a fait d'Amsterdam une ville plus sûre en y installant des caméras vidéo. Ce dernier, qui a déjà été tête de liste de son parti lors des élections législatives du 22 janvier 2003 contre Jan Peter Balkenende, conduira donc le PvdA le 9 juin prochain.

Avec pour slogan "Voici les Pays-Bas", le PvdA s'est engagé en faveur de réformes impopulaires comme le recul de l'âge de la retraite de 65 à 67 ans d'ici une quinzaine d'années (66 ans en 2020 et 67 ans en 2025), de coupes budgétaires (il veut économiser au minimum 10 milliards € d'ici 5 ans). Il souhaite également imposer à 60% les revenus dépassant les 150 000 € annuels, remplacer les bourses d'études décernées aux étudiants par un système d'emprunts et réduire de 30% la déductibilité fiscale des intérêts sur les prêts immobiliers à partir de 2014. Le PvdA a promis de ne pas modifier le montant ou la durée de l'indemnité chômage.

"Ce grand donneur d'accolades multiculturelles est la dernière chose dont le pays a besoin" a déclaré Geert Wilders lors de la désignation de Job Cohen à la tête du Parti du travail. "Si Job Cohen faisait au niveau national ce qu'il a fait à Amsterdam, cela serait une catastrophe majeure. Comme Premier ministre, il ouvrirait les portes à l'islam radical" a-t-il ajouté. Au niveau politique, le PvdA a exclu toute coalition avec le PVV. "L'intégration des immigrés pourrait peut-être se faire plus facilement par le biais de leur religion. C'est leur seul point d'ancrage lorsqu'ils arrivent dans la société néerlandaise" a déclaré Job Cohen. "Ce que je comprends, c'est que les gens en ont assez de l'exclusion de groupes de population et qu'ils pensent que je pourrai un peu calmer le jeu" a-t-il ajouté, précisant "J'ai une image soft mais je sais être dur. Tendre la main quand c'est possible, avoir une main de fer quand c'est nécessaire"

La menace Geert Wilders

Geert Wilders et le parti de la liberté (PVV) apparaissent comme les principaux bénéficiaires de la crise gouvernementale et menacent les deux "grands" partis que sont le CDA et le PvdA. Le PVV se veut progressiste et laïc, favorable à l'égalité hommes/femmes et défenseur des homosexuels. Sa critique de l'islam se fait au nom des valeurs d'égalité et du féminisme et le parti refuse d'être qualifié de populiste ou d'islamophobe. "Je veux défendre la liberté, c'est vraiment une mission et je la paie personnellement au prix fort. Ça fait des années que c'est tout sauf agréable" souligne Geert Wilders qui vit depuis plusieurs années sous protection policière compte tenu des menaces pesant sur sa vie.

Défenseur de la liberté d'expression, Geert Wilders revendique le droit de critiquer les religions. Cependant, il réduit l'islam à ses aspects le plus violents, notamment à la façon dont certains intégristes traitent les femmes. Son discours, particulièrement porteur dans une société qui traverse une crise identitaire profonde depuis près de 10 ans, jette le trouble au sein de l'électorat attirant, par exemple, certains protestants orthodoxes effrayés par l'islam.

Le PVV veut faire cesser toute immigration venue des pays musulmans, renvoyer dans leur pays d'origine tous les étrangers sans emploi, retirer leur passeport néerlandais aux récidivistes possédant une double nationalité et lutter contre ce qu'il qualifie "d'islamisation" des Pays-Bas en imposant une pléiade de mesures aux musulmans vivant dans le pays : refus de construction de nouvelles mosquées, amende de 1 000 € aux femmes voilées, interdiction du Coran que Geert Wilders qualifie de livre "fasciste", etc. "Nous osons nous attaquer à des sujets sensibles comme l'islamisation et nous utilisons des mots normaux et clairs que l'électeur qui lit le journal peut comprendre" indique Geert Wilders. Comme tout parti populiste, le PVV se bat contre les élites dont il dénonce la corruption et magnifie le peuple qu'il serait le seul à défendre et auquel il veut redonner le pouvoir. "Nous allons arracher les Néerlandais à l'élite de gauche qui protège les criminels et qui soutient l'islamisation de notre pays. Ces élites de gauche croient dans le multiculturalisme, dans un super-Etat européen et dans des impôts élevés mais le reste des Pays-Bas pense différemment et cette majorité silencieuse a maintenant une voix" a souligné Geert Wilders qui accuse le PvdA de "ne pas parler le langage de l'homme de la rue mais l'arabe".

