Nombre record de candidats à l'élection présidentielle en Irlande

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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3 octobre 2011
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Nombre record de candidats à l'élection présidentielle en Irlande

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3,1 millions d'Irlandais sont conviés aux urnes pour la deuxième fois cette année. Après avoir renouvelé la Chambre des représentants (Dail Eireann), chambre basse du Parlement, le 25 février dernier, ils éliront le 27 octobre prochain le successeur de Mary Patricia McAleese à la présidence de la République. Elue une première fois (comme candidate du Fianna Fail, FF elle s'était imposée devant le Taoiseach (Premier ministre) de l'époque Albert Reynolds lors de la nomination du candidat par le parti)) le 30 octobre 1997 avec 45,2% des suffrages, celle-ci avait été réélue en octobre 2004. Seule candidate (sur sa propre nomination comme l'article 12.4.4 de la Constitution de 1937 – Bunreacht na hEireann – l'autorise pour les chefs de l'Etat en exercice) à la tête de l'Etat lors de la clôture des nominations, elle avait été désignée sans avoir à se présenter devant les électeurs. Née à Belfast et première présidente de la République à être originaire d'Irlande du Nord, Mary Patricia McAleese est la troisième à avoir réalisé deux mandats consécutifs, le dernier en date ayant été le père de la nation irlandaise, Eamon de Valera, qui exerça les fonctions de chef de l'Etat de 1959 à 1973.

La présidente de la République a beaucoup travaillé à rapprocher les différentes communautés résidant dans le pays et fortement encouragé le processus de réconciliation et de paix entre les catholiques et protestants vivant dans la partie nord de l'île. En 1998, elle avait d'ailleurs provoqué un mini incident diplomatique en acceptant de recevoir la communion dans une église anglicane. Du 17 au 20 mai dernier, elle a accueilli la souveraine britannique Elizabeth II sur la terre d'Irlande, une première depuis la fondation de la République irlandaise.

Au début de l'année 2011, le Fine Gael (FG), actuellement au pouvoir, avait proposé d'organiser un référendum sur l'extension du droit de vote à l'élection présidentielle irlandaise à la population britannique vivant dans la partie nord de l'île. Le parti du Premier ministre Enda Kenny a en effet affirmé que si une native de l'Ulster pouvait accéder à la magistrature suprême à Dublin, il était normal que les Irlandais de la partie nord de l'île puissent élire le chef de l'Etat irlandais. Le parti nationaliste d'extrême gauche, Sinn Fein (SF), s'est déclaré favorable au vote des Irlandais du nord à l'élection présidentielle.

La fonction présidentielle

Le Président de la République d'Irlande est élu au scrutin dit de vote alternatif pour un mandat de 7 ans qui peut être renouvelé une fois. Le poste est accessible à tout citoyen irlandais âgé d'au moins 35 ans. Tout candidat à la magistrature suprême doit obligatoirement obtenir la signature de 20 membres de l'Oireachtas (parlement irlandais) ou bien celui d'au moins 4 conseils de comtés ou 4 conseils municipaux. Les anciens chefs de l'Etat (ou le président de la République sortant) sont les seuls exempts de cette obligation.

En 1997, deux des cinq candidats, Derek Nally et Dana Rosemary Scallon, avaient accédé à la candidature avec l'appui de comtés, une première dans l'histoire du pays.

Si le président de la République ne possède qu'un pouvoir de représentation, il peut cependant refuser de dissoudre le Dail Eireann. En effet, d'après la Constitution, le Taoiseach doit démissionner s'il perd l'appui de sa majorité parlementaire. Il peut toutefois demander alors au Chef de l'Etat de dissoudre la Chambre des représentants. Ce dernier est alors autorisé à refuser cette demande, auquel cas le Premier ministre est contraint à la démission.

Les candidats en lice

7 personnes sont candidates à la présidence de la République en Irlande, un record pour le scrutin.

Gay Mitchell, député européen, représentera le parti au pouvoir, le Fine Gael. Le 9 juillet dernier, il s'est imposé lors d'un vote interne au sein de son parti en recueillant 54% des suffrages devant la députée Mairead McGuinness, qui a obtenu 46% des voix. Gay Mitchell avait auparavant été préféré à l'ancien président du Parlement européen (2002-2004), Pat Cox, qui a pâti d'avoir été précédemment membre du Fianna Fail puis du Parti démocrate progressiste (PD) – qui s'est dissout le 20 novembre 2009 – avant de finalement rejoindre le Fine Gael.

