Election présidentielle en Roumanie Le point à une semaine du scrutin

Actualité

Corinne Deloy,  

Fondation Robert Schuman

-

16 novembre 2009
null

Versions disponibles :

FR

EN

Deloy Corinne

Corinne Deloy

Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman

Robert Schuman Fondation

Fondation Robert Schuman

18 millions de Roumains sont appelés aux urnes le 22 novembre prochain pour le 1er tour de l'élection présidentielle, ainsi que pour un référendum sur la réforme du Parlement. 21 207 bureaux de vote seront ouverts à travers le pays pour ces 2 scrutins.

Plusieurs organisations non gouvernementales dont Transparency international se sont élevées contre la tenue d'un référendum le même jour que le 1er tour de l'élection présidentielle. Selon elles, le fait que deux des points du programme politique du président Traian Basescu (établissement d'un Parlement unicaméral et baisse du nombre des parlementaires) puissent être soumis à référendum constitue un avantage pour le Chef de l'Etat sortant par rapport aux autres candidats. "Je n'ai pas été en mesure de moderniser l'Etat roumain, c'est pourquoi j'ai souhaité l'organisation de ce référendum" a déclaré le Président sortant. La consultation populaire est uniquement consultative. En cas de victoire du "oui" aux questions posées ("Etes-vous d'accord avec un Parlement unicaméral ?" et "Etes-vous d'accord pour une réduction du nombre des parlementaires à un maximum de 300 ?"), une réforme constitutionnelle sera nécessaire pour que les assertions entrent en vigueur.

Les Roumains de l'étranger ont également la possibilité de voter. S'ils ont été nombreux à se prononcer lors du référendum sur la destitution du Président du 19 mai 2007 (75 000 votants), peu d'entre eux ont accompli leur devoir civique (14 300 personnes) pour les dernières élections parlementaires du 28 novembre 2008.

12 personnalités sont candidates à la fonction présidentielle:

- Traian Basescu (Parti démocrate-libéral, PD-L), Président sortant ;

- Mircea Geoana, leader du Parti social-démocrate (PSD) depuis 2005 et président du Sénat ;

- Sorin Oprescu, maire de Bucarest, ancien membre du PSD qu'il a quitté en avril 2008 après que ce parti a refusé de soutenir sa candidature aux élections municipales des 1er et 15 juin 2008 ;

- Crin Antonescu, leader du Parti national-libéral (PNL) ;

- Kelemen Hunor, candidat de l'Union démocratique des Magyars de Roumanie (UDMR) ;

- Vadim Tudor Corneliu, candidat du parti de la grande Roumanie (PRM), extrême droite;

- George Becali, homme d'affaires et patron du club de football du Steaua Bucarest, candidat du Parti de la nouvelle génération (PNG) ;

- Constantin Ninel Potirca, homme affaire, candidat de la communauté rom ;

- Cristian Iane Ovidiu, candidat du Parti écologiste;

- Remus Florinel Cernea, candidat du Parti vert ;

- Constantin Rotaru, candidat du Parti de l'alliance socialiste ;

- Manole Gheorge Eduard, qui se présente en indépendant.

16 personnes se sont vues refuser l'accès à la candidature dont, entre autres, Cornel Cernoschi de l'Union des personnes qui ne votent pas et Nicolae Doru Popescu du Parti du peuple et de la protection sociale.

Le Président de la République sortant, Traian Basescu, fait campagne sous le slogan "Ma Roumanie" et son programme électoral est centré sur 7 thèmes : la confiance et les valeurs, la consolidation de la classe moyenne, la solidarité avec les plus nécessiteux, l'efficacité économique, l'amélioration de la compétitivité, les bénéfices apportés par l'adhésion du pays à l'Union européenne et la modernisation de l'agriculture et de l'Etat. Le Chef de l'Etat est favorable à une décentralisation et à la réduction de l'appareil bureaucratique de l'Etat qu'il considère démesuré. Il souhaite le maintien d'un taux unique de 16% pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés (son taux depuis janvier 2005) mais a indiqué ne pas être opposé à une augmentation de la TVA (dont le taux s'élève à 19% depuis 2000) pour renflouer les caisses de l'Etat. En matière de politique étrangère, la consolidation de la position de son pays au sein de l'Union européenne et de l'OTAN, la sécurité de la région de la Mer noire et la possibilité de faire de la Roumanie un pont entre l'Europe et l'Asie centrale constituent ses objectifs principaux.