Le PVV est devenu, lors des élections européennes des 4-7 juin 2009, le 2e parti politique du royaume en recueillant 16,97% des suffrages (le CDA du Premier ministre Balkenende a obtenu 20,05% des voix). Il avait mené une campagne contre l'Union européenne ("Moins d'Europe, plus de Pays-Bas et jamais de Turquie") et l'islamisation de la société néerlandaise. Favorable à la suppression du Parlement européen, il demandait l'exclusion de la Roumanie et de la Bulgarie de l'Union et la limitation de l'exécutif européen à un seul poste de Commissaire, les Vingt-sept ne devant s'occuper, selon le parti, uniquement de la monnaie unique et de coopération économique.

Des élections municipales en forme de primaires ?

Le 3 mars dernier, les Néerlandais ont renouvelé les 8 700 représentants de leurs 394 municipalités. Le scrutin municipal porte habituellement aux Pays-Bas sur des sujets très locaux mais, cette année, les responsables nationaux se sont fortement impliqués dans la campagne électorale en raison de la proximité des élections législatives du 9 juin. L'immigration, la sécurité et la guerre en Afghanistan ont constitué des thèmes centraux. "Les élections locales sont devenues de vraies primaires en vue des élections nationales, c'est en tout cas ainsi que les partis nationaux les ont perçues" a indiqué André Krouwel, politologue à l'université Vrije d'Amsterdam.

Les candidats indépendants ont recueilli 28% des suffrages à ce scrutin. Le PvdA est arrivé en tête avec 15,6% des suffrages et semble avoir bénéficié de sa position sur le conflit en Afghanistan. "On nous disait morts et enterrés mais avec notre sens du combat, notre humilité et nos idéaux, nous sommes de retour" a déclaré son leader d'alors, Wouter Bos. Le PvdA a devancé le CDA qui a obtenu 14,9% des voix (le PVV a grignoté l'électorat du CDA dans ses bastions du Limbourg et du Brabant), le VVD (15,5%), les D66 (8%), la Gauche verte (6,5%), le Parti socialiste (en recul à 4,1%) et l'Union chrétienne (3,8%). Cette dernière formation est la seule de la coalition gouvernementale à progresser.

La participation à ces élections municipales a été la plus faible de l'histoire du pays et s'est élevée à 53,3% (- 2, 2 points par rapport au précédent scrutin du même type du 7 mars 2006).

Le PVV participait pour la première fois à des élections locales et a recueilli 0,8% des suffrages au niveau national. Un résultat peu significatif car, comme le Parti national britannique (BNP), le PVV avait fait le choix de présenter des candidats dans seulement deux villes du royaume, Almere et La Haye. "Nous avons choisi ces deux municipalités car nous savons que nous y avons de bons candidats" a indiqué Geert Wilders. "Geert Wilders a choisi avec beaucoup de soin ces deux villes. Il y avait de bons candidats et des députés qui figurent parmi ses proches" souligne Kees Arts, politologue de l'université de Twente. Le PVV est arrivé en 2e position dans la capitale administrative du pays, La Haye. Emmené par Sietse Fritsma, il a recueilli 8 sièges, juste derrière le PvdA qui en a obtenu 10. A Almere, 6e ville du pays, située à 30 km à l'est d'Amsterdam et peuplée de 187 000 habitants, le PVV emmenée par Raymond de Roon a recueilli 21,6% des suffrages et remporté 9 des 39 sièges de la ville. Il devance le PvdA qui a obtenu 17,6% des voix et 7 sièges. Le PVV prônait une politique sécuritaire avec la mise en place de commandos citoyens, une baisse des taxes locales et la réduction de 10% du nombre des fonctionnaires locaux. "Le vote traduit un fort mécontentement dans l'électorat, Geert Wilders va certainement utiliser ces résultats comme un tremplin pour les élections nationales" analyse Kees Arts, ajoutant "Il ne faut cependant pas trop tirer de leçons des élections municipales. En 2006, les Travaillistes avaient recueilli de très bons résultats aux municipales mais réalisé une faible performance aux législatives". "Ce qui est possible à La Haye et à Almere est possible dans tout le pays. C'est un tremplin pour notre victoire" a déclaré le leader du PVV à l'annonce des résultats.

