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Supplément à la Lettre n°204

Rapport sur la sixième conférence internationale sur la situation des Droits de l'Homme en Corée du Nord

Rapport sur la sixième conférence internationale sur la situation des Droits de l'Homme en Corée du Nord
21/03/2005

Organisée pour la première fois à Séoul en 1999, la conférence internationale -organisée par la Citizens' Alliance for North Korean Human Rights et les Universités de Yonsei, Handong, Sogang, Ewha, Korea et Sookmyng, sous le patronage du National Endowment for Democracy, du quotidien national coréen Chosun Ilbo, des Universités Hankuk et Ewha - s'est tenue à Séoul les 14-15-16 février 2005 à la St Ignatius House de Sogang University.

Dès les discours d'ouverture prononcés par le Révérend Yoon, fondateur de la Citizens' Alliance, Sang-Hoon Bang, directeur du Chosun Ilbo, Carl Gershman, Président du National Endowment for Democracy, Kwan-Yong Park, ancien président de l'Assemblée nationale de Corée du Sud, et le message de soutien de Vaclav Havel, ancien président de la République Tchèque, le ton a été donné. Citant Alexandre Soljenitsine, le Révérend Yoon a rappelé qu'en Union Soviétique, les prisonniers du Goulag n'étaient que les « ennemis du Peuple » et les « agents de l'Impérialisme », bref que de « l'ordure humaine », que tous ceux et toutes celles qui les aidaient devaient être punis, mais que les paysans russes ne manquaient jamais de laisser de la nourriture et de l'eau sur le pas de leurs portes pour les « zeks » qui, bravant tous les périls, décidaient de s'enfuir des camps.

Aider les Nord Coréens qui prennent le risque de s'enfuir, - repris et ramenés en Corée du Nord, ils ont toutes les chances d'être fusillés, à tout le moins d'être condamnés à de lourdes peines de camp -, et faire connaître au monde entier ce qu'est l'horreur de ce régime où les droits de l'homme les plus élémentaires sont inexistants est une tâche de la première importance. La voie est longue si l'on veut qu'un jour la population de Corée du Nord puisse jouir de ce qui, dans les démocraties occidentales, constitue l'ordinaire de nos existences : droit de se déplacer, droit de vote, droit de réunion, droit de pratiquer librement sa religion, égalité des citoyens, etc. La liste est interminable de ce dont les Nord Coréens sont privés. Comme l'a dit Vaclav Havel dans son message, « ceux d'entre nous qui ont vécu d'interminables années de système totalitaire savent bien combien le soutien des peuples des états démocratiques est important, qu'il vienne de personnalités de haut rang, d'ONG ou de simples citoyens ».

Depuis sa création en 1999, la Conférence s'est fortement élargie. Outre la Citizens' Alliance, elle a regroupé cette année des représentants d'organisations du Japon (Society to Help Returnees to North Korea, Japanese Lawyers' Association for Human Rights Protection in North Korea, The Kanagawa Society for the Rescue of Japanese Kidnapped by North Korea), en France (Le Comité d'Aide à la Population de Corée du Nord), des Etats-Unis (Defense Forum Foundation, Jubilee Campaign, National Endowment for Democracy), du Royaume-Uni (Christian Solidarity Worldwide, Anti-Slavery International, The Keston Institute), en Macédoine (Association for Democratic Initiatives), de Pologne (The Helsinki Foundation for Human Rights) et de Norvège (The Egil Rafto House Foundation). Déjà longue, cette liste est loin d'être exhaustive, d'autres groupes, oeuvrant notamment en Belgique et en Lituanie n'ayant pas pu assister aux travaux de la Conférence cette année.

Tous ont un but commun : faire qu'un jour les deux Corées soient réunies et jouissent d'un même régime démocratique.

Ce qui pose le problème des stratégies auxquelles ils pourraient recourir pour y parvenir.

Cette année, la Conférence s'est concentrée sur plusieurs points :

Faire connaître le sort de la population de Corée du Nord dans le monde entier par voie de conférences, d'interventions dans les médias et de manifestations,

Aider les transfuges à regagner la Corée du Sud et à s'y adapter,

Obliger la Chine communiste à respecter tous les traités internationaux concernant le respect des droits de l'Homme qu'elle a signés,

- Obliger le représentant du Haut Commissariat aux Réfugiés de l'ONU à faire son travail pour que les nord Coréens qui passent en Chine bénéficient de tous les droits accordés aux réfugiés politiques.

