Elections législatives en Moldavie, Le point à une semaine du scrutin

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Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

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27 mars 2009
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Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

Le 5 avril prochain, les Moldaves sont appelés aux urnes pour renouveler les 101 membres de leur Parlement.

15 partis politiques, soit +3 par rapport aux précédentes élections du 6 mars 2005, et 6 candidats indépendants sont en lice :

- Parti communiste (PRCM), du Président Vladimir Voronine et du Premier ministre Zinaida Greceanii;

- Alliance notre Moldavie (AMN), principal parti d'opposition dirigée par l'ancien maire de Chisinau, Serafim Urechean ;

- Parti démocratique (PDM), parti d'opposition de l'ancien président du Parlement Dumitru Diacov ;

- Parti populaire chrétien-démocrate (PPCD), parti d'opposition de centre-droit dirigé par Jurie Rosca ;

- Parti social-démocrate ;

- Parti libéral (PL) de Mihai Ghimpu;

- Parti libéral-démocrate (PLDM) de Vlad Filat;

- Union centriste de l'ancien Premier ministre Vasile Tarlev (2001-2008), alliée à La Gagaouzie unie, formation de la République autonome de Gagaouzie (sud), dirigée par Mihail Formuzal ;

- Mouvement de l'action européenne dirigé par Anatol Petrenco et allié au Parti libéral-national ;

- Moldavie unie ;

- Parti conservateur ;

- Parti environnemental-Alliance verte ;

- Pour la nation et le pays ;

- Union travailliste Rodina ;

- Parti républicain.

Les candidats indépendants sont : le conseiller municipal de Balti Sergiu Banari, le président du comité Helsinki en Moldavie Stefan Uritu, Victor Railean, Tatiana Timbalist, Valentina Cusnir et Andrei Lomachin. Les candidatures de Veaceslav Rosca et Oleg Boltnicov ont été refusées par la Commission électorale au motif que les signatures qu'ils avaient produites n'étaient pas valides.

Les bulletins de vote ont dû être allongés de plus de 50 cm pour pouvoir inscrire le nom de tous les candidats. 8 candidats du Parti communiste possédant une double nationalité (comme le musicien Konstantin Moskovich ou la ministre de l'Education Larisa Savga) ont été retirés de la liste. En effet, la nouvelle loi électorale stipule que les personnes possédant une double citoyenneté, si elles peuvent participer aux élections législatives, devront, en cas d'élection, choisir entre leur siège de député et la conservation de leur double nationalité. 100 000 Moldaves possèdent une double nationalité (majoritairement russe, ukrainienne et roumaine).

Selon les partis de l'opposition, de nombreux Moldaves vivant à l'étranger se sont de nouveau plaint des difficultés qu'ils rencontraient pour voter aux élections législatives du 5 avril. En effet, ceux-ci ne peuvent accomplir leur devoir civique que dans les seuls pays où Chisinau possède une représentation diplomatique. 630 000 Moldaves vivant à l'étranger sont inscrits sur les listes électorales.

A la tête de la Moldavie depuis 2001, le Parti communiste devrait, selon les enquêtes d'opinion, conserver le pouvoir. La situation économique du pays, que le parti du Président Vladimir Voronine a mis en avant durant toute la campagne électorale, a progressé moins vite ces derniers mois que durant les précédentes années (les remittances - transferts de fonds - qui représentent plus d'un tiers du PIB moldave sont en baisse) et la popularité du Parti communiste s'en ressent. Néanmoins, les forces de l'opposition restent trop divisées et ne semblent pas en mesure de former une coalition gouvernementale.

Les élections législatives revêtent, en Moldavie, une double importance puisque la Constitution stipule que le Chef de l'Etat est élu par les membres du Parlement dans les 45 jours qui suivent le renouvellement de la Chambre. Vladimir Voronine, dont le mandat arrivera à terme le 7 avril prochain, ne peut se représenter pour un 3e mandat. Compte tenu de la date tardive choisie pour les élections législatives, il restera toutefois à la tête de la Moldavie 2 mois supplémentaires, le temps que les députés lui élisent un successeur. Beaucoup s'interrogent sur son avenir. Les rumeurs indiquent qu'il pourrait briguer la présidence du Parlement, un poste doté de réels pouvoirs législatif et exécutif et dont on ne peut être démis que par le vote des 2/3 des députés.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a effectué une visite de 2 jours en Moldavie en février dernier, la première d'un officiel russe depuis dix ans. Le leader du Parti démocratique, Dumitru Diacov, a accusé les autorités communistes "d'utiliser le facteur russe pour gagner le soutien des électeurs qui parlent russe". La visite de Sergueï Lavrov a également été reprochée à Vladimir Voronine par Igor Smirnov, "Président" de la République sécessionniste de Transnistrie voisine (région orientale de la Moldavie qui a unilatéralement proclamé son indépendance en 1992), qui a indiqué qu'il ne fallait en aucun cas y voir un soutien de Moscou aux autorités moldaves.

