Analyse

Le parti, Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB) du Premier ministre sortant Boïko Borissov favori des élections législatives du 4 avril

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Corinne Deloy

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29 mars 2021
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Le 4 avril, 6 732 316 Bulgares sont appelés aux urnes pour renouveler les 240 membres de l'Assemblée nationale (Narodno sabranie), chambre unique du Parlement. Pour la première fois depuis 2009, le scrutin législatif n'est pas anticipé.

22 partis politiques et 8 coalitions sont en lice. Quelques candidats indépendants se présentent aussi dans certaines circonscriptions. Par ailleurs, 467 bureaux de vote ont été ouverts dans 69 pays pour les Bulgares résidant à l'étranger, un nombre record. La Turquie, le Royaume-Uni et l'Allemagne sont les 3 pays qui comptent le plus grand nombre de bureaux.

En raison du contexte sanitaire, il est prévu que des bureaux de vote mobiles se rendent au domicile des personnes affectées par le coronavirus ou cas contact pour que celles-ci remplissent leur devoir citoyen. Il faut savoir que la Bulgarie occupe la première place en Europe et la deuxième dans le monde, après le Mexique, sur le plan de la mortalité provoquée par la Covid-19 (4%), selon une étude réalisée par l'Université Johns-Hopkins aux Etats-Unis. Le gouvernement a ordonné le 22 mars dernier un confinement de 10 jours.

La campagne électorale officielle a débuté le 5 mars. La pandémie réduit les possibilités de rassemblements. Néanmoins, certains peuvent être organisés en intérieur en respectant certaines consignes, comme par exemple celle de ne pas excéder un taux de remplissage de 30% de la capacité d'une salle.

La corruption, le chômage, la situation sanitaire et les questions sociales sont les principaux enjeux de la campagne.

Selon une enquête d'opinion réalisée par l'institut Trend à la mi-mars, 5 partis politiques pourraient être représentés au parlement. Les Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB, qui signifie blason) du Premier ministre sortant Boïko Borissov devraient arriver en tête du scrutin avec 28,8% des suffrages. Le Parti socialiste (BSP) prendrait la 2e place avec 23,6%, suivi par Un tel peuple existe (Ima takuv narod, ITN), parti populiste créé par le chanteur et présentateur de télévision Slavi Trifonov, qui en recueillerait 12,7% et par le Mouvement pour les droits et les libertés (DPS), parti représentant la minorité turque, qui en obtiendrait 12,1%. Bulgarie démocratique, avec 5,9% des suffrages, serait en position de franchir le seuil de 4% des voix pour être représenté à l'Assemblée.

Lève-toi Bulgarie ! Sortez les bandits ! (Izpravi se BG ! Moutri van !), coalition formée par l'ancienne médiatrice, Maya Manolova, et le Trio empoisonné, à l'issue des manifestations qui ont enflammé le pays en 2020, d'une part, et le Mouvement national (IMRO-BNM), parti d'extrême droite de Krasimir Karakachanov partenaire du GERB dans le gouvernement sortant, d'autre part, flirtent également avec ce seuil.

Le GERB, faute de mieux ?

La Bulgarie a connu d'importantes manifestations exprimant le mécontentement d'une partie de la population à l'été 2020. Celles-ci étaient consécutives à un scandale immobilier qui avait éclaté en mars 2019 dans lequel plusieurs membres du parti GERB dont les ministres de la Justice, des Sports, de l'Énergie et de la Culture étaient impliqués. Le parti du Premier ministre sortant, fortement entaché par ce scandale, a alors fortement chuté dans les enquêtes d'opinion.

Pour faire face aux mobilisations, Boïko Borissov a remanié son gouvernement, mais les manifestants demandaient sa démission et celle du Procureur général. Le 6 août, le Premier ministre a proposé de quitter son poste si son parti pouvait se maintenir au pouvoir jusqu'aux élections législatives du printemps 2021. Le 14 août, il a réitéré cette proposition en échange de la convocation d'une Grande Assemblée nationale qui aurait été chargée de rédiger une nouvelle Constitution et il a proposé de réduire le nombre de parlementaires ainsi que de limiter les pouvoirs du Premier ministre, du ministre de la Justice et du Parquet. La proposition a été rejetée par tout le monde : le président de la République, les manifestants, les forces d'opposition et les partenaires gouvernementaux du GERB.

