Elections législatives en Russie, Le point à une semaine du scrutin

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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26 novembre 2007
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Elections législatives en Russie, Le point à une semaine du scrutin

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11 partis politiques sont en lice pour les élections législatives qui se dérouleront en Russie le 2 décembre prochain. 10 se retrouvent lors des débats télévisés organisés dans le cadre de la campagne électorale, le 11ème, Russie unie, parti de Vladimir Poutine, ayant refusé d'y participer !

"Russie unie montre sa lâcheté en ne participant pas aux débats et en se cachant derrière l'image du Président Poutine" affirme Sergueï Mironov, président du Conseil de la Fédération, Chambre haute du Parlement, et du Parti des retraités (PP), membre du nouveau parti, Russie juste (SR).

600 personnes représentent Russie unie à ce scrutin, 523 le Parti communiste (KPRF), 342 Iabloko ("la pomme"), 302 l'Union des forces de droite (SPS), 360 le Parti démocrate-libéral (LDPR) et 556 Russie juste (SR). Selon les analystes, les dépenses de campagne seront six fois plus importantes pour les élections législatives du 2 décembre prochain qu'elles ne l'ont été lors du précédent scrutin du 7 décembre 2003. Ainsi, Russie unie aurait dépensé 320 millions de roubles, le Parti démocrate-libéral 290, l'Union des forces de droite 108 et, enfin, le Parti communiste, Russie juste et Iabloko, environ 75. La loi électorale fixe à 400 millions de roubles le plafond des dépenses, une somme qui n'inclut pas les fonds de campagne des branches régionales des partis.

Au total, 107 millions d'électeurs sont appelés aux urnes le 2 décembre prochain. Des bureaux de vote seront ouverts dans 140 pays étrangers.

Trois éléments importants sont à noter en ce qui concerne ce scrutin. Tout d'abord, les enquêtes d'opinion montrent une baisse de l'intérêt des Russes par rapport aux précédentes élections législatives : seules 13% des personnes interrogées disent suivre la campagne. Valery Fedorov explique cette indifférence par la stabilisation, ces dernières années, de la société russe ; "la principale préoccupation des individus aujourd'hui est de parvenir à tirer avantage de leur prospérité matérielle". Ensuite, l'engagement personnel du Président de la Fédération de Russie dans la campagne, une première dans le pays, a radicalement changé la nature même du scrutin dans lequel selon Alexei Sidorenko, analyste politique au Centre Carnegie de Moscou, "les électeurs sont moins invités à choisir entre plusieurs partis que d'indiquer leur niveau de soutien au leadership de Vladimir Poutine". Enfin, les idéologies ont déserté la scène politique russe et chacune des formations a centré sa campagne sur des enjeux et des promesses précises et spécifiques plutôt que sur la défense de valeurs.

Le 14 novembre dernier, à Krasnoïarsk, Vladimir Poutine a déclaré : "Si nous avons réussi à réaliser tout ce que nous avons fait ces dernières années, cela est dû pour une large part au fait que je me suis appuyé dans mes activités sur Russie unie au Parlement. Cette force consolidée m'a aidé à adopter certaines décisions et à les appliquer. J'ai donc pris la décision de conduire la liste Russie unie pour convaincre les Russes de voter pour ce parti et former une véritable majorité gouvernementale à la Douma. Si une majorité d'électeurs votent pour Russie unie, j'aurai le droit moral d'apprécier l'efficacité des efforts de tous ceux qui travailleront à la Douma et au gouvernement en vue d'appliquer les décisions adoptées. De quelle façon je le ferai, je ne peux encore le dire. Il existe plusieurs possibilités. Selon le résultat des élections sur lequel je compte, j'aurai telle ou telle possibilité". Le 20 novembre, il a promis un "renouveau total" du leadership russe après les élections.

