Résultats

Valdas Adamkus retrouve son poste de président

Actualité

Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

-

13 juin 2004
null

Versions disponibles :

FR

EN

Deloy Corinne

Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

L'ancien Président de la République lituanienne (1998-2003), Valdas Adamkus, a été élu à la tête de l'Etat lors du deuxième tour du scrutin présidentiel qui s'est déroulé le 27 juin. Il a recueilli 52,14% des suffrages, contre 47,86% à sa rivale Kazimiera Danute Prunskiene. Le résultat a donc été beaucoup plus serré que ne le prédisaient les enquêtes d'opinion qui toutes créditaient l'ancien Président d'une avance sur son adversaire d'environ dix points. Comme au premier tour, Valdas Adamkus obtient de bons résultats dans la partie urbaine du pays, recueillant 69,53% des voix dans la ville de Kaunas, capitale historique de la Lituanie et deuxième ville du pays, 68,73% à Birstonas et 54% dans la capitale Vilnius. En revanche, à Visaginas, ville située à l'Est du pays et abritant la plus large minorité russe du pays, Valdas Admakus a obtenu moins de 10% des voix tout comme à Salcininkai (10,69%). Kazimiera Danute Prunskiene obtient ses résultats les plus favorables dans les campagnes, elle recueille également 91% des suffrages à Visaginas et 89% à Salcininkai. La candidate du Parti des paysans-Parti de la Nouvelle démocratie (LVP-NDP) est également arrivée d'une courte tête en première position à Klaipeda, recueillant 50,06% des suffrages dans la ville portuaire. La participation s'est élevée à 41,2%, elle a donc été un peu plus élevée (1,77 point) que lors du premier tour de l'élection le 13 juin dernier. Enfin, signalons que 8,32% des Lituaniens ont choisi de voter par correspondance, le chiffre le plus élevé dans l'histoire du pays.

Agé de 77 ans, l'ancien Président de la République retrouve donc la tête de l'Etat après sa défaite inattendue au deuxième tour du précédent scrutin présidentiel le 5 janvier 2003 contre Rolandas Paksas. « Nous revenons vers la communauté internationale pour prouver que nous sommes de bons partenaires » a déclaré Valdas Adamkus à l'annonce des résultats du scrutin. « J'appelle tout le monde à s'unir pour améliorer la vie de chacun en Lituanie » a t-il ajouté. Sa réélection a été saluée par l'ensemble des dirigeants du pays. « Les Lituaniens ont pris la bonne décision mais j'aurais pensé que Valdas Adamkus aurait bénéficié d'un meilleur soutien » a déclaré le Président par intérim, Arturas Paulauskas. « Je voudrais remercier les Lituaniens qui ont compris combien cette décision était importante pour la Lituanie et son avenir » a-t-il ajouté. De son côté, Kazimiera Danute Prunskiene, a reconnu sa défaite, se déclarant « un peu déçue ». « Je n'écarte pas la possibilité de faire appel du résultat si la différence des voix s'avère faible et s'il y a eu des violations de la loi électorale » a-t-elle affirmé.

Les derniers jours de la campagne électorale ont en effet été marqués par une nouvelle crise politique intervenue lorsque les services anticorruption ont perquisitionné aux sièges de trois formations politiques dans le cadre d'une enquête sur des fraudes financières mettant en cause cinq parlementaires. Les perquisitions ont eu lieu, entre autres, au Parti social-libéral (LLS) et à l'Union libérale du Centre (LSC), deux formations qui soutenaient l'ancien Président Valdas Adamkus. Ce dernier s'était dit « surpris par la coïncidence ». Le jour de cette perquisition, Arturas Zuokas, le maire de Vilnius et le leader de l'Union libérale du centre, avait quitté la Lituanie pour la Pologne afin, selon ses propres mots, « d'éviter d'être arrêté ». Il a regagné son bureau dès le lendemain.

« De telles opérations menées par des institutions judiciaires à la veille de l'élection présidentielle provoquent des interprétations politiques qui devraient être évitées. La question est de savoir pourquoi ils sont entrés en action dans cette enquête quatre jours avant le scrutin. C'est comme s'ils avaient spécialement attendu ces élections » a déclaré Arturas Paulauskas, Président de la République par intérim. Selon Raimundas Lopata, directeur de l'Institut des relations internationales et des sciences politiques de Vilnius, « ce scandale a apparemment poussé les électeurs du côté de Valdas Adamkus ».