Pour les élections législatives, le PVV fait campagne sur la sécurité et la lutte contre l'immigration et ce qu'il qualifie "d'islamisation" des Pays-Bas. Le parti veut dégager un milliard € pour améliorer la sécurité des Néerlandais et recruter 10 000 agents de police supplémentaires. Il s'est également engagé à augmenter les sentences minimales appliquées en cas de crime et à expulser les criminels étrangers. "Nous sommes prêts à conclure des accords sur tout sauf sur un point : on ne touchera pas à la retraite de base par répartition (AOW)" a indiqué Geert Wilders. Un sujet qui fait pourtant consensus au sein de la classe politique néerlandaise, le PVV étant la seule formation à s'opposer à l'allongement des années de travail nécessaires pour toucher une retraite complète.

Les autres partis

Le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD) veut réduire les dépenses de l'Etat de 30 milliards €. Il entend lutter contre les gaspillages et limiter les coûts administratifs. Il souhaite également faire diminuer la contribution des Pays-Bas à l'Union européenne. Le VVD s'appuie sur un programme de réductions des charges sociales et des impôts. "Les gens savent mieux que le gouvernement comment dépenser l'argent" affirme leur leader, Mark Rutte. Celui-ci, qui considère les élections législatives du 9 juin prochain comme "les plus importantes d'une génération", est très critique envers le CDA. Alors qu'il a Jan Peter Balkenende de "manquer de colonne vertébrale" et lui a reproché "d'avoir appliqué pendant trois ans le programme du PvdA", Mark Rutte a néanmoins affirmé souhaiter coopérer à l'avenir avec le CDA. "Le VVD est prêt à déblayer les décombres. C'est ce que les gens attendent de nous" a-t-il souligné.

Les Démocrates 66 (D66) sont également favorables au recul de l'âge de la retraite qu'ils veulent porter à 67 ans en 2024. Le D66 s'est prononcé pour la limitation progressive de la déductibilité fiscale des intérêts sur les prêts immobiliers et la suppression à terme de l'impôt sur les transferts de propriété. Il prévoit de réaliser 15 milliards € d'économies et d'investir 2,5 milliards € dans l'éducation. Au niveau institutionnel, le parti souhaite obtenir la suppression de la Première Chambre des Etats généraux qu'il qualifie de "relique du XIXe siècle".

"Le néolibéralisme a plongé les Pays-Bas dans une pagaille économique, sociale et politique. Le CDA et le VVD mais aussi le PvdA sont responsables de l'état actuel du pays" a déclaré Emile Roemer, qui a succédé à Agnes Kant à la tête du Parti socialiste (SP). Le SP se présente avec le slogan "Pour un grand nettoyage" et un programme intitulé "De meilleurs Pays-Bas avec moins d'argent dépensé". Le parti d'extrême gauche veut économiser 14 milliards € sur les dépenses publiques, notamment en effectuant des coupes dans le budget de la défense et en prélevant 6 milliards € d'impôts supplémentaires, et s'engage à réduire le déficit budgétaire de 10 milliards €. "Nous sommes socialistes mais également réalistes" précise Emile Roemer qui prévoit de dépenser 10 milliards € supplémentaires en lançant une "reconstruction sociale". Le SP souhaiterait également que les allocations sociales (famille et maladie) soient indexées sur le revenu et demande que l'obtention d'un permis de travail soit rendue obligatoire pour les personnes venus des Etats d'Europe centrale et orientale.

La Gauche verte (GL) promet de ramener le déficit budgétaire à 1% du PIB en 2015. Le parti s'engage à réaliser 16 milliards € d'économies et 7 milliards € d'investissements (dont 2,5 milliards pour le secteur de l'éducation). La GL propose de ramener l'âge de la retraite à 67 ans pour toutes les personnes nées après 1971 et d'augmenter l'indemnité chômage versée par l'Etat qu'elle souhaite limiter à une seule année. Enfin, le parti veut supprimer la Première Chambre des Etats généraux et réduire d'un tiers le nombre des élus de la Deuxième Chambre pour les porter à 100.