Le Président sortant souhaite effectuer un 2e mandat à la tête de l'Etat pour terminer son travail. "Je pense que je n'ai pas atteint mon but, la Roumanie n'est pas encore un pays moderne. C'est pourquoi je dois être celui qui garde le cap, c'est l'une des raisons qui me font souhaiter une réélection" a déclaré Traian Basescu ajoutant "Je vois la crise économique actuelle comme une tempête et je suis le capitaine d'un immense navire qui porte le nom sacré de Roumanie (surnommé "Popeye", Traian Basescu a été capitaine de vaisseau). Le bateau a un équipage de 22 millions de personnes et un capitaine qui tient la barre d'une main ferme. J'ai confiance dans l'équipage roumain qu'après la tempête, je vais ramener sans encombre vers le rivage. Faites confiance au capitaine". Le Président sortant, qui se voit affronter Crin Antonescu lors du 2e tour, a déclaré qu'il préfèrerait être opposé à Mircea Geoana le 6 décembre prochain.

"Une seule Roumanie" est le slogan du candidat du PSD, Mircea Geoana qui a centré sa campagne électorale sur 5 thèmes : la relance de l'économie, le retour de la confiance en l'Etat, le développement d'une Roumanie sociale, la famille et la dignité nationale. "La récession est terminée en Allemagne et aux Etats–Unis mais cela ne veut pas dire que ce sera le cas en Roumanie. C'est pourquoi le Président roumain doit être désigné pour ses capacités économiques et je suis moi-même détenteur d'une thèse en économie internationale" a déclaré Mircea Geoana. Il veut aider davantage les jeunes à la recherche d'un emploi et les petits entrepreneurs et porter le taux unique de l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés à 20% pour les revenus de plus de 3 000 lei et créer une TVA différenciée. Il souhaite la création d'un fonds d'investissement roumain afin de protéger les secteurs économiques d'importance nationale et l'établissement d'un moratorium d'un an sur le remboursement de leurs prêts par les PME. Le 24 octobre dernier, le leader du Parti social-démocrate a rappelé l'importance de l'agriculture dont le développement constitue l'une des solutions à la crise que traverse la Roumanie. Mircea Geoana a reçu le soutien des organisations révolutionnaires (LORD) le 26 octobre. Ce mouvement, qui se dit apolitique, déclare vouloir "débarrasser la Roumanie du dictateur Traian Basescu" comme il y a 20 ans, il s'est battu contre la dictature communiste de Nicolae Ceaucescu.

Le leader du PNL, Crin Antonescu, a centré sa campagne électorale sur les thèmes de la crise économique internationale, la réforme de l'Etat, l'éducation, la défense nationale, la justice et la politique étrangère. Il souhaite voir adopter des mesures fiscales en faveur des PME, libéraliser le marché bancaire et financier pour stimuler et optimiser la circulation du capital. Il souhaite la réduction à 10% du taux unique pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés et à 15% pour la TVA. Son programme est intitulé "Nous avons le pouvoir de changer le pouvoir". Il a indiqué que son parti était la seule formation d'opposition et le seul parti de droite du pays. Enfin, Crin Antonescu a affirmé, le 8 novembre dernier, que s'il est élu à la Présidence de la République, il ne solliciterait pas de 2e mandat et quitterait la vie politique à l'issue de ses 5 années à la tête du pays.

"Nous sommes pauvres parce que nous avons été mal gouvernés, nous avons été mal gouvernés parce que nous avons été gouvernés par des gens corrompus qui ne s'intéressent qu'a leurs propres intérêts" a déclaré le candidat Sorin Oprescu. "La corruption existe parce que la justice, les institutions de l'Etat et l'administration publique ne fonctionnent pas" a indiqué le maire de Bucarest, qui mène une campagne polarisée sur les thèmes de la sécurité, la justice et les services de renseignements. Sorin Oprescu affirme que s'il accède à la Présidence, il fera diminuer à la fois la dette publique et l'inflation et qu'il permettra aux citoyens de participer à la vie politique. "Par votre vote en ma faveur, et donc en faveur d'un candidat indépendant, vous permettrez la renaissance du pays" a-t-il affirmé. En matière de politique étrangère, le candidat souhaite améliorer les relations de la Roumanie avec les pays voisins que sont l'Ukraine, la Moldavie, la Russie et les Balkans.

