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Vers un duel Peter Pellegrini vs Ivan Korcok à la présidentielle slovaque ?

Élections en Europe

Corinne Deloy

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4 mars 2024
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Vers un duel Peter Pellegrini vs Ivan Korcok à la présidentielle slovaque ?

PDF | 166 koEn français

Le 1er tour de l’élection présidentielle aura lieu le 23 mars en Slovaquie. 11 candidats se présentent à ce scrutin. Si aucun n’obtient plus de 50% des suffrages + 1, un 2nd tour sera organisé le 6 avril. Le mandat de la présidente de la République en exercice Zuzana Caputova expire le 15 juin.

Selon les enquêtes d’opinion, Peter Pellegrini (Hlas-Social-démocratie), président du Parlement, et Ivan Korcok, ancien ministre des Affaires étrangères, sont les favoris et devraient se retrouver le 6 avril lors du 2nd tour.
« L’élection présidentielle nous dira si les Slovaques soutiennent le Premier ministre Robert Fico ou s’ils veulent freiner et limiter son action » a déclaré Tim Haughton, professeur de science politique de l’université de Birmingham, spécialiste de la Slovaquie. Selon lui, le taux de participation sera crucial.

Les candidats en lice

Onze personnes sont officiellement candidates à la fonction présidentielle : 

— Peter Pellegrini (Hlas-Social-démocratie), soutenu par Direction-Démocratie sociale (SMER-SD), actuel président du Conseil national de la République (Narodna rada Slovenskej republiky), chambre unique du Parlement, et ancien Premier ministre (2018-2020) ;
— Ivan Korcok, ancien ministre des Affaires étrangères (2020-2022), soutenu par Slovaquie progressiste (PS) de Michal Simecka, le Mouvement chrétien-démocrate (KDH) de Milan Majersky, Liberté et solidarité (SaS) de Richard Sulík, Les Démocrates (D) de Jaroslav Nad, Bleu-Slovaquie européenne (M) de l’ancien Premier ministre (1998-2006) Mikulas Dzurinda et le Parti conservateur civique (OKS) de Ondrej Dostal ;
— Stefan Harabin (indépendant), ancien ministre de la Justice (2006 2009) et ancien président de la Cour suprême (1998-2003 et 2009-2014) ;
— Igor Matovic (Slovensko, anciennement Parti des gens ordinaires et des personnalités indépendantes (OL'aNO), ancien Premier ministre (2020-2021) ;
— Patrik Dubovsky (Union chrétienne, KU), historien, soutenu par Pour le peuple (ZL), parti centriste de l’ancien président de la République (2014-2019) Andrej Kiska ;
— Andrej Danko (Parti national, SNS), dirigeant de ce parti membre de la coalition gouvernementale ;
— Marian Kotleba (Parti populaire-Notre Slovaquie, ĽSNS), dirigeant du parti et ancien président de la région de Banska Bystrica (2013-2017), située au centre de la Slovaquie ; 
— Krisztian Forro (Alliance hongroise, Szövetseg Aliancia), qui défend les droits des minorités en Slovaquie ;
— Jan Kubis (indépendant), ancien ministre des Affaires étrangères (2006-2009) ;
— Milan Nahlik (indépendant), officier de police ;
— Robert Svec (Mouvement slovaque renouveau), membre d’un parti opposé à l’appartenance de la Slovaquie à l’Union européenne et à l’OTAN.

Faire de la présidence un contre-pouvoir à Robert Fico ?

Une victoire de Peter Pellegrini renforcerait indéniablement le pouvoir du Premier ministre Robert Fico. « Robert Fico et Peter Pellegrini ont longtemps été membres du même parti. Ils sont idéologiquement proches l’un de l’autre » a souligné Tim Haughton. En effet, Peter Pellegrini a quitté SMER-SD en juillet 2020 ; il a ensuite créé Hlas qui se définit comme social-démocrate, une place laissée libre sur l’échiquier politique à la suite du virage de Robert Fico vers la droite.

