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Italie - Législatives et sénatoriales

Le leader de l'opposition Silvio Berlusconi remporte de façon nette les élections législatives et sénatoriales italiennes

Le leader de l'opposition Silvio Berlusconi remporte de façon nette les élections législatives et sénatoriales italiennes

15/04/2008 - Résultats

Silvio Berlusconi, leader du principal parti d'opposition, le Parti du peuple pour la liberté (PdL), a nettement remporté les élections législatives et sénatoriales anticipées qui se sont déroulées en Italie les 13 et 14 avril. Ce scrutin faisait suite à la démission le 24 janvier dernier du Président du Conseil Romano Prodi (L'Union) après que le Sénat a refusé de voter la confiance à son gouvernement. Le leader de l'opposition s'impose donc pour la troisième fois à des élections parlementaires. Sa coalition rassemblant, outre son parti, l'Alliance nationale (AN) de Gianfranco Fini, la Ligue du Nord (LN) d'Umberto Bossi et Alternative sociale (AS) dirigée par la petite-fille du Duce Benito Mussolini, Alessandra, a recueilli 46,81% des suffrages aux élections législatives (340 sièges) et 47,32% au scrutin sénatorial (168 sièges).
Walter Veltroni, leader du Parti démocrate (PD), a obtenu, en coalition avec le Parti radical d'Emma Bonino et de Marco Panella et de l'Italie des valeurs (IdV) dirigé par l'ancien juge anti-corruption Antonio Di Pietro, 37,54% des voix aux élections législatives (239 sièges) et 38,01% des suffrages aux élections sénatoriales (130 sièges). "Il s'agit d'un résultat moyen, Walter Veltroni espérait mieux" a affirmé le politologue Stefano Folli. Le leader des forces de gauche, qui avait pourtant le handicap de porter l'héritage du très impopulaire gouvernement de Romano Prodi, peut cependant se réjouir d'avoir recueilli un résultat plus élevé que celui obtenu par les Démocrates de gauche (DS) et La Marguerite lors des précédentes élections. Il a également, avec ce scrutin, assis sa position de leader du centre gauche dans la péninsule et pris date pour l'avenir.

L'autre grand gagnant du scrutin est la Ligue du Nord qui a quasiment doublé son résultat de 2006, passant de 4,6% à 8,3% des voix à la Chambre des députés et de 4,5% à 8,06% au Sénat. "Silvio Berlusconi est un ami. Nous avons respecté notre parole, il ne sera jamais otage de la Ligue du Nord" a tenu à rassurer Umberto Bossi. Cependant, pour le politologue à l'université de Turin, Gian Enrico Rusconi, la Ligue du Nord devrait "faire chèrement payer sa coopération". "Je ne pense pas que le gouvernement de Silvio Berlusconi sera capable de mener à bien les réformes dont l'Italie a besoin car la Ligue du Nord est un parti protectionniste" a déclaré l'analyste politique. Silvio Berlusconi aurait promis au moins deux postes de ministres au parti d'Umberto Bossi.
La Gauche Arc-en-ciel (Sinistra arcobaleno), emmenée par le président de la Chambre des députés et secrétaire général de Refondation communiste (RC), Fausto Bertinotti, s'est effondrée, recueillant 3,08% à la Chambre des députés et 3,21% au Sénat. Elle ne sera donc pas représentée au Parlement.
La participation s'est élevée à 80,4%, soit un peu inférieure à celle enregistrée lors des précédentes élections des 9 et 10 avril 2006 (- 3,1 points).

"Le résultat est clair : la droite gouvernera ce pays" a déclaré Walter Veltroni. "Comme cela se fait dans toutes les démocraties occidentales, j'ai appelé le leader du Parti du peuple pour les libertés, Silvio Berlusconi, pour le féliciter de sa victoire et lui exprimer mes voeux pour le travail qui l'attend" a-t-il ajouté. Il a également tenu à saluer "la forte participation (...) plus élevée que dans beaucoup d'autres pays européens". Walter Veltroni a également indiqué qu'il restait à la tête du Parti démocrate. "Aujourd'hui, le réformisme italien est une force qui pèse entre 34 et 35% des voix. Il s'agit d'une force importante dans le contexte d'un Parlement qui a connu une profonde mutation à la suite de notre décision de nous présenter seuls à ces élections" a t-il souligné, indiquant que le Parti démocrate formera une "opposition constructive". Il s'est dit prêt à travailler avec la nouvelle majorité sur la réforme de la loi électorale et d'autres réformes institutionnelles.

