Elections législatives en Grèce, Le point à une semaine du scrutin

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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16 juillet 2007
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Elections législatives en Grèce, Le point à une semaine du scrutin

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La campagne électorale des élections législatives, qui se dérouleront le 16 septembre prochain en Grèce, a été très perturbée par les violents incendies qui ont dévasté, à la fin du mois d'août, une partie du Sud du pays et fait au total 65 morts. Selon plusieurs estimations, environ 200 000 hectares de forêts et de champs, principalement d'oliviers, sont partis en fumée et 110 villages ont été rayés de la carte.

Le gouvernement de Costas Caramanlis (Nouvelle démocratie, ND) a fait l'objet de nombreuses critiques sur sa gestion des incendies. Le manque d'organisation, les importantes défaillances dans l'organisation de la lutte contre le feu, des secours et dans l'hébergement des victimes, ainsi que le fait que certains habitants de villages encerclés par les flammes aient pu être sauvés par des appels lancés à la radio ou à la télévision qui ont permis de diriger les secours quand les pouvoirs publics restaient injoignables, ont suscité une grande colère dans le pays. Environ 10 000 personnes se sont rassemblées, le 29 août devant le Parlement sur la place Syntagma d'Athènes et dans les rues avoisinantes, pour exprimer leur mécontentement envers les autorités. La manifestation était apolitique et avait été organisée via Internet. La plupart des participants étaient vêtus de noir en signe de deuil. Environ un millier de personnes ont également défilé dans la deuxième ville du pays, Thessalonique. Le 4 septembre, soit 12 jours après la catastrophe, le Forum social grec et la Confédération des travailleurs grecs (GSEE) ont encore rassemblé plusieurs milliers de personnes dans les rues d'Athènes pour protester contre la gestion des incendies par le gouvernement.

"C'est une tragédie nationale sans précédent" a déclaré le Premier ministre Costas Caramanlis lors de sa première déclaration publique au moment de la catastrophe, ajoutant "je ressens la même colère que vous". Le Chef du gouvernement a décrété, le 27 août, trois jours de deuil national. "En ces moments, les Grecs doivent rester unis. Les événements des derniers jours me renforcent dans la nécessité des réformes pour créer un Etat plus moderne, plus efficace et plus crédible" a-t-il indiqué le 24 août dernier. Mais Costas Caramanlis a également suggéré que ces incendies, loin d'être une catastrophe naturelle, pouvaient être l'œuvre de pyromanes souhaitant nuire à la Grèce. "Par leur nombre et leur chronologie, les incendies ne peuvent être considérés comme des coïncidences" a-t-il souligné. Le ministre de l'Ordre public, Vyron Polydoras, a même parlé de "menace asymétrique", un terme employé habituellement dans les cas de terrorisme. Une politique environnementale négligente, mêlée à un remembrement des terres réalisé sans souci de l'environnement et à une désorganisation des services de secours, semblent pourtant bien être les principaux responsables de la catastrophe qu'a connue la Grèce cet été.

Le gouvernement a promis de débloquer 400 millions d'euro pour la reconstruction et le reboisement des régions sinistrées, une somme qui paraît insuffisante à de nombreux experts qui évaluent les dommages à 4 milliards d'euro. Le 5 septembre, le gouvernement a annoncé que plus de 62 millions d'euro avaient été déposés sur un Fonds spécial d'aide aux sinistrés. 45 600 victimes avaient reçu une première indemnisation représentant 165 millions d'euro. En outre, l'Union européenne débloquera cette année 600 millions d'euro pour la Grèce.

Le Mouvement socialiste panhellénique (PASOK), principale force d'opposition, mais également l'ensemble des partis politiques, ont conspué l'absence de réactivité du gouvernement durant les incendies. "Malheureusement, le gouvernement s'est révélé inefficace. Il a été tragiquement incapable de sauver les vies de nos concitoyens. Il continue à agir de façon irresponsable. Résultat : les Grecs sont ridiculisés dans le monde entier" a ainsi déclaré son leader, George Papandréou. Le PASOK a décidé de rétrocéder aux victimes 30% de son budget de la campagne électorale prévu pour le scrutin législatif du 16 septembre.

L'avance de la Nouvelle démocratie dans les enquêtes d'opinion s'est réduite après les incendies. Selon les sondages, plus d'un Grec sur trois pense que le gouvernement a très mal géré la crise. L'enquête d'opinion, réalisée par l'institut VPRC et publiée à la fin août dans le quotidien Kathimerini et sur Skai TV, montre que la Nouvelle démocratie est soutenue par 41,5% des Grecs, contre 38% qui disent s'apprêter à voter pour le PASOK. La proportion d'électeurs indécis a également augmenté, passant de 19% dans le précédent sondage du même institut à 27%. Costas Caramanlis a dû être un peu rassuré en constatant que 55% des personnes interrogées estimaient qu'un gouvernement dirigé par le PASOK aurait connu les mêmes difficultés face aux incendies.

