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Marcelo Rebelo de Sousa est réélu président de la République du Portugal dès le premier tour de scrutin

Élections en Europe

Corinne Deloy

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25 janvier 2021
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Le président de la République sortant, Marcelo Rebelo de Sousa, a été réélu le 24 janvier pour un deuxième mandat à la tête du Portugal dès le 1er tour de scrutin. Il a recueilli 60,7% des suffrages et largement devancé Ana Gomes (Parti socialiste), qui se présentait sans l'aval du PS et qui a obtenu 12,97% des voix. André Ventura, dirigeant du parti populiste Chega (CH), est arrivé en 3e position avec 11,9% des suffrages. Les quatre autres candidats ont recueilli moins de 5% des voix.

La participation a été la plus faible jamais enregistrée pour une élection présidentielle s'élevant à 39,49% ; les observateurs politiques s'attendaient à une abstention encore plus importante, au-delà de 70% des inscrits en raison de l'explosion des cas de coronavirus que connaît actuellement le Portugal et du confinement de la population. Le président sortant, Marcelo Rebelo de Sousa, s'était inquiété de la participation. "Il suffit d'une abstention de 70% pour rendre un 2e tour quasiment inévitable" avait-il déclaré il y a quelques jours. Pour lutter contre une faible participation et les hésitations que pouvaient avoir les Portugais à se rendre aux urnes, un vote par anticipation avait été organisé le 17 janvier. Près de 200 000 électeurs avaient alors rempli leur devoir civique. Des volontaires s'étaient même déplacés pour recueillir les bulletins de 13 000 personnes placées en quarantaine ou confinées dans des maisons de retraite.

Le Portugal, qui vit en état d'urgence sanitaire depuis le début du mois de novembre (deux mois de restrictions et couvre-feu dans les régions les plus affectées par la pandémie), a connu une recrudescence de 85 000 cas et de 1 500 morts au cours de la dernière semaine. Le pays occupe, sur cette période, le premier rang mondial en nombre de nouveaux cas et de décès par rapport à sa population, il n'est dépassé que par l'enclave britannique de Gibraltar. Un nouveau record de décès quotidiens a d'ailleurs été établi le 24 janvier, jour de l'élection présidentielle, portant le bilan total du nombre de morts contaminés par ce virus à 10 500 depuis le début de la pandémie. Les Portugais sont soumis depuis le 15 janvier à un deuxième confinement général. Les commerces, les restaurants et, depuis le 22 janvier et pour deux semaines, les écoles, les crèches et les universités sont fermés.

Résultats de l'élection présidentielle du 24 janvier 2021 au Portugal

Source : https://www.presidenciais2021.mai.gov.pt/resultados/globais

Après l'annonce des résultats, Marcelo Rebelo de Sousa a remercié les Portugais pour leur " confiance renouvelée dans des conditions tellement plus difficiles " qu'il y a 5 ans et il a promis de faire de la lutte contre la pandémie sa "priorité ". "Marcelo Rebelo de Sousa est perçu comme proche et à l'écoute, il s'est montré très présent dans les coups durs comme les incendies de 2017 notamment. Il a su manifester cette empathie dont la population avait particulièrement besoin au sortir d'années de grave crise économique " a souligné Patricia Lisa, chercheuse à l'institut Royal Elcano d'études stratégiques. "Les autres candidats ne l'affrontent pas vraiment, ils viennent profiter de la campagne électorale pour faire passer leurs messages et pour renforcer leur image en prévision des élections locales de l'automne prochain" a indiqué Antonio Costa Pinto, professeur de sciences politiques à l'université de Lisbonne.

Marcelo Rebelo de Sousa s'est vu reprocher sa proximité avec le Premier ministre Antonio Costa (PS) avec lequel il cohabite en bonne entente. Ce qui a sans doute bénéficié à André Ventura, qui se pose en candidat antisystème. Celui-ci n'est cependant pas parvenu à se hisser sur la deuxième marche du podium mais son résultat témoigne d'une progression populiste, une nouveauté au Portugal qui faisait exception en Europe. Cécile Gonçalvez, historienne de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), y voit le signe que "la jeune démocratie portugaise devient une démocratie comme les autres" ajoutant " Il y avait jusque-là une aversion pour les extrêmes. Le Parti national rénovateur faisait 0,2%-0,5%, c'était un phénomène résiduel " " Depuis la crise économique de 2008 toutefois, le discours anti-immigration se fait entendre, comme le discours islamophobe, alors que les musulmans sont peu nombreux dans le pays".

Le débat télévisé qui a opposé Marcelo Rebelo de Sousa à André Ventura a été le plus suivi de la campagne. Les débats électoraux ont d'ailleurs bénéficié d'une audience importante du fait du couvre-feu qui impose aux Portugais de rester à la maison.

Agé de 72 ans, Marcelo Rebelo de Sousa est diplômé de droit de l'université de Lisbonne. Il a été professeur de droit avant de devenir journaliste. Il a fondé et dirigé l'hebdomadaire Expresso en 1973. Après la révolution des œillets d'avril 1974 et à l'occasion du retour du Portugal à la démocratie, il a été l'un des fondateurs du Parti social-démocrate (PSD) et il a été élu député à l'Assemblée de la République, chambre unique du Parlement, sans abandonner sa carrière académique. En 1981, il est devenu secrétaire d'Etat dans le gouvernement de Francisco Pinto Balsemao (PSD). En 1982, il a été nommé ministre des Affaires parlementaires. En 1989, il échoue à s'emparer de Lisbonne, battu par Jorge Sampaio (PS). En 1996, il est élu président du PSD, poste dont il démissionnera trois ans plus tard après l'échec de son projet de coalition avec le Parti populaire (PP). Marcelo Rebelo de Sousa a longtemps tenu une chronique sur la chaîne de télévision TVI avant de l'abandonner pour s'engager dans la campagne présidentielle de 2016. Elu chef de l'Etat avec 52% des suffrages le 24 janvier 2016, il a été réélu dans des circonstances très particulières. L'homme, surnommé Marcel par ses compatriotes, est très apprécié et sait prendre du temps pour, quand il le peut, deviser avec ses compatriotes.

Par ailleurs, lors de l'élection présidentielle, les Portugais cherchent moins à désigner un chef d'Etat partisan qu'un arbitre du jeu politique. Ce scrutin est donc souvent très personnalisé même si, paradoxalement, les chefs d'Etat portugais ont toujours été des figures importantes au sein de leur parti politique. Les Portugais ne craignent pas non plus la cohabitation politique. A plusieurs reprises (1987, 2006 ou 2016 par exemple), ils ont élu un président de la République du bord politique opposé à la majorité parlementaire qu'ils avaient porté au pouvoir quelques mois auparavant.

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