Elections législatives au Luxembourg 7 juin 2009

Actualité

Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

-

11 mai 2009
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Deloy Corinne

Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

Les élections législatives se déroulent au Luxembourg tous les 5 ans le 1er dimanche de juin ou, si cette date coïncide avec le dimanche de Pentecôte, le dernier dimanche de mai. Le règlement électoral du Grand-duché stipule toutefois que "le scrutin législatif doit être organisé le jour de l'élection des représentants au Parlement européen si cette élection doit avoir lieu au mois de juin de la même année". 2009 étant l'année du scrutin européen, les Luxembourgeois sont donc conviés à désigner, le 7 juin, les 60 membres de leur Parlement national et leurs 6 députés européens.

Le système politique

Le Luxembourg est une monarchie constitutionnelle dont le Grand-duc Henri est l'actuel Chef de l'Etat. Le Parlement est monocaméral, la Chambre des députés, composée de 60 députés, élus pour 5 ans au scrutin de liste et à la proportionnelle selon le principe du plus petit quotient électoral. Les candidatures isolées, considérées alors chacune comme une liste à elle seule, sont cependant acceptées. Chaque votant dispose d'un nombre de suffrages égal à celui des députés à élire dans sa circonscription. L'électeur peut exercer un "vote en case de tête", c'est-à-dire attribuer une voix à chacun des candidats d'une même liste. Il peut également voter en faveur de candidats issus de deux ou plusieurs listes différentes ou encore faire un "vote doublé", c'est-à-dire voter deux fois (au maximum) pour l'un des candidats d'une liste. Il est enfin libre de mêler ces deux dernières façons de voter, par exemple en utilisant le vote doublé sur plusieurs candidats de plusieurs listes différentes.

Pour les élections législatives, le Luxembourg est divisé en 4 circonscriptions : le Sud (cantons d'Esch-sur-Azette et de Capellen) qui élit 23 députés, le Centre (cantons de Luxembourg et de Mersch) qui désigne 21 élus, le Nord (cantons de Diekirch, Redange, Wiltz, Clervaux et Vianden) qui choisit 9 députés, et l'Est (cantons de Grevenmacher, Remich et Echternach) qui élit 7 députés. Les candidats doivent être âgés d'au moins 21 ans.

Le vote est obligatoire dans le pays. Les Luxembourgeois résidant à l'étranger ou âgés de plus de 75 ans en sont toutefois exemptés (ils sont autorisés à voter par correspondance). L'abstention non justifiée est punie d'une amende de 100 à 250 €. En cas de récidive dans les 5 ans qui suivent, elle augmente à 500 ou 1000 € et l'électeur peut être radié des listes électorales ou encore se voir interdit de toute nomination, promotion ou distinction. Le Grand-duché ne connaît pas le vote par procuration.

Tout projet de loi est soumis, au Parlement, à un double vote. L'article 59 de la Constitution oblige en effet les députés à se prononcer deux fois sur un texte de loi. Un intervalle d'au moins 3 mois doit s'écouler entre les deux votes.

Actuellement, 5 partis politiques sont représentés à la Chambre des Députés :

- le Parti chrétien-social (PCS/CVS) du Premier ministre Jean-Claude Juncker, dirigé par l'actuel ministre du Travail et de l'Emploi, François Biltgen ;

- le Parti socialiste ouvrier (POSL/LSAP), membre de la coalition gouvernementale sortante dont Alex Bodry est le président et Jean Asselborn le leader au gouvernement ;

- le Parti démocratique (PD/DP), dirigé depuis 2004 par Claude Meischl ;

- Dei Greng-Les Verts (G), parti écologiste dont les leaders sont Tilly Metz et Carlo de Toffoli.

- l'Action pour la démocratie et la justice en matière de rentes (ADR), créée en 1987 et dirigée par Roby Mehlen (député sortant de la circonscription Est), se veut le "porte-parole des citoyens contre les dysfonctionnements de l'Etat et l'injustice sociale", se bat pour la démocratie directe, souhaitant que chaque décision publique soit soumise à référendum.

Les enjeux des élections

452 candidats issus de 8 partis politiques se présentent aux suffrages des Luxembourgeois le 7 juin. Outre les 5 partis représentés, il s'agit de Dei Lenk-La Gauche (G), du Parti communiste (KPL/PCL) d'Ali Ruckert, tête de liste de la circonscription Sud, et de la Liste des citoyens (Biergerlëscht, B). Ce dernier parti, anti-establishment et réclamant une plus grande justice sociale, se veut le représentant des 44% de Luxembourgeois qui ont voté "non" au référendum sur la Constitution européenne organisé le 10 juillet 2005. Opposés au traité de Lisbonne, il souhaite qu'une consultation populaire soit organisée sur ce texte. Dirigée par l'ancien député de l'Action pour la démocratie et la justice en matière de rentes, Aly Jaerling (désormais indépendant), la Liste des citoyens présente des candidats dans les seules circonscriptions Sud (où le leader du parti conduit la liste) et Nord (où Jean Ersfeld est tête de liste).