Désormais, le GERB se présente en coalition avec l'Union des forces démocratiques (SDS) de Rumen Hristov comme lors des élections européennes du 26 mai 2019. Le programme, intitulé Bulgarie prochaine génération, se fonde sur 3 piliers : le maintien des politiques de modernisation des infrastructures, la réforme de la justice et la hausse des investissements dans l'éducation (jusqu'à 5% du PIB), ainsi que la réforme des secteurs de la santé et des services publics. Le parti promet une hausse du salaire minimum à 500 €, du salaire moyen à 1000 € et de la pension de retraite moyenne à 300 € d'ici à 2025. Ces rémunérations sont exprimées en euro car Boïko Borissov souhaite que son pays rejoigne la zone euro en 2024.

Le parti envisage également une augmentation du salaire moyen des enseignants et de celui des professeurs d'université. En janvier dernier, le gouvernement a adopté une hausse de 10% des salaires publics. Une augmentation des pensions de retraite de 5% a été votée et entrera en vigueur en juillet.

Selon toute vraisemblance, le GERB devrait arriver en tête des élections législatives ; la question est : seront-ils capables de former une majorité et, surtout, une majorité stable ?

Le Mouvement pour les droits et les libertés (DPS), parti représentant la minorité turque et dirigé par Mustafa Karadayi, constitue un partenaire potentiel mais une coalition de ces deux partis nuirait à la réputation déjà ternie de Boïko Borissov en raison de l'image négative de Ahmed Dogan, président honoraire du DPS. En outre, cette alliance serait très instable tant de nombreux autres partis auraient à cœur de chasser le DPS du pouvoir.

Aucune alliance ne peut être envisagée entre le GERB et le BSP ou Un tel peuple existe, qui ont participé aux manifestations de 2020.

Reste au GERB d'espérer que le Mouvement national (IMRO-BNM) et le Front national pour le salut (NFSB) de Valeri Simeonov, ses actuels partenaires au sein du gouvernement, parviennent à maintenir leur représentation au Parlement.

Une opposition fragilisée et fragmentée

L'opposition au GERB est forte mais divisée.

Le Parti socialiste (BSP) se présente en coalition avec 4 autres mouvements : le club politique Ecoglasnost, le Parti communiste, Nova zora et le club politique Trakjia. Le principal parti d'opposition a fait des questions de santé, d'éducation, de pauvreté, des inégalités et du niveau des salaires et des pensions de retraite les thèmes principaux de sa campagne électorale. Le BSP est favorable à la réintroduction d'un impôt progressif sur le revenu en lieu et place de l'actuelle flat tax (impôt à taux unique pour la TVA, l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés) de 10% en vigueur.

A quelques jours du scrutin, le BSP cumule néanmoins les handicaps. Tout d'abord, son électorat compte de nombreuses personnes âgées, ce qui est indéniablement un problème en temps de pandémie. Il n'est pas évident que celles-ci se déplacent aux urnes. Le BSP manque aussi d'un dirigeant fort et d'une politique cohérente. S'il a participé à plusieurs manifestations en 2020, il a cependant échoué à se présenter comme une véritable force alternative au GERB, notamment en raison de leurs divisions internes et de certaines de leurs positions jugées parfois déraisonnables par les Bulgares.

Enfin, le BSP, qui occupe toute la place sur la gauche de l'échiquier politique, peut difficilement élargir son électorat.

Le 1er février dernier, le président de la République Roumen Radev, qui avait été soutenu par le BSP lors de son élection en novembre 2016, a annoncé qu'il briguera un 2e mandat à la tête de l'Etat lors du scrutin présidentiel prévu à l'automne prochain. En annonçant sa candidature, il espère clairement peser sur le scrutin législatif. "Les électeurs ont le choix entre le statu quo et le changement, entre accepter ou renverser le modèle actuel qui repose sur un seul homme en coulisses, sur la répression, la corruption et l'injustice pour les Bulgares ordinaires" a-t-il déclaré.

A gauche, l'ancienne médiatrice Maya Manolova et le Trio empoisonné, très actifs durant les manifestations de 2020, se sont unis au sein de la coalition Lève-toi Bulgarie ! Sortez les bandits ! pour participer aux élections législatives. Le Trio empoisonné, nom donné par le journaliste Sasho Dikov, est composé de l'avocat Nikolai Hadjigenov, le sculpteur Velislav Minekov et le spécialiste des relations publiques et ancien journaliste, Arman Babikyan.

