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Le leader de la droite Nicolas Sarkozy devance nettement la candidate socialiste Ségolène Royal au premier tour de l'élection présidentielle française.

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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23 avril 2007
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Nicolas Sarkozy (Union pour un mouvement populaire, UMP) est arrivé nettement en tête lors du premier tour de l'élection présidentielle française le 22 avril. L'ancien ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire du gouvernement de l'actuel Premier ministre Dominique de Villepin (UMP) recueille un résultat historique avec 31,11% des suffrages, soit 11 points de plus que l'actuel Président de la République, Jacques Chirac, (UMP) lors du premier tour de la précédente élection présidentielle du 21 avril 2002. Il devance de 5,28 points sa principale adversaire, Ségolène Royal (Parti socialiste, PS), qui obtient cependant un résultat élevé avec 25,83% des voix, soit un score comparable à celui recueilli par l'ancien Président de la République François Mitterrand (PS) au premier tour de l'élection présidentielle de 1981, scrutin qui avait d'ailleurs, pour la première fois sous la Ve République, porté la gauche au pouvoir. Le leader de l'Union pour la démocratie française (UDF), François Bayrou, prend la troisième place, réalisant un résultat exceptionnel en obtenant 18,55% des suffrages, améliorant de 13,31 points son score du 21 avril 2002. Il devance le leader d'extrême droite Jean-Marie Le Pen (Front national, FN) qui recueille 10,51% des voix et enregistre un net recul par rapport à 2002 (- 6,35 points)

Aucun des huit autres candidats en lice pour ce premier tour ne parvient à franchir la barre des 5% des suffrages. Olivier Besancenot (Ligue communiste révolutionnaire, LCR) arrive en cinquième position avec 4,11% des voix, un résultat très légèrement inférieur à celui de 2002 en pourcentage (- 0,14 point) mais supérieur en nombre de voix (+ 283 884). Il est suivi du leader du mouvement de droite, le Mouvement pour la France (MPF), Philippe de Villiers qui totalise 1,94% des suffrages, de la candidate du Parti communiste (PCF), Marie-George Buffet, qui obtient 1,94% des voix, de la candidate des Verts, Dominique Voynet, (1,57%), d'Arlette Laguiller (Lutte ouvrière, LO) qui recueille 1,34% des suffrages, de l'altermondialiste José Bové (1,32%), du candidat de Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT), Frédéric Nihous (1,15%) et enfin du candidat soutenu par la formation antieuropéenne d'extrême gauche le Parti des travailleurs (PT), Gérard Schivardi (0,34%).

Les trois grandes leçons du premier tour

La participation

La participation a été exceptionnelle : 84,6% des Français se sont rendus aux urnes, soit un record dans l'histoire de la Ve République, si l'on met de côté le premier scrutin présidentiel organisé en 1965 (84,75%).Cette participation historique est une réparation du premier tour de l'élection présidentielle de 2002 où un grand nombre d'électeurs s'étaient abstenus (28,40%), ce qui avait profité à Jean-Marie Le Pen dont l'électorat est toujours fortement mobilisé et ce qui avait permis au leader d'extrême droite de se qualifier pour le deuxième tour aux dépends du candidat du Parti socialiste, l'ancien Premier ministre (1997-2002) Lionel Jospin.

La rebipolarisation de la vie politique

Deuxième leçon : le résultat élevé des deux candidats arrivés en tête qui, ensemble, réunissent 56,94% des suffrages (contre 36,74% pour Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen le 21 avril 2002). Si l'on ajoute à ce chiffre le résultat de François Bayrou, les candidats de gouvernement recueillent les trois quarts des suffrages des Français (75,49%) et ce avec une participation exceptionnelle. Ce 22 avril 2007 est donc bien une réponse cinglante au 21 avril 2002. Les Français, qui s'étaient au préalable montrés très intéressés par la campagne électorale (inscriptions massives sur les listes électorales, pulvérisation des records d'audience des émissions politiques à la télévision, etc.) ont véritablement tiré la leçon de ce 21 avril de sinistre mémoire en se rendant aux urnes en grand nombre et en votant massivement pour les représentants des forces de gouvernement. C'est tout à l'honneur des deux principaux candidats d'avoir su mobiliser sur leur nom un si grand nombre de Français. Nicolas Sarkozy a réussi à capter un grand nombre d'électeurs qui, dans les années précédentes, avaient cédé aux charmes de l'extrême droite et Ségolène Royal, dont beaucoup, y compris au sein de son propre camp, prédisaient qu'elle ferait long feu dans cette campagne électorale, est parvenu à redonner sa vraie place à la gauche en se qualifiant haut la main pour le deuxième tour.