Silvio Berlusconi s'est déclaré "ému par le résultat qui émerge et par la confiance que tant de citoyens ont placée en moi" et a exprimé sa "profonde satisfaction" à propos du résultat obtenu par sa coalition. Il a souligné qu'il considérait son retour à la tête du gouvernement comme une "lourde responsabilité" et annoncé que "des mois et des années difficiles" attendaient les Italiens qu'il a appelés à montrer "un grand courage". Durant la campagne électorale, il avait affirmé être prêt à gouverner "même si ce sera comme porter une croix lourde et douloureuse".

La stabilité et la réelle marge de manœuvre du futur gouvernement dépendait beaucoup du résultat des élections sénatoriales (à la Chambre des députés, la coalition arrivée en tête du scrutin est assurée de la majorité puisqu'elle bénéficie d'une prime). Au Sénat, l'obtention d'une majorité est rendue plus difficile, tout parti devant, pour s'imposer, recueillir le plus grand nombre de suffrages au sein d'une majorité de régions. L'article 55 de la Constitution donne aux deux Chambres des pouvoirs identiques ; il est donc indispensable à tout parti d'obtenir la majorité à la Chambre des députés et au Sénat pour pouvoir gouverner. La Chambre haute avait d'ailleurs été à l'origine de la chute du gouvernement de Romano Prodi le 24 janvier dernier.

Les "petits" partis semblent avoir souffert lors de ces élections qui peuvent être vues comme le premier pas de l'Italie sur le chemin du bipartisme après plusieurs années de coalitions politiques fragiles et instables. Alors que 22 partis politiques étaient représentés dans le Parlement sortant, elles ne seront que 5 lors de la prochaine législature, une révolution dans la péninsule.
"La Gauche arc-en-ciel s'est effondrée car son électorat a été très déçu par son attitude trop critique envers le gouvernement de Romano Prodi" a analysé Marco Tarchi, professeur de sciences politiques à Florence. Fausto Bertinotti a annoncé sa démission dès l'annonce des résultats. "Je pense que c'est un acte d'honnêteté et de solidarité envers ceux qui ont voté pour nous de reconnaître notre grande défaite, dans des proportions imprévisibles et c'est pour cela qu'elle est encore plus douloureuse" a-t-il déclaré.
L'Union des démocrates-chrétiens et du centre (UDC), dirigée par Pier Ferdinando Casini, est l'autre grande perdante de ces élections. "Nous serons une opposition qui investit sur l'avenir politique, une opposition responsable qui votera les lois que nous penserons utiles et qui s'opposera aux autres. Mais aujourd'hui le sceptre est dans les mains de Silvio Berlusconi, donc bonne chance à lui !" a souligné Pier Ferdinando Casini après l'annonce des résultats.

