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Italie - Législatives et sénatoriales

Elections législatives et sénatoriales en Italie, 13 et 14 avril 2008

Elections législatives et sénatoriales en Italie, 13 et 14 avril 2008

13/04/2008 - Analyse

Environ 50 millions d'Italiens sont appelés aux urnes les 13 et 14 avril prochains pour renouveler les deux Chambres de leur Parlement. Des élections locales partielles, initialement prévues pour juin prochain, se dérouleront simultanément. En revanche, le référendum d'initiative populaire prévu sur l'abrogation de la loi électorale, qui devait se dérouler au printemps, est reporté d'un an et sera organisé en 2009.

Les précédentes élections législatives et sénatoriales des 9 et 10 avril 2006 ont été les plus serrées de toute l'histoire italienne. Les forces de l'Union (U) emmenées par Romano Prodi avaient obtenu la majorité à la Chambre des députés avec seulement 24 755 suffrages d'avance sur leurs adversaires de la Maison des libertés (CdL) conduits par Silvio Berlusconi. Aux élections sénatoriales, l'Union avait été minoritaire en voix mais avait néanmoins obtenu 2 sièges de majorité au Sénat.
Les dernières enquêtes d'opinion prédisent un vote sanction contre la majorité en place depuis près de 2 ans et une victoire de l'opposition lors du scrutin des 13 et 14 avril prochain, mais l'écart entre la droite et la gauche ne cesse de se resserrer au fil des semaines.

La crise politique et la démission du gouvernement de Romano Prodi

La démission, le 16 janvier dernier, du ministre de la Justice, Clemente Mastella (Union des démocrates pour l'Europe, Udeur), a été l'élément déclencheur de la crise politique qui a conduit, 8 jours plus tard, à la chute du gouvernement de Romano Prodi. Le ministre de la Justice a démissionné pour dénoncer la campagne d'accusation dont il faisait l'objet et le manque de solidarité gouvernementale. "Je reprends mon indépendance d'homme, de politique, de citoyen" a-t-il indiqué. Avec son épouse, Sandra Leonardo, par ailleurs présidente de la région de Campanie, il est soupçonné de corruption, de concussion et de trafic d'influence à Naples. 23 membres de l'UDEUR ont été arrêtés ou assignés à résidence dans cette affaire. Le ministre de la Justice, qui est soupçonné d'avoir exigé et obtenu du gouverneur de la région, Antonio Bassolino, la nomination d'un proche à un poste de responsabilité, a découvert quelques jours avant sa démission qu'il avait été placé sur écoutes ainsi que toute sa famille. Ironie de l'histoire, Clemente Mastella avait déjà provoqué la chute du gouvernement de Silvio Berlusconi en 1994.

Alors que la Chambre des députés avait renouvelé sa confiance (par 326 voix pour et 275 voix contre) à Romano Prodi, le 24 janvier dernier, le Président du Conseil, qui avait pourtant plaidé pour la continuité de l'action gouvernementale, perdait la confiance du Sénat (par 156 voix pour et 161 voix contre) et était forcé à la démission. Le gouvernement Prodi aura duré 650 jours et été le 2e plus court de l'histoire de la République italienne. Il s'agit également de la 8e législature qui ne va pas jusqu'à son terme. Les électeurs italiens éliront les 13 et 14 avril prochain leur 62e gouvernement en 63 ans. En 2007, le gouvernement avait déjà traversé une crise importante lorsque les membres de la gauche radicale s'étaient opposés à l'envoi d'une mission militaire en Afghanistan. Le Président du Conseil avait remis sa démission avant de finalement recoudre sa majorité. Cette fois-ci, Romano Prodi a décidé de se retirer de la vie politique. "Je quitte la politique. Mon avenir est serein. Le monde est plein d'opportunités" a-t-il déclaré le 9 mars dernier, ajoutant "j'ai décidé de ne pas être candidat pour ouvrir la voie à un changement de génération qui est nécessaire. Quelqu'un doit donner l'exemple".