La chute des extrêmes

La troisième leçon du scrutin découle de la précédente, il s'agit de la chute des extrêmes, à droite comme à gauche de l'échiquier politique, et plus largement de tous les petits candidats qui ont pâti à la fois du « vote utile » des Français et du résultat obtenu par François Bayrou qui n'avait pas hésité à se positionner durant la campagne électorale sur le créneau protestataire. L'extrême droite chute en cinq ans de 8,69 points et les quatre candidats de l'extrême gauche réalisent 3,33 points de moins qu'en 2002. Le Parti communiste, qui recueille moins de 2% des suffrages, est de nouveau devancé par la Ligue communiste révolutionnaire et son résultat, le plus faible de son histoire, devrait signer sa disparition. De même, les Verts qui reculent de 3,68 points en cinq ans, ne pourront faire l'économie d'un questionnement sur leur avenir. La « gauche plurielle » de l'ancien Premier ministre et du candidat socialiste à l'élection présidentielle de 2002, Lionel Jospin, a vécu.

La rebipolarisation gauche / droite du premier tour de ce scrutin pour être bien réelle n'en est pas moins très différente de celle qui structurait le champ politique il y a vingt ou trente ans. En effet, durant les années 70 ou 80, le Parti socialiste, formation majoritaire à gauche, était allié avec le Parti communiste qui obtenait 15,35% des voix en 1981. Dans les années 90, le PS s'était également ouvert aux Verts. Communistes et écologistes sortent anéantis du premier tour de ce scrutin présidentiel. De la même façon, la principale formation de droite – le Rassemblement pour la République (RPR) puis l'UMP – s'est, jusqu'à maintenant, toujours appuyé sur l'UDF, parti du centre-droit, pour former une majorité. En choisissant de renvoyer gauche et droite dos-à-dos durant sa campagne, François Bayrou a-t-il signé la fin de l'alliance UDF-UMP ? Jusqu'où les députés de l'Union pour la démocratie française, qui ont été élus avec les voix de droite bénéficiant du désistement de l'UMP dans leurs circonscriptions et qui voient se profiler les élections législatives de juin prochain, suivront-ils leur leader dans sa stratégie d'indépendance et d'émancipation de la droite ?

Les électeurs de François Bayrou, élément déterminant du deuxième tour

Les 6 750 006 voix qui se sont portées sur François Bayrou constituent véritablement la clé du deuxième tour de cette élection présidentielle. Il est en effet difficile d'évaluer dans l'électorat du leader de l'UDF la part des électeurs de droite effrayés ou hostiles à Nicolas Sarkozy, celle des proches de la gauche jugeant Ségolène Royal incapable d'accéder à la magistrature suprême et, enfin, celle des centristes qui souhaitent voir émerger une troisième voie. Si François Bayrou a réalisé un résultat historique, il a cependant raté son pari d'être présent au 2e tour. « Je ne suis pas là pour faire un bon résultat, je suis là pour gagner » a-t-il répété durant toute sa campagne. Les Français ont toutefois très clairement montré que, loin de vouloir être dirigés au centre - un centre dont ils semblent avoir eu du mal à identifier le programme de gouvernement - ils souhaitaient, au contraire, en grande majorité pouvoir choisir au deuxième tour entre la droite et la gauche.