Quelques jours plus tôt, des accusations avaient été portées contre Kazimiera Danute Prunskiene à qui l'on reprochait d'avoir collaboré avec le KGB à l'époque où la Lituanie appartenait à l'URSS. La candidate a formellement rejeté ces accusations.

Le soutien de l'ancien Président destitué, Rolandas Paksas, n'aura donc pas suffi à Kazimiera Danute Prunskiene pour remporter l'élection présidentielle. La décision du Parti du travail (LDDP) de Viktor Ouspaskitch de rester neutre pour ce deuxième tour de l'élection présidentielle n'a certainement pas aidé la candidate du Parti des paysans-Parti de la Nouvelle démocratie (LVP-NDP), d'autant que le leader de la formation largement victorieuse aux élections européennes du 13 juin avait déclaré qu'il voterait lui-même en faveur de Valdas Adamkus. « Après le scandale de la destitution de l'ancien Président, la Lituanie a besoin de l'autorité de Valdas Adamkus » avait affirmé Viktor Ouspaskitch. Préférant se concentrer sur l'élection présidentielle, Kazimiera Danute Prunskiene a renoncé à son siège au Parlement européen de Strasbourg où elle a été élue le 13 juin lors des premières élections européennes auxquelles participait la Lituanie. « Le soutien que j'ai obtenu lors du premier tour de l'élection présidentielle m'encourage à rester en Lituanie » a-elle déclaré. En dépit de son échec, Kazimiera Danute Prunskiene a affirmé qu'elle serait présente aux prochaines législatives qui se dérouleront en septembre. Sa formation, le Parti des paysans -Parti de la Nouvelle démocratie (LVP-NDP), devrait sortir renforcée de cette élection présidentielle

Le politologue de l'Institut des relations internationales et des sciences politiques de Vilnius, Vytautas Radzvilas, a qualifié le scrutin de « controversé ». « Avec le retour de Valdas Adamkus à la tête de l'Etat, la Lituanie devrait améliorer son image internationale » affirme t-il. Cependant, « la récurrence des fautes commises durant le précédent mandat pourrait peser sur l'image de la fonction présidentielle » a ajouté l'analyste politique. Interrogé sur un possible remaniement ministériel, Valdas Adamkus a été catégorique : « Une telle question n'est pas à l'ordre du jour. Le gouvernement actuel est issu du vote du Seimas (Parlement lituanien) et la majorité du Seimas constitue le seul soutien nécessaire au gouvernement » a t-il déclaré.

Le nouveau Président lituanien prendra officiellement ses fonctions le 12 juillet prochain.

Résultats du deuxième tour de l'élection présidentielle en Lituanie le 27 juin 2004

Participation : 41,20%

Source Commission électorale lituanienne

Pour aller plus loin

Élections en Europe

 
2013-05-28-16-13-31.3211.jpg

Corinne Deloy

17 avril 2024

Le 15 mars dernier, le président de la République de Croatie Zoran Milanovic a annoncé la tenue d’élections législatives pour le 17 avril. Ce scrutin est le pr...

Élections en Europe

 
2013-05-28-16-31-14.6973.jpg

Corinne Deloy

8 avril 2024

Peter Pellegrini (Hlas-Social-démocratie) a remporté le 2e tour de l’élection présidentielle le 6 avril en Slovaquie. Actuel président du Conseil national de l...

Élections en Europe

 
1-oee-slovaquie.jpg

Corinne Deloy

23 mars 2024

A la surprise générale, Ivan Korcok, ancien ministre des Affaires étrangères et européennes (2020-2022), est arrivé en tête du 1er tour de l’&eacu...

Élections en Europe

 
2013-05-28-16-28-33.2244.jpg

Corinne Deloy

11 mars 2024

L’Alliance démocratique, qui regroupe le Parti social-démocrate (PSD) dirigé par Luis Montenegro, le Centre démocrate social/Parti populaire (CDS/PP), chrétien...

La Lettre
Schuman

L'actualité européenne de la semaine

Unique en son genre, avec ses 200 000 abonnées et ses éditions en 6 langues (français, anglais, allemand, espagnol, polonais et ukrainien), elle apporte jusqu'à vous, depuis 15 ans, un condensé de l'actualité européenne, plus nécessaire aujourd'hui que jamais

Versions :