Le gouvernement Prodi comptait 102 membres issus de 10 partis politiques, un record pour le pays et dans l'Union européenne (allant des communistes aux centristes catholiques). Durant ses 21 mois de pouvoir, le Président du Conseil s'est livré à un incessant marchandage pour préserver sa majorité et a souvent dû s'appuyer sur le soutien des sénateurs à vie. Il a toutefois dû abandonner certaines de ses promesses électorales, comme l'instauration d'une union civile pour les couples homosexuels.

Face à la crise, le Président de la République, Giorgio Napolitano, a alors tenté de former un gouvernement intérimaire qui, après avoir modifié la loi électorale en vigueur (accusée de favoriser les "petits" partis et de rendre le pays difficilement gouvernable) aurait organisé de nouvelles élections. Les négociations menées par le Chef de l'Etat ont cependant échoué et Giorgio Napolitano a été contraint d'admettre que l'organisation d'un scrutin législatif anticipé constituait la seule solution pour sortir de la crise. "Les élections anticipées sont une anomalie qui n'est pas sans conséquence sur la gouvernabilité du pays" a t-il souligné.

Selon les enquêtes d'opinion, deux Italiens sur trois étaient favorables à l'organisation d'un scrutin anticipé. En revanche, le patronat italien, comme la conférence épiscopale et de nombreux représentants de la société civile, y étaient opposés. "L'économie italienne a besoin de stabilité et d'efficacité politiques. Nous avons besoin de stabilité pour garantir la croissance qui est inférieure à celle de tous les pays européens" a déclaré Luca di Montezemolo, président de la Confindustria (patronat italien). "Le gouvernement provisoire serait inutile et représenterait une perte de temps dommageable" avait affirmé Silvio Berlusconi qui s'est dit convaincu que "la loi électorale (dont il est l'initiateur) a donné de bons résultats et que la meilleure solution pour affronter les graves problèmes du pays est de donner à l'Italie un gouvernement légitime et immédiatement opérationnel par des élections populaires". De son côté, le maire de Rome et leader du Parti démocrate (PD), Walter Veltroni, était favorable à une modification préalable de la loi électorale, "une loi qui rend le pays ingouvernable". "Il est juste de retourner aux urnes car il n'y a pas de majorité compacte et nous finissons par ne plus pouvoir prendre de décisions. Ce gouvernement ne pouvait pas faire davantage avec une majorité politique aussi peu homogène" a affirmé le ministre des Infrastructures du gouvernement sortant Antonio Di Pietro (Italie des valeurs-Liste di Pietro, IV-LDP).
Les élections doivent obligatoirement être organisées entre 45 et 70 jours après la dissolution du Parlement.

Le système politique italien

Le Parlement est bicaméral et comprend la Chambre des députés (Camera dei Deputati) composée de 630 membres et le Sénat (Senato della Repubblica), 315. Selon l'article 55 de la Constitution, les deux Chambres possèdent des pouvoirs identiques, l'Italie connaît donc un bicamérisme égalitaire.
Les députés sont élus au système proportionnel au sein de 26 circonscriptions. Depuis 2001, les Italiens résidant à l'étranger élisent 12 députés au sein d'une circonscription spéciale. Les coalitions électorales doivent recueillir au moins 10% des suffrages exprimés pour être représentées à la Chambre des députés. Une prime de majorité qui ne peut être supérieure à 340 sièges est accordée à la coalition arrivée en tête du scrutin. Les candidats doivent être âgés d'au moins 25 ans.
Les sénateurs sont élus dans le cadre de circonscriptions régionales. La liste arrivée en tête du scrutin remporte 55% des sièges, les sièges restants étant répartis entre les autres listes à la proportionnelle. Le Sénat compte également, outre ses membres élus, des sénateurs à vie : les anciens Présidents de la République (Carlo Azeglio Ciampi, 1999-2006, Francesco Cossiga, 1985-1992, et Oscar Luigi Scalfaro, 1992-1999) ou des citoyens ayant contribué à l'honneur de l'Italie par leurs mérites (par exemple, la neurologue Rita Levi-Montalcini ou le designer et homme d'affaires, Sergio Pininfarina). Ces derniers sont cependant limités à 5.
Tout candidat à la fonction de sénateur doit être âgé d'au moins 40 ans et seuls les électeurs âgés de plus de 25 ans élisent les membres du Sénat.
La loi électorale du 14 décembre 2005, qui fait des partis politiques les acteurs centraux de la scène politique, s'est révélée productrice d'instabilité politique et a accru la fragilité de la majorité parlementaire. "Cette loi électorale est faite pour que la personne qui l'emporte gagne mal et gouverne encore plus mal" avait déclaré Romano Prodi à la veille des élections des 9 et 10 avril 2006.