A ces fins, outre les rapports d'activités des diverses organisations participantes, les représentants des ambassades étrangères, les médias internationaux et le public en général ont pu entendre des exposés :

a) sur le problème des droits de l'homme en Corée du Nord (étendue, tendances dans la manière dont la communauté internationale réagit à ces problèmes et solutions à envisager)

b) la protection des réfugiés de Corée du Nord (situation actuelle et stratégies)

c) la situation des enfants en Corée du Nord (réalités, analyse du rapport de la Corée du Nord soumis à l'ONU et témoignages)

d) la situation des femmes en Corée du Nord (discriminations, violences, traite, traumatismes et témoignages)

le tout suivi, le dernier jour, d'une discussion générale sur les stratégies possibles, de la rédaction d'une motion et d'une manifestation devant l'ambassade de Chine communiste.

Résumer en quelques pages tout ce qui s'est dit au cours de ces trois jours de débat étant impossible, il m'a paru plus important de rappeler un certain nombre de faits sur lesquels la Conférence est revenue à de nombreuses reprises. Parmi eux, la situation des femmes et des enfants.

Les femmes



Dans un univers régi par la terreur, - police politique omniprésente, exécutions publiques, camps de concentration, famine, enlèvements, torture, détention arbitraire, sévices, etc., etc.) -, le sort réservé aux femmes et aux enfants est particulièrement préoccupant.

Ce sont en effet ces deux catégories d'êtres humains qui ont le plus à souffrir de l'incroyable brutalité du régime communiste nord coréen. En plus d'être victimes d'une sous-alimentation chronique qui, périodiquement, se mue en famine caractérisée, les femmes et les enfants sont en effet traités comme des quantités négligeables auxquelles on peut faire subir les pires traitements.

A ce titre, il convient de signaler l'existence d'un véritable trafic de femmes à la frontière entre la Corée du Nord et la Chine communiste. Sur les 60 à 70% de femmes qui constituent l'ensemble des réfugiés Nord Coréens ayant fui en Chine communiste, 80% sont l'objet de violences et d'enlèvements se déroulant en trois temps :

a) recrutement local à la frontière,

b) arrivée dans des villes chinoises de moyenne importance,

c) départ pour les grandes villes de Chine où elles seront prostituées. Battues et vendues entre 2000 et 3000 yens (soit le prix d'un cheval en Mongolie) selon leur beauté, leur âge et leur passé conjugal, elles tombent entre les mains de mafias chinoises et sont pratiquement impossibles à retrouver.

Et ce n'est là qu'un aspect de la question. Celles qui, en effet, sont prises par la police chinoise ont toutes les chances d'être rapatriées en Corée du Nord, où elles sont envoyées dans des camps de concentration où elles seront systématiquement battues et violées, les femmes enceintes devant accoucher et assister à l'assassinat de leurs nouveaux nés par les gardes nord coréens.

Le témoignage de Sun-Ja Park, jeune Coréenne qui passa pour la première fois en Chine en 1998, fut arrêtée par la police communiste chinoise en 2000 et renvoyée à Shinuiju, est particulièrement édifiant à cet égard.

Dans ce contexte, le refus de la Chine d'accepter que les réfugiés Nord Coréens soient traités selon les normes du droit international est d'autant plus scandaleux que ce pays a signé tous les traités internationaux ayant trait au respect des droits de l'Homme. Et l'on peut rétorquer aux autorités chinoises que les nord Coréens qui fuient en Chine étant menacés de mort s'ils sont renvoyés chez eux, il n'est pas possible juridiquement de les traiter en immigrants économiques, comme le voudraient les autorités de Chine communiste.

Il ne faut pas croire qu'en dehors des camps et des innombrables prisons communistes nord coréennes, la situation des femmes serait « normale » et aurait quoi que ce soit de comparable avec ce que peuvent vivre les femmes dans les pays démocratiques, tant s'en faut. A des structures de pensée féodales, où la femme est considérée comme inférieure à l'homme et seulement bonne à faire des enfants et à servir son mari s'ajoutent, en effet les contraintes inhérentes au système de classes auquel sont soumis tous les nord coréens. De fait, naître dans une classe donnée trace un avenir auquel peu de femmes peuvent échapper. Mariages arrangés, machisme exacerbé et système de classes se conjuguent pour rendre tout espoir de vivre librement sa vie impossible à l'énorme majorité des femmes nord coréennes.

