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Slovénie - Législatives

Elections législatives en Slovénie,
Le point à une semaine du scrutin

Elections législatives en Slovénie,
Le point à une semaine du scrutin

15/09/2008 - J-7

Plus de 1000 candidats, dont 1/3 de femmes (la loi électorale oblige chaque liste à présenter un minimum de 25% de candidates pour pouvoir participer au scrutin) sont en lice pour les élections législatives qui se dérouleront en Slovénie le 21 septembre prochain.

Le Premier ministre Janez Jansa (Parti démocrate, SDS) traverse une période difficile. Il a, en effet, été mis en accusation par Magnus Berglund, journaliste de la chaîne de télévision finlandaise YLE pour avoir reçu, ainsi que le ministère de la Défense slovène, des pots-de-vin lors de l'achat en 2006 de 135 véhicules blindés par le ministère de la Défense pour un montant de 278 millions € au fabricant Patria, société détenue à 73% par l'Etat finlandais. Cette transaction, rendue obligatoire par l'entrée de la Slovénie dans l'OTAN en 2004, représente le plus gros contrat militaire jamais signé par la Slovénie.

Janez Jansa a catégoriquement démenti sur la chaîne de télévision POP TV avoir reçu quelque argent et avoir été soumis à une tentative de corruption. Il a toutefois affirmé qu'il ne pouvait exclure que des membres de son cabinet ou de son parti aient pu être corrompus. Le ministre de la Défense, Karl Erjavec (Parti démocratique des retraités, DESUS), a assuré que la transaction avait été transparente. "Jusqu'ici aucune irrégularité n'a été notifiée. Mais depuis que le rapport a été publié, tout le monde parle de corruption" a-t-il indiqué.

"C'est une situation sans précédent. Je ne me souviens pas d'un cas où une télévision soit intervenue dans la campagne électorale d'un autre pays européen" a déclaré Janez Jansa qui affirme que la télévision finlandaise ne dispose d'aucun document pour prouver ses dires. Le Premier ministre a également rappelé que le directeur de la télévision finlandaise est un ancien conseiller du Premier ministre finlandais (1995-2003), Paavo Lipponen (Parti social-démocrate, SDP), soit une formation sœur de la principale force d'opposition slovène (le Parti social-démocrate (SD) dirigé par Borut Pahor). Il a affirmé que les accusations portées à son encontre émanaient d'officiels slovènes menés par Milan Cvikl (SD), député en charge de la commission d'investigation sur la transaction effectuée avec Patria, et que celles-ci sont donc politiquement motivées.

Janez Jansa voit, dans ces soi-disant révélations, une opération de discrédit de sa personne et de son gouvernement et affirme que leur publication à la veille des élections législatives du 21 septembre ne peut être une coïncidence. "Ces accusations sont devenues mon cauchemar. Mais ce qui est le plus grave, c'est que 2 millions de Slovènes ne sont plus intéressés que par cette affaire et que les choses vont continuer ainsi jusqu'aux élections" a-t-il déclaré au quotidien finlandais Helsingin Sanomat le 8 septembre dernier ajoutant. "Au lieu de parler de la façon par laquelle nous pouvons améliorer la vie des Slovènes, nous nous occupons de savoir si oui ou non, j'ai touché des pots-de-vin. Les élections législatives ont lieu dans 10 jours et peu importe qui en sortira vainqueur, le prochain gouvernement devra fixer ses priorités. Dans 6 mois, plus personne ne parlera de l'affaire Patria".

L'opposition s'est, bien sûr, emparée de l'affaire Patria et a demandé l'ouverture d'une session parlementaire extraordinaire. Gregor Golobic, leader de Zares (Réel), a déclaré que l'enquête traînait en longueur parce que Barbara Brezigar, proche du Premier ministre, en était le procureur. Katarina Kresal, leader du Parti libéral-démocrate (LDS) a affirmé que cette affaire témoignait de la déconstruction de l'Etat qui a eu lieu sous le gouvernement de Janez Jansa. Le 9 septembre dernier, le Drzavni Zbor, Chambre basse du Parlement, a cependant accordé par 41 voix, contre 11 son soutien au Premier ministre après une session extraordinaire consacrée à l'affaire Patria.

Les enjeux économiques, et notamment les privatisations, sont au cœur du débat électoral. Les derniers chiffres du Bureau des statistiques publiés le 10 septembre dernier montrent que la Slovénie a enregistré une nette progression de son PIB au 2e trimestre de cette année (+ 5,1% par rapport à la même période de 2007). En revanche, les investissements en capitaux ont reculé de 9% tandis que les exportations augmentaient de 7,8%. Le gouvernement table sur une croissance du PIB de 4,4% en 2008. Enfin, une étude européenne vient démontrer que les salaires réels ont diminué de 3,5% l'an passé en Slovénie, alors qu'ils augmentaient de 2,3% en moyenne dans l'UE.

La campagne électorale est polarisée entre deux personnalités : Borut Pahor, leader du PSD, et le Premier ministre Janez Jansa (SDS), en lice pour un 2e mandat à la tête du gouvernement. Selon la dernière enquête d'opinion publiée le 5 septembre par le quotidien Zurmal24, le SDS est passé en tête dans les enquêtes d'opinion pour la 1ère fois depuis le début de la campagne. Il est crédité de 29% des suffrages et devance le PSD (21%). Ces deux partis sont suivis de Zares (12%), du Parti national présidé par Zmago Jelincic (9%), du LDS et du Parti démocratique des retraités (DeSUS) (7% chacun), et enfin de Nouvelle Slovénie (NSi) dirigée par Andrej Bajuk (5%).

La coalition gouvernementale sortante obtiendrait donc 43% des suffrages contre 40% aux partis de l'opposition. Par conséquent, la victoire dépendra des résultats des "petits" partis, et notamment du DeSUS, et de leur décision de rejoindre tel ou tel "grand" parti.
La moitié des Slovènes (51%) se disent décidés à participer au scrutin du 21 septembre.
Paradoxalement, Janez Jansa ne semble pas pâtir des accusations portées contre lui. Au contraire, interrogés sur la personne qu'il souhaiterait voir occuper le poste de Premier ministre à l'issue des élections du 21 septembre, 38% des Slovènes répondent Janez Jansa, contre 36% pour Borut Pahor (sondage publié dans Zurmal24). Alors qu'il y a quelques semaines, les analystes politiques tablaient sur un changement de majorité politique le 21 septembre, le scrutin s'avère finalement plus incertain que prévu.
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
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