L'Italie compte 155 partis et mouvements politiques, 22 étaient représentés au Parlement et 10 dans le gouvernement sortant. Les principaux sont les suivants :

- Les Démocrates de gauche (DS), dirigés par Piero Fassino, parti issu du Parti démocratique de gauche (PDS) fondé en 199, lui-même issu du Parti communiste (PCI) ;
- La Marguerite, créée en 2002 et dirigée par l'ancien maire de Rome, Francesco Rutelli. Ce parti et les Démocrates de gauche ont fusionnée et donné naissance au Parti démocrate (PD) dirigé par Walter Veltroni ;
- Refondation communiste (RC), parti né en 1991 de la scission du Parti communiste (PCI) et dirigé par Fausto Bertinotti ;
- Les Verts (Verdi), dirigés par Alfonso Pecoraro Scanio et situés à gauche sur l'échiquier politique ;
- Le Parti des communistes (PdCI), parti né en 1998 d'une scission de Refondation communiste (RC) et dirigé par Oliviero Diliberto ;
- Italie des valeurs-Liste di Pietro (IV-LDP), fondé par Antonio di Pietro, ancien commissaire de police devenu juge, à l'origine, en 1992, de l'opération Mani pulite (Mains propres), vaste intervention judiciaire contre la corruption du monde politique qui a abouti à la disparition de la Démocratie chrétienne et du Parti socialiste ;
- Forza Italia (FI), principal parti d'opposition créé en 1994 et dirigé par l'ancien Président du Conseil (1994-1995 et 2001-2006) Silvio Berlusconi ;
- Alliance nationale (AN), dirigée par l'ancien ministre des Affaires étrangères, Gianfranco Fini, et issue du recentrage, en 1994, du Mouvement social italien (MSI) ;
- La Ligue du Nord (LN), parti antieuropéen et xénophobe créé en 1991 par Umberto Bossi. La Ligue du Nord, Alliance nationale et Forza Italia se sont alliées au sein d'une coalition appelée Parti du peuple pour les libertés (PDL) dirigé par Silvio Berlusconi ;
- L'Union des démocrates chrétiens et du centre (UDC), dirigée par Pier Ferdinando Casini et née en 2002 de la fusion de formations issues de la Démocratie chrétienne (DC), force politique ayant gouverné l'Italie durant la majeure partie de la Ière République (fondée en 1948).

Le retour de Silvio Berlusconi ?

"Italie, relève-toi" s'exclamait le 10 février dernier en lançant sa campagne électorale l'ancien Président du Conseil, Silvio Berlusconi, qui se présente comme l'homme neuf de ces élections alors qu'il est candidat pour la 5e fois. En 1994, il avait révolutionné la communication et la vie politique italienne. En 2001, il était devenu le Président du Conseil à avoir dirigé le plus long gouvernement de l'histoire de la République, étant le 1er à avoir terminé son mandat de 5 ans. Assistera-t-on en 2008 à la naissance d'un 3e Silvio Berlusconi ?