Agé de 71 ans et originaire de Milan, Silvio Berlusconi a commencé sa carrière en 1960 en tant qu'entrepreneur dans le bâtiment et promoteur, associé à Pietro Canali au sein de la société Cantieri Riuniti Milanesi S.p.a. En 1978, il fonde Fininvest, holding qui gère l'ensemble de ses activités dans les médias. En 1980, Silvio Berlusconi crée Canale 5, première chaîne de télévision privée en Italie, rachète plusieurs autres chaînes de télévision et lance la Cinq en France en 1986, Telefünf en Allemagne un an plus tard et Telecinco en Espagne en 1989. En 1986, il investit également dans le sport en rachetant le club de football Milan AC. Au fil des années, il diversifie ses activités dans la finance, les assurances, l'édition, la presse, le cinéma, etc.
Il entre en politique en 1993 en créant Forza Italia et remporte en mai 1994 les élections législatives et sénatoriales. Devenu Président du Conseil, il révolutionnera la communication et la vie politique italiennes avant d'être contraint à la démission le 17 janvier 1995, après la défection de ses alliés de la Ligue du Nord. En 1999, Silvio Berlusconi est élu député au Parlement européen avant de retrouver la tête du gouvernement après sa victoire aux élections de juin 2001. Il dirigera alors le plus long gouvernement de l'histoire de la République et sera le premier Président du Conseil à terminer son mandat de 5 ans depuis la Deuxième Guerre mondiale.
Le leader de la droite a eu plusieurs fois à faire avec la justice, poursuivi dans près de dix affaires pour corruption, fraude fiscale, faux en écriture ou financement illicite de parti politique. Plusieurs fois condamné en première instance, il a toujours été relaxé en appel ou bénéficié de la prescription. Silvio Berlusconi est actuellement impliqué dans une affaire de corruption pour laquelle il devait comparaître au moment des élections, un procès qui a été repoussé à une date ultérieure. Il est soupçonné de fraude fiscale dans le rachat de droits cinématographiques par son groupe audiovisuel Mediaset (gonflement artificiel des prix via des sociétés intermédiaires résidant dans des paradis fiscaux). Le parquet de Milan soupçonne l'avocat d'affaires britannique, David Mills, ancien époux de la secrétaire d'État britannique aux Jeux olympiques et à Londres, Tessa Jowell, impliqué dans la création de sociétés offshore et l'ouverture de comptes bancaires dans des paradis fiscaux pour le compte de la Fininvest, d'avoir reçu, en 1997, plus de 500 000 euro de la Fininvest en échange de faux témoignages en faveur de Silvio Berlusconi lors de deux procès à la fin des années 1990. Sommé par le fisc britannique de justifier la provenance de cette somme, qui aurait servi au couple à rembourser un prêt immobilier qu'ils avaient contracté, David Mills aurait confié qu'il s'agissait d'un cadeau en échange de ses témoignages bienveillants avant de se rétracter. David Mills et Silvio Berlusconi affirment tous deux que cette somme ne provenait pas de la Fininvest.

Celui que l'on surnomme le Cavaliere peut savourer le fait d'avoir survécu à son vieil ennemi, Romano Prodi (qui a décidé d'abandonner la scène politique) en remportant sa 3e victoire à des élections parlementaires. Une nouvelle fois, il a su unir sur son nom l'ensemble des forces de droite, enraciner sa coalition et faire fructifier à son avantage le mécontentement des Italiens qui avaient rendu le gouvernement de Romano Prodi responsable de la baisse de leur pouvoir d'achat. Durant la campagne électorale, il a d'ailleurs tenu un discours étatiste, voire protectionniste, en vue de rassurer les Italiens sur ses marges de manoeuvre pourtant réduites. "Silvio Berlusconi exprime des choses profondes de la société italienne, insistant sur la liberté et le travail mais aussi le plaisir et l'affichage de la réussite" souligne Marc Lazar, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris.
Le leader des forces de droite aura cependant la lourde tâche de gouverner un pays actuellement en grave crise économique et lanterne rouge de la croissance de la zone euro. Le Fonds monétaire international (FMI) a souligné, le 9 avril dernier, que la croissance du PIB ne dépasserait pas 0,3% durant les 2 prochaines années. Le prochain gouvernement devra donc impérativement engager de profondes réformes structurelles, notamment dans les domaines de l'économie, de la fiscalité, de la justice, de l'éducation, des infrastructures, etc.

Silvio Berlusconi a déclaré à l'issue des résultats que la formation de son gouvernement serait rapide (dès cette semaine) et que celui-ci compterait 12 ministres, dont 4 femmes. Giulio Tremonti, ancien ministre de l'Economie, Gianni Letta, Franco Frattini, actuel Commissaire européen chargé de la Justice et des Affaires intérieures, et Stefania Prestigiacomo, ancienne ministre de l'égalité des chances, devraient, selon toute vraisemblance, faire partie de la prochaine équipe gouvernementale.
Le futur Président du Conseil a indiqué qu'il allait immédiatement s'atteler aux dossiers des retraites, de la compagnie aérienne Alitalia et de la crise des ordures à Naples. Il a affirmé que son gouvernement restera aux affaires jusqu'à la fin de son mandat de 5 ans. Enfin, il se rendra en Israël pour son premier voyage à l'étranger à l'occasion du 60e anniversaire de l'Etat hébreu.
Le nouveau Parlement italien tiendra sa première session le 29 avril prochain.

Résultats des élections législatives et sénatoriales des 13 et 14 avril 2008 en Italie



Participation : 80,4%

Chambre des députés


Source : Ministère de l'Intérieur italien


Sénat


Source : Ministère de l'Intérieur italien
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
Les auteurs
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
Fondation Robert Schuman
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