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L'opposition emmenée par Igor Matovic victorieuse des élections législatives en Slovaquie

Élections en Europe

Corinne Deloy

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2 mars 2020
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Le Parti des gens ordinaires et des personnalités indépendantes (OL'aNO), parti de droite dirigé par Igor Matovic, allié à Nouvelle majorité (Nova), dirigé par Gabor Grendel, a remporté les élections législatives organisées le 29 février en Slovaquie. Le parti a recueilli 25,02% des suffrages et a conquis 53 des 150 sièges du Conseil national de la République (Narodna rada Slovenskej republiky), chambre unique du parlement, soit + 34 par rapport aux précédentes élections législatives du 5 mars 2016.

Direction-Démocratie sociale (SMER-SD), parti du Premier ministre sortant Peter Pellegrini, conduit par Robert Fico, a donc été battu n'obtenant que 18,29% des voix et 38 sièges (-11). Nous sommes une famille (Sme Rodina), parti populiste de droite dirigé par Boris Kollar, a créé la surprise en prenant la troisième place du scrutin avec 8,24% et 17 sièges (+ 6). Le Parti populaire-Notre Slovaquie (LSNS) a recueilli 7,97% et 17 sièges également (+ 3). Le résultat du parti nationaliste d'extrême droite, dirigé par Marian Kotleba est très inférieur à celui que lui avaient promis les dernières enquêtes d'opinion (la diffusion des sondages est interdite en Slovaquie durant les deux dernières semaines de la campagne électorale). Liberté et solidarité (Sloboda a Solidarita, SaS), parti libéral emmené par Richard Sulik, a pris la cinquième place avec 6,22% et 13 sièges (- 8). Enfin, Pour le peuple (Za Ludi), parti créé en 2019 par l'ancien président de la République (2014-2019) Andrej Kiska, fait son entrée au parlement avec 5,77% et 12 sièges.

Slovaquie progressiste (SP) de Michal Truban, alliée à Ensemble-Démocratie civique (Spolu) conduit par Miroslav Beblavy, a échoué de 1 000 voix à obtenir des élus. Le parti a recueilli 6,96% des suffrages. De même pour la première fois de l'histoire de la Slovaquie, aucun parti représentant la communauté hongroise n'aura de représentant au Parlement. Bela Burgar, dirigeant de Most-Hid (" pont "), partenaire de Direction-Démocratie sociale dans le gouvernement sortant, a annoncé sa démission à l'annonce des résultats. Autre allié de de Robert Fico au sein de la coalition gouvernementale, le Parti national (SNS), parti nationaliste et populiste de droite emmené par Andrej Danko, a subi le même sort et a également échoué aux portes du Parlement.

La participation a été la plus élevée depuis le scrutin législatif de 2002. Elle s'est établie à 65,8%, soit très au-dessus de celle enregistrée lors des précédentes élections législatives du 5 mars 2016 (+ 5,98 points).

Résultats des élections législatives du 29 février 2020 en Slovaquie

Participation  : 65,8%

Source : Site internet https://volbysr.sk/sk/data02.html

" Nous considérons ce résultat comme une demande des personnes qui veulent que nous mettions dans l'ordre en Slovaquie pour en faire un pays juste, où la loi s'applique à chacun, qu'il soit riche ou pauvre " a déclaré Igor Matovic à l'annonce des résultats, ajoutant " Nous avons réveillé le dragon endormi, plus de 2 millions de personnes qui habituellement ne vont pas voter. Mais la mort de Jan Kuciak et de Martina Kusnirova a réveillé la Slovaquie". Igor Matovic a indiqué qu'il souhaitait gouverner avec Liberté et solidarité et Pour le peuple.

Il a regretté de ne pouvoir faire appel à Slovaquie progressiste/Ensemble-Démocratie civique (SP/Spolu) et il devra probablement se tourner vers Nous sommes une famille pour obtenir une majorité stable au parlement.

" Igor Matovic a attiré les électeurs de Slovaquie progressiste par son authenticité " a affirmé Martin Slosiarik, dirigeant de l'institut de sondages Focus. "L'éclatement de l'opposition a atteint un niveau jamais vu depuis 1989. Les partis libéraux n'arrivent pas vraiment à se distinguer. Slovaquie progressiste, le parti de Zuzana Caputova, la présidente de la République élue l'an dernier et qui s'était impliquée dans les manifestations (consécutives à l'assassinat de Jan Kuciak et de Martina Kusnirova), n'a pas réussi à s'imposer comme l'héritier de la mobilisation. C'est devenu un parti parmi d'autres" a déclaré Jana Vargovcikova, politologue de l'université de Lorraine.

