Elections législatives en Grèce

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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16 septembre 2007
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Elections législatives en Grèce

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Près de 10 millions de Grecs sont appelés aux urnes le 16 septembre prochain pour un scrutin législatif anticipé. Le 16 août dernier, le Premier ministre Costas Caramanlis (Nouvelle démocratie, ND), a en effet demandé au Président de la République, Karolos Papoulias, de dissoudre le Parlement et de convoquer des élections législatives anticipées de 6 mois sur le calendrier prévu (mars 2008). Selon la Constitution, celles-ci doivent obligatoirement se tenir 30 jours après la dissolution du Parlement.

Alors qu'elle réclamait ce scrutin depuis le mois de février dernier, la principale formation d'opposition, le Mouvement socialiste panhellénique (PASOK), a critiqué la méthode utilisée - une annonce faite par le porte-parole du gouvernement et non par le Premier ministre, un "fait sans précédent" selon le porte-parole du PASOK, Yannis Ragousssis – et la date fixée pour les élections législatives, qu'elle juge trop proche. Le Chef du gouvernement a justifié cette date par le fait que le futur gouvernement devait disposer de temps pour élaborer le budget pour l'année 2008. Le choix du 16 septembre "est lié avant tout avec le premier budget qui sera établi après la levée par la Commission de la procédure de déficit excessif contre la Grèce et le gouvernement se doit de déposer au Parlement un projet de budget pour le 1er octobre" a déclaré Costas Caramanlis. Le Premier ministre a également estimé qu'une longue campagne électorale "dérèglerait la vie politique de la Grèce et aurait un impact négatif sur l'économie".

Le recours aux élections législatives anticipées est une pratique relativement courante en Grèce. Costas Simitis (PASOK) est ainsi le dernier Chef du gouvernement à avoir demandé la dissolution du Parlement en mars 2004. Dans le scrutin qui avait suivi, le Mouvement socialiste panhellénique avait été défait par la Nouvelle démocratie après 20 ans de pouvoir quasi-ininterrompu.

Le système politique grec

La Vouli (Parlement) est monocamérale et compte 300 membres, élus au scrutin proportionnel pour 4 ans au sein de 56 circonscriptions. Dans 51 d'entre elles, 288 députés sont élus à partir de listes allant de 1 à 32 candidats. Les 12 députés restants, appelés "députés nationaux" car ils représentent l'ensemble de la Grèce –une position essentiellement honorifique-, sont élus à partir des résultats de chacune des formations politiques au niveau national. Ce système électoral, dit de proportionnelle renforcée, garantit un niveau de représentativité de 70% aux partis politiques en droit d'être représentés au Parlement. Toute formation politique recueillant au moins 41% des suffrages est assurée d'obtenir la majorité au Parlement. Enfin, un parti doit recueillir au moins 3% des suffrages pour être représenté au Parlement.

4 formations politiques siègent dans l'actuel Parlement :

- La Nouvelle démocratie (ND), parti majoritaire fondé en octobre 1974 par l'ancien Président de la République (1980-1995) et Premier ministre (1955-1963 et 1974-1980), Constantin Caramanlis, oncle de l'actuel Premier ministre, Costas Caramanlis, compte 165 députés ;

- Le Parti socialiste panhellénique (PASOK), principal parti d'opposition fondé en septembre 1974 par Andréas Papandréou. Nationaliste et populiste sous la présidence de son fondateur, le PASOK est devenu au fil des années, et notamment avec l'ancien Premier ministre (1996-2004) Costas Simitis, une formation sociale-démocrate européenne. Dirigée par George Papandréou, fils du fondateur, la formation possède 117 députés ;

- Le Parti communiste (KKE), parti fondé en 1918, issu du Mouvement socialiste et ouvrier, attaché à l'idéologie communiste, anti-européen, est dirigé par Aleka Papariga et compte 12 députés ;

- La Coalition des forces de gauche et du progrès (Synaspismos), née en 1989, rassemblant l'ancienne aile gauche du Mouvement socialiste panhellénique, certains militants communistes, des écologistes et d'autres sympathisants de gauche, est dirigée par Alecos Alavanos et a 6 députés.