Sous le slogan "Confiance et application des lois", le parti TON (Trots op Nederland) compte bien faire sa place et exister sur un échiquier politique néerlandais relativement encombré sur son extrême droite. Le TON a été créé en avril 2008 par l'ancienne ministre de l'Intégration et de l'Immigration (2003-2007), Rita Verdonk, ex-membre du VVD dont elle a été expulsée en octobre 2007 et surnommée la Dame de fer. Lors de son mandat de ministre, celle-ci a été fortement critiquée par les partis de l'opposition et les organisations de défense des droits de l'Homme pour sa politique dure envers les immigrés et les demandeurs d'asile. "L'Etat est trop coûteux, pas assez modeste ni assez neutre" a déclaré Rita Verdonk qui propose de mettre fin à cette situation en deux législatures, soit 8 ans. L'ancienne ministre propose de faire des coupes dans les services publics, notamment dans les secteurs de la santé et de l'éducation, pour dégager 6,2 milliards € d'économies en 4 ans. Le TON se bat également pour la création d'un ministère de la Sécurité, la réduction du nombre de membres de la Chambre des Etats généraux de 150 à 75, l'élection des maires et du Premier ministre au suffrage universel direct.

Le Parti politique réformé (SGP) veut réduire les contributions des Pays-Bas à l'Union européenne et le budget de la fonction publique pour économiser 18 milliards €. La formation confessionnelle souhaite investir 3,6 milliards € dans l'éducation de l'innovation. En avril dernier, la Cour de cassation a ordonné à l'Etat de s'assurer que le SGP permettait bien aux femmes d'être candidates aux élections législatives. En effet, le parti accepte depuis peu la présence de femmes parmi ses membres (le tribunal de La Haye avait, en 2005, demandé à l'Etat de cesser de subventionner le SGP tant qu'il refusait d'accueillir des femmes en son sein). Aucune candidate ne figure parmi les 30 personnes inscrites sur la liste du SGP.

Le Parti des animaux (PvdD) entend supprimer le ministère de l'Agriculture et confier ses missions au VROM qui regroupe le Logement, l'Aménagement du territoire et l'Environnement. Le PvdD a également exprimé le souhait de réduire de 20% le budget de la défense et de reculer l'âge de la retraite pour le faire passer à 67 ans mais pas avant 2044.

Outre les défenseurs des animaux, ceux des plantes, regroupés dans le Parti des plantes (PvdP) emmené par l'ancien directeur de l'Herbarium national, Pieter Baas, seront également présents lors du scrutin législatif du 9 juin. La lutte contre le réchauffement climatique, la protection d'une croissance durable et la préservation de la biodiversité constituent des thèmes centraux du programme du PvdP.

Le "Parti pirate" et le "Parti pour rien" participeront également au scrutin.

La dernière enquête d'opinion réalisée par l'institut Maurice de Hond et publiée le 6 mai crédite le PvdA et le VVD de 33 sièges chacun dans la Première Chambre. Le CDA du Premier ministre sortant Jan Peter Balkenende recueillerait 27 sièges, suivi par le PVV (17 sièges), les Démocrates 66 (11 sièges), le Parti socialiste et la Gauche verte (10 sièges chacun) et l'Union chrétienne (6 sièges). Le SGP obtiendrait 2 sièges et PvdD 1. Enfin, le TON de Rita Verdonk, ne serait pas en mesure d'entrer au Parlement.

L'émiettement du paysage politique rend obligatoire aux Pays-Bas la formation de coalition regroupant 3 ou 4 partis politiques. Les partis de gouvernement pourraient, à l'issue du scrutin, choisir de former un cordon sanitaire autour du PVV et le tenir à l'écart de toute coalition gouvernementale ; une nouvelle coalition rassemblant le CDA et le PvdA paraît toutefois exclue. Cependant, si le PVV réalisait un résultat élevé le 9 juin prochain, la tradition démocratique néerlandaise voudrait que celui-ci entre au gouvernement.

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