Le 12 décembre dernier, il a créé le Parti du peuple pour les libertés (PDL) qui remplace Forza Italia (FI), et inclut l'Alliance nationale (AN) de Gianfranco Fini, qui a annoncé, le 16 février dernier, la dissolution de son parti lors du congrès de l'automne prochain, et la Ligue du Nord (LN) d'Umberto Bossi, parti qui se présentera cependant sous sa propre étiquette dans le Nord du pays lors des élections. La date du 12 décembre n'avait pas été choisie au hasard, elle correspond au 1er anniversaire de la vaste mobilisation des forces de l'opposition contre le gouvernement de Romano Prodi.
Silvio Berlusconi, surnommé le Cavalier, a été forcé à un repositionnement par Walter Veltroni qui, il y a un an, a fondé le Parti démocrate et décidé de se présenter seul devant les électeurs, s'engageant ainsi dans une rénovation de la vie politique italienne dominée jusqu'alors par de très larges coalitions politiques. De fait, Silvio Berlusconi dit vouloir rassembler dans son parti "tous les citoyens italiens libéraux et modérés qui ne se reconnaissent pas dans la gauche". Alessandra Mussolini (Alternative sociale, AS), petite-fille du Duce Benito Mussolini, a déclaré qu'AS rejoindrait le PDL. Le leader de l'opposition appelle désormais à la modération et a même indiqué qu'il pourrait former une grande coalition avec le Parti démocrate et envisager un dialogue avec l'opposition après les élections. "Cela dépendra de l'intensité de notre probable victoire et de la qualité de leur probable défaite" a précisé l'ancien ministre de l'Economie, Giulio Tremonti (FI).

Le Cavaliere a dû faire face au retrait de l'UDC. "Après 14 ans de collaboration, je veux dire une chose très simple à Silvio Berlusconi : en Italie, tout le monde n'est pas à vendre" a déclaré Pier Ferdinando Casini, annonçant son intention de se présenter seul devant les électeurs. "Pourquoi devrais-je engager une bataille aux côtés d'un homme en qui je ne crois plus ? a-t-il ajouté. Pier Ferdinando Casini, dont le parti réalise ses meilleurs résultats en Italie du Sud, veut se positionner entre droite et gauche. Si Silvio Berlusconi se dit assuré que les sympathisants de l'UDC ne suivront pas leur leader, le retrait de Pier Ferdinando Casini a pour effet de faire glisser sa coalition un peu plus à droite sur l'échiquier politique au moment même où son principal adversaire, Walter Veltroni, se repositionne au centre.

Le 9 février dernier, Silvio Berlusconi a adressé ses vœux au parti démocrate de Walter Veltroni - en qui il ne voit pas un ennemi - et affirmé qu'il souhaiterait voir s'établir en Italie une "République fondée sur deux piliers qui cultivent de grands projets".
Beaucoup d'analystes politiques prêtent à Silvio Berlusconi l'ambition de devenir Président de la République. Pour ce faire, l'ancien Président du Conseil a tout intérêt à se montrer disponible à un dialogue avec la gauche. Il aurait ainsi émis le souhait de proposer à Franco Marini (La Marguerite) de rester président du Sénat en cas de victoire du PDL les 13 et 14 avril prochains. Quoiqu'il arrive, le Cavaliere peut d'ores et déjà savourer une victoire : celle de survivre à son vieil ennemi, Romano Prodi, qui a décidé d'abandonner la scène politique.

Walter Veltroni, le renouveau politique italien ?

Les 21 et 22 avril 2007, Walter Veltroni fondait le Parti démocrate (PD) - à partir des Démocrates de gauche (DS) et de La Marguerite - avec pour ambition de rassembler plus du tiers de l'électorat et de devenir la principale force politique. DS et La Marguerite partagent une même peur, celle de voir se reconstituer un centre autonome à partir des anciennes composantes de la démocratie chrétienne (DC). Certains membres de l'aile la plus à gauche de DS, emmenés par le ministre de l'Enseignement supérieur, Fabio Mussi, et représentant environ 15% des troupes du parti, ont fait dissidence reprochant au PD d'opérer un glissement vers le centre. La Marguerite n'a pas connu de scission.
Le Parti démocrate symbolise la "clôture définitive de l'expérience ouverte en 1921 à Livourne" avec la naissance du Parti communiste (PCI) lors de sa scission avec le Parti socialiste (PSI). En 1991 était fondé le Parti des démocrates de gauche (PDS), devenu les Démocrates de gauche (DS) en 1998. Aux primaires de la mi-octobre 2007, Walter Veltroni, qui a recueilli 3 millions de voix sur son nom, a été élu à la tête du nouveau parti.

