Elections législatives et sénatoriales en Pologne, Le point à une semaine du scrutin

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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12 octobre 2007
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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A 8 jours des élections législatives et sénatoriales anticipées convoquées par le Président Lech Kaczynski le 7 septembre dernier, le parti au pouvoir, Droit et justice (PiS), est au coude à coude dans les enquêtes d'opinion avec la Plateforme civique (PO) de Donald Tusk. Les forces de gauche, emmenées par l'ancien Président de la République (1995-2005), Aleksander Kwasniewski, sous l'appellation Gauche et démocratie (LiD), restent loin derrière ces deux partis. La force de l'aversion pour les frères Kaczynski, c'est-à-dire la mobilisation des électeurs hostiles aux partis populistes, et la participation électorale seront déterminantes pour le scrutin du 21 octobre prochain.

"Nous voulons gagner seuls et nous pouvons le faire" répète le Premier ministre ajoutant "Nous parlerons avec chaque formation politique à l'exception de Gauche et démocratie, notre adversaire le plus virulent". Le 25 septembre dernier, le PiS a publié un rapport sur son action au gouvernement depuis septembre 2005. Ce rapport met l'accent sur le fait que la Pologne a l'un des taux de croissance les plus élevés d'Europe et que le chômage a baissé ces deux dernières années de façon considérable (11,7% en septembre dernier, contre 17% en septembre 2005). Donald Tusk, leader de la Plateforme civique, a qualifié le rapport du PiS de "mélange de mensonges et de propagande".

Le Premier ministre défend la politique de son gouvernement fondée sur la défense des plus défavorisés à l'intérieur, et sur la place ainsi que la voix de la Pologne à l'international. "Nous rejetons une politique centrée sur les élites Nous construisons la démocratie. Les Polonais veulent l'égalité, une égalité réelle et pas simplement sur le papier" affirme t-il.

Le 5 octobre dernier, le Président de la République, Lech Kaczynski, a signé la loi accordant des réductions d'impôts (de 1145 zlotys, soit environ 430 euro) aux familles ayant des enfants. Cette réduction était jusqu'alors de 120 zlotys (45 euro) par enfant. La ministre des Finances, Zyta Gilowska, a critiqué cette nouvelle mesure affirmant qu'elle coûtera 6,5 milliards de zlotys (2,4 milliards d'euro) au pays et qu'elle bénéficiera principalement aux familles les plus aisées.

"Une récente enquête d'opinion montre que le gouvernement du Premier ministre Jaroslaw Kaczynski est mal noté en matière de politique étrangère mais il est en revanche apprécié pour sa lutte contre la corruption et contre le crime ainsi que pour ses résultats économiques" souligne Lena Kolarska-Bobinska, directrice de l'Institut des affaires publiques. "Le PiS demeure crédible dans sa lutte contre la corruption et il demeure crédible comme parti qui travaille pour les exclus, ceux qui ont tout perdu avec la transition économique" affirme Krzysztof Bobinski, directeur du journal Unia & Polska. "Le PiS veut construire un Etat, la PO, une société civile. Les deux formations sont très différentes. Le PiS a réussi à unir des éléments très hétéroclites de la société : les exclus, ceux qui croient à la souveraineté comme au XIXe siècle, les nationalistes, les populistes, les fondamentalistes. C'est un mélange très particulier mais qui est uni par une seule chose : la même définition de l'ennemi" analyse Edmund Wnuk-Lipinski, président du Collegium Civitas.

La PO rassemble les électeurs urbains, éduqués et pro-européens. Une enquête d'opinion, réalisée fin septembre par l'institut GfK Polonia, révèle que Donald Tusk recueille 38% d'opinions positives à Varsovie, contre 19% seulement pour Jaroslaw Kaczynski. Il y a moins d'un an (novembre 2006), l'ancienne présidente de la Banque centrale de Pologne et vice-présidente de la Banque européenne pour l'investissement et le développement (BERD), Hanna Gronkiewicz-Waltz (PO), avait ainsi remporté la mairie de Varsovie recueillant au 2e tour 53,18% des suffrages, contre 46,82% pour l'ancien Premier ministre (novembre 2005-14 juillet 2006) Kazimierz Marcinkiewicz (PiS). Les électeurs de gauche avaient départagé les candidats, Marek Borowski, candidat de Gauche et démocratie au 1er tour (22,45% des voix) ayant rallié la candidate libérale entre les deux tours. De même, 48% des personnes, âgées entre 18 et 25 ans, déclarent s'apprêter à voter en faveur de la PO. Mais ce déficit de popularité auprès des populations rurales peut s'avérer un réel handicap dans un pays où un tiers de la population vit dans les campagnes, l'électorat rural aussi le plus mobilisé. La PO pâtît du fait que la majorité des électeurs sont peu intéressés par l'Union européenne ou la politique internationale et que ces domaines tiennent peu de place dans leur vote.