Le 1er février dernier, le Premier ministre Jean-Claude Juncker, en poste depuis 1995, a été désigné par 90% des membres du Parti chrétien-social, pour conduire une nouvelle fois la liste dans la circonscription Sud. S'il lui sera difficile de faire mieux que lors des précédentes élections législatives du 13 juin 2004, le Chef du gouvernement, qui après 14 ans à la tête du gouvernement reste l'homme politique le plus populaire pour 86% de ses compatriotes (enquête publiée dans le quotidien Wort en juillet 2008), vise une nouvelle victoire le 7 juin. Pour y parvenir, il doit rassembler un Parti chrétien-social tiraillé entre une droite catholique et conservatrice et une branche plus libérale et plus sociale. Comme il y a 5 ans, la question de l'avenir de Jean-Claude Juncker a été évoquée par les commentateurs politiques. Certains d'entre eux n'excluent pas que le Premier ministre, qui est entré au gouvernement en 1982 à 28 ans comme secrétaire d'Etat au Travail et à la Sécurité sociale, puisse être tenté par un poste européen même s'il a toujours affirmé privilégier sa carrière nationale. Récemment, le journal Handelsblatt faisait état de propos tenus par le Chef du gouvernement dans lesquels il indiquait que, fatigué des conflits permanents notamment à propos du secret bancaire, il pourrait quitter la présidence de l'Eurogroupe, qui réunit les ministres des Finances des 16 Etats membres possédant l'euro. Nommé une première fois en 2005 à la tête de cette structure et reconduit depuis dans ses fonctions, le 3e mandat de Jean-Claude Juncker arrive à terme le 31 décembre 2010. Le porte-parole du gouvernement, Guy Schuller, a assuré que le Premier ministre avait seulement tenu à préciser qu'il ne pouvait être assuré d'être de nouveau ministre des Finances après le 7 juin.

Mir paken et un (Nous prenons les choses en main) est le slogan du Parti socialiste ouvrier qui souhaite centrer sa campagne sur les thèmes de l'emploi, de l'économie et de l'environnement. "Nous nous situons dans la continuité de ce qui a été fait depuis 2004 et à partir de là, nous devons ouvrir de nouvelles perspectives" a déclaré Romain Schneider, directeur de la campagne. Jean Asselborn souhaite organiser une transition politique. Pour ce faire, il souhaite un renforcement de l'Etat et un encadrement plus strict de l'économie. "Ce n'est pas la main invisible qui a précipité le monde dans la crise, ce n'est pas non plus elle qui va résoudre la crise" a-t-il indiqué. Le Parti socialiste ouvrier a pris contact avec ses adversaires politiques pour qu'ensemble ils élaborent et signent un code de campagne afin de se respecter les uns les autres. Jean Asselborn conduit la liste dans la circonscription Sud.

"Ce que nous voulons, c'est établir un label Parti démocratique et que le parti soit reconnaissable en tant que tel" a indiqué le leader du Parti démocratique, Claude Meischl, tête de liste dans la circonscription Sud, qui a précisé qu'il n'accepterait jamais de gouverner en coalition avec l'Action pour la démocratie et la justice en matière de rentes.

L'Action pour la démocratie et la justice en matière de rentes, au départ centrée sur les retraites, s'est fixé l'éducation et la toxicomanie comme thèmes de campagne prioritaires, souhaite mettre un frein aux dépenses inutiles de l'Etat et simplifier les démarches administratives des citoyens. Maach ma (Oui, nous le pouvons) indique le slogan du parti qui a décidé de toucher le maximum de Luxembourgeois durant cette campagne électorale et a publié un journal distribué à 220 000 foyers.

2009 pourrait être l'année de la consécration pour Dei Greng-Les Verts, parti que de nombreux analystes politiques voyaient, il y a 5 ans, prêt à intégrer la coalition gouvernementale. Dei Lenk-La Gauche s'est engagé sur la voie du rajeunissement en présentant des candidats comme Fabienne Lentz, Marc Baum, David Wagner ou encore Adrien Thomas. Enfin, le Parti communiste, dirigé par Ali Ruckert, a choisi de faire campagne sous le slogan De Mënsch virum Profit (Le peuple avant le profit).

Selon une enquête réalisée par l'institut TNS ILReS et publiée par le quotidien Tageblatt le 6 mai dernier, 82% des Luxembourgeois disent qu'ils se rendraient aux urnes même si le vote n'était pas obligatoire. Les analystes politiques s'attendent à une reconduction du Parti chrétien-social à la tête du pays. Reste à savoir quels seront les résultats des autres partis pour savoir avec qui gouvernera le parti de Jean-Claude Juncker en cas de victoire. La campagne électorale a commencé le 4 mai dernier.

Source : Centre informatique de l'Etat

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