En faisant cavalier seul, Walter Veltroni veut donner une plus grande visibilité au PD et s'imposer comme un facteur d'unification dans un paysage politique particulièrement polarisé. "Nous avons décidé unilatéralement de concourir seuls, mais surtout libres de ne plus renoncer à ce que nous croyons. Il y a 2 ans, il y aurait eu 12 responsables de partis avec moi. Nous avons vécu sous la dictature des minorités. En y allant seuls, nous pouvons enfin écrire ce que nous voulons dans le programme et cela fait 15 ans que j'évoque le projet d'un parti démocrate, post-idéologique" a-t-il déclaré le 10 février dernier lors du lancement de sa campagne électorale. Il souhaite séduire l'électorat le plus large possible sans pour autant se lier les mains à la gauche radicale. "Nous sommes la grande force de centre gauche réformiste. La gauche radicale est pour la lutte des classes, nous sommes pour un pacte des producteurs et des travailleurs. Ce que nous voulons faire n'a jamais été fait en Italie. Quand un citoyen votera pour le Parti démocrate, il saura exactement quelles sont ses positions et il n'aura pas besoin de médiation à travers des petits partis" a-t-il encore précisé.

Le PD se dit prêt à accueillir tous ceux qui partagent son programme. Le Parti radical d'Emma Bonino et de Marco Panella l'a rejoint. En cas de victoire le 14 avril prochain, Emma Bonino pourrait obtenir un ministère. Walter Veltroni a rappelé qu'elle avait été "un excellent ministre du Commerce extérieur qui a contribué à augmenter nos exportations, ce que tous les hommes d'affaires reconnaissent". Certains catholiques ont exprimé leurs inquiétudes devant le rapprochement avec le Parti radical, celui-ci défendant le droit à l'avortement et le divorce. "L'idée que les catholiques et les athées ne peuvent vivre dans la même coalition n'est pas recevable dans un pays moderne" leur a répondu Walter Veltroni.
Plusieurs personnalités seront candidates sur les listes du Parti démocrate pour les élections des 13 et 14 avril prochains : Alessandro Benetton, héritier de la dynastie du même nom, Matteo Colaninno, président des jeunes chefs d'entreprises, un général commandant des forces italiennes en Afghanistan et au Kosovo, le président de la Fédération patronale des industries métallurgiques et le superpréfet antimafia, Luigi de Sena.

Walter Veltroni refuse de diaboliser Silvio Berlusconi dont il évite soigneusement de prononcer le nom. "C'est la fin d'une ère de querelles et de haines" souligne t-il. Fin 2007, il a ainsi cherché à dialoguer avec le leader de l'opposition sur la modification de la loi électorale. Certains l'ont alors accusé de redonner au Cavaliere une légitimité que ses alliés du centre-droit lui contestaient, d'autres lui reprochant d'avoir voulu faire chuter le gouvernement de Romano Prodi pour son avantage personnel.

L'action de Walter Veltroni, surnommé "Super Walter" par les médias, s'inscrit dans le long terme. En effet, considérant la loi électorale qui accorde une prime de majorité au parti ou à la coalition arrivant en tête des élections, concourir seul peut s'avérer risqué. Cependant, il veut rompre avec les pratiques antérieures. Sans compter que le pari peut également in fine se révéler payant. "Le Parti démocrate constitue une grande nouveauté comparable à l'entrée en scène de Silvio Berlusconi en 1994" déclare Renato Mannheimer, professeur de sociologie à l'université Bicocca de Milan, qui ajoute "en termes électoraux, ne pas faire d'alliance avec l'extrême-gauche est une trouvaille heureuse qui peut valoir au Parti démocrate de gagner 5 à 7% des suffrages de plus". "Walter Veltroni ne veut pas gagner ces élections mais les prochaines" affirme Franco Pavoncello, professeur de science politique à l'université John Cabot de Rome ajoutant"Il veut trouver sa place sur la scène nationale comme leader de l'opposition et prendre de la distance par rapport à l'extrême gauche".
De son côté, l'éditorialiste de La Repubblica, Eugenio Scalfari, souligne que " la clarification du paysage politique représente un grand pas en avant vers une bipolarisation moins imparfaite et pourquoi pas vers un bipartisme qui mettrait finalement notre pays à l'unisson des autres démocraties occidentales". Enfin, Marc Lazar, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, souligne : "il va se présenter comme un homme du renouveau contre Silvio Berlusconi qu'il dépeint en homme qui a déçu les Italiens" ajoutant "Walter Veltroni affiche sa différence avec Romano Prodi et, habile communicateur, met Silvio Berlusconi en difficulté, voire le ringardise. Il a toutefois refusé de fonder l'identité du Parti démocrate sur l'antiberlusconisme afin de décrisper la vie publique". Le leader du Parti démocrate joue sur son âge (53 ans) pour ringardiser son adversaire âgé de 71 ans.

