Boris Tadic et Tomislav Nikolic au coude-à-coude à une semaine du 2e tour de l'élection présidentielle serbe

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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20 janvier 2008
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

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Le 3 février prochain, les électeurs serbes retrouveront le chemin des urnes pour désigner leur Président de la République. Le 1er tour de scrutin le 20 janvier dernier a vu Tomislav Nikolic (Parti radical, SRS) arriver en tête avec 39,4% des suffrages devançant le Chef de l'Etat sortant Boris Tadic (Parti démocrate, DS) qui a obtenu 35,4% des voix. Seule la participation a surpris les analystes politiques. Elle s'est élevée à 61%, (63% en Voïvodine, 62% en Serbie centrale, mais 57,6% à Belgrade et 49,9% au Kosovo).

"Je veux unifier la Serbie que je veux emmener sur une voie meilleure" affirme Tomislav Nikolic qui fait pourtant face à un pays plus divisé que jamais. "Nous voulons faire l'Europe avec nos talents, nos scientifiques et nos sportifs. Je ne permettrai pas que Vojislav Seselj devienne le Premier ministre de Serbie ni que dominent le pessimisme et la terreur et je vais permettre à l'optimisme de revenir" indique le Président sortant, Boris Tadic. "Chaque formation politique et chaque citoyen est devant une alternative claire : voulons-nous ou non aller vers l'Europe ? Nous savons tous que Tomislav Nikolic ne veut pas emmener la Serbie sur le chemin de l'Europe" ajoute-t-il.

Le 28 janvier prochain, le gouvernement de Vojislav Kostunica (Parti démocratique de Serbie, DSS) et les représentants de l'Union européenne devraient signer ensemble l'Accord de stabilisation et d'association. Sous réserve toutefois que le Tribunal pénal international de La Haye pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) ne s'y oppose pas à cause du manque de collaboration des autorités serbes, notamment pour arrêter Radovan Karadzic, accusé de génocide et de crimes de guerre, et Ratko Mladic, accusé de génocide et de crimes contre l'humanité.

Opposés sur tout, les deux hommes s'accordent cependant sur le refus de l'indépendance du Kosovo, mais divergent sur les moyens. Tomislav Nikolic avance des menaces de représailles de blocus économique et de rupture des liens diplomatiques de la Serbie avec les pays qui reconnaîtraient l'indépendance de la province, tandis que Boris Tadic prévoit d'utiliser les moyens légaux et ne souhaite pas sortir du cadre des règles internationales. Le leader radical estime que la Serbie doit renoncer à l'Union européenne si Bruxelles reconnaît l'indépendance du Kosovo. "Si nous, les radicaux, gagnons, nous demanderons au Parlement de bloquer économiquement tous les échanges avec le Kosovo, nous ne reconnaîtrons pas les passeports du Kosovo, nous interdirons le transit de marchandises via la Serbie vers le Kosovo" affirmait-il au journal Le Monde le 19 janvier dernier. "En promettant de défendre le Kosovo coûte que coûte en tournant le dos à l'Union européenne si le Kosovo devient indépendant, Tomislav Nikolic annonce un retour à la politique et aux valeurs de Slobodan Milosevic" souligne le politologue Misa Brkic.

Tout le monde s'attend à ce que la province déclare son indépendance rapidement après le 2e tour de l'élection présidentielle, l'Union européenne et les Etats-Unis ayant expressément demandé aux autorités kosovares de différer leur annonce pour ne pas compromettre les chances de Boris Tadic de remporter le scrutin. Pristina est, en effet, assuré du soutien des Etats-Unis et de la grande majorité des pays de l'Union européenne.

Les électeurs de Cedomir Jovanovic, leader du Parti libéral-démocrate (LDP), au 1er tour devraient logiquement reporter leurs voix sur le Président sortant Boris Tadic, tandis que Tomislav Nikolic pourrait récupérer les suffrages des partisans de Milutin Mrkonjic, président du parti socialiste (SPS), Il est plus difficile de savoir, en revanche, lequel des deux candidats soutiendront ceux qui ont donné leur voix à Velimir Ilic (Nouvelle Serbie, NS). Si ce dernier était soutenu le 20 janvier dernier par son partenaire de coalition, le Parti démocratique de Serbie de Vojislav Kostunica, d'aucuns estiment que le Premier ministre va tenter de négocier son soutien à Boris Tadic pour le 2e tour. "Vojislav Kostunica va choisir le nouveau Président de la République" lit-on dans la presse.