Les enfants



Hormis pour les fils et filles des cadres politiques et militaires, la situation des enfants est, elle aussi, catastrophique. Pris dès leur naissance dans le système de classe en vigueur, ils sont, comme leurs parents, soumis à toutes les contraintes inhérentes à chaque classe et ne bénéficient, malgré tous les slogans du régime, d'aucune protection contre la famine, les maladies et les brutalités d'un système concentrationnaire qui est le cœur même de la société communiste. C'est ainsi que si le chef de famille est envoyé en camp pour quelque motif que ce soit, l'enfant sera lui aussi expédié dans un camp où, neuf fois sur dix, il mourra de faim ou sous les coups des gardes. Rares sont ceux qui en réchappent.

Plus ordinaire, mais tout aussi terrible, est la situation des enfants hors des camps. Sans même parler de la famine de 97 qui fit entre deux et trois millions de morts, dont énormément d'enfants, il faut dire et répéter que la disette et la malnutrition sont à ce point chroniques qu'à âge égal, les enfants nord coréens ont entre cinq et dix centimètres de moins que leurs frères et soeurs sud coréens. Le témoignage d'un Eun-Cheol Park, réfugié en Corée du Sud en 2001 et déclarant que la vie dans les prisons chinoises est meilleure qu'en Corée du Nord en dit long sur la cruauté d'un régime qui détourne à son profit, - et à celui de l'Armée -, l'essentiel de l'aide médicale et alimentaire fournie par l'ONU et les ONG internationales, qui acceptent encore de travailler en Corée du Nord. Dans les recommandations du Comité de l'ONU sur les droits de l'enfant, il est ainsi noté que la Corée du Nord n'a tenu aucun compte des observations qui lui ont été faites, que le budget nord coréen pour la « sécurité sociale » a certes augmenté, mais diminué pour les enfants, que le principe de la non-discrimination entre filles et garçons n'est toujours pas respecté, que rien n'est fait pour la protection des enfants handicapés, que le régime doit abolir « la rééducation des enfants par le travail forcé », qu'il ne devrait pas envoyer les enfants au service militaire dès l'âge de 16 ans, que les enfants ayant tenté de s'enfuir en Chine et rapatriés en Corée du Nord ne devraient pas être traités comme des criminels mais comme des victimes.

C'est dire si l'ONU, qui ne fait pourtant pas montre d'une rigueur excessive à l'endroit de la Corée du Nord, trouve absolument inhumain le traitement réservé aux enfants dans ce régime communiste.

Il arrive souvent que l'esprit vacille devant pareille litanie de cruautés avérées. Car, bien sûr, à cela il faut ajouter le sort des Japonais et des Sud Coréens kidnappés, celui des prisonniers de la guerre de Corée dont on n'a plus jamais entendu parler, celui des familles à jamais séparées. Lancinante, la question revient : que peut-on faire pour aider ces populations en attendant que le régime communiste s'effondre enfin par implosion, asphyxie ou défaite militaire et que les nord coréens connaissent autre chose que l'horreur, qu'ils vivent jour après jour depuis que la dictature s'est installée dans ce pays au milieu des années cinquante ?

Les organisations présentes à cette Conférence divergent souvent dans leurs appréciations et les stratégies qu'elles prônent.

Pour certaines, il faut continuer à envoyer de l'aide, même si elle n'arrive qu'en infimes quantités aux victimes elles-mêmes, pour d'autres il faut subordonner son aide à un contrôle international de sa distribution, pour d'autres encore le combat juridique auprès de l'ONU est primordial.

Toutes les organisations sont néanmoins d'accord sur un point : il est capital de faire connaître la situation des populations en Corée du Nord et, dans cette phase, de tout mettre en œuvre pour que la Chine respecte ses engagements en matière de droits de l'Homme.

C'est dans cet esprit que le Comité français d'aide à la population de Corée du Nord a fait récemment venir un certain nombre de réfugiés politiques en France. Largement relayés par les médias, - presse écrite, radio et télévision -, leurs témoignages, certains particulièrement insupportables, ont permis de faire mieux comprendre ce qu'est la situation de ce peuple soumis à la pire des dictatures.

L'année prochaine, la Conférence devrait se tenir en Norvège et réunir encore plus de participants. Il semblerait en effet, que contrairement à ce que l'on peut voir dans les innombrables films de propagande à la gloire du « cher leader », tout n'aille pas pour le mieux au pays de Kim Jong-il. Aux confins de la Chine et de la Corée du Nord, il y a de plus en plus de réfugiés et malgré la répression chinoise, les informations commencent, - timidement mais manière réelle -, à circuler. Apporter aux nord Coréens la vision d'un monde où la liberté est la valeur suprême et le moteur même de tout ce qui se fait de véritablement humain pourrait bien être la priorité essentielle de la prochaine conférence.
Directeur de la publication : Pascale JOANNIN
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L'auteur
Robert Pepin
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