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Milos Zeman parvient à conserver la présidence de la République tchèque

Élections en Europe

Corinne Deloy

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29 janvier 2018
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Les Tchèques ont finalement réélu le 27 janvier le chef de l'Etat sortant Milos Zeman (Parti des droits des citoyens, SPOZ). Avec 51,36% des suffrages, il l'emporte face à son rival Jiri Drahos (indépendant) qui a obtenu 48,63% des voix. Milos Zeman avait largement remporté le 1er tour de scrutin les 12 et 13 janvier derniers avec 38,56% des suffrages devant Jiri Drahos, qui avait obtenu 26,6% des voix.

Les deux tiers des Tchèques se sont rendus aux urnes pour le 2e tour : la participation s'est élevée à 66,6%, soit + 7,49 points par rapport au 2e tour de la précédente élection présidentielle des 25 et 26 janvier 2013.

"Cette confiance des citoyens tchèques me remplira d'énergie au cours des 5 années à venir et je suis persuadé qu'elle ne sera pas déçue" a déclaré Milos Zeman à l'annonce des résultats. Il a également assuré qu'il souhaitait se montrer "moins arrogant et plus humble" durant son 2e mandat, ajoutant qu'il pensait que "certains journalistes et hommes politiques étaient moins intelligents que les gens ordinaires". Il compte d'ailleurs laisser ces derniers exprimer davantage leurs opinions sur les grands enjeux, et notamment sur l'appartenance de la République tchèque à l'Union européenne, sujet sur lequel le président aimerait que Prague organise un référendum.

"Milos Zeman a clairement mis en avant sa position anti-immigration, ce qui lui a permis de remporter l'élection présidentielle. Il a attiré sur son nom les électeurs percevant les plus faibles revenus et les moins diplômés du pays, qui sont convaincus d'avoir, avec lui, quelqu'un qui les défend au plus haut niveau de l'Etat" a souligné Jakub Charvat, professeur de science politique à l'université de Prague.

"Nous n'avons pas gagné mais nous n'avons pas perdu non plus" a indiqué Jiri Drahos après l'annonce des résultats, ajoutant "Je suis très heureux de cette vague d'énergie qui est apparue lors de cette élection présidentielle et qui ne saurait disparaître. Je promets que je continuerai à faire vivre cette énergie et cet espoir, je ne quitte pas la vie publique" a-t-il ajouté.

"Jiri Drahos n'a pas vraiment tendu la main aux électeurs des candidats du 1er tour qui avaient appelé à voter pour lui et c'est une erreur. Il semble que certains d'entre eux aient préféré rester chez eux ou même qu'ils aient voté pour le président sortant. Par ailleurs, le manque d'expérience politique de Jiri Drahos lui a sans doute fait perdre des points pendant les deux débats télévisés, au cours desquels il n'a pas été très bon" a indiqué Jiri Pehe, analyste politique.

"La campagne du 2e tour de Jiri Drahos n'a probablement pas été assez convaincante aux yeux des électeurs dont le candidat avait été éliminé au 1er tour, pour qui, visiblement, il n'a pas su être un second choix. Le simple fait de ne pas être Milos Zeman n'a pas suffi. Jiri Drahos n'a pas su créer de dynamique ni une adhésion suffisamment forte autour de sa personne" a déclaré Lukas Macek, directeur du campus de Sciences Po à Dijon.

Agé de 73 ans et originaire de Kolin, ville située près de Prague, Milos Zeman est économiste de formation. Il a adhéré au Parti communiste de Tchécoslovaquie (KSC) en 1968 avant d'en être exclu deux ans plus tard. En 1992, il devient membre du Parti social-démocrate (CSSD), dont il prend la tête l'année suivante. En 1996, il est désigné président de la Chambre des députés, chambre basse du parlement tchèque. Nommé Premier ministre en 1998, il signe un accord pour la création d'un environnement politique stable en République tchèque avec le Parti démocrate-civique (ODS) à l'époque conduit par Vaclav Klaus. Aux termes de cet accord, ce dernier parti s'engage à ne pas déposer de motion de censure contre le gouvernement social-démocrate dirigé par Milos Zeman pendant toute la durée de la législature. En contrepartie, le Parti démocrate-civique est consulté avant le vote de tout projet d'importance et obtient pour ses membres l'accès à des postes stratégiques dans différentes institutions (la présidence de la Chambre des députés reviendra ainsi à Vaclav Klaus).

Après un premier échec à l'élection présidentielle de 2003 (à l'époque, le chef de l'Etat était élu par le parlement tchèque), Milos Zeman choisit de se mettre en retrait de la vie politique. Il revient toutefois sur le devant de la scène sept ans plus tard et fonde, en 2010, le Parti des droits des citoyens (SPOZ), qui, avec 4,33% des voix, échoue cependant à entrer au parlement lors des élections législatives des 28 et 29 mai 2010 (un minimum de 5% des suffrages exprimés est obligatoire pour être représenté). Milos Zeman démissionne alors de la direction de son parti.

Le 26 janvier 2013, il remporte la première élection présidentielle organisée au suffrage universel direct avec 54,8% des suffrages face à Karel Schwarzenberg (Tradition, responsabilité, prospérité 09, TOP 09) qui a obtenu 45,19% des voix.

Le 27 janvier, les Tchèques ont donc décidé qu'il pouvait conserver ce poste pour les 5 ans à venir. Milos Zeman prêtera serment le 8 mars prochain dans la salle Venceslas du Château de Prague devant les membres des deux Chambres du parlement (200 membres de la Chambre des députés et 81 membres du Sénat).

Le président tchèque a donné une deuxième chance à Andrej Babis (ANO), qu'il a nommé au poste de Premier ministre le 6 décembre dernier, pour former le prochain gouvernement. Le premier essai d'Andrej Babis a été un échec : le 16 janvier, la Chambre des élus lui a en effet refusé la confiance par 117 voix.

Milos Zeman a demandé au dirigeant d'ANO de lui présenter préalablement à sa nouvelle tentative un document présentant un gouvernement pouvant être soutenu par au moins 101 députés. Après sa réélection à la tête du pays, le chef de l'Etat a précisé qu'Andrej Babis pouvait toutefois désormais prendre le temps qu'il estimait nécessaire pour former son gouvernement. "Comme j'ai été réélu, je ne vois aucune raison pour presser Andrej Babis pour la nomination de son gouvernement" a déclaré Milos Zeman.

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