Positionnée au centre-droit sur l'échiquier politique mais séduisant également sur sa gauche, la Plateforme civique (PO) souhaite libéraliser l'économie en rendant plus compétitifs les secteurs dominés par l'Etat et en poursuivant le programme de privatisations. Elle souhaite également établir un impôt à un taux unique de 15% pour la TVA, l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés. Enfin, la PO veut faire de l'euro sa priorité économique et s'est fixé pour objectif d'introduire la monnaie unique en Pologne en 2012.

Récemment, la PO et Gauche et démocratie (LiD) ont présenté un projet de financement public/privé pour la construction de routes et d'autoroutes. Si elle remporte les élections, le parti de Donald Tusk envisage de mettre en place le plan de financement suivant : l'Etat paierait un tiers des coûts de construction, 40% serait réglé par les fonds structurels de l'Union européenne et les acteurs privés couvriraient le reste des frais. La PO souhaite construire une autoroute reliant Varsovie à Lodz et Wroclaw.

Donald Tusk a affirmé qu'il souhaitait, en cas de victoire, former une grande coalition avec plusieurs autres formations politiques. "Après les élections législatives et sénatoriales, j'inviterai les représentants de Droit et justice, de Gauche et démocratie et du Parti populaire à discuter en vue de former une coalition" a-t-il déclaré le 2 octobre dernier. Selon certains membres de son parti, Donald Tusk aurait également affirmé qu'il démissionnerait en cas de défaite le 21 octobre.

La PO peut se prévaloir du soutien de l'ancien Président de la République (1990-1995) Lech Walesa qui a déclaré le 1er octobre dernier : "Bien sûr, je soutiens Waldemar Pawlak et son parti, le Parti populaire, mais je voterai en faveur de la Plateforme civique". L'ancien leader du syndicat Solidarité se dit convaincu que de nouvelles élections anticipées auront lieu dans un an car "celles-ci n'apporteront pas de solution" Selon lui, la PO et le PiS ne formeront pas de coalition après les élections : "Je ne crois pas qu'il soit possible de coopérer avec les frères Kaczynski" a-t-il affirmé. Enfin, dans son livre intitulé Ma troisième République : comment j'ai perdu patience, Lech Walesa écrit : "Je voyage à travers le monde et j'ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Je ne supporte pas le ridicule dont se couvre la Pologne sur la scène internationale et que l'intolérance et des complexes de l'équipe dirigeante condamne ce pays à l'isolement"

Le 29 septembre dernier, la PO a reçu le soutien de l'ancien ministre des Affaires étrangères (mars/décembre 1995 et 2000-2001), Wladyslaw Bartoszewski, qui a déclaré, lors de la convention du parti à Cracovie, "la Pologne a besoin d'un gouvernement qui respecte les autres et non de gens remplis de haine. Car le train Europe roule. Nous ne pouvons nous permettre de gaspiller les chances de la Pologne comme cela se fait en ce moment".

La principale formation d'opposition souhaite mobiliser les deux millions de Polonais qui vivent à l'étranger et dont l'âge moyen est de 26 ans. Les enquêtes d'opinion donnant un faible écart entre le PiS et la PO, beaucoup gardent en mémoire les élections italiennes des 9 et 10 avril 2006 où le vote des Italiens de l'étranger avaient fait pencher la balance en faveur de Romano Prodi et provoqué la chute du gouvernement de Silvio Berlusconi.

Les 29 et 30 septembre, Donald Tusk s'est donc rendu au Royaume-Uni et en Irlande où vivent 1,2 million de Polonais, dont, selon lui, "beaucoup de diplômés d'universités ont fini par travailler dans des supermarchés ou dans le bâtiment parce qu'ils ne pouvaient vivre décemment en Pologne". "Je ne peux pas vous demander de revenir car je sais que vous ne pouvez revenir tant que nous aurons un tel gouvernement. Mais par notre vote, nous pouvons changer les choses" a-t-il souligné, à Dublin, affirmant qu'une alliance avec le Parti populaire lui paraissait la meilleure coalition gouvernementale possible. Aleksander Kwasniewski s'est rendu aux Etats-Unis et Wojciech Olejniczak, le leader de Gauche et démocratie, en Allemagne. Enfin, le PiS, qui a créé un spot publicitaire destiné aux Polonais vivant à l'étranger, a déclaré vouloir garantir l'enseignement du polonais à l'étranger, pour les expatriés comme pour leurs enfants. Les Polonais vivant hors des frontières votent dans la circonscription de Varsovie. Peu d'entre eux ont accompli leur devoir citoyen lors des dernières élections du 25 septembre 2005. Cette année, un plus grand nombre de bureaux de vote seront à leur disposition afin d'obtenir un taux de participation plus élevé. 10 000 Polonais se sont déjà inscrits sur les listes électorales au Royaume-Uni, ils n'étaient que 1000 il y a deux ans.

Gauche et démocratie (LiD) tente de mobiliser un électorat de gauche plutôt passif lors des dernières élections. Figurant à la troisième place dans toutes les enquêtes d'opinion, la formation de Wojciech Olejniczak risque fort de se retrouver en position de faiseur de roi. Pour l'heure, le parti refuse de parler coalition. "Gauche et démocratie coopérera avec les autres partis sur des sujets importants pour le pays mais ne commencera les négociations sur une coalition qu'après les élections" répète Aleksander Kwasniewski. Wojciech Olejniczak a qualifié la proposition de Donald Tusk de former une grande coalition avec plusieurs autres formations politiques de "piège".