"Le PASOK a augmenté ses chances de victoire mais la question est de savoir si le mécontentement envers Caramanlis va se transformer en votes pour les socialistes ou en un plus grand nombre d'abstentions" s'interroge l'analyste politique George Sefertzis. "L'écart s'est creusé entre les deux principales formations mais si l'aide financière arrive vite, les électeurs pourraient modifier leur jugement et se tourner de nouveau vers les conservateurs qui sont toujours perçus comme plus rassurants. En fait, si les indécis regardent la façon dont le gouvernement a géré la crise des incendies, cela sera néfaste pour le gouvernement ; en revanche, s'ils regardent la façon dont le gouvernement prend en charge les victimes, cela peut lui être bénéfique" affirme Theodore Coloumbis, vice-président du think tank Eliamep

Costas Caramanlis continue à mettre en avant son bilan socioéconomique après trois ans et demi à la tête du gouvernement. "Nous sommes en plein milieu d'une côte difficile, il y a encore beaucoup de choses à faire. Il n'y a qu'un seul chemin, celui du travail et des résultats, celui des changements et des réformes" a déclaré le Premier ministre qui a souligné que les résultats obtenus par son gouvernement depuis mars 2004 sont unanimement reconnus par les organisations internationales et ses partenaires de l'Union européenne. Il a annoncé début septembre les quatre axes principaux des réformes qu'il souhaite mettre en place : la croissance économique et l'adaptation des finances publiques, l'Etat, l'éducation et, enfin, la sécurité sociale et les retraites. "Je pense que, vu la situation saine des finances publiques et les bonnes perspectives de l'économie grecque, nous pourrons procéder aux changements nécessaires sans recourir à une hausse des seuils de départ à la retraite ni à une réduction du montant des pensions" a déclaré Costas Caramanlis.

Le Premier ministre a également annoncé la mise en place d'un Fonds national de cohésion sociale, l'octroi, à partir de 2008, d'une allocation de famille nombreuse aux familles d'au moins 3 enfants, une augmentation de l'allocation chômage, de l'allocation de solidarité sociale des pensionnés et des pensions de retraites des agriculteurs. Le Chef du gouvernement s'est donné pour objectif que son pays rattrape la moyenne de l'Union européenne en matière de salaires et de retraites d'ici cinq à sept ans. Rappelons que 20% des foyers grecs vivent sous le seuil de pauvreté (moins de 11 864 euro annuels), ce qui fait de la Grèce l'un des pays les plus pauvres de l'UE.

Costas Caramanlis n'a pas hésité à indiquer "L'énorme déficit budgétaire ne nous a pas permis de soutenir, autant que nous l'aurions voulu, les plus économiquement faibles. Nous faisons notre autocritique, nous reconnaissons que tout n'a pas été parfait, que certains cadres du secteur public n'ont pas répondu aux principes de la nouvelle gouvernance. Toutefois, nous sommes déterminés à obtenir une nouvelle dynamique, une nouvelle vitesse, de nouveaux rythmes. Nous disposons de l'expérience et de la connaissance exigées par le moment présent" ajoutant "Nous sommes fiers de ce que nous avons fait et nous poursuivrons les réformes dont le pays a besoin".

"Costas Caramanlis parle du système de sécurité sociale comme il le faisait en 2004, comme si la Nouvelle démocratie n'avait pas gouverné le pays depuis trois ans et demi" lui a répondu le porte-parole du PASOK, Yiannis Ragousssis. Le leader de la principale formation d'opposition, George Papandréou, souligne que le chef du gouvernement fait de "vieilles annonces poussiéreuses qui remontent à 2004" et que "le Premier ministre n'a pas décidé d'organiser des élections anticipées, c'est sa politique qui a échoué et son gouvernement qui est tombé". Le PASOK promet, en cas de victoire, une augmentation des pensions de retraite pour les plus démunis, mais également pour les revenus moyens et les agriculteurs. "Dans vingt-sept jours, la Grèce tournera la page et, au lendemain des élections, le nouveau gouvernement du PASOK se mettra au travail et réparera les injustices et les inégalités de revenus. J'honorerai mes promesses et ne me cacherai pas dans le Palais Maximos (résidence du Premier ministre grec)" affirme George Papandréou qui se déclare confiant dans la victoire de sa formation le 16 septembre prochain.

L'opposition soupçonne le gouvernement d'avoir voulu éviter, via l'organisation des élections législatives anticipées, que le rapport du chef de l'autorité de lutte contre le blanchiment d'argent, George Zorbas, n'arrive en commission parlementaire et que l'opposition n'en fasse un instrument électoral. Le PASOK a demandé que les conclusions de ce rapport soient rendues publiques, mais a peu de chances que sa requête soit entendue par le gouvernement. "Ces élections anticipées sont une tentative de dissimuler les problèmes créés par le rapport Zorbas sur le scandale des obligations achetées par des caisses de sécurité sociale et le pillage des millions d'euros que projetaient les ministres de Costas Caramanlis" répète George Papandréou. Dans le quotidien Kathimerini du 2 septembre, le porte-parole du gouvernement, actuellement suspendu de ses fonctions pour cause de candidature aux élections législatives, Theodoros Roussopoulos, a nié toutes les accusations. "Le rapport Zorbas est dans les mains de la justice, pas dans celles du gouvernement. Nous n'avons rien à craindre" a-t-il affirmé.