Les enjeux des élections législatives

Le Premier ministre, Costas Caramanlis, a donc décidé de solliciter un nouveau mandat de Chef du gouvernement auprès des Grecs afin de poursuivre le programme de réformes structurelles qu'il a engagées depuis mars 2004. "Il y a trois ans et demi, vous nous avez chargés de sortir le pays des impasses économiques et de créer les conditions préalables à une vie meilleure. Nous avons faits de réels efforts, tout n'a pas été corrigé, mais des avancées ont été faites et des réformes importantes ont été réalisées. La Grèce ne s'arrêtera pas, ne retournera pas en arrière. Nous regardons vers l'avenir dans l'intérêt de tous les Grecs. Nous voulons une vie meilleure pour chaque citoyen. Notre message est fait de paix, de développement et de progrès. Nous voulons continuer sur la voie des réformes pour un Etat plus performant, une économie plus forte et une meilleure cohésion sociale. Nous voulons avancer rapidement" a affirmé Costas Caramanlis lors d'une intervention télévisée le 17 août dernier.

"Le gouvernement invite les Grecs à clarifier l'avenir du pays en renouvelant sa confiance au gouvernement et en lui donnant un mandat fort pour quatre nouvelles années. Les électeurs doivent choisir entre le changement et les réformes d'un côté et le retour au passé et aux mésaventures auxquelles conduit la politique du Mouvement socialiste panhellénique" a affirmé le porte-parole du gouvernement, Theodore Roussopoulos, dans son intervention annonçant l'organisation d'élections législatives anticipées.

Le Premier ministre peut, en effet, s'appuyer sur les bons résultats économiques de son gouvernement. Le taux de croissance du PIB est supérieur à 4%, le déficit public a été ramené sous la barre des 3% exigé par le Pacte de stabilité et de croissance de l'Union européenne, s'élevant à 2,6% en 2006 (contre 7,8% en 2004 et 5,5% en 2005), le taux de chômage a chuté de 11,3% en 2004 à 8%. "Notre pays a assaini ses finances publiques. L'économie est en pleine croissance. Nous avons créé plus de 200 000 nouveaux emplois, amélioré la compétitivité et boosté les exportations et le secteur du tourisme" affirme Costas Caramanlis.

Récemment, le gouvernement a fait voter au Parlement, avant la fin de la session parlementaire le 2 août dernier, la hausse des pensions de retraite des fonctionnaires, le versement d'une allocation de 1 000 euro aux chômeurs et aux familles dont le revenu annuel ne dépasse pas 6 000 euro, l'augmentation, à titre rétroactif, des salaires des magistrats et l'instauration d'une retraite minimale de 600 euro.

Cependant, plusieurs réformes structurelles, réclamées par les autorités de l'Union européenne, n'ont pas encore été engagées, comme par exemple la réforme des retraites ou certaines privatisations. "Le gouvernement a fini le travail de sa première législature. En vue de la nouvelle période et des défis qui nous attendent, il nous faut un nouveau mandat. Le grand enjeu de la prochaine législature est la réforme de l'Etat-providence. Notamment sur les retraites, il nous faudra une sérénité qui sera bien mieux assurée après les élections" a souligné le ministre de l'Economie et des Finances, Georges Alogoskoufis. La ministre des Affaires étrangères et ancienne maire de la capitale Athènes (2002-2006), Dora Bakoyannis, affirme qu'une victoire électorale "nous rendrait capables de réaliser ce que nous nous sommes engagés à faire".

Le Premier ministre a également déclaré qu'il s'engagerait, durant son deuxième mandat, à venir à bout de la corruption, véritable fléau en Grèce. Le pays figure à la 54e position (et à la 24e place dans l'UE) dans l'Indice de perception de la corruption établi au niveau mondial en 2006 par la principale organisation non gouvernementale mondiale consacrée à la lutte contre la corruption, Transparency International. Lors de son accession au poste de Premier ministre en mars 2004, il avait promis la tolérance zéro face à la corruption. Actuellement, les observateurs de la vie politique s'accordent à dire qu'il reste beaucoup à faire.