Cette coalition pourrait constituer un partenaire pour le BSP même s'il existe des différends entre les deux camps en matière notamment de politique extérieure (le BSP étant traditionnellement prorusse).

Si une alliance de Lève-toi Bulgarie ! Sortez les bandits ! avec le GERB est exclue, ce n'est pas le cas avec Un tel peuple existe (Ima takuv narod, ITN), parti populiste créé Slavi Trifonov (Un tel peuple existe est le titre d'une de ses chansons). L'ITN se bat pour une réforme de la justice et une modification du mode de scrutin (passage d'un système proportionnel à un vote majoritaire à 2 tours et vote obligatoire). ITN refuse toute alliance avec le GERB comme avec le BSP. S'il devait entrer au parlement, il n'apparaît pas comme une force alternative. "Les voix critiques du gouvernement se sont renforcées mais les manifestations n'ont fait émerger ni figure forte ni coalition claire" ont indiqué les analystes de l'institut d'opinion Alpha Research.

A droite, Bulgarie démocratique est une coalition libérale. Formée en avril 2018, elle rassemble 3 partis : Oui Bulgarie, les Démocrates pour une Bulgarie forte et les Verts. Elle est dirigée par Hristo Ivanov.

La coalition se bat pour une augmentation de la pension de retraite et du salaire moyen d'ici à 2025. Elle propose une hausse de 50% des rémunérations des enseignants, des travailleurs du secteur médical et des travailleurs sociaux.

Le système politique

Le parlement bulgare est monocaméral. Son unique chambre, l'Assemblée nationale (Narodno sabranie), compte 240 députés, élus tous les 4 ans au sein de 31 circonscriptions électorales plurinominales qui correspondent aux oblasti (départements) du pays. Le mode de scrutin est mixte : 31 députés sont élus au scrutin majoritaire (selon le système du First past the post) et 209 au scrutin proportionnel (listes fermées). La méthode de Hare-Niemeyer est utilisée pour la distribution des sièges.

L'obtention d'un minimum de 4% des suffrages exprimés est indispensable à un parti politique pour être représenté au parlement. Les candidats doivent être âgés d'au moins 21 ans. Les partis doivent recueillir les signatures d'au moins 15 000 électeurs et ils doivent déposer 10 000 lev (5 113 €) qui leur seront remboursés s'ils recueillent un minimum de 1% des suffrages exprimés.

Les candidats indépendants doivent être soutenus par un minimum de 10 000 électeurs de la circonscription électorale dans laquelle ils se présentent.

Les Bulgares ont également la possibilité depuis 2016, à l'élection présidentielle et au scrutin législatif, de glisser dans l'urne un bulletin mentionnant expressément "Je ne soutiens aucun des candidats".

5 partis politiques sont représentés dans l'actuel Parlement :

– Les Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB), créé en 2006 par le Premier ministre sortant Boïko Borissov, a remporté 95 sièges ;

– Le Parti socialiste (BSP), conduit par Korneliya Ninova, a obtenu 80 élus ;

– Le Front patriotique, alliance nationaliste regroupant le Mouvement national (IMRO-BNM), le Front national de salut (NFSB) et Ataka (A), qui a été dissous le 5 février dernier, a remporté 27 sièges ;

– Le Mouvement pour les droits et les libertés (DPS), parti représentant la minorité turque, fondé en 1989 et dirigé par Mustafa Karadayi, a obtenu 26 députés ;

– Volya (Volonté), parti populiste de droite créé et dirigé par l'homme d'affaires Vesselin Mareshki, a remporté 12 sièges.

Les Bulgares élisent également leur président de la République au suffrage universel direct. Le 13 novembre 2016, Roumen Radev, soutenu par un comité d'électeurs et par le BSP, a remporté le 2e tour de l'élection présidentielle avec 59,37% des suffrages. Il a devancé Tsetska Tsatcheva, appuyée par le GERB, qui a recueilli 36,13% des voix. La participation s'est élevée à 50,44%.

Rappel des résultats des élections législatives du 26 mars 2017 en Bulgarie

Participation  : 53,85%

Source : http://results.cik.bg/pi2017/rezultati/index.html

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