Kelemen Hunor, candidat de l'UDMR, souhaite baisser à 13%-14% le taux unique pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, lutter contre le travail au noir en exonérant les PME de certaines taxes, réformer le système de santé ainsi que les principales institutions du pays (il est notamment défavorable à la suppression de la Chambre haute du Parlement). "J'ai récemment entendu des gens dire que j'étais quelqu'un d'honnête mais qu'il était dommage que je sois Hongrois" a déclaré Kelemen Hunor. "La Roumanie sera un pays normal quand les Hongrois (qui sont environ 1,4 million de personnes dans le pays) et les personnes appartenant à d'autres minorités seront considérés comme des citoyens comme les autres et quand le fait d'être Hongrois ne rendra pas impossible le fait de devenir Président" a-t-il ajouté. Il demande l'autonomie culturelle des régions de Transylvanie, de Bucovine, du Banat et de Moldavie, qu'il souhaite voir inscrite dans la Constitution roumaine. "Nous savons dans quel Etat nous voulons vivre et ce qui est réellement important pour la communauté hongroise, personne ne représente nos intérêts mieux que nous pouvons le faire. En tout cas, jusqu'à aujourd'hui, aucun politicien roumain ne l'a jamais fait" a-t-il souligné.

Remus Florinel Cernea, candidat du Parti vert, se présente comme la seule véritable réponse à la crise politique actuelle que traverse le pays. "Je me suis engagé en politique parce que je suis profondément indigné par la classe politique actuelle". Il demande que 10% du PIB soit consacré à l'éducation, la recherche et la culture. Il a appelé les jeunes à se mobiliser le 22 novembre et affirme qu'un nombre important de suffrages en sa faveur pourrait obliger les hommes politiques à changer et à modifier leur comportement.

"En 2009, les Roumains peuvent choisir entre le passé et l'avenir et tous ceux qui veulent aller vers l'avenir et non retourner vers le passé peuvent élire un homme qui n'a rien à voir avec le passé, un homme dynamique et engagé de tout son être dans l'avenir du pays" a indiqué Constantin Ninel Potirca ajoutant "J'espère recueillir les voix des Roumains, des Hongrois, des Roms et de tous les citoyens qui exigent davantage du gouvernement et de la société".

Enfin, le candidat du Parti de l'alliance socialiste, Constantin Rotaru, a indiqué qu'il dissoudrait le Parlement s'il remportait l'élection. "La démocratie ne fonctionne pas en Roumanie ou seulement de façon superficielle. Nous voulons établir une démocratie participative et nous dissoudrons le Parlement pour atteindre noter objectif" a déclaré Constantin Rotaru qui se présente comme le candidat de "la vraie gauche".

La crise politique se poursuit en Roumanie. Le 1er octobre dernier, le PSD a choisi de quitter la coalition gouvernementale dirigée par Emil Boc (PD-L) qu'il formait avec le PD-L et 12 jours plus tard, le Parlement a voté (par 254 voix, contre 176) une motion de censure entraînant la chute du gouvernement. Le 4 novembre, le Parlement a refusé l'investiture du nouveau gouvernement formé par Lucian Croitoru, désigné à ce poste par Traian Basescu le 15 octobre, une première depuis la chute du régime communiste en 1989.

Le Fonds monétaire international (FMI) a immédiatement déclaré qu'il gelait le versement d'une première tranche d'aide d'1,5 milliard € qui devait être versé et suspendait le dispositif d'aide total de 20 milliards € tant qu'un gouvernement ne serait pas formé. "Nous pensons que nous pourrons conclure rapidement notre examen de la situation économique... une fois que la situation politique aura été résolue" a déclaré Jeffrey Franks, chef de la mission du FMI à Bucarest. Le versement d'un prêt d'un milliard € de la Commission européenne a également été suspendu.