Rappelons que Vladimir Poutine, qui achève son 2ème mandat présidentiel, ne peut, selon la Constitution russe, se présenter à un 3ème mandat consécutif et devra donc quitter le Kremlin en mars prochain, date à laquelle aura lieu la prochaine élection présidentielle. Les trois personnalités les plus en vue pour lui succéder sont le Premier ministre, Viktor Zoubkov, et les deux vice-Premier ministres, Serguei Ivanov et Dmitri Medvedev. Dmitri Badovsky, politologue, a noté que, dans son discours du 14 novembre, Vladimir Poutine a exprimé, pour la première fois de façon publique, le fait que les élections législatives du 2 décembre prochain constituaient, pour lui, un test de confiance. Le 20 novembre dernier, le président du Conseil de la Fédération, Sergueï Mironov, a appelé le Président de la Fédération à se représenter à l'élection présidentielle du 7 mars prochain. "Je pense que Vladimir Poutine doit rester Président après mars 2008. Le pays et notre peuple en ont besoin" a-t-il affirmé, soulignant que la Loi fondamentale "ne nous est pas envoyée par le ciel" et peut donc être contournée.

Début novembre, Abdul-Khakim Sultigov, coordinateur de la politique ethnique et de la coopération avec les associations religieuses au sein de Russie unie, a publié, sur le site Internet du parti, un article intitulé "Le phénomène russe du leader national" dans lequel il demande aux gouverneurs régionaux, aux responsables municipaux, aux partis politiques et aux institutions de la société civile de signer un serment à Vladimir Poutine (sur le modèle du serment au premier tsar de 1613), et envisage de créer une assemblée civique dont le Président de la Fédération pourrait prendre la tête. Abdul-Khakim Sultygov présente sa thèse comme une alternative à la démocratie occidentale. Le 7 novembre, Russie unie s'est dissocié de cette proposition affirmant que l'auteur n'a exprimé que son point de vue personnel. Cette proposition, outre qu'elle n'est pas compatible avec la Constitution, devrait fortement déplaire à l'étranger. Vladimir Poutine a plusieurs fois montré qu'en dépit de sa façon d'exercer le pouvoir – très éloignée des standards démocratiques -, il tenait à préserver autant que faire se peut sa crédibilité internationale.

Russie unie, qui souhaite recueillir 60% des suffrages le 2 décembre prochain, a demandé à chacun de ses membres (1,69 million au total) de convaincre chacun au moins 10 personnes avant le jour du vote. "L'émergence et la montée en puissance de Russie unie est basée sur le long terme. Le but du parti, taillé pour Vladimir Poutine, est de réduire la compétition politique. Mais la Russie peut toujours connaître une grave crise. Si tel était le cas, le Parti communiste pourrait redevenir puissant. C'est pourquoi Russie juste a été créée, afin de conjurer ce risque" indique l'analyste politique du Centre des techniques politiques, Tatiana Stanova. Le parti majoritaire compte sur ses listes électorales 192 députés sortants de la Douma, 65 leaders régionaux et plus de 20 maires de capitales régionales.

Le Parti communiste, qui se veut la seule formation d'opposition à Vladimir Poutine, a centré sa campagne électorale sur la justice sociale et promet d'améliorer la vie quotidienne des Russes, ainsi que le statut de l'armée et des militaires. "Si les ressources du pays étaient distribuées équitablement, chaque Russe recevrait 160 000 dollars" a déclaré son leader, Guennadi Ziouganov. Ce dernier veut lutter contre le vieillissement de la population et la dénatalité qui frappe la Russie et n'hésite pas à parler de "génocide du peuple russe". Le part communiste est fort du soutien des catégories les plus participatives de la population : les retraités et les personnes âgées de 40 à 60 ans.

"Nous convainquons la droite et rassurons la gauche", tel est le slogan de l'Union des forces de droite pour ces élections. Le parti a tenté d'interdire au Président Poutine d'être candidat au scrutin législatif, mais en vain. La Commission électorale centrale a indiqué par la voix de son président, Vladimir Churov, que cette candidature était "aussi juste que lorsque le Président des Etats-Unis conduit son parti aux élections et aussi juste que lorsque le Premier ministre norvégien figure tête de liste de sa formation pour le scrutin législatif". L'Union des forces de droite, comme de nombreuses autres, s'est plainte des obstacles qu'elle rencontre lors de l'organisation de ses meetings électoraux et de la confiscation ou de la destruction d'une partie de son matériel de campagne. De nombreuses formations ont exprimé des griefs comparables.

