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Politique et démocratie
Autriche - Présidentielle

Alexander Van der Bellen est élu président de la République d'Autriche

Alexander Van der Bellen est élu président de la République d'Autriche

24/05/2016 - Résultats - 2ème tour

L'ancien porte-parole fédéral du parti écologiste (1997-2008), Alexander Van der Bellen (Les Verts, DG) a finalement remporté le 23 mai l'élection présidentielle en Autriche au terme d'un suspense de 24 heures. Il a recueilli 50,3% des suffrages contre 49,7% à Norbert Hofer (Parti libéral, FPÖ), qui était arrivé en tête du 1er tour le 24 avril (35,1% des suffrages contre 21,3% à Alexander Van der Bellen).
Le 22 mai au soir, le candidat populiste avait recueilli 51,9% des suffrages et disposait de 144 006 voix d'avance sur son rival écologiste. Restaient cependant à dépouiller les 885 437 votes par correspondance, un nombre record, représentant pas moins de 14% du corps électoral. Ces électeurs ayant choisi de voter par correspondance ont accordé 61% de leurs voix au candidat écologiste et ont donc fait basculer l'élection présidentielle en faveur d'Alexander Van der Bellen.
Même pour le FPÖ, sans doute l'un des partis populistes les plus puissants d'Europe, il reste difficile de remporter une élection qui se joue au scrutin majoritaire.
La participation s'est élevée à 72,7%, soit +4,20 points par rapport au 1er tour du 24 avril.



Le sursaut de la société civile



Alexander Van der Bellen aura donc bénéficié du front républicain organisé par la société civile, la chose n'existant pas au sein de la classe politique autrichienne. Entre 2000 et 2007, le Parti populaire (ÖVP) et le Parti libéral (FPÖ) ont gouverné ensemble au niveau fédéral et le Parti social-démocrate (SPÖ) et le FPÖ ont fait de même entre 1983 et 1986.
Selon une enquête d'opinion publiée par le quotidien Die Presse, 40% des électeurs d'Alexander Van der Bellen l'ont en effet soutenu pour faire barrage à Norbert Hofer. Après avoir rappelé à ses compatriotes que "la folie du nationalisme" avait causé la ruine de l'Autriche, le candidat écologiste avait déclaré : "J'espère bien sûr que tous mes partisans iront voter mais aussi ceux qui ne m'aiment pas trop mais qui pensent que je ferais un meilleur président de la République que mon adversaire".
Le remplacement du chancelier Werner Faymann, par Christian Kern (SPÖ) le 17 mai dernier a sans doute également aidé Alexander Van der Bellen.

"La mobilisation des abstentionnistes décidera de la victoire" avait indiqué Christoph Hofinger, analyste à l'institut d'opinion SORA, le 24 avril. Selon l'enquête sortie des urnes réalisée par cet institut, les abstentionnistes du 1er tour ont été décisifs dans la victoire du candidat écologiste. 200 000 des 330 000 non-votants du 24 avril ont voté pour Alexander Van der Bellen le 22 mai. Ce dernier a également bénéficié d'un bon report des voix de Imgard Griss, ancienne juge à la Cour suprême, et de celles du SPÖ.
Enfin, le sondage de l'institut SORA montre que la majorité des hommes ont voté pour Nobert Hofer tandis que la plus grande partie des femmes ont choisi Alexander Van der Bellen. Ce dernier s'impose également parmi les électeurs des villes et les plus diplômés.

Une défaite aux allures de victoire



En dépit de sa défaite, cette élection est une source de satisfaction pour le FPÖ qui a obtenu le meilleur résultat de son histoire. Norbert Hofer a devancé son rival écologiste dans 5 des 9 Länder du pays L'Autriche apparaît plus divisée que jamais avec la moitié de ses électeurs prêts à faire confiance à un parti populiste. Le FPÖ bénéficie de l'hostilité à l'égard de l'establishment, et plus largement du malaise qu'expriment une grande partie des Autrichiens qui s'interrogent sur leur avenir, sur celui de leurs enfants et sur leur place dans le monde et qui anticipent le fait que demain, leur vie sera plus difficile. "Quel que soit le vainqueur, cette élection est déjà la plus grande victoire du FPÖ au niveau national car un électeur sur deux a voté pour lui" a souligné Reinhard Heinisch, politologue à l'université de Salzbourg.
L'accès de Heinz-Christian Strache à la chancellerie à l'issue des prochaines élections législatives prévues en 2018 ne paraît désormais plus impossible. "Cette campagne électorale a été un investissement pour l'avenir" a très justement affirmé Norbert Hofer.

Le nouveau président de la République



Agé de 72 ans, Alexander Van der Bellen est né à Vienne. Diplômé en économie de l'université d'Innsbruck, il a été assistant à l'Institut des finances de cette université puis à l'Institut international pour le management et l'administration de Berlin. En 1976, il est devenu professeur à l'université d'Innsbruck, puis à l'Académie fédérale d'administration de Vienne et à l'université de Vienne, où il sera nommé doyen de la faculté des sciences économiques et sociales.
Tout d'abord membre du SPÖ, Alexander Van der Bellen a rejoint les Verts (DG). Elu député en 1994, il est devenu porte-parole du parti en 1997, fonction qu'il occupera jusqu'en 2008.

Alexander Van Der Bellen est le deuxième chef d'Etat écologiste de l'Union européenne avec le Letton Raimonds Vejonis (Union des verts et des paysans, ZZS). Il prendra ses fonctions le 8 juillet prochain.
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
L'auteur
Corinne Deloy
Chargée d'études au CERI (Sciences Po Paris), responsable de l'Observatoire des élections en Europe à la Fondation Robert Schuman
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