"Je pense que le Premier ministre va soutenir Boris Tadic au 2e tour et que ce soutien fera la différence" affirme, confiant, l'ancien ministre des Affaires étrangères, Goran Svilanovic. "Le Premier ministre Vojislav Kostunica est favorable à la signature de l'Accord de stabilisation et d'association et son orientation pro-européenne est claire" a déclaré Dragan Dilas, leader du Parti démocrate de Belgrade. Pour l'heure, Vojislav Kostunica reste silencieux et n'a pas appelé à soutenir un candidat particulier le 3 février prochain.

Le Président sortant est soutenu par son partenaire de la coalition gouvernementale, G17+, dirigé par le ministre de l'Economie Mladan Dinkic qui a souligné que "cette élection présidentielle est un référendum sur l'Union européenne. Les voix en faveur de Boris Tadic sont des voix pour l'Europe tandis que celles qui se porteront sur Tomislav Nikolic ne peuvent apporter qu'insécurité et récession en Serbie". Boris Tadic peut également compter sur le soutien d'Itsvan Pastor, candidat de la minorité hongroise lors du 1er tour

"Après toutes ces années, nous en sommes encore au point de départ : comment se débarrasser de l'héritage de Slobodan Milosevic ?" interroge l'analyste politique Bratislav Grubacic dans le quotidien Corriere della Serra. "Nous avons hérité de tant de choses désastreuse – la corruption, la débâcle économique, l'isolement international – qu'aucun gouvernement n'a réussi à faire une vraie transition. Les radicaux sont anti-système, eurosceptiques, extrémistes. Il s'agit d'un phénomène contestataire commun à de nombreux pays d'Europe de l'Est. Tout ceci est le résultat de la guerre des Balkans. Il n'a pas toujours été facile de comprendre qui avait gagné et qui avait perdu. Personne n'a expliqué aux serbes qu'ils avaient perdu la guerre du Kosovo" ajoute-t-il.

Enseignante à l'université de Barcelone, Tamara Djermanovic se montre confiante : "La communauté internationale pourrait jouer un rôle au cours des prochains jours en manifestant sa confiance dans la Serbie et en la traitant d'égale à égale, de manière à contrer les discours de victimisation des nationalistes radicaux qui continuent à utiliser les supposés antipathies occidentales contre la Serbie". Le 18 janvier dernier, soit trois jours avant le 1er tour, le Commissaire européen à la sécurité et à la justice, Franco Frattini, avait annoncé le lancement de pourparlers avec la Serbie visant à supprimer les visas pour les Serbes souhaitant voyager dans l'Union européenne.

"Le 2e tour demandera une mobilisation maximum des deux candidats. Nous pouvons nous attendre à une course serrée et à une victoire au poteau" affirme le politologue Zoran Stojiljkovic dans le quotidien Danas. "Une chose est certaine : cela sera l'élection présidentielle la plus serrée que la Serbie n'ait jamais connue et le vainqueur ne sera pas connu avant la dernière seconde" déclare Marko Blagojevic, chercheur au Centre pour des élections libres et la démocratie (CESID). Pour l'heure, les instituts d'opinion donnent Boris Tadic et Tomislav Nikolic à quasi-égalité le 3 février prochain. La proximité des deux hommes dans les sondages ne permet pas de désigner un vainqueur même si le Chef de l'Etat sortant, Boris Tadic, dispose néanmoins, pour les observateurs de la vie politique, d'un léger avantage sur son rival.

Rappel des résultats du 1er tour de l'élection présidentielle du 20 janvier en Serbie

Participation : 61%

Source : Centre pour des élections libres et la démocratie (CESID) http://www.cesid.org/eng/index.jsp

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