Walter Veltroni a lancé sa campagne le 10 février en prononçant son "discours pour l'Italie". 3 jours plus tard, il abandonnait son mandat de maire de Rome, la loi électorale stipulant que les maires des villes de plus de 20 000 habitants ne peuvent être candidats aux élections législatives (environ 150 maires devront également abandonner leur mandat). Walter Veltroni avait été réélu à Rome le 29 mai 2006 dès le 1er tour des élections municipales, recueillant le plus haut résultat jamais atteint par un candidat à Rome : 61,4% des suffrages, contre 37,1% à son adversaire, l'ancien ministre de l'Agriculture, Gianni Alemanno (AN).

Les autres forces en présence

Les élections des 13 et 14 avril prochains se caractérisent par une importante réduction du nombre de partis en lice. Hormis le PD et le PDL, on trouve la Gauche arc-en-ciel (Sinistra arcobaleno) emmenée par l'actuel président de la Chambre des députés et secrétaire de Refondation communiste (RC), Fausto Bertinotti, et qui regroupe 4 partis : RC, le Parti des communistes italiens, les Verts et la Gauche démocratique (composé d'anciens membres des Démocrates de gauche qui ont refusé l'alliance avec La Marguerite). "La Gauche arc-en-ciel se veut l'interprète d'une demande de changement qui ne se résout pas au duopole. La gauche radicale doit maintenant passer à une phase d'opposition créative et influente" a déclaré Fausto Bertinotti. "Il s'agit de faire rempart à une grande coalition" affirme le leader des Verts, Antonio Pecoraro Scanio. La formation s'est fixée pour objectif de dépasser 10% de voix.
Par ailleurs, Pier Ferdinando Casini (UDC) a annoncé son intention d'être présent lors du scrutin et Clemente Mastella (Udeur) envisage de se présenter seul devant les électeurs.

Les programmes des candidats

L'économie de l'Italie, dépassée par l'Espagne en matière de revenu par habitant, est en difficulté. La croissance du PIB est inférieure à 1% (0,7% prévu cette année, contre 5,8% dans les années 1960, 3,8% dans les années 1970 et 1,6% dans les années 1990). L'inflation est au plus haut depuis 10 ans et le pays est miné par le clientélisme, la corruption, l'inefficacité de l'appareil public et l'évasion fiscale. Le Président du Conseil sortant, Romano Prodi, revendique toutefois dans son bilan économique une baisse de la dette et du déficit public (de 4,4% à 2%) et un recul du taux de chômage à 6%.

Walter Veltroni propose un programme en 12 points pour "changer l'Italie". Il augmentera la croissance et réduira les impôts à partir de 2009 (selon les enquêtes d'opinion, la hausse des impôts constitue l'une des raisons majeures de l'impopularité du gouvernement de Romano Prodi). "Moins d'impôt pour tous" affirme d'ailleurs l'un des slogans du Parti démocrate. "Il est possible de réduire les impôts et d'augmenter les salaires parce que notre combat contre l'évasion fiscale et pour les finances a produit d'extraordinaires résultats" souligne Walter Veltroni. Le ministre du Développement économique sortant, Pierluigi Bersani, affirme que les résultats du gouvernement Prodi autorisent désormais à une levée de la pression sur les salaires. "Moins de bureaucratie, moins de conservatisme. Plus de croissance, plus de liberté, ce sont les axes qui guideront notre programme" a déclaré Walter Veltroni. Il prévoit une baisse des dépenses publiques de 0,5% du budget la 1ère année de son mandat et de 1% les 2e et 3e années. Le leader du Parti démocrate, dont les listes seront composées de près d'un tiers de femmes, propose l'instauration d'un crédit de 2 500 euro par enfant nouveau-né, l'instauration d'un crédit d'impôt pour les entreprises qui embauchent des femmes, l'allongement des horaires d'ouverture des crèches et l'adoption d'une loi sur l'égalité hommes-femmes sur le marché du travail. Il souhaite parvenir à établir une réelle mixité au sein des conseils d'administration des entreprises. Ces propositions ont été relativement bien accueillies par les économistes qui ont apprécié qu'elles soient toutes chiffrées.

