Observatoire des Élections en Europe

Open panel Open panel
Observatoire des Élections en Europe
Croatie - Législatives

L'Union démocratique (HDZ) crée la surprise en arrivant en tête des élections législatives anticipées en Croatie

L'Union démocratique (HDZ) crée la surprise en arrivant en tête des élections législatives anticipées en Croatie

12/09/2016 - Résultats

L'Union démocratique (HDZ), dirigé par Andrej Plenkovic, député européen, est arrivée en tête des élections législatives le 11 septembre en Croatie. Premier scrutin anticipé organisé dans le pays depuis l'indépendance en 1991, il faisait suite à la dissolution, le 21 juin dernier, du Hrvatski Sabor, chambre unique du parlement, elle-même consécutive à un vote de défiance à l'encontre du gouvernement de Tihomir Oreskovic cinq jours plus tôt. Le HDZ a déjoué les prévisions des enquêtes d'opinion et a recueilli 36,6% des suffrages et remporté 61 sièges (+ 5 par rapport aux élections législatives du 8 novembre 2015).
Principal parti d'opposition, le Parti social-démocrate (SPD), conduit par l'ancien Premier ministre (2011-2016) Zoran Milanovic et allié à 3 autres partis (le Parti populaire (HNS), le Parti paysan (HSS) et le Parti des retraités (HSU)) au sein de la Coalition du peuple, est en recul. Il a obtenu 33,5% des voix et 54 élus (- 2).
Most-Nezavisnih Lista (Pont-Listes indépendantes), parti fondé en 2012 par Bozo Petrov, est en baisse même s'il a maintenu sa 3e place avec 9,8% des suffrages remportant 13 sièges (- 6). Enfin, Zivi zid (Bouclier humain, ZZ), fondé pour lutter contre les expulsions et les banques étrangères qu'elle accuse de pratiquer des taux d'intérêt trop élevés et emmené par Ivan-Vilibor Sincic, a réalisé une percée en obtenant 8 sièges (+ 7).
La participation a été plus faible que celle enregistrée lors du précédent scrutin du 8 novembre 2015 : - 8,23 points. Elle s'est élevée à 52,59%.



Source : http://www.izbori.hr/214zas/rezult/1/nrezultati.html

Il est difficile d'imaginer une large victoire d'un parti ou d'un autre. Un scénario similaire à celui des élections précédentes pourraient se répéter " avait déclaré Berto Salaj, professeur de science politique à l'université de Zagreb, en amont du scrutin. La constitution d'une majorité passera en effet par une alliance avec d'autres partis.
Le dirigeant de Most-Nezavisnih Lista, Bozo Petrov, n'a pas souhaité s'exprimer sur ses intentions. Il semble cependant davantage pencher vers le HDZ et son nouveau leader Andrej Plenkovic. Ensemble les 2 partis possèdent 74 sièges au Parlement, soit seulement 2 de moins que la majorité absolue. De son côté, Zivi zid a indiqué ne soutenir ni le HDZ ni le SPD.

Je suis persuadé que nous sommes le parti qui aura le privilège de former le prochain gouvernement croate et que celui-ci sera stable " a déclaré Andrej Plenkovic après l'annonce des résultats. Le nouveau dirigeant du HDZ (il a été désigné en juillet dernier) a créé la surprise en permettant au parti de conserver la première place, et ce sans le soutien d'autres partis au sein d'une coalition comme cela avait été le cas lors des élections du 8 novembre 2015. Andrej Plenkovic a réorienté son parti au centre. " Je suis en train de changer le HDZ, pour le positionne au centre-droit " a-t-il répété depuis qu'il en a pris la tête en précisant qu'il souhaite s'éloigner des postures nationalistes de son prédécesseur Tomislav Karamarko. " Je suis élu pour l'avenir, pas pour le passé " affirme Andrej Plenkovic. Le HDZ a choisi le ministre des Finances sortant Zdravko Maric (indépendant) comme candidat au poste de Premier ministre.

Pari raté en revanche pour Zoran Milanovic. Le dirigeant social-démocrate, qui avait promis " un gouvernement de progrès et de tolérance ", n'avait pourtant pas hésité durant la campagne électorale à attiser les tensions nationalistes. Lors d'une rencontre avec d'anciens combattants de la guerre d'indépendance (1991-1995), il a affirmé que la Serbie était dirigée par " une bande de misérables arrogants ", évoqué le passé de certains dirigeants serbes, notamment d'Aleksandar Vucic (Parti progressiste, SNS) Premier ministre serbe, et menacé de bloquer la candidature de Belgrade à l'Union européenne. Le quotidien Jutarni List a également divulgué la teneur d'une conversation entre Zoran Milanovic et des représentants d'associations d'anciens combattants dans laquelle il indique que la Serbie est une nation arrogante et que la Bosnie-Herzégovine n'est pas un vrai pays et qu'elle ne fonctionne pas en tant qu'Etat. " Au moins, ma mère n'était-elle pas médecin de l'armée yougoslave ! " a-t-il déclaré, sous-entendant que la mère d'Andrej Plenkovic, était du côté des Serbes pendant la guerre.

Alors que le HDZ se recentrait, le SPD a donc choisi de jouer la carte nationaliste, sans doute pour attirer les électeurs qui auraient pu être désarçonnés par le recentrage du HDZ. " Zoran Milanovic a essayé de montrer aux électeurs que les gens de gauche sont d'aussi bons patriotes que ceux du HDZ" a souligné Kresimir Macan, consultant en communication politique. " Cette campagne électorale a été marquée par des provocations entre la Croatie et la Serbie. Un petit jeu auquel se livrent les politiciens des deux pays quand ils n'ont rien d'autre à proposer " a analysé Toni Gabric, rédacteur en chef du site d'information en ligne H-Alter (http://www.h-alter.org ) ajoutant " Les partis politiques mènent une politique néolibérale et surfent sur un certain sentiment d'euroscepticisme. Mais, concrètement, elles n'ont pas grand-chose à offrir aux citoyens ".

Comme lors des précédentes élections de novembre 2015, aucun des partis n'a, durant la campagne électorale, indiqué la façon dont il pensait pouvoir améliorer la situation des Croates qui vivent dans l'un des pays les plus pauvres de l'Union européenne. Après 6 années de récession (- 13% de recul du PIB depuis 2008), Zagreb a retrouvé la croissance en 2015 (1,6%). Le taux de chômage s'élevait à 15,8% en 2015 (plus de 40% parmi les jeunes), la dette publique à 86,7% et le déficit budgétaire à 4,9%. L'économie croate reste très largement dominée par l'Etat : le secteur public est très important et le faible développement du secteur privé, et notamment des PME, constitue l'un des principaux problèmes du pays.

Le scrutin du 11 septembre a renforcé le HDZ. Espérons que le prochain gouvernement qui sera formé en Croatie disposera des forces, et de la légitimité, suffisantes pour sortir le pays de la crise politique et économique que le pays connaît depuis plusieurs années.
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN