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Par leur « oui » massif a l'entrée de leur pays dans l'Union, les lettons parachèvent la réunification de l'Europe

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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20 septembre 2003
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

Le 20 septembre 2003, le rêve de toute une vie est devenu réalité pour la Présidente, Vaira Vike-Freiberga. La Lettonie a effectivement, selon elle, « franchi la porte de l'Europe et saisit l'opportunité historique qui lui était donnée » de revenir dans le giron européen auquel elle n'a jamais cessé d'appartenir. «Nous sommes entrés dans une nouvelle ère historique et j'espère que cette période durera longtemps » a t-elle déclaré au lendemain du référendum letton sur l'adhésion à l'Union européenne. « Aujourd'hui, nous pouvons regarder avec confiance vers l'avenir ; les objectifs que nous nous étions fixés, à savoir l'adhésion à l'Union européenne et à l'OTAN, vont devenir réalité dès 2004 » a ajouté la très populaire Présidente lettone. Dernier pays candidat à se prononcer sur son intégration européenne, la Lettonie a approuvé à 67% son entrée dans l'Union européenne, 32,3% des électeurs se prononçant contre.

Au moins la moitié des électeurs ayant participé aux élections législatives du 5 octobre 2002, soit 497 543 personnes, devaient se rendre aux urnes pour que le scrutin soit déclaré valide, un taux de participation atteint dès 15 heures le jour du vote. La participation totale s'est élevée à 72,53% des inscrits, soit un niveau quasiment identique à celui de la dernière consultation nationale (+0,04 point). Les électeurs les plus euroenthousiastes ont été les habitants de la capitale Riga (68,5% de « oui » pour 31,5% de « non »), les moins convaincus étant ceux de Daugavpils, la deuxième ville lettone à majorité russophone du pays (12% de Lettons de souche) qui ont voté « non » à 52% selon une enquête de Baltic News Service. Rappelons que 22% de la population qui ne possède pas encore la nationalité lettone ne pouvait participer à ce référendum.

Le vote des Lettons a confirmé les dernières enquêtes d'opinion qui, la semaine dernière, prévoyaient une victoire du « oui » à 63% (sondage réalisé entre le 12 et le 16 septembre par l'institut Latvijas Fakti). Longtemps eurosceptiques, les Lettons avaient manifesté depuis le printemps dernier un désir d'Europe allant croissant. La campagne électorale très active, menée par les autorités politiques lettones et européennes comme par la presse et les organisations non gouvernementales, explique cette hausse du sentiment européen parmi la population. Ainsi, de nombreuses personnalités européennes (le Premier ministre tchèque Vladimir Spilda, le Président de la Lituanie Rolandas Paksas, le Président du Parlement européen Pat Cox, etc.) se sont déplacées à Riga pour soutenir l'adhésion européenne. La semaine passée, la Présidente de la République finlandaise, Tarja Halonen, a ainsi appelé la Lettonie à faire le bon choix. « Nous sommes de petits pays et notre histoire a été difficile. Nous savons qu'il faut travailler dur et avoir des amis. En travaillant dur au sein de l'Union européenne, on peut avoir des résultats. Pour résister à un orage, il vaut mieux faire partie d'une flottille » a t-elle déclaré lors d'une conférence de presse dans la capitale. Vendredi 19 septembre, à la veille du référendum, le plus important quotidien du pays Diena publiait en Une la carte d'Europe sur laquelle figuraient en bleu la partie Ouest du continent et en rouge la Russie et incitant la Lettonie, dessinée en noir, à choisir sa couleur. Enfin, le « oui » des Estoniens le 14 septembre a également contribué à convaincre les derniers électeurs lettons sceptiques. Vendredi soir, au cours d'une émission de télévision clôturant la campagne électorale, la Présidente Vaira Vike-Freiberga a appelé une dernière fois ses concitoyens à se prononcer en faveur de l'adhésion à l'Union européenne. « C'est l'heure pour la Lettonie de faire son choix et d'achever la voie de l'unité balte, je suis sûre que le pays se joindra à ses voisins et décidera de l'intégration à l'Union » a-t-elle déclaré. A ses côtés, le Premier ministre Einars Repse a lui aussi exhorté la population à se rendre aux urnes : « A ceux qui attendent des paroles concrètes de la part d'un responsable politique, je dis « allez et votez ». Nous nous rencontrerons en Europe ».

Samedi soir, la fête européenne a été perturbée par l'éclatement d'une crise gouvernementale une heure à peine après la publication des premières estimations. Eriks Jekobsons, président de Premier de Lettonie (LPP), formation membre de la coalition gouvernementale, a en effet décidé de retirer sa confiance au Premier ministre. « Le gouvernement de M. Repse a échoué. La seule possibilité pour que la coalition perdure est désormais de changer le capitaine du bateau » a déclaré Eriks Jekobsons. La coalition gouvernementale est composée de quatre partis politiques : Nouvelle Ere (JL), formation du Premier ministre Einars Repse ; l'Union des fermiers et des Verts (ZSS) ; l'Union pour la patrie et la liberté (TB/LNNK) et Premier de Lettonie (qui dispose de trois ministères dont le poste de vice-Premier ministre détenu par Ainars Slesers et celui de ministre de l'Economie par Juris Lujans). La crise qui a éclaté est consécutive aux divergences qui se sont fait jour au sein du gouvernement à propos du choix d'un responsable national de la prévention et de la lutte contre la corruption et du rejet la semaine dernière, par 51 voix contre 42, par le Parlement de la nomination de Juta Strike à ce poste, un rejet inattendu puisqu'à l'exception de Premier de Lettonie, l'ensemble des formations de la coalition s'étaient déclarées favorables à cette nomination. Après ce vote, le Premier ministre avait accusé la principale formation d'opposition, le Parti du peuple (TP), d'avoir influencé le vote des parlementaires. La crise fait également suite à la volonté du gouvernement de s'opposer aux décisions de la mairie de Riga concernant la gestion du port autonome de la ville, une gestion qui, selon Einars Repse, est contraire aux intérêts de l'Etat. La Lettonie est, depuis 1991, date de son indépendance retrouvée, particulièrement sujette aux crises gouvernementales ; les coalitions se succèdent à la tête de l'Etat ne parvenant jamais à durer jusqu'au terme du mandat des parlementaires. Face à la crise déclenchée par Premier de Lettonie, le Premier ministre n'a pas exclu la création d'un gouvernement minoritaire.

« La Lettonie ferme la boucle et le résultat de toutes ces consultations sur l'élargissement est un grand chelem pour l'Europe » s'est félicité dimanche 21 septembre la ministre française déléguée aux Affaires européennes, Noëlle Lenoir. « L'Europe retrouve ainsi les deux faces occidentale et orientale de son visage » a t-elle ajouté. L'Union européenne a achevé avec succès son élargissement à dix nouveaux pays, principalement issus de l'ex-Europe communiste (dans les neuf Etats appelés à se prononcer par référendum, le « oui » l'a emporté le plus souvent avec une large avance).

La réunification du continent européen, initiée dès le début des années quatre vingt dix après la chute du communisme qui avait divisé l'Europe en deux blocs hermétiques et hostiles pendant cinquante ans, est donc désormais acquise. Il reste au traité d'adhésion d'être ratifié par l'ensemble des quinze Etats membres de l'Union pour que la procédure d'élargissement soit officiellement achevée et que l'Union européenne s'enrichisse de dix nouveaux membres et concrétise le plus important élargissement de son histoire en accueillant en son sein Chypre, Malte, la Slovénie, la Hongrie, la Lituanie, la Slovaquie, la Pologne, la République tchèque, l'Estonie et la Lettonie le 1er mai prochain.

Résultats du référendum du 20 septembre 2003 sur l'adhésion à l'Union européenne en Lettonie:

Participation : 72,53%

Source Agence France-Presse

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