Le Premier ministre sortant Peter Pellegrini (SMER-SD) a reconnu la défaite de son parti mais il a également évoqué la possibilité d'une " coalition de réconciliation " avec le Parti des gens ordinaires et des personnalités indépendantes. " Pas question. Nous ne négocions pas avec la mafia " lui a répondu Igor Matovic.

Il reste néanmoins difficile de savoir quelle sera la politique menée par Ol'aNO en Slovaquie. Pour Michal Vasecka, sociologue à l'institut politique de Bratislava, le parti est un " caméléon ". Ses listes rassemblent en effet des personnalités hétéroclites auxquelles Igor Matovic aime à laisser une grande liberté. Ce dernier s'est engagé à assainir la vie politique et a mené une campagne originale sous le slogan Ensemble, battons la mafia. " Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour montrer que nous sommes responsables, garants de la stabilité et pour que la mafia, qui attendra nos faux pas, ne puisse jamais revenir au pouvoir " a-t-il déclaré.

Direction-Démocratie sociale a essuyé sa première défaite à des élections législatives depuis quatorze ans. " Ces élections législatives traduisent avant tout l'aspiration à la décence en politique. Au lieu de manifester dans les rues contre le parti au pouvoir, les gens le feront dans les bureaux de vote " avait prédit l'analyste politique, Radoslav Stefancik. Robert Fico a assuré que son parti reviendrait bientôt au pouvoir. Il parie sur la fragilité d'une coalition gouvernementale qui serait constituée des partis d'opposition au gouvernement sortant. Les analystes politiques ne partagent toutefois pas son avis sur un retour possible de Direction-Démocratie sociale. " Le parti a perdu toutes les élections organisées au cours des quatre dernières années : régionales, municipales et présidentielle " a souligné Erik Lastic, politologue de l'université Comenius de Bratislava.

Les élections étaient organisées quelques jours seulement après le deuxième anniversaire de l'assassinat du journaliste Jan Kuciak et de sa fiancée Martina Kusnirova, tous deux âgés de 27 ans, le 21 février 2018. Jan Kuciak enquêtait sur les soupçons de fraude aux subventions européennes organisées par la mafia italienne en Slovaquie avec l'aide de proches du gouvernement pour le site Internet aktuality.sk, site du premier quotidien du pays Novy cas. Ce double assassinat avait conduit plusieurs dizaines de milliers de Slovaques à descendre dans les rues, la plus grande mobilisation depuis la révolution de velours de 1989, et également conduit en mars 2018 le Premier ministre de l'époque Robert Fico, deux de ses ministres et le chef de la police slovaque à la démission.

Le 27 février dernier, soit l'avant-veille du scrutin, l'homme d'affaires Marian Kocner, arrêté et incarcéré depuis octobre 2018 pour avoir commandité ce double assassinat, a été condamné ainsi que l'ancien ministre de l'Economie (2003-2006) Pavol Rusko à une peine de 19 années d'emprisonnement dans une autre affaire : il a été reconnu coupable de crime de contrefaçon, de modification et de fabrication illégale d'argent et de titres à hauteur de 69 millions €.

L'assassinat de Jan Kuciak et de Martina Kusnirova a mis au grand jour les liens de Marian Kocner avec les dirigeants de Direction-Démocratie sociale. " Les Slovaques souhaitent du changement et surtout une action contre la corruption. Le parti qui a dirigé le gouvernement sortant est perçu comme responsable de la corruption " a indiqué Grigorij Meseznikov de l'Institut des Affaires publiques de Bratislava. " L'assassinat de Jan Kuciak a bouleversé toute la scène politique et a entraîné l'émergence de nouveaux partis libéraux et démocratiques qui ont immédiatement obtenu un soutien populaire " a-t-il ajouté.

Agé de 46 ans et originaire de Trnava, Igor Matovic a suivi des études de gestion de finances à l'université Comenius. Il a fondé une maison d'édition qui contrôle des dizaines de journaux régionaux. Il a été élu député en 2010 sur les listes de Liberté et solidarité (SaS) alors qu'il figurait à la fin de la liste, à la 150e place. Le système de vote préférentiel lui a néanmoins permis d'entrer au Parlement. Il a ensuite fait de cette place sa marque de fabrique et son porte-bonheur. Il l'occupe donc à chaque scrutin. En février 2011, Igor Matovic quitte Liberté et solidarité et il crée le Parti des gens ordinaires et des personnalités indépendantes (Ol'aNO) lorsqu'il décide de soutenir les restrictions proposées par Direction-Démocratie sociale sur la double nationalité.

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