Autodéfense de la République–Samoobrona semble, selon les enquêtes d'opinion, avoir profité du ralliement de l'ancien Premier ministre de l'Alliance de la gauche démocratique (2001-2004), Leszek Miller. Ce dernier envisage toutefois de créer un nouveau parti politique.

La famille reste le point central du programme de la Ligue de l'aile droite de la République de Pologne, qui rassemble la Ligue des familles (LPR), le Droit de la République de Pologne (PR) et l'Union de la vraie politique (UPR). "Nous voulons présenter un plan fiscal pour les familles vivant dans les zones rurales. Nous voulons également réduire les taxes des retraités et des petites entreprises" indique son programme électoral qui comprend 23 priorités. La formation a publié un rapport qui décline les précédentes promesses électorales n'ayant pas été tenues par le PiS lors la dernière législature.

"Il n'y aura pas de gouvernement sans le Parti populaire" affirme le président du groupe parlementaire de cette formation, Janusz Piechocinski. Le parti paysan avait créé la surprise aux élections régionales et locales des 12 et 26 novembre 2006 en terminant 3e dans les cantons avec 11,51% des suffrages (devançant le LiD) et 4e dans les régions (13,24% des voix) et aux municipales (7,41%). Déçus par Autodéfense–Samoobrona et la Ligue des familles, les Polonais vivant dans les zones rurales semblent revenir vers le Parti populaire. Son leader, Waldemar Pawlak, a présenté son programme décliné à partir de 3 thèmes majeurs : une société plus active, des institutions efficaces et une économie innovatrice. Le parti veut encourager les gens à se former tout au long de leur vie par une baisse des impôts, soutenir la création d'emplois au niveau local et promouvoir de nouvelles formes d'emploi.

Le 1er octobre, Jaroslaw Kaczynski et Aleksander Kwasniewski se sont affrontés sur un plateau de la télévision publique lors d'un débat retransmis aussi par les chaînes privées TVN24 et TV Bizes. Les deux hommes se sont mutuellement accusés d'avoir ruiné la Pologne. A l'issue de l'émission, une enquête d'opinion, réalisée par GfK Polonia pour le quotidien Rzeczpospolita, a montré que pour 53% des téléspectateurs, Aleksander Kwasniewski était sorti vainqueur du débat, contre 47% estimant que Jaroslaw Kaczynski avait dominé son adversaire.

Le Premier ministre a déclaré être d'accord pour débattre avec Donald Tusk si celui-ci jurait publiquement qu'il ne fera pas alliance avec Gauche et démocratie après les élections. Bronislaw Komorowski (PO) a répondu au Premier ministre de promettre qu'il ne s'allierait pas avec Autodéfense–Samoobrona et la Ligue des familles. Finalement, Jaroslaw Kaczynski et Donald Tusk devraient se retrouver pour débattre sur les plateaux de télévision le 19 octobre, deux jours avant le scrutin. Un autre débat opposant Donald Tusk à Aleksander Kwasniewski aura lieu le 15 octobre.

L'église catholique ne soutient officiellement aucun parti pour ces élections législatives et sénatoriales. Cependant, l'archevêque Jozef Michalik, chef de l'épiscopat, a demandé à ce qu'une lettre soit lue dans toutes les églises de Pologne le 14 octobre pour appeler les Polonais à remplir leur devoir citoyen lors du scrutin du 21 octobre .

Selon un sondage, réalisé par l'institut PGS DGA pour le quotidien et publié le 9 octobre dernier, le PiS recueillerait 36% des suffrages, contre 35% à la PO. Un sondage publié par Gazeta Wyborcza le 15 octobre donne la PO à 38% contre 37% au PiS.

Le LiD arriverait en 3e position avec 15% des voix suivi du Parti populaire avec 6% des suffrages. Seuls ces 4 partis entreraient à la Diète (Sejm), Chambre basse du Parlement, où tout parti doit recueillir au moins 5% des suffrages exprimés pour être représenté.

L'enquête réalisée par l'institut GfK Polonia montre que les partis consolident leur position dans leurs fiefs traditionnels : le PiS en Mazovie et dans l'est du pays, la PO en Poméranie et en Silésie et le LiD dans le nord.

Si le PiS rejoignait les rangs de l'opposition, il lui resterait toutefois le poste de Président de la République. Si la fonction est, en Pologne, officiellement honorifique, le Chef de l'Etat exerce cependant une influence non négligeable, ne serait-ce que par le droit de veto dont il dispose et que la Diète ne peut rejeter que si elle réunit la majorité des 3/5e des voix et la présence d'au moins la moitié des députés élus.

Un sondage publié par Gazeta Wyborcza le 17 octobre donne la PO à 38% contre 37% au PiS. Le LiD arriverait en 3e position avec 11% des voix suivi du Parti populaire (PSL) avec 7%.

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