"J'anticipe la victoire" affirme le leader de l'opposition, George Papandréou, qui ajoute que "le Mouvement socialiste panhellénique est prêt à gouverner". L'ancien ministre des Affaires étrangères (1999-2004) et actuel président de l'Internationale socialiste réclame la tenue d'élections législatives anticipées depuis le mois de février dernier, accusant le gouvernement de Costas Caramanlis de corruption et d'incompétence. "Il est temps de tourner la page. Les citoyens savent juger et comparer, et leur réponse est claire : en voilà assez des supercheries, de l'incapacité et de la mentalité de l'Etat-butin. L'heure est venue de marcher dans une autre voie, avec vision et projet pour la Grèce. Stopper la dégringolade. Nous serons toujours présents en première ligne du combat pour les problèmes du pays et des citoyens, que nous sommes prêts à affronter. Nous allons colmater les brèches de l'inégalité ouverte par le gouvernement Caramanlis, grâce à une plus juste redistribution des revenus pour apporter au citoyen grec sécurité, espoir et perspective. Pour garantir un développement qui respecte et qui repose sur l'environnement, qui soit épaulé par l'éducation et un Etat social moderne et efficace" a déclaré George Papandréou après l'annonce de l'organisation d'élections législatives anticipées.

"Le recours aux élections prouve que le roi est nu" a souligné le porte-parole du Mouvement socialiste panhellénique, Petros Efthymiou, qui répète que le Premier ministre montre "son état de panique et d'insécurité". "Durant les trois et demi dernières années, il n'y a eu aucune réforme dans aucun secteur" déclare t-il ; la Nouvelle démocratie ne pourra, dans son programme électoral, que "répéter les engagements non tenus en 2004".

Le Mouvement socialiste panhellénique doit cependant tabler, pour espérer remporter le scrutin législatif du 16 septembre prochain, sur un courant de rejet du gouvernement en place qui ne semble pas se dessiner à ce jour. Le parti devra également convaincre les électeurs qu'il représente une véritable alternative au pouvoir en place. Adopté en mars dernier, le programme électoral du Mouvement socialiste panhellénique est centré sur une "plus juste redistribution" et promet une augmentation des pensions et des aides sociales.

Les récentes enquêtes d'opinion sont rassurantes pour la formation au pouvoir : l'écart entre la Nouvelle démocratie (ND) et le Mouvement socialiste panhellénique (PASOK) est évalué à 2,5-3 points En outre, la majorité des Grecs estiment que Costas Caramanlis est la personne la plus apte à diriger le gouvernement, loin devant George Papandréou.

Toutefois, l'avance du parti au pouvoir s'est quelque peu réduite ces derniers mois après que plusieurs scandales politico-financiers ont éclaboussé l'équipe gouvernementale.

De surcroît, la gestion par les autorités des incendies destructeurs qui ont ravagé la Grèce tout au long de cet été a suscité de vives critiques dans la population.

Cependant, selon l'analyste politique Yannis Loulis, cela ne devrait pas peser sur les élections du 16 septembre prochain : "le sentiment général de la population est qu'un autre gouvernement n'aurait sans doute pas fait mieux". "Le Premier ministre Costas Caramanlis juge que l'environnement politique général et les enquêtes d'opinion lui donnent une certaine avance sur le Mouvement socialiste panhellénique qu'il entend faire fructifier au plus vite car il n'est pas certain de maintenir ce leadership pendant de longs mois" explique Théo Livanios, analyste à l'institut Opinion. "Tant que le Mouvement socialiste panhellénique ne se montre pas plus menaçant, Costas Caramanlis a tout intérêt à avancer ces élections. Pour le moment c'est clairement le Premier ministre qui a l'avantage psychologique" déclare le politologue Georges Sefertzis.

La Nouvelle démocratie (ND) semble bien partie pour se maintenir au pouvoir lors du scrutin législatif du 16 septembre prochain. Reste un mois de campagne électorale, une période certes courte, mais qui n'est jamais gagnée d'avance.

Résultats des élections législatives du 7 mars 2004 en Grèce

Participation : 75,6% (le vote est obligatoire en Grèce)

Source : Ministère de l'Intérieur grec

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