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Anibal Cavaco Silva s'impose dès le premier tour de l'élection présidentielle

Actualité

Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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24 janvier 2006
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

Habitués à désigner leur Président de la République dès le premier tour, les Portugais ont, cette fois encore, élu dès le dimanche 22 janvier Anibal Cavaco Silva (Parti social-démocrate, PSD) à la magistrature suprême. Celui-ci devient ainsi le premier Président libéral depuis la Révolution des œillets du 25 avril 1974 qui avait marqué la chute de la dictature établie par Antonio Oliveira Salazar en 1932. Grand favori des enquêtes d'opinion pré-électorales, l'ancien Premier ministre (1985-1995) a recueilli 50,59% des suffrages, devançant largement ses deux principaux adversaires. Mario Soares, candidat officiel du Parti socialiste (PS), obtient 14,34% des voix et est même battu par l'autre candidat issu de la formation socialiste, Manuel Alegre, vice-président de l'Assemblée nationale depuis 1995, qui se présentait sans l'aval de sa formation et qui recueille 20,72% des suffrages.

Les trois autres candidats, qui se situaient tous à gauche sur l'échiquier politique, ont chacun obtenu moins de 10% des suffrages. Jeronimo de Sousa, secrétaire général et candidat du Parti communiste (PCP), a recueilli 8,59% des voix, Francisco Louca, leader et candidat du Bloc des gauches (BE), 5,31% et Garcia Pereira, secrétaire général et candidat du Parti communiste des travailleurs (PCPT/MRPP), 0,44%. Francisco Louca et Garcia Pereira, ayant remporté moins de 6% des suffrages, ne seront donc pas remboursés de leurs dépenses de campagne.

La participation a atteint 62,60%, soit 12,89 points de plus que lors du dernier scrutin du 14 janvier 2001, un résultat relativement élevé pour une élection présidentielle au Portugal.

Candidat unique des forces libérales, Anibal Cavaco Silva a certainement bénéficié de la division de la gauche et surtout de celle du Parti socialiste. Pas moins de cinq candidats se présentaient en effet contre lui dont deux pour le Parti socialiste. En choisissant l'ancien Premier ministre libéral, les Portugais, comme ils l'avaient fait en octobre dernier lors des élections municipales, ont également sanctionné le gouvernement socialiste de José Socrates, au pouvoir depuis le 20 février 2005. Le paradoxe est que, loin de s'y opposer, Anibal Cavaco Silva soutient les réformes engagées par le Premier ministre socialiste avec qui, a-t-il déclaré, il souhaite coopérer « dans un esprit de loyauté et d'entraide ». Les deux hommes partagent le diagnostic sur les difficultés que traversent le Portugal et sont d'accord sur les réformes à mettre en place pour sortir le pays de la crise (réforme de la sécurité sociale, de l'administration publique et de la justice, nécessité d'attirer les investissements étrangers). Plus que les autres candidats, Anibal Cavaco Silva, qui n'a jamais attaqué le Premier ministre durant sa campagne, devrait donc encourager le gouvernement dans la poursuite des réformes que celui-ci a initiées depuis onze mois. « Dans le respect de la Constitution, je manifeste mon entière disponibilité pour collaborer avec le Président de la République dans l'intérêt de la stabilité politique » a déclaré José Socrates. Durant la campagne, celui-ci avait d'ailleurs tenu à rappeler qu'une victoire d'Anibal Cavaco Silva ne modifierait aucunement sa politique économique. « José Socrates, dont le parti est sorti divisé du scrutin, pourrait finir par s'appuyer sur Anibal Cavaco Silva si les fractures au sein de sa formation ne se réduisent pas » a estimé le journaliste Antonio José Texeira. « Anibal Cavaco Silva aura d'autant plus de marges de manœuvre que la candidature dissidente de Manuel Alegre aura des répercussions sur l'unité du Parti socialiste » a souligné Carlos Magno, journaliste politique à la télévision RTPI.

Le nouveau Président, qui a promis aux Portugais qu'il « ferait de leurs rêves une réalité », a également su donner confiance aux électeurs qui ont vu en lui le candidat le plus à même de sortir le pays de la crise qu'il traverse actuellement. Selon les enquêtes pré-électorales, près de huit Portugais sur dix considéraient Anibal Cavaco Silva comme le meilleur candidat en matière d'économie. Celui-ci, qui a su utiliser la fibre patriotique (« Je sais que le Portugal peut gagner » annonçait son slogan de campagne), s'est fort judicieusement placé au-dessus de la mêlée et est parvenu à rassurer et convaincre une grande partie des électeurs (dont 20% des socialistes selon le directeur de l'institut d'opinion Eurosondagem, Rui Oliveira Costa) nostalgiques de la période de forte croissance, d'augmentation des salaires et d'amélioration des prestations sociales qu'a connu le Portugal sous les gouvernements dirigés par l'ancien Premier ministre qu'il pouvait contribuer à l'amélioration de leur vie quotidienne.