Le gouvernement actuel, qui rassemble SMER-SD, Hlas- et le Parti national (SNS), est sous le feu des critiques pour son projet de réformer le code pénal et, plus largement, le système judiciaire dans un sens qui rendrait les poursuites dans les affaires de corruption et de de crime organisé plus difficiles, les peines prononcées dans ces mêmes affaires plus légères et les délais de prescription pour certains crimes, tel le viol, plus courts.
Ce projet a donné lieu à de nombreuses manifestations, les plus importantes depuis l’assassinat du journaliste Jan Kuciak et de sa compagne Martina Kusnirova tous deux âgés de 27 ans, le 21 février 2018 [1] . Ces dernières avaient conduit à la démission en mars 2018 du Premier ministre Robert Fico, de deux ministres et du chef de la police. 
Peter Pellegrini répète qu’il ne laissera pas les forces d’opposition faire de la réforme du code pénal le thème principal de la campagne présidentielle et que les candidats se doivent d’offrir aux Slovaques une vision plus large et non un débat sur une loi. « Une Slovaquie confiante et fière, tel doit être le premier objectif du président de la République » a indiqué Peter Pellegrini qui a ajouté « concevoir la présidence comme un contrepoids au gouvernement est une représentation complètement erronée et ne nous amènerait qu’à une seule chose : la poursuite d’un conflit permanent entre les deux têtes de l’exécutif ».

Son principal adversaire, Ivan Korcok, a déclaré qu'il partageait les objections soulevées par les experts sur le projet de loi et il a affirmé que le peuple n'avait pas besoin de l’allègement des peines et du raccourcissement des délais de prescription. Il a mis en garde sur le fait que l’Union européenne pourrait suspendre les fonds européens dédiés à Bratislava après le vote de la réforme du code pénal en raison des menaces que celle-ci fait peser sur l'Etat de droit.
Ivan Korcok se définit comme le premier opposant à Peter Pellegrini et comme un défenseur de la démocratie libérale à l’image de la présidente sortante, Zuzana Caputova. 
« La Slovaquie a besoin d’un président de la République autonome fort et confiant qui sera capable de s’opposer au gouvernement. Peter Pellegrini représente l’inverse de ce profil » a souligné Michal Simecka. Son parti (PS) est inquiet de ce qui se passerait si la coalition gouvernementale actuelle contrôlait aussi la présidence du pays. « Si Peter Pellegrini est élu chef de l’Etat, la démocratie slovaque se retrouvera sur une pente glissante » a indiqué Michal Simecka.
Jaroslav Nad, dirigeant des Démocrates (D), a souligné qu’il était essentiel pour son parti de partager avec le président de la République des valeurs de justice, de protection de l’Etat de droit, de démocratie, principes qui sont, selon lui, actuellement menacés par le gouvernement de Robert Fico.

Selon l’enquête d’opinion réalisée par l’institut Median à fin février, Ivan Korcok arriverait en tête du 1er tour avec 36% des suffrages devant Peter Pellegrini, qui en recueillerait 32,7%. Ils seraient suivis, très loin derrière, par Stefan Harabin, 11,2% et par Igor Matovic (4,9%).
Les sondages du 2nd tour donnent tous la victoire à Peter Pellegrini sur Ivan Korcok. Si Stefan Harabin affirme ne pas soutenir le candidat du pouvoir en place, il semble qu’environ 60 % de ses électeurs seraient prêts à voter pour Peter Pellegrini le 6 avril. 

La fonction présidentielle en Slovaquie

Le président de la République possède peu de pouvoirs mais il tient néanmoins une place importante dans l’équilibre des pouvoirs. Elu pour 5 ans, il est le commandant en chef des forces armées ; il négocie et ratifie les accords internationaux, il promulgue les lois et il peut accorder des amnisties.
Toute personne souhaitant se présenter à la magistrature suprême doit obligatoirement recueillir au moins 15 000 signatures d'électeurs ou bien celles d'un minimum de 15 députés soutenant sa candidature. Cette seconde option a été choisie par l’’ancien Premier ministre Igor Matovic, Patrik Dubovsky et le président du Parlement Peter Pellegrini pour présenter leur candidature. 
Chaque candidat est autorisé à dépenser une somme maximum de 500 000 € pour sa campagne électorale.

 

source : https://volby.statistics.sk/prez/prez2019/en/data03.html

Jan Kuciak enquêtait sur les soupçons de fraude aux subventions européennes organisées par la mafia italienne en Slovaquie avec l'aide de proches du gouvernement pour le site Internet aktuality.sk, site du premier quotidien du pays Novy cas.

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