Sous le slogan "Du pain pour tous", le Parti agrarien (APR) fait de la subsistance alimentaire le cœur de sa campagne électorale. Enfin, le Parti vert (Z) n'a pas été autorisé à se présenter aux élections en raison de la non validité des signatures qu'il a présentées et a appelé à voter pour le Parti démocrate-libéral de Vladimir Jirinovski. Les deux partis ont signé un accord de coopération le 14 novembre dernier.

L'ancien champion d'échecs, Gary Kasparov, l'un des principaux opposants à Vladimir Poutine, appelle à voter nul le 2 décembre prochain, la possibilité de se prononcer "contre tous les candidats" ayant été supprimée par la nouvelle loi électorale. "Le Kremlin ne fait même plus l'effort de cacher le fait que les résultats des élections sera décidé en privé" affirme celui qui est tête de liste de l'Autre Russie. Garry Kasparov a obtenu l'autorisation d'organiser un rassemblement à Moscou le 24 novembre prochain. L'Union des forces de droite a annoncé son intention de participer à cette manifestation. Toutefois, il a été condamné le 24 novembre à cinq jours d'emprisonnement pour manifestation non autorisée et refus d'obéir aux ordres de la police !

Enfin, l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE) a décidé, le 16 novembre dernier, d'annuler sa mission d'observation des élections législatives russes. Réagissant à cette décision, le porte-parole de la diplomatie, Mikhaïl Kamynine, a déclaré que "l'OSCE pouvait bien prendre la décision qu'elle veut". "Les élections sont davantage un grand show qu'une phase nécessaire du développement politique du pays" a indiqué Nikolaï Petrov, politologue du centre Carnegie à Moscou. L'accueil d'observateurs lors des élections constitue pourtant une obligation faite aux membres de l'OSCE. En octobre, Vladimir Poutine avait décidé de n'accueillir pour le scrutin du 2 décembre prochain qu'un nombre d'observateurs très inférieur à celui du scrutin du 7 décembre 2003 (1 200 personnes avaient surveillé le déroulement des opérations électorales à cette époque dont plus de 400 observateurs de l'OSCE). Il avait accusé l'OSCE de "parti pris" vis-à-vis de la Russie, l'OSCE ayant estimé à l'époque que les élections législatives n'avaient pas respecté tous les critères d'un scrutin démocratique. Le leader de l'Union des forces de droite, Nikita Belykh, a déclaré que ce refus de Vladimir Poutine était le signe que "le pouvoir se prépare depuis le début à violer la loi et à falsifier les résultats du vote".

Selon une enquête d'opinion réalisée par l'institut VTsIOM et publiée le 21 novembre dernier, seuls Russie unie et le Parti communiste devraient recueillir plus des 7% des suffrages exprimés nécessaires pour être représenté à la Douma, Chambre basse du Parlement. Russie Unie de Vladimir Poutine obtiendrait 63,8% des suffrages et le Parti communiste, 7,3%. Russie juste ne recueillerait que 6% des voix et le Parti libéral-démocrate, 5,2%. Enfin, l'Union des forces de droite recueillerait 0,9% des suffrages, Iabloko, 1,2% et le Parti agrarien, 1,4%. 74,1% des personnes interrogées se disent certaines d'aller voter le 2 décembre prochain.

"Les communistes portent la contradiction de la gauche, l'Union des forces de droite, celle de la droite et tous les autres expriment leur soutien. Il me semble que ces élections ont un véritable sens politique : il s'agit d'une lutte pour s'assurer que nous n'aurons pas seulement deux partis à la Douma, Russie unie et le Parti communiste mais trois partis" souligne le politologue Dmitri Oreshkin. "Les électeurs qui souhaitent exprimer leur opposition à Vladimir Poutine sont en quelque sorte condamnés à voter pour le Parti communiste" affirme Leonid Sedov de l'institut d'opinion Levada.

L'avenir des partis politiques qui ne parviendront pas à entrer à la Douma semble, de toutes les façons, très compromis.

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