Silvio Berlusconi promet aussi des baisses d'impôts mais uniquement si la situation de l'économie le permet. "Personne ne peut ignorer que nous sommes dans une profonde crise économique mondiale" a-t-il déclaré, parlant de "sacrifices" et affirmant qu'il n'était pas Superman. "Nous ne promettons pas de miracles" peut-on lire dans la plateforme électorale du PDL. Le leader de l'opposition veut détaxer les heures supplémentaires et baisser la taxe foncière, ce qui coûterait environ 2 milliards d'euro à l'Etat. Il souhaite réduire de 3 points les prélèvements obligatoires (qui représentent actuellement 43% du PIB). Enfin, le Cavaliere promet un important programme de grands travaux pour moderniser les infrastructures.
Le maintien de Romano Prodi au palais Chigi, siège de la Présidence du Conseil, se révèle une aubaine pour Silvio Berlusconi qui n'hésite pas à rappeler que "le Parti démocrate est le parti du Président du Conseil sortant et a soutenu le gouvernement de Romano Prodi qui a augmenté les impôts et ouvert les portes aux immigrés clandestins, diminuant de ce fait la sécurité des citoyens et augmentant la criminalité". "Romano Prodi a échoué" répète-il.
Il a annoncé qu'il nommerait Giulio Tremonti, actuel vice-président de la Chambre des députés, au poste de ministre de l'Economie en cas de victoire du PDL aux élections. Giulio Tremonti a déjà occupé ce poste en 1995-1996 et entre 2001 et 2004. "Le gouvernement ne comptera pas plus de 15 ministres. Il comprendra également de nouvelles têtes et au moins 4 femmes!" a-t-il indiqué. L'actuel Commissaire européen chargé de la Justice et des Affaires intérieures, Franco Frattini, pourrait être nommé aux Affaires étrangères (un poste qu'il a déjà occupé entre 2002 et 2004), Gianni Letta à l'Intérieur et Roberto Formigoni, président de la région de Lombardie, à l'Education.

Si Walter Veltroni reste l'homme politique le plus populaire d'Italie, recueillant 55% de bonnes opinions, contre 42% pour Silvio Berlusconi selon la dernière enquête réalisée par l'institut ISPO, le PDL continue de faire la course en tête dans les sondages. Le PDL devance toujours le PD d'environ 5 points (respectivement 38% et 33%), cette avance s'est toutefois réduite de moitié depuis un mois.
"On pourrait voir un remake de 2006 et l'absence d'une majorité claire au Sénat déboucher sur une instabilité. Il y a un risque sérieux d'un Parlement dans lequel un parti aurait la majorité à la Chambre des députés et un autre au Sénat, ce qui rendrait le pays ingouvernable, aussi bien pour Silvio Berlusconi ou pour Walter Veltroni" affirme Franco Pavoncello. En effet, les deux Chambres possédant des pouvoirs équivalents, il est impératif pour tout parti politique d'obtenir la majorité à la Chambre des députés et au Sénat pour pouvoir gouverner. Si tel n'était pas le cas, Silvio Berlusconi ou Walter Veltroni pourrait former un gouvernement intérimaire qui se chargerait de modifier la loi électorale. "Le scrutin est-il écrit d'avance ? Non, et c'est là toute sa nouveauté. L'Italie amorce peut-être sa normalisation après plus d'une décennie de transition" souligne Marc Lazar. Une chose est sûre : la bataille entre Walter Veltroni et Silvio Berlusconi sera rude et l'issue du scrutin très incertaine.

Rappel des résultats des élections législatives/sénatoriales des 9 et 10 avril 2006 en Italie



Participation : 83,6%

Chambre des députés



Source Ministère de l'Intérieur italien


Participation : 83,5%

Sénat



Source Ministère de l'Intérieur italien


Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
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