Du côté des "petites" formations, le Parti communiste (KKE) d'Aleka Papariga, qui sera candidat dans les 1ère et 2e circonscriptions d'Athènes (la loi électorale autorise les leaders de partis politiques à être candidats dans deux circonscriptions différentes), fait campagne sous le slogan "La Nouvelle démocratie et le Mouvement socialiste panhellénique ne changeront pas, c'est vous qui devez changer !". La formation veut s'adresser "aux jeunes des classes populaires et aux jeunes travailleurs, aux jeunes couples, à ceux qui votent pour la première fois" et affirme se battre "pour les droits des nouvelles générations, le doit d'avoir une famille, le droit aux études, à la santé, à la prévention, à l'environnement, le droit à tous les droits". "L'enjeu consiste à punir à la fois la Nouvelle démocratie et le PASOK dont les réformes sont au service du capital et au détriment du peuple" indique un communiqué du Parti communiste.

Pour Syriza, nouveau nom de la coalition de la gauche radicale qui rassemble le Synaspismos et plusieurs autres groupes qui se situent à la gauche du PASOK (mais qui a cependant échoué à attirer les écologistes en son sein), le dirigeant de la Coalition des forces de gauche et du progrès (Synaspismos), Alecos Alavanos a décidé d'être candidat à Serres, fief de la famille Caramanlis, ainsi qu'à Irakleio. "La bataille principale se déroulera le 16 septembre prochain entre la Nouvelle démocratie et Synaspismos" n'hésite pas à affirmer Alecos Alavanos. L'extrême gauche devra également faire avec la concurrence d'Enantia (Gauche unitaire anticapitaliste), nouveau parti récemment créé. Enfin, le leader de l'Alarme orthodoxe populaire (Laos), George Karatzaferis, assure que cinq formations entreront au Parlement le 16 septembre prochain et qu'aucun parti ne pourra donc former seul un gouvernement. La formation d'extrême droite se dit prête à collaborer à un "gouvernement de personnalités et non à un gouvernement de familles".

9 824 223 électeurs sont appelés aux urnes le 16 septembre prochain, dont 429 385 sont des primo-votants. 29 formations politiques sont en lice pour le scrutin. Les habitants de la petite île de Lipsi en mer Egée ont décidé de boycotter les élections législatives pour protester contre l'absence de liaison maritime de leur île. Enfin, on notera la mesure prise par le ministre des Transports qui a décidé d'accorder une réduction de 30% sur les prix des trajets en autobus les trois jours précédant le scrutin et les trois jours le suivant à tous les électeurs qui choisiront ce moyen de transport pour se rendre à leurs bureaux de vote le 16 septembre. Le vote par procuration n'existe pas en Grèce. Si une loi autorise désormais les électeurs à voter pour leur circonscription d'origine dans des bureaux électoraux spéciaux depuis leur lieu de résidence, peu de personnes en profitent réellement (41 000 lors des dernières élections législatives du 7 mars 2004). La majorité des Grecs, y compris ceux vivant à l'étranger, rejoignent leur circonscription d'origine pour accomplir leur devoir citoyen.

Les dépenses électorales sont, cette année, en hausse de 20% par rapport aux précédentes élections législatives du 7 mars 2004. La Nouvelle démocratie a reçu de l'Etat 3 millions d'euro, le Mouvement socialiste panhellénique, 2,7 millions, le Parti communiste 393 000, Synaspismos, 217 000 et l'Alarme orthodoxe populaire (qui n'est pas représentée au Parlement mais qui possède un député européen), 146 000.

"L'amélioration de l'économie est l'un des atouts des conservateurs et il est peu probable que les Grecs voteront contre. La véritable question est : est-ce que Costas Caramanlis sera capable de traiter les questions difficiles (réforme du système des retraites, baisse des dépenses du secteur public, privatisations) qu'il a mises sous le tapis durant son premier mandat ?" déclare George Kirtsos, analyste et éditorialiste politique au quotidien City Press.

Une enquête d'opinion publiée le 24 août dernier révélait que 62,1% des Grecs anticipaient une victoire de la Nouvelle démocratie aux élections législatives, contre 28,4% qui voyaient le Mouvement socialiste panhellénique s'imposer. Quelles seront les conséquences des violents incendies de la fin du mois d'août sur un scrutin qui semblait bien engagé pour la formation au pouvoir ? Réponse le 16 septembre prochain.

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