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Le parti communiste arrive en tête des élections législatives en Moldavie

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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6 mars 2005
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

Le Parti communiste (PCRM) est arrivé en tête des élections législatives qui se déroulaient le 6 mars. Le parti du Président de la République, Vladimir Voronine, a recueilli 42% des suffrages et remporte cinquante-sept sièges. Il est cependant en recul de 7,9 points et perd quatorze sièges par rapport au précédent scrutin du 25 février 2001.

Le Bloc électoral Moldavie démocratique (BMD), présidé par le maire de la capitale Chisinau, Serafim Urecheanu, arrive en deuxième position et obtient 28% des voix et trente-quatre sièges. Cette coalition de centre-gauche -soutenue par la Russie et par les autorités de Transnistrie, toutes deux désireuses d'affaiblir le Parti communiste- est composée de trois formations : le Parti démocratique, présidé par Dumitru Diacov, ancien président du Parlement, l'Alliance « Notre Moldavie » co-présidée par l'ancien Premier ministre, Dumitru Braghis, Veaceslas Untila et Serafim Urechean, et le Parti social-libéral d'Oleg Serebrian.

Le Parti populaire chrétien-démocrate (PPCD), formation de centre-droit dirigée par Jurie Rosca, recueille 14% des suffrages et remporte dix sièges.

Aucune autre formation n'atteint les 6% (9% pour les coalitions de deux partis ou 12% pour trois) obligatoires pour être représentée au Parlement. Les deux partis favorables à la Russie et créés quelques mois avant les élections –Ravnopraviye (RSPMR), formation de centre-gauche dirigée par Valerii Climenco, et le Bloc électoral Patria-Rodina (EBPR), dirigé par Boris Muravschili et comprenant le Parti socialiste de Victor Morev et le Parti des socialistes de la République de Moldavie de Veronica Abramciuc et Eduard Smirnov- n'ont pas réussi de percée électorale. La participation est en recul par rapport aux dernières élections législatives du 25 février 2001 (- 11,14 points) et a atteint à 58,86%. Le taux de participation le plus élevé a été enregistré dans la région de Basarabeasca (74,64%), le plus faible dans la capitale Chisinau (48,72%). Huit mille des trois cent mille Moldaves vivant en Transnistrie se sont rendus aux urnes. 7 637 personnes ont voté à l'étranger. Notons que le premier sondage sortie des urnes réalisé dans le pays pour deux chaînes de télévision indépendantes et s'appuyant sur les données de deux cent cinquante-deux bureaux de vote a donné, à très peu de choses près, les résultats exacts de ce scrutin législatif.

« Les élections ont été démocratiques, ouvertes et se sont déroulées avec la participation de nombreux observateurs internationaux et locaux. Elles répondent aux normes internationales » a déclaré Jurie Ciocan, membre de la Commission électorale centrale. « Nous ne voyons pas de raisons sérieuses de contester les résultats et nous n'avons pas reçu de plainte sur des violations importantes qui pourraient avoir eu une influence » a t-il ajouté. Sept cent quarante-sept observateurs internationaux et deux mille cinq cents moldaves ont surveillé le scrutin. La Moldavie avait refusé la venue d'observateurs de la Communauté des Etats indépendants (CEI). Le Président de la République, Vladimir Voronine, avait tenu à s'exprimer quelques jours avant les élections sur l'importance démocratique du scrutin. « Le plus important en ce moment est l'organisation d'élections correctes. Ce devoir est plus important que la victoire du Parti communiste moldave » avait-il déclaré, ajoutant « L'avenir du pays est lié à la victoire des normes démocratiques ».

« Tout parti aurait souhaité davantage mais cela nous fait plaisir de savoir qu'aucune formation n'élira le Président sans nous » a déclaré le porte-parole du Parti communiste, Alexandre Petkov, à l'issue de l'annonce des résultats. Depuis la réforme constitutionnelle de l'année 2000, le Président de la Moldavie est élu par le Parlement qui dispose de quarante-cinq jours pour mener à bien ce scrutin. S'il n'y parvient pas, de nouvelles élections législatives sont organisées. Avec cinquante-sept sièges, le Parti communiste ne dispose pas de la majorité parlementaire (trois cinquièmes) nécessaire pour élire le Président et devra donc s'assurer du soutien de quelques parlementaires (au minimum quatre). « Le Parti communiste trouvera évidemment les six ou sept sièges qui lui manquent pour la majorité présidentielle car le Bloc centriste est très fragile et n'a été formé que pour ces élections » affirme le politologue Nicolae Chirtoaca, directeur d'un centre de recherche indépendant.

Le Président, leader du Parti communiste au pouvoir, a effectué peu avant les élections une volte-face politique, tournant le dos à la Russie et dénonçant l'ingérence de Moscou dans les affaires intérieures pour regarder du côté de l'Union européenne. Cette nouvelle orientation pro-européenne a été adoptée à l'unanimité lors du congrès du PCRM en décembre 2004. Le divorce entre les deux pays date de novembre 2003 lorsque Vladimir Voronine a refusé de signer le plan Kozak élaboré pour résoudre le conflit opposant la Moldavie et la Transnistrie, prétextant que celui-ci « avait été établi sans consulter l'Union européenne que la Moldavie a l'intention de rejoindre ». En février dernier, Vladimir Voronine a signé un plan d'action avec la Commission européenne dans le cadre de la politique de voisinage de l'Union et demandé à l'Europe sa participation dans le règlement du conflit qui oppose son pays aux séparatistes de Transnistrie. Le Président a également conclu des accords avec la Roumanie voisine, pays avec lequel il entretenait jusqu'alors des rapports difficiles. Le nouveau Président roumain, Traian Basescu, est d'ailleurs venu en visite officielle à Chisinau en janvier dernier. Vladimir Voronine a également rencontré quelques jours avant les élections législatives le Président ukrainien, Viktor Ioutchenko, et reçu à Chisinau le Président géorgien, Mikhaïl Saakachvili, venu le soutenir à la veille des élections. « Le Président se rend en Moldavie afin d'exprimer sa solidarité avec le peuple dans sa lutte pour l'indépendance et son aspiration à l'intégration européenne » déclarait un communiqué de la Présidence géorgienne. Tout ceci n'a pu que laisser craindre à Vladimir Poutine la formation d'un axe anti-russe parmi les anciens satellites de Moscou. Enfin, les autorités moldaves ont expulsé durant les dernières semaines des centaines de Russes accusés de mener illégalement campagne pour les formations d'opposition. « Les communistes ont compris que le Kremlin souhaitait une instabilité chronique et la faiblesse de la Moldavie pour y maintenir son influence. La politique de Vladimir Voronine est une menace pour Moscou » souligne Nicolae Chirtoaca.

Le retournement du Président moldave a privé les formations de l'opposition de l'essentiel de leur programme politique. Le Bloc électoral « Moldavie démocratique » est favorable à un rapprochement avec l'Ouest mais souhaite maintenir les relations avec la Russie. Quant au Parti populaire chrétien-démocrate, il a surenchéri en se déclarant en faveur d'une intégration de la Moldavie à l'OTAN. Durant la campagne électorale, caractérisée les derniers jours par la tenue de propos très agressifs, les formations politiques se sont d'ailleurs mutuellement accusées de plagiat.

Après le succès de sa formation aux élections législatives, Vladimir Voronine devrait être prochainement réélu Président de la Moldavie. Il n'aura pas trop des quatre années à venir pour solidifier la démocratie en Moldavie où la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté et dont un tiers de la population active a émigré depuis l'indépendance de 1991 et pour parvenir à résoudre le conflit avec la Transnistrie.

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