Alors que les partis d'opposition continuent à demander la désignation à la tête du gouvernement de Klaus Johannis (Forum démocratique des Allemands de Sibiu, DFDH), maire de Sibiu (Transylvanie) depuis 9 ans et qui bénéficie d'une réputation d'excellent gestionnaire, Traian Basescu a nommé, le 6 novembre dernier, Liviu Negoita, maire du 3e arrondissement de Bucarest, au poste de Premier ministre. Le Chef de l'Etat, qui a rappelé son désaccord avec un gouvernement formé par des technocrates et dirigé par un Premier ministre indépendant, a justifié son choix en expliquant que Liviu Negoita avait été élu avec 80% des suffrages comme Klaus Johannis et fait preuve de ses capacités de gestion. Le 9 novembre, le nouveau Premier ministre a présenté son gouvernement composé de 14 membres et quasiment identique à celui de Lucian Croitoru à l'exception de 3 nouveaux visages.

Les partis d'opposition ont affirmé qu'ils ne participeraient pas au vote d'investiture du nouveau gouvernement. Si le Parlement refuse une nouvelle fois sa confiance au Premier ministre, le Président devra le dissoudre dans les 60 jours et convoquer de nouvelles élections. L'opposition accuse Traian Basescu de refuser de nommer un Premier ministre qui pourrait être adoubé par le Parlement et de tout faire pour que le gouvernement intérimaire actuel perdure jusqu'au 2e tour de l'élection présidentielle le 6 décembre pour mieux dissoudre le Parlement ensuite. L'élection présidentielle devrait cependant permettre de savoir qui ou quel parti les électeurs considèrent comme responsable du désordre politique actuel. Le recul du Chef de l'Etat sortant Traian Basescu s'explique sans doute en partie par son refus d'entendre les autres partis politiques et n'est pas de très bon augure.

Selon une enquête réalisée par la Compagnie de recherche sociale et la Branding Company (CCSB), les 2/3 des électeurs craignent que l'élection présidentielle soit entachée de fraude. Les Roumains demandent des sanctions plus sévères et l'introduction de cartes d'électeurs et du vote obligatoire pour lutter contre ce danger. Une mission de 25 personnes appartenant à l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et dirigée par Vadim Jdanovici sera présente pour surveiller le caractère démocratique de l'élection présidentielle.

La dernière enquête d'opinion place Traian Basescu en tête du 1er tour avec 34% des suffrages suivi de Mircea Geoana 30%, Crin Antonescu 18%, Sorin Oprescu 14%, Vadim Corneliu Tudor 3%, Kelemen Hunor et Geoge Becali, 1% chacun. Avec 46% des voix, Traian Basescu serait battu au 2e tour par Mircea Geoana qui recueillerait 54% des suffrages. Il serait également battu par Crin Antonescu, 49% contre 51% ou même par Sorin Oprescu (avec le même résultat). "Les électeurs sont pro ou anti Basescu pas pro Geoana ou pro Antonescu" analyse le sociologue Mircea Kivu.

Pour aller plus loin

Élections en Europe

 
2013-05-28-16-31-14.6973.jpg

Corinne Deloy

8 avril 2024

Peter Pellegrini (Hlas-Social-démocratie) a remporté le 2e tour de l’élection présidentielle le 6 avril en Slovaquie. Actuel président du Conseil national de l...

Élections en Europe

 
1-oee-slovaquie.jpg

Corinne Deloy

23 mars 2024

A la surprise générale, Ivan Korcok, ancien ministre des Affaires étrangères et européennes (2020-2022), est arrivé en tête du 1er tour de l’&eacu...

Élections en Europe

 
2013-05-28-16-28-33.2244.jpg

Corinne Deloy

11 mars 2024

L’Alliance démocratique, qui regroupe le Parti social-démocrate (PSD) dirigé par Luis Montenegro, le Centre démocrate social/Parti populaire (CDS/PP), chrétien...

Élections en Europe

 
1-oee-slovaquie.jpg

Corinne Deloy

4 mars 2024

Le 1er tour de l’élection présidentielle aura lieu le 23 mars en Slovaquie. 11 candidats se présentent à ce scrutin. Si aucun n’obtient plus de 50% des suffrage...

La Lettre
Schuman

L'actualité européenne de la semaine

Unique en son genre, avec ses 200 000 abonnées et ses éditions en 6 langues (français, anglais, allemand, espagnol, polonais et ukrainien), elle apporte jusqu'à vous, depuis 15 ans, un condensé de l'actualité européenne, plus nécessaire aujourd'hui que jamais

Versions :