Durant sa campagne électorale, Anibal Cavaco Silva n'a pas hésité à rappeler le bilan de ses dix années passées à la tête du gouvernement durant lesquelles il avait considérablement modernisé l'économie et la société portugaises. Le pays traverse une grave crise socioéconomique : faible croissance -0,8% en 2005- taux de chômage s'élevant à 7,7%, pauvreté croissante -deux millions de Portugais vivent avec moins de trois cent cinquante euro par mois- et déficit budgétaire atteignant près de 7% du PIB. Le pays souffre d'instabilité politique : pas moins de quatre Premiers ministres se sont succédé depuis 2002 et encore quatre ministres des Finances durant les douze derniers mois ! « Dans ce contexte gravissime, il incombe au futur Président d'être davantage qu'un simple modérateur » a répété le candidat social-démocrate durant sa campagne électorale.

« Je salue les Portugais, tous les Portugais, pour le sens civique qu'ils ont démontré lors de cet acte électoral. Je veux être et je serai le Président de tous les Portugais. (...) Je suis engagé en faveur du développement de notre pays. Ce n'est pas une petite tâche qui nous attend, la route sera longue et difficile » a déclaré Anibal Cavaco Silva à l'issue de l'annonce des résultats. « Je connais l'importance de la stabilité. Le pays en a besoin pour aller de l'avant » a affirmé celui qui souhaite « contribuer à ce que le Portugal surmonte la crise ». Le nouveau Président de la République a été félicité par l'actuel Président de la Commission européenne (et ancien Premier ministre portugais), José Manuel Durao Barroso. « Son élection représente la réaffirmation de la vocation européenne du Portugal, précisément vingt ans après l'adhésion du pays à l'Union européenne » a déclaré José Manuel Durao Barroso, qui a également rappelé « l'enthousiasme et le sincère engagement européen » d'Anibal Cavaco Silva.

Agé de soixante-six ans, Anibal Cavaco Silva, économiste de formation, a travaillé comme chercheur à la Banque centrale du Portugal. Entré au Parti social-démocrate en 1974 après sa rencontre avec le fondateur de la formation, Francisco Sa Carneiro, il a connu une ascension rapide au sein du parti et est devenu ministre du Plan et des Finances de 1980 à 1981. Après avoir été fortement contribué au renversement de la coalition Parti social-démocrate-Parti socialiste au pouvoir à l'époque, il a remporté les élections législatives et a été nommé Premier ministre en 1985. En 1996, Anibal Cavaco Silva échoue à l'élection présidentielle contre Jorge Fernando Branco de Sampaio et se met en retrait de la vie politique nationale portugaise, retrouvant son métier d'enseignant en économie.

Mario Soares a reconnu sa défaite dès l'annonce des premiers résultats. « Les résultats sont contraires à mes espoirs. J'accepte cette défaite avec le sentiment du devoir accompli et du fair-play démocratique » a souligné l'ancien Président de la République (1986-1996) et Premier ministre (1983-1986) pour qui ce scrutin a été le combat de trop. « Les victoires et les échecs électoraux font partie de la règle du jeu démocratique » affirmait Mario Soares dimanche soir. Après cette élection présidentielle qui a mis à jour les dissensions internes de la formation au pouvoir, les analystes politiques sont nombreux à penser que le Premier ministre José Socrates, qui avait choisi de soutenir l'ancien Président de la République aux dépens de Manuel Alegre, pourrait convoquer de façon anticipée un congrès extraordinaire du Parti socialiste, dont le prochain congrès national est prévu pour l'automne 2006. De son côté, Manuel Alegre a affirmé vouloir « contribuer au renouvellement de la vie politique ». « Il y a un espace de citoyenneté au-delà des partis politiques » a-t-il affirmé, ajoutant « Je suis prêt à participer à de nouveaux combats ».

En élisant le candidat social-démocrate Anibal Cavaco Silva à la Présidence de la République après avoir onze mois plus tôt porté au pouvoir un gouvernement socialiste, les Portugais ont montré une fois encore qu'ils étaient sensibles à l'équilibre des pouvoirs.

Le nouveau Président succèdera officiellement à Jorge Fernando Branco de Sampaio le 9 mars prochain.

Résultats du premier tour de l'élection présidentielle du 22 janvier 2005 au portugal

Participation : 62,60%

source : commission électorale du portugal

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