Vladimir Voronine et Igor Smirnov se sont rencontrés le 18 mars à Moscou avec le Président russe Dimitri Medvedev. A cette occasion, le représentant spécial de l'Union européenne pour la Moldavie, Kalman Mizsei, et l'ambassadeur des Etats-Unis à Chisinau, Asif Chaudhry, ont exprimé leurs craintes de voir la structure du groupe appelé "5 + 2" des négociateurs qui tentent de régler ce conflit vieux de plus de 15 ans (la Moldavie, la région moldave de Transnistrie, la Russie, l'Ukraine et l'OSCE et 2 observateurs : l'Union européenne et les Etats-Unis).

Le 24 mars, Vladimir Voronine a annulé une rencontre avec Igor Smirnov au motif que celui-ci ne respectait pas ses engagements. Il s'est élevé contre le refus de la présence des officiels américains et européens aux pourparlers.

Le Président moldave a obtenu de la Russie la livraison de 50 000 tonnes de pétrole en faveur des agriculteurs, un cadeau qui vient à point au début de la saison des semailles et à quelques jours des élections législatives.

Le chef de la mission d'observation de l'OSCE, Didier Boden, a dénoncé l'inégalité d'accès aux médias entre les différents partis durant la campagne électorale et les menaces que les autorités font peser sur les candidats de l'opposition. De nombreux diplomates se sont déclarés inquiets du "nombre important d'enquêtes criminelles en cours contre des politiques". Enfin, les forces de police ont investi, sans mandat, la chaîne de télévision Albasat TV basée à Nisporeni, à 60 km de Chisinau, qui couvre 10% du territoire moldave, car elle aurait émis plusieurs critiques envers les autorités communistes.

Par ailleurs, le Parti communiste a été rappelé à l'ordre par la Commission électorale après le dépôt d'une plainte du Parti démocratique qui l'accuse d'avoir, durant les 2 derniers mois, bénéficié de publicité électorale gratuite dans le quotidien Kommunist, l'un des journaux les plus lus de Moldavie.

"Je veux encourager les autorités moldaves à faire tous les efforts nécessaires pour renforcer l'Etat de droit et respecter leurs engagement en matière de droits de l'Homme et de libertés fondamentales. Cela vaut particulièrement pour le processus électoral qui devra répondre aux standards internationaux" a déclaré Benita Ferrero-Waldner, Commissaire européenne aux Relations extérieures.

L'Union européenne a alloué 3 millions € à la Moldavie pour l'organisation du scrutin du 5 avril (amélioration de la législation et des pratiques électorales). 247 observateurs de l'OSCE sont présents. La Communauté des Etats indépendants (CEI) en enverra.

La campagne électorale a débuté le 9 mars sur les ondes. Les leaders politiques disposent chacun de 11 mn au total pour présenter leur programme et répondre aux questions des journalistes, un temps très court contre lequel s'est élevé l'Alliance-notre Moldavie qui a accusé le Parti communiste de chercher à réduire les débats avec leurs adversaires. L'Alliance accuse les leaders communistes d'avoir transféré une grande partie de leurs avoirs à l'étranger pour parer une éventuelle défaite.

Selon la dernière enquête d'opinion réalisée par l'Institut de politique publique, seuls 3 partis devraient dépasser le seuil de 6% des suffrages exprimés obligatoire pour être représenté au Parlement. Le sondage crédite le Parti communiste de 36,2% des voix, le Parti libéral-démocrate (PLDM) de 8,3% et le Parti libéral (PL) de 8,2%. Près d'un quart des électeurs (23%) se déclarent encore indécis et 6,8% affirment ne pas vouloir voter. 48% affirme avoir confiance dans le Président sortant Vladimir Voronine, 43% dans l'actuel Premier ministre Zinaida Greceanii, le président du Parlement Marian Lupu (PRCM) obtient 36%, et le jeune maire de Chisinau, vice-président du Parti libéral, Dorin Chirtoaca, 32%. Enfin, 40% considèrent que les élections législatives ne seront ni transparentes ni justes.

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