François Bayrou ne devrait pas appeler à voter en faveur de l'un ou de l'autre candidat au deuxième tour. S'il n'a pas d'autre choix que de poursuivre sa stratégie d'indépendance, il doit cependant s'interroger sur son avenir. Pour continuer à peser, il a besoin de forces et pour s'imposer comme un leader politique, il doit absolument conserver son leadership sur son groupe parlementaire. Les députés de l'UDF ont d'ores et déjà été approchés par l'Union pour un mouvement populaire, peut-être le seront-ils également par le Parti socialiste. Le PS pourrait également tenter de se rapprocher de François Bayrou, l'ancien Premier ministre (1988-1991) Michel Rocard (PS), mais également l'ancien ministre de la Santé Bernard Kouchner (PS) ou le député européen Daniel Cohn-Bendit (Vert), prêchent depuis plusieurs mois en faveur d'une alliance des socialistes avec le leader de l'UDF. François Bayrou réunira ses troupes mardi 24 avril et décidera avec elles des choix à engager pour l'avenir. On lui prête le désir de créer une nouvelle formation politique plus ouverte et qui serait en mesure de présenter des candidats dans les 577 circonscriptions françaises aux élections législatives des 10 et 17 juin prochain. Il faudra attendre encore quelques jours pour entrevoir les évolutions possibles.

Le deuxième tour du 6 mai prochain se jouera donc au centre de l'échiquier politique. Si Nicolas Sarkozy avait mené une campagne très à droite avant le premier tour avec l'objectif avoué de rassembler sur son nom le maximum d'électeurs de Jean-Marie Le Pen le 22 avril, un pari réussi, il a donné le ton dès dimanche soir dans le discours qu'il a fait après l'annonce des premiers résultats. Le leader de l'UMP s'est en effet voulu rassurant et protecteur et a mis en avant comme jamais auparavant les valeurs de fraternité et de solidarité. On peut néanmoins se demander si son pari du premier tour n'obèrera finalement pas celui du second. En effet, le candidat de la majorité sortante, qui devrait voir la majorité des électeurs de Jean-Marie Le Pen se reporter sur son nom le 6 mai prochain, doit maintenant pour espérer gagner réaliser un véritable grand écart et déconstruire ce qu'il a construit durant des mois afin de s'imposer comme un homme de consensus.

Les choses pourraient paraître plus aisées pour Ségolène Royal mais il est encore difficile, pour l'heure, de savoir quelle stratégie de campagne la candidate socialiste choisira pour parvenir à s'imposer le 6 mai prochain. Elle devrait bénéficier d'un très bon report de voix des électeurs des Verts, du Parti communiste et des formations d'extrême gauche (Arlette Laguiller a appelé à voter en faveur de Ségolène Royal au deuxième tour, une première depuis 1974 de la part de la candidate de Lutte ouvrière). Ces suffrages sont cependant très insuffisants pour l'emporter face à Nicolas Sarkozy, le résultat de la gauche étant particulièrement faible (36,45%, soit le score le plus faible depuis l'élection présidentielle de 1969). Au-delà de la stratégie du « Tout sauf Sarkozy » préconisée par certains, Ségolène Royal devra impérativement trouver les moyens de conquérir la grande majorité des suffrages qui se sont portés sur le leader de l'UDF pour avoir une chance de devenir la première femme à accéder à la fonction suprême en France.

Les Français pourront donc le 6 mai prochain choisir entre deux projets de société, un choix dont ils ont été privés en 2002. A l'issue de ce premier tour de scrutin, Nicolas Sarkozy reste le grand favori pour la course à la Présidence. Les premières enquêtes d'opinion réalisées au soir du premier tour le donnent toutes vainqueur devant Ségolène Royal, avec 52% ou 54% des suffrages selon les instituts. Si les sondages « sortie des urnes » révèlent une légère préférence des électeurs de François Bayrou pour Ségolène Royal, le candidat de l'UMP possède néanmoins un avantage appréciable avec ses cinq points d'avance sur sa rivale, sa victoire du premier tour créant une dynamique qui pourrait au final s'avérer déterminante. Dans cette campagne personnalisée à l'extrême et où les deux candidats se posent en rupture avec la ligne traditionnelle de leurs propres formations politiques, le débat télévisé qui opposera les deux candidats le 2 mai prochain revêt également une importance capitale.

Résultats du premier tour de l'élection présidentielle française du 22 avril 2007

Participation : 84,6%

Source Ministère de l'Intérieur

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