Élections législatives en Lituanie, le point une semaine avant le scrutin

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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10 octobre 2004
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

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Au total, vingt formations politiques se présentent aux élections législatives qui se dérouleront en Lituanie le 10 octobre prochain, parmi lesquelles dix-sept disposent de candidats dans l'ensemble des cent quarante et une circonscriptions.

Mille cent quatre vingt treize personnes sont candidates dans les soixante-dix circonscriptions où le vote se déroule au scrutin proportionnel, six cent sept dans les soixante et onze circonscriptions restantes.

A quelques jours des élections, le Parti du travail (DP) est largement en tête des enquêtes d'opinion. Selon le dernier sondage réalisé par l'institut Spinter à la mi-septembre, le parti populiste dirigé par Viktor Ouspaskitch recueille 26,2% des intentions de vote, loin devant la coalition « Nous travaillons pour la Lituanie » composée par la principale formation du gouvernement, le Parti social-démocrate (LSDP), et son partenaire à la tête de l'Etat, le Parti social-libéral (SL), qui obtient 16,6% des voix. Ces deux formations devancent la coalition « Pour l'ordre et la justice » du Président de la République récemment destitué, Rolandas Paksas (Parti libéral démocrate), coalition emmenée par Valentinas Mazuronis et qui recueille 8,1% des suffrages, l'Union de la patrie-Conservateurs (TS-LK), dirigée par Andrius Kubilius, qui obtient 6,7%, le Parti des paysans et du Parti de la nouvelle démocratie (LVP-NDP) de Kazimiera Danute Prunskiene, 6,8%, et l'Union libérale-Union du centre (LLC-LSC), dont la liste est conduite par l'ancien négociateur en chef de la Lituanie avec l'Union européenne, Petras Austrevicius, qui recueille 5,6% des intentions de vote. Un Lituanien sur dix (11,2%) déclare ne pas avoir encore fait son choix.

Le Parti du travail aura dominé cette campagne électorale de bout en bout. Tant et si bien que sa victoire est presque acquise et que chacune des formations en liste pour ces élections législatives en est réduite à se déterminer par rapport à lui. Ainsi, l'Union de la patrie-Conservateurs est le seul parti à s'être engagé à ne participer en aucun cas à un gouvernement dans lequel siègerait le Parti du travail, affirmant que Viktor Ouspaskitch constitue un danger pour la Lituanie. Son leader Andrius Kubilius n'a pas hésité à affirmer que le dirigeant du Parti du travail avait promis, en cas de victoire aux élections, à l'actuel Premier ministre Algirdas Mykolas Brazaukas et au président du Parlement Arturas Paulausakas qu'ils conserveraient leurs postes. Selon le chef de l'Union de la patrie-Conservateurs, la décision de Viktor Ouspaskitch de retirer sa candidature de la circonscription où se présente Arturas Paulausakas constitue la preuve de la véracité de ses déclarations. Les autres partis déclarent ne pas avoir pris, pour l'heure, de décision quant à une éventuelle alliance avec le Parti du travail. Quant à la formation populiste, elle fait pour l'instant cavalier seul, son leader ayant maintes fois répété qu'il ne souhaitait pas parler d'éventuelles alliances avant le scrutin. « Nous sommes une nouvelle formation et nous ne voulons pas être apparentés aux autres partis. Après le scrutin, nous pourrions négocier avec ceux qui ont accompli les meilleures choses durant ces dernières quatorze années (depuis l'indépendance du pays le 11 mars 1990) » a récemment déclaré Viktor Ouspaskitch.

Regroupés au sein de la coalition « Nous travaillons pour la Lituanie », le Parti social-démocrate et son partenaire au gouvernement, le Parti social libéral, font campagne sur le bilan de leurs quatre années passées à la tête de l'Etat, un record de longévité dans l'histoire de la Lituanie indépendante. Leur programme électoral est teinté de nombreuses mesures sociales comme l'augmentation du salaire moyen de 1 800 litas (520 euro) et des pensions de retraite de 650 litas (188 euro) dans les quatre années à venir. Les deux formations promettent également de baisser le taux de chômage à 8% de la population active et d'augmenter le PIB lituanien d'un tiers de façon à ce qu'il représente, en 2008, 60% du PIB européen moyen. La liste, conduite par le vice-président du Parti social-démocrate, Ceslovas Jursenas, comprend plusieurs ministres du gouvernement : Vilija Blinkeviciute, ministre de la Sécurité sociale et du Travail, Algirdas Butkevicius, ministre des Finances, Antanas Valionis, ministre des Affaires étrangères et Juozas Olekas, ministre de la Santé.

Du côté des forces conservatrices, la principale formation, l'Union de la patrie-Conservateurs, met l'accent sur la nécessité d'un Etat fort, seul capable à ses yeux de protéger la Lituanie de toute menace éventuelle venant de Russie. « La Lituanie sur la route du succès », tel est le titre du programme de TS-LK préconisant « le retour aux valeurs lituaniennes, familiales et chrétiennes ». « Ce sont les problèmes sociaux, et non les questions économiques, qui doivent constituer notre priorité » a récemment affirmé le leader Andrius Kubilius.

L'Union des Russes de Lituanie et l'Alliance électorale polonaise (LLRA) ont récemment annoncé leur union pour les prochaines élections législatives. Citoyens lituaniens, les russophones constituent 17% de la population du pays. Si leur intégration pose de nombreux problèmes en Estonie et en Lettonie, où ils représentent environ un tiers de la population, tel n'est pas le cas en Lituanie où ils sont moins nombreux et relativement bien intégrés. Néanmoins, la minorité russophone reproche à l'Etat lituanien de ne pas avoir, comme il était prévu, voté la nouvelle loi sur les droits des minorités et se bat contre les fermetures d'écoles de langue russe. Dix-huit d'entre elles auraient été fermées durant ces quatre dernières années selon Sergei Dmitriyev, leader de l'Union des Russes de Lituanie.

L'Union sociale des conservateurs chrétiens, fondée cet été par l'ancien Premier ministre, Gedimias Vagnorius, sera également présente aux élections législatives du 10 octobre. Elle présentera vingt candidats concourant dans les circonscriptions où le vote se déroule au scrutin majoritaire et vingt autres dans celles où il a lieu au scrutin proportionnel.

A une semaine des élections législatives, les Lituaniens semblent avoir fait leur choix, confirmant les résultats d'une enquête d'opinion réalisée en août dernier pour le Fond de la Société ouverte et l'Institut de la société civile et qui révélait que plus d'un tiers (37%) d'entre eux plébiscitent les nouvelles personnalités et que quatre électeurs sur dix (41,5%) s'apprêtent à accorder leur voix aux candidats leur promettant un changement radical. En effet, à moins d'un bouleversement peu probable, le Parti du travail devrait arriver largement en tête du scrutin le 10 octobre prochain. La seule vraie question tourne autour des partis susceptibles et capables de s'allier avec la formation populiste pour former un gouvernement. Mais une autre possibilité doit également être envisagée, celle où, en dépit de sa victoire, le Parti du travail ne parviendrait pas à former une coalition gouvernementale, les autres formations s'alliant dans une large coalition pour l'empêcher d'accéder au pouvoir. Cette situation, qui n'est aucunement improbable, ne constituerait pas une première dans la région. En effet, dans la République voisine de l'Estonie, le Parti du centre (EK), pourtant arrivé en tête du scrutin législatif du 2 mars 2003 avec 25,4% des suffrages, a été maintenu en dehors du gouvernement par une coalition regroupant trois partis politiques.

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