Le deuxième candidat soutenu par un parti politique est Michael Higgins, poète, ancien ministre des Arts et de la Culture (1994-1997) et président du Parti travailliste, membre de la coalition gouvernementale au pouvoir. Avec 37 voix, il s'est imposé devant l'ancien conseiller des travaillistes Fergus Finlay (18 suffrages) et l'ancienne sénatrice Kathleen O'Meara (7 voix) lors de la désignation du candidat à la magistrature suprême au sein de son parti en juin dernier.

Le 18 septembre, Martin McGuinness, vice-Premier ministre d'Irlande du nord, a été désigné comme le candidat du Sinn Fein (SF) pour l'élection présidentielle. Martin McGuinness a été un militant de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) durant 30 ans, du début des années 1970 jusqu'en 1998, et l'un des acteurs de l'accord de paix, dit du Vendredi saint, signé le 10 avril 1998 entre les partis nationaliste catholique et unioniste protestant d'Irlande du Nord (et ratifié par référendum le 23 mai de la même année par 71% des habitants du nord de l'île et 85% des Irlandais). Ce texte a mis un terme à 3 décennies de violence entre les deux communautés, protestante et catholique, dans un conflit qui a fait plus de 3 400 morts entre 1969 et 1997. L'accord du Vendredi saint a également permis la formation d'un gouvernement rassemblant les unionistes protestants, fidèles à la couronne britannique, et les nationalistes catholiques, partisans d'une Irlande unie.

Martin McGuinness a beaucoup œuvré pour obtenir l'adhésion du Sinn Fein à l'accord de paix. Il a également joué un rôle important dans la décision de l'Armée républicaine irlandaise de signer un cessez le feu permanent et de détruire son stock d'armes. "J'ai rejoint l'IRA je ne l'ai jamais nié, les conditions et les circonstances qui m'ont conduit à le faire ne sont pas différentes de celles qui ont entraîné Michael Collins, Tom Barry, Eamon de Valera et Nelson Mandela à prendre les armes contre les injustices qui existaient en leur temps" a déclaré Martin McGuinness, ajoutant "J'ai de nombreux regrets sur le fait que tant de gens ont perdu la vie – des soldats britanniques, des volontaires de l'Armée républicaine irlandaise, des hommes de l'Ulster Defence Regiment (UDR) et du Royal Ulster Constabulary (RUC), des civils innocents – durant 25 ans de conflit".

Martin McGuinness se veut le candidat d'un large mouvement progressiste, qui va au-delà du parti auquel il appartient.

"Il a toutes les qualités nécessaires à un leader politique : un profond amour de l'Irlande, de son peuple et, plus important encore, une vision d'avenir pour cette nation" a déclaré le leader du Sinn Fein, Gerry Adams, en parlant de Martin McGuinness. "Je veux utiliser mon pouvoir pour construire des ponts et unir les gens de cette île derrière le processus de paix" a déclaré le candidat. La présence de Martin McGuinness à l'élection présidentielle irlandaise offre une occasion au Sinn Fein de mener une campagne électorale sur toute l'Irlande. Celle-ci pourrait cependant affaiblir la position du vice-Premier ministre d'Irlande du Nord en Ulster où ses opposants pourraient mettre en avant le fait que Martin McGuinness privilégie son désir de réunification de l'Irlande par rapport au processus de paix d'Ulster.

La présence de l'ancien cadre de l'Armée républicaine irlandaise devenu l'artisan accords de paix entre protestants et catholiques en Ulster parmi les prétendants à l'Aras an Uachtarain (nom de la résidence du chef de l'Etat irlandais) a suscité un début de polémique en Irlande. Le chef de la Justice, Alan Shatter, a émis des doutes sur la candidature du vice-Premier ministre d'Irlande du Nord à la présidence de la République. "Je pense que beaucoup de gens vont regarder ce passé exotique comme inapproprié pour quelqu'un qui doit être le commandant en chef de nos armées, mais ce sont aux électeurs de choisir" a-t-il déclaré, ajoutant "Je ne crois pas qu'une personne qui a boycotté la visite de la reine Elisabeth II peut aujourd'hui se présenter comme un réconciliateur". Martin McGuinness demande aux Irlandais de le juger sur son rôle dans le processus de paix plutôt que sur son passé.

4 autres candidats se présentent en indépendants.

Sean Gallagher est un chef d'entreprise, connu comme l'un des héros du programme télévisé diffusé par RTE 1, Ireland's Dragons' Den. Il a décidé de ne pas utiliser d'affiches électorales durant sa campagne, qualifiant les posters de "gaspillage de l'argent des contribuables".

Mary Davis, organisatrice des jeux d'été du monde olympique de 2003, a été nommée au Conseil d'Etat en 2004. "Les Irlandais sont prêts pour une autre Mary" a-t-elle déclaré, faisant référence à la chef de l'Etat sortante Mary Patricia McAleese et à l'ancienne Présidente Mary Robinson (1990-1997).

Dana Rosemary Scallon est candidate pour la deuxième fois à l'élection présidentielle. Candidate malheureuse au scrutin du 30 octobre 1997 où elle avait recueilli 13,8% des suffrages et fini en 3e position, elle avait finalement été élue au Parlement européen en 1999. Dana Rosemary Scallon est connue pour avoir, en 1970, permis à l'Irlande de remporter le concours de l'Eurovision avec la chanson All Kinds of Everything.

Enfin, David Norris, sénateur de Dublin, spécialiste de James Joyce et connu comme la première personne homosexuelle à avoir été élu à une fonction publique en Irlande, est candidat. David Norris a fait une première fois acte de candidature avant d'être obligé de se retirer de la course au début du mois d'août dernier après qu'il a été révélé qu'il avait rédigé, en 1997, une lettre de demande de clémence à un tribunal israélien en faveur de son ancien compagnon, Ezra Nawi, qui avait été reconnu coupable de viol sur un garçon de 15 ans cinq ans auparavant. Quelques semaines plus tard, il décidait de revenir dans la course, pour répondre à la "forte exigence des électeurs" selon ses propres termes. "Si je peux arriver à faire un tel retour, alors ce pays peut également faire son comeback et j'espère que je serais celui qui le dirigera à ce moment-là" a déclaré David Norris.

Le sénateur doit son retour en partie au président du Parti travailliste, Michael Higgins, qui a encouragé les conseillers de Dublin à accorder leur soutien à l'indépendant David Norris pour lui permettre d'être candidat à l'élection présidentielle "dans l'intérêt de la démocratie" a-t-il indiqué.

Le principal parti d'opposition, le Fianna Fail (FF), a décidé de ne pas présenter de candidat à l'élection présidentielle du 27 octobre prochain. Au pouvoir en Irlande de 1997 à 2011 en coalition avec le Parti démocrate progressiste (PD), il a recueilli le plus faible résultat de son histoire aux élections législatives anticipées du 25 février 2011 dernier (17,4% des suffrages), perdant 24,2 points et 57 de ses 77 députés par rapport au précédent scrutin du 24 mai 2007.

Son leader Micheal Martin était favorable à la présence de son parti à l'élection présidentielle. "Si vous êtes un parti sérieux, vous devez vous présenter aux élections" a-t-il déclaré. Critiqué pour avoir tardé à prendre ne décision et pour avoir laissé les divisions gagner le parti, il a finalement renoncé et choisi de se concentrer sur la reconstruction du Fianna Fail.

L'ancien Taoiseach Bertie Ahern (1997-2008) avait un temps émis le souhait de se présenter à la magistrature suprême avant de se rétracter. Il a déclaré qu'il soutiendrait le candidat du Fine Gael Gay Mitchell pour le scrutin du 27 octobre prochain.

A un mois de l'élection présidentielle, David Norris est en tête de toutes les enquêtes d'opinion dans lesquelles il recueille environ 21% d'intentions de vote. Il est suivi du travailliste Michael Higgins qui obtient 18% et de Martin McGuinness qui recueille 16%. Dana Rosemary Scallon ferme la marche des candidats dans les sondages.

Source : Site internet des élections en Irlande

(http://www.electionsireland.org/result